Hey !
Voici donc le deuxième chapitre de cette histoire, j'espère qu'il vous plaira ~
Je voulais le finir plus tôt mais je tenais un stand à Manga Dax ce week end et j'ai repris les cours, donc niveau timing c'est plus tendu...
Je serai d'ailleurs à la YCON à Paris en octobre \o/ si vous y êtes venez me parler de Haikyuu on fangirlera/fanboyera ensemble
J'espère d'ailleurs pouvoir publier un nouvel OS de Love on the court! ce weekend. Un petit UshiShira des familles héhéhé
BREF bonne lecture !
Réponse à leeezzzeee : nonon t'inquiète ta review est adorable ! Petite précsion l'idée de la maladie de Hanahaki n'est pas de moi, mais j'ai tellement adoré ce concept que j'ai bâti ma fic autour.
Pétales errants
Chapitre 2
Du cœur brisé de Hinata Shōyō
L'entraînement n'avait commencé que depuis une demi-heure, mais il n'avait échappé à personne que Hinata n'était pas dans son état normal. Le feinteur, qui d'habitude semblait le plus concentré de tous, paraissait ailleurs, ratant beaucoup d'attaques et ne criant pas autant qu'à l'accoutumée. Kageyama avait beau le houspiller à chaque erreur qu'il aurait pu facilement éviter, Hinata se contentait de s'excuser avant de reprendre l'entraînement sans protester davantage. Mais le numéro 10 n'avait pas l'air triste ou désespéré, simplement perturbé. Aussi, ses autres coéquipiers n'osèrent pas trop lui demander si ça allait. Seul Nishinoya savait de quoi il retournait, étant le confident de son cadet ; mais il se garda bien d'expliquer aux autres la raison pour laquelle l'attitude de Hinata était aussi étrange, et se contenta de rester auprès du roux pour le distraire de ses ruminations et l'aider à se concentrer un tant soit peu.
Enfin, au bout de trois heures qui en parurent trente à Hinata, le coach Ukai siffla la fin de l'entraînement. Nishinoya entraîna Hinata dans un coin pour s'assurer que le central faisait ses étirements tout en discutant. Les autres continuèrent à jeter des regards en coin à Shōyō, se demandant ce qui pouvait mettre l'adolescent dans cet état, proche de l'état de stress dans lequel il pouvait se trouver juste avant un match important. Mais le libéro leur adressa un sourire et un pouce en l'air, leur signifiant qu'il avait la situation en main. Cela soulagea ses coéquipiers : après tout, Yū était digne de confiance tant sur le terrain qu'en dehors.
Une fois dans les vestiaires, Hinata participa aux conversations. Il semblait toujours distrait, mais au moins il ne manquait pas d'entrain, ce qui soulagea les autres joueurs de Karasuno. Tanaka le chambra un peu, vite calmé par Sugawara, mais Hinata ne sembla pas s'en formaliser.
Le seul lycéen que le roux semblait éviter du regard était Kageyama, ce qui inquiéta Daichi. À la connaissance du capitaine, les deux turbulents élèves de première année ne s'étaient pas disputés. Kageyama sentit également que son coéquipier semblait particulièrement distant vis-à-vis de lui ; il se demanda s'il avait pu accidentellement faire quelque chose qui aurait pu froisser le feinteur. Tobio avait beau essayer de faire des efforts, il avait encore du mal à se rendre compte lorsqu'il blessait quelqu'un ou quand sa franchise se transformait en agressivité. Mais il avait beau se retourner le cerveau, aucun incident ne lui revint en mémoire.
Le jeune passeur n'eut pas à se poser de questions bien longtemps.
Il fut agréablement surpris lorsque Hinata le suivit le long du chemin qu'ils avaient l'habitude de prendre pour rentrer ensemble. Mais le duo se retrouva bien vite plongé dans un silence pesant : Shōyō parlait beaucoup d'ordinaire, nourrissant continuellement la discussion. Mais ce jour-là, le petit central demeura silencieux, ce qui agaça Kageyama. Si Hinata lui en voulait pour quelque chose, pourquoi ne disait-il rien ?!
« Tu vas me dire ce qui ne va pas ?! »
Hinata pila net, sans lever le regard vers son ami. Merde, jura Kageyama en son for intérieur, je voulais pas y aller aussi fort. Sans aller jusqu'à s'excuser, le jeune homme aux cheveux d'ébène allait se reprendre mais avant même qu'il ne puisse reprendre la parole, Hinata lâcha sa bicyclette avant de se planter fermement devant le numéro 9. Shōyō leva son visage vers Tobio, affichant le même air résolu et légèrement terrifiant que lorsqu'il affirmait sa rage de vaincre à un adversaire dubitatif.
