De Jouissance Pourpre

Par : LittleRobbin

CHAPITRE UN

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« Le plus grand obstacle dans la construction d'une véritable relation saine est un sentiment justifié d'égocentrisme et d'égoïsme qui, au plus profond de nos âmes, semble entièrement raisonnable. »
—Larry Crabb.

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La première fois que Drago fut envoyé en mission avec Granger, ils finirent presque par s'entretuer. La situation dans sa globalité était, évidemment, assez stupide en fin de compte. Il avait pris part à d'innombrables missions auparavant et n'avait pas une fois laissé ses propres sentiments ou à ceux de quelqu'un d'autre d'entraver le bon déroulement des choses.

Un an déjà s'était écoulé et la majorité des membres de l'Ordre l'avaient accepté — ou du moins, se fichaient de sa présence et donc réussissaient à le tolérer la plupart du temps. Et il était un bon soldat — l'un des meilleurs. Ce n'était pas rare pour la jeune génération de Mangemorts de changer de camp après avoir réalisé qu'il n'y avait pas de gloire à tirer du fait de voir des gens, qu'ils avaient connus toute leur vie, se faire torturer et violer devant leurs propres yeux pour l'unique raison qu'ils étaient nés avec le mauvais type de sang.

En effet, Drago avait été surpris par l'important nombre de Mangemorts qui avaient suivi son exemple et rejoint l'Ordre. C'était comme si son volte-face avait précipité celui des autres, et il se demandait si cela