« Kageyama. Je voulais- je voulais te dire… »
Hinata s'interrompit en déglutissant péniblement, les poings serrés et le rouge aux joues. Mais il se força à continuer, résolu à aller au bout de sa pensée :
« Je voulais te dire que je t'aime ! »
Shōyō avait pratiquement hurlé, et ce fut comme si pouvoir sortir cette phrase le libéra d'un poids immense. Son corps demeura crispé, mais il se mit à respirer à grand bruit, son regard noisette rivé sur Kageyama.
Ce dernier était comme paralysé, les yeux exorbités, devant la fervente déclaration de son coéquipier. Il mit quelques instants à reprendre ses esprits et à comprendre que Hinata attendait sans doute une réponse. Kageyama prit une grande inspiration, ne sachant pas vraiment comment s'y prendre.
« Hinata… »
Le passeur de génie se rappela d'une fois où, au collège, il avait entendu Oikawa décliner les avances d'une fille. Il fut tenté de s'en inspirer, mais Kageyama n'était pas Oikawa, et Hinata n'était pas un simple camarade, mais un précieux partenaire de volley qu'il considérait comme un ami - comme son meilleur ami. Il lui devait d'être honnête.
« … je suis désolé, mais j'aime quelqu'un d'autre. »
Rien qu'à la façon dont Tobio put voir sur le visage de Shōyō qu'il lui avait brisé le cœur avec ces simples mots, il n'osa pas tout avouer - à savoir que non seulement son cœur était pris, mais en plus cela faisait plusieurs mois qu'il était en couple. Mais bien que ne ressentant que de l'amitié pour l'énergique roux, Kageyama sentit son cœur se serrer en voyant que Hinata luttait pour ne pas fondre en larmes devant celui qu'il aimait.
« Hinata- »
« N-non, Kageyama, c'est pas de ta faute. » le coupa le numéro 10 d'une voix tremblante. « Je, euh… je vais y aller, à demain. »
Sans attendre de réponse, Hinata enfourcha son vélo et pédala du plus vite qu'il put, s'enfuyant dans les ténèbres de la montagne. Lorsqu'il fut certain d'être hors de la vue de Kageyama, Shōyō cessa de retenir ses larmes, se mettant à pleurer bruyamment.
Il s'était rendu compte de son amour frémissant pour le passeur deux semaines auparavant, et avait pris la décision de lui avouer ses sentiments. Aidé de Nishinoya, Hinata s'était préparé à l'éventualité d'un refus - tout en nourrissant l'espoir que Kageyama soit amoureux de lui - mais d'entendre ce refus pour de vrai l'avait ébranlé. Tout ce qu'il voulait, à présent, c'était rentrer chez lui et hurler dans son oreiller jusqu'à ce que sa voix meure dans sa gorge et qu'il sombre dans le sommeil.
Tendō se retourna pour la trentième fois, sans que la nouvelle position ne lui paraisse plus confortable. En dessous de lui, il pouvait entendre la respiration calme et régulière d'Ushijima, signe que l'ailier s'était endormi. Satori poussa un long soupir, énervé de ne pas parvenir à trouver le sommeil. Cela dit, aussi agacé qu'il fut de ne pas réussir à s'endormir, cela ne l'étonnait guère au vu de la journée qu'il venait de vivre.
Il n'était pas sorti tard des urgences, aux alentours de quatorze heures. Le central s'était refusé à annoncer le diagnostic à sa mère, sachant que cette dernière ne pourrait s'empêcher de le répéter à son mari, ce que Satori voulait à tout prix éviter. Arihiro Tendō avait toujours considéré son fils comme un malade mental, un dingue irrécupérable ; quelle serait sa réaction en apprenant que Satori souffrait d'une étrange maladie causée par un amour non réciproque ?
Connaissant son géniteur, Tendō pouvait deviner que soit il le forcerait à se faire opérer pour se faire opérer le parasite en même temps que ses sentiments, soit il ferait tout pour l'éloigner de la personne qu'il aimait, et la simple idée d'être séparé d'Ushijima rendait Tendō malade - enfin, encore plus malade.
Mais évidement, rien ne se pouvait se passer comme prévu dans la vie de Tendō Satori, et lorsque l'adolescent et sa mère étaient sortis de l'hôpital, une berline noire aux vitres fumées les attendait. Le numéro 5 avait tiqué de la langue lorsqu'il s'était engouffré dans la voiture, conduite par son père.
Un silence de mort avait régné pendant un long moment entre les trois occupants du véhicule, jusqu'au moment ou Arihiro avait pris la parole du ton sec dont il usait toujours avec son fils :
« Ta mère m'a dit que tu as trouvé un nouveau moyen de te faire remarquer. »
« Arihiro, je n'ai pas- »
« Tais-toi, Setsuna, c'est entre Satori et moi. »
Comme d'habitude, la mère de l'adolescent avait obéi à son mari, les larmes aux yeux et en adressant une expression désolée à son fils. Satori avait senti ses poings se crisper sur sa ceinture de sécurité.
« Avec tout ce que tu te trimballes déjà, mon pauvre ami, tu n'as rien trouvé de mieux à faire qu'un numéro en plein milieu du repas ? »
« Papa, non, je- »
« La ferme ! Si je t'ai inscrit dans cette académie, c'est pas pour que tu y trouves des idées pour te ridiculiser en permanence. Tu as une excuse, j'espère ? »
Tendō avait considéré les options s'offrant à lui. Là était sa dernière chance d'avouer la vérité, mais cela risquait de résulter en sa séparation avec Ushijima, et le central se savait incapable de supporter cela. De toute façon, son père le prenait déjà pour un fou ayant perdu toute raison, alors autant jouer cette carte.
« Non, papa. »
« Je m'en doutais, en plus ta mère m'a dit que tu as ENCORE été vu par un psy. T'en as pas vu assez, ou quoi, petit con ? »
« Arihiro, arrête ! »
« LA FERME, SETSUNA ! »
La mère de Tendō s'était mise à fondre en larmes sur son siège. Satori avait senti son sang se mettre à bouillonner, tout se mêlant en lui: l'annonce de sa maladie, son monstre de père, son fantôme de mère ; le cocktail écœurant lui avait donné la nausée, et pour couronner le tout, sa gorge s'était mise à le gratter affreusement.
L'adolescent n'avait pas hésité une seule seconde : dès que son père s'était arrêté à un feu rouge, il avait ouvert sa portière et couru sans se retourner. Rien n'avait pu l'arrêter, ni les hurlements rageurs de son père, ni les cris apeurés de sa mère, ni la masse étouffante qu'il avait senti remonter dans son larynx. Il avait couru à toute vitesse, ses pieds martelant les trottoirs bitumés et l'entraînant dans le dédale des ruelles de la ville.
Une fois que Satori s'était retrouvé dans une allée déserte, il avait laissé la boule qui lui brûlait la gorge s'en échapper. Un flot de pétales était sorti de sa bouche, s'amoncelant au sol en un tas dans lequel le jeune homme avait envoyé un coup de pied rageur.
Tendō s'était ensuite laissé glisser au sol, se calant contre un mur et reprenant son souffle. Après un long moment passé à se calmer, le lycéen avait sorti son téléphone de la poche de sa veste d'uniforme, ce qui lui avait permis de constater qu'il avait cinq textos de sa mère et quinze appels manqués de son père. Aucun intérêt à ses yeux - en revanche, Tendō avait également reçu un message d'Ushijima demandant de ses nouvelles. Satori avait longuement laissé planer ses doigts au-dessus du clavier avant de répondre, se contentant finalement d'un message bateau disant à son ami qu'il serait de retour le soir même.
Puis Tendō s'était levé et avait erré dans les rues de la ville. Il n'avait pas d'argent sur lui, alors impossible de s'arrêter dans un café pour se poser en attendant de rentrer à l'académie. Il se refusait à aller au club de volley : bien que considérant les membres comme sa famille, Tendō ne se sentait pas d'affronter leurs regards aussi peu de temps après l'épisode de la cafétéria. Il avait besoin de temps pour lui, pour appréhender ce que le docteur Matsukawa lui avait expliqué.
Ainsi, il n'était rentré qu'aux alentours de vingt-deux heures. Après sa courte discussion avec Ushijima, les deux amis s'étaient rapidement couchés.
Et Tendō ne parvenait toujours pas à s'endormir. Il attrapa son portable, qui gisait entre son oreiller et le mur ; l'écran indiquait 1h32, ce qui arracha un soupir frustré au central. Satori décida de sortir s'aérer un peu, comme il en avait l'habitude les nuits où l'insomnie décidait de lui rendre une petite visite.
Le numéro 5 descendit donc de son lit, prenant garde à ne pas trop faire bouger l'échelle de métal afin de ne pas réveiller Ushijima. Lorsque Tendō eut posé les deux pieds à terre, son regard s'attarda sur le jeune homme qui occupait le lit en-dessous du sien. À pas de loup, le roux s'agenouilla auprès de son ami assoupi, le contemplant d'un regard énamouré.
Lorsqu'il dormait, le visage de Wakatoshi perdait son air sévère pour afficher une expression plus sereine. Le Guess Monster savait à quel point, sous ses dehors austères, son capitaine était sensible et désireux de bien faire, que ce soir dans ses études ou sur le terrain ; Ushijima se donnait sans compter, et Tendō en savourait d'autant plus de pouvoir voir l'élu de son cœur enfin se reposer. Satori laissa son regard errer sur le corps d'Ushijima, recouvert d'un drap qui moulait les muscles de l'ailier que le central rêvait se pouvoir caresser de ses doigts. La poitrine de Wakatoshi se levait et s'abaissait à un rythme lent et régulier qui apaisait Satori. Les lèvres de l'adolescent étaient légèrement entrouvertes, si tentantes ; Tendō dut se faire violence pour ne pas y goûter, se contentant de regarder Ushijima un long moment en rêvant d'un jour pouvoir se glisser sous les draps, à ses côtés.
Une quinte de toux l'arracha subitement à sa rêverie et le ramena à la dure réalité de sa situation : il n'était que Tendō Satori, un central au don inné pour le contre intuitif, un paria qui avait la chance de pouvoir se dire le meilleur ami d'Ushijima Wakatoshi, sans oser espérer plus.
« Bah, où tu vas, Iwa-chan ? »
Oikawa regarda son meilleur ami d'un air perplexe. D'ordinaire, après leur entraînement du soir, les deux comparses rentraient toujours ensemble ; mais là, Iwaizumi semblait prêt à se diriger vers la direction opposé du quartier où ils vivaient. Le numéro 4 affichait par ailleurs une expression contrite et inquiète, regardant nerveusement son téléphone.
« J'ai reçu un message de Kageyama, il ne va pas bien. Il faut que j'aille le voir. »
« Oh, Tobio-chan, hein ? » s'enquit Oikawa d'une voix faussement mielleuse. « Il a bu du lait avarié, ou quoi ? »
Iwaizumi le fusilla du regard, mais il ne l'insulta pas, se contentant de tapoter sur le clavier de son téléphone un message en réponse au passeur de Karasuno. Cela inquiéta quelque peu le capitaine de Seijō : plus Hajime restait calme lorsqu'il adressait un reproche à Oikawa, plus il bouillait à l'intérieur.
Tōru ne portait pas vraiment son cadet dans son cœur, mais pour mettre Iwaizumi dans un tel état, quelque chose de sérieux devait être arrivé.
« Bon, d'accord, il s'est passé quoi ? » s'enquit Oikawa en suivant son ami.
Le pointu hésita un peu avant de répondre, mais l'inquiétude de Tōru ne semblait pas trop feinte, aussi décida-t-il d'être honnête :
« Quelqu'un s'est déclaré à Kageyama et s'est mis à pleurer quand il lui a dit qu'il aimait quelqu'un d'autre. Ça a mis Kageyama dans tous ses états. »
Le regard d'Oikawa s'assombrit, et il sentit ses poings se crisper. Un silence pesant s'installa entre le duo, qu'Iwaizumi rompit agressivement en interprétant mal la réaction du passeur :
« Oh, tu dois te dire que c'est idiot, mais Kageyama, lui, ne reçoit pas dix déclarations par semaine. »
« Je n'ai jamais dit que c'était idiot ! » protesta Oikawa d'un ton plus sec qu'il ne l'aurait voulu. « C'est le petit qui lui a déclaré sa flamme, non ? »
Hajime leva les yeux de son cellulaire, fixant Oikawa sans répondre. Ce dernier comprit que l'adolescent à la peau mate hésitait à confirmer ses soupçons, aussi se résolut-il à expliquer son raisonnement :
« Tobio a toujours été solitaire, au collège. Il n'a commencé à s'ouvrir aux autres qu'après avoir trouvé sa place au sein de son équipe, ce qui n'a été possible que grâce à Chibi-chan. Je pense qu'il a eu peur, en refusant les sentiments du petit, de gâcher cette relation si importante pour lui. »
L'ace de Seijō hocha la tête ; parfois, il avait tendance à oublier à quel point son ami était doué pour comprendre les autres, malgré ses dehors puérils et égocentriques. Iwaizumi ignora résolument l'air soudainement mélancolique de Tōru, se contentant de lui annoncer :
« Bon, du coup je vais chez Kageyama, on se voit demain. »
« … est-ce que tu as le numéro de Chibi-chan ? »
« Pardon ?! »
Iwaizumi pila net, s'arrêtant brusquement devant le passeur. Il le dévisagea avec méfiance, guettant la moindre trace de malice sur le visage d'Oikawa ; mais il n'en trouva pas, ses traits fins étant emplis de réflexion et de détermination.
« Non, je n'ai pas le numéro de Hinata, et même si je l'avais, je ne te le donnerais pas. » lâcha enfin le numéro 4.
« Hein ?! Mais pourquoi ? »
« C'est encore une de tes manigances, et je ne te laisserai pas- »
« Iwa-chan, ça t'arrive de penser que j'ai un cœur, moi aussi ? Et que là, j'ai vraiment pitié de Chibi-chan. Se faire piétiner le cœur par Tobio, le pauvre… »
Tōru affichait le même air suffisant qu'il avait l'habitude d'arborer quand il parlait de son cadet, mais il y avait un je-ne-sais-quoi dans ses prunelles chocolat qui convainquit Iwaizumi de lui faire confiance.
« Très bien, Shittykawa, je vais demander son numéro à Kageyama. Mais tu n'as pas intérêt à profiter de la situation pour manipuler Hinata, parce que sinon, tu vas le regretter. » menaça le vice-capitaine.
« Yay, merci Iwa-chan ! » s'enthousiasma le numéro 1. « Pour qui tu me prends, je te promets que je ne lui ferai aucun mal. À demain ! »
Le brun s'éclipsa après avoir salué son ami, son moral un peu amélioré à la perspective d'être bientôt en possession du numéro du petit corbeau.
Mais à peine se fut-il éloigné de cinq cents mètres que son téléphone portable sonna ; Oikawa jeta un coup d'œil à l'écran avant de répondre, et se sentit pris de sueurs froides et d'une violente nausée.
« Je croyais vous avoir dit de ne plus jamais me contacter. »
Hinata triturait nerveusement la bandoulière de son sac. Qu'est ce que le grand roi d'Aoba Jōsai pouvait lui vouloir pour lui demander un rendez-vous un samedi après-midi ? Sûrement, Oikawa devait avoir autre chose à faire que de traîner avec un membre d'une équipe rivale.
Il ne savait même pas comment Oikawa avait eu son numéro. L'adolescent avait juste reçu un message bardé de kaomojis le mercredi soir ; il ne l'avait ouvert que le jeudi matin, ayant passé la soirée à hurler sa déception et sa peine dans son oreiller. Le message, signé d'Oikawa, l'invitait à prendre un verre après son entraînement du samedi, sans plus d'explications. Dans un premier temps, Shōyō avait été très dubitatif, pensant qu'il s'agissait d'une blague ; mais l'offre du capitaine était sérieuse, alors le feinteur avait accepté avec enthousiasme. Avec un peu de chance, ils auraient du temps pour qu'Oikawa puisse lui prodiguer des conseils sur le service ou la réception.
Hinata fut tiré de ses pensées en entendant un bruit de pas. Il leva le regard et croisa celui d'Oikawa, qui lui offrit un sourire charmeur. Le brun, vêtu de son uniforme scolaire, adressa un petit signe au roux en le saluant :
« Bonjour, Chibi-chan ! »
« Bonjour… Oikawa-san. »
Le numéro 10 avait un peu hésité avant d'appeler son aîné ainsi ; d'instinct, il l'aurait appelé « grand roi », mais il s'était retenu.
Après quelques politesses usuelles, les deux lycéens partirent en direction du salon de thé où Oikawa avait invité Hinata. Ils ne menèrent pas grande conversation jusqu'à l'établissement, Hinata étant un peu intimidé par Tōru et ce dernier ne voyant pas l'utilité de bavardages superflus. Il avait invité le central pour une seule raison, et préférait attendre un peu avant d'en parler.
« Prends ce que tu veux, Chibi-chan, je t'invite. » annonça le passeur avec un sourire une fois qu'ils furent attablés devant leurs menus.
« C'est vrai ? Merci beaucoup ! » s'empressa de remercier le lycéen en salivant presque. La carte débordait de mets plus appétissants les uns que les autres, le choix allait être difficile. Tōru ne put s'empêcher de sourire devant l'air ravi et affamé du petit volleyeur.
Une fois qu'un serveur eut apporté leur commande, Oikawa estima qu'il était temps de rentrer dans le vif du sujet. Il but une gorgée de son thé avant de prendre la parole :
« Chibi-chan, il faut que je te parle de quelque chose. »
La bouche pleine de gâteau au chocolat, Hinata leva les yeux vers le capitaine assis en face de lui. Oikawa souriait toujours, mais il semblait soudainement plus calculateur, affichant une expression proche de celle qu'il arborait quand il se concentrait pour réussir un ace. Intrigué, Shōyō déglutit avant de hocher la tête pour signifier au brun qu'il l'écoutait.
« J'ai… entendu parler de ce qu'il t'était arrivé avec Tobio. » annonça Oikawa. Il n'appréciait pas de commencer aussi brutalement, surtout si peu de temps après le râteau que s'était pris Hinata, mais avec le roux la subtilité ne le mènerait pas loin. « Je suis désolé que ça se soit passé comme ça, et j'ai une proposition à te faire. »
Le goût sucré du gâteau au chocolat fut remplacé par une saveur âcre dans la bouche de Shōyō. Qu'est ce qu'il prenait à Oikawa de se mêler de sa vie amoureuse ? Et puis, qui lui avait dit, pour Kageyama ? Pas le numéro 9 lui-même, quand même ?
Tōru ne laissa pas à son cadet le temps de lui poser la moindre de ces questions, embrayant de suite sur l'offre qu'il avait en tête.
« Il se trouve que la personne avec qui Tobio sort… eh bien, disons que je l'apprécie beaucoup et… enfin, je pense que l'on pourrait trouver un arrangement, tous les deux. »
Hinata, horrifié, écarquilla les yeux lorsqu'il comprit où Oikawa voulait en venir. Il lui fallut digérer que Kageyema était en couple avant de comprendre ce que son rival lui proposait, mais lorsqu'il fut sûr d'avoir saisi, il remua frénétiquement la tête.
« Non ! Jamais je ne ferai ça à Kageyama ! »
« Réfléchis un peu avant de refuser. Je ne te parle pas de te venger de lui, enfin ! Je te propose simplement de t'aider à lui faire comprendre qu'il va bien mieux avec toi qu'avec- »
« Je ne veux pas briser son couple ! » s'obstina le central, dont les joues rougirent furieusement. « J'aime Kageyama, et je ne veux pas lui faire de mal ! »
« Chibi-chan, je t'assure que nous serions beaucoup plus heureux, tous les quatre. »
« C'est non, Oikawa. » répéta Shōyō en se levant de table. Le jeune homme hésita un peu avant d'ajouter : « Et si tu aimes vraiment la personne que Kageyama a choisi, alors- »
Avant qu'il n'eut le temps de réaliser ce qu'il se passait, Hinata sentit une vive douleur au bras droit, là où Oikawa l'avait violemment empoigné. Les traits du passeur étaient déformés de rage, et ses yeux emplis d'un feu ardent.
« Ne sous-entends plus jamais que je n'aime pas Hajime. » cracha le capitaine en raffermissant sa prise sur le poignet du lycéen terrifié. « Tu n'as aucune idée de ce que- »
« Monsieur, je vais devoir vous demander de vous calmer. » le pria un serveur d'une voix glaciale.
Oikawa s'excusa aussitôt, lâchant le poignet de Hinata et glissant un masque poli sur son visage hargneux. Mais lorsqu'il se retourna pour parler à son cadet, il constata que ce dernier n'était plus là, s'étant sans doute enfui dès qu'il en avait eu la possibilité.
Le souffle court, Tōru se laissa retomber sur son siège, son cœur battant à toute allure. Bon sang, mais qu'est ce qu'il lui avait pris ? Son intention n'avait jamais été de mettre le roux mal à l'aise ni de s'énerver contre lui ; bien au contraire, il voulait s'en faire un allié. Mais il avait perdu tout contrôle lorsque le numéro 10 avait insinué que ses sentiments envers Iwaizumi ne devaient pas être si forts que cela si Oikawa était prêt à le séparer de la personne que le numéro 4 avait choisie.
Il sentit une larme rouler sur sa joue, et rit d'un rire sans joie.
Retour à la case départ, hein, Tōru ?
On dirait que Oikawa est un sale petit con là comme ça mais tout sera expliqué plus tard mhmh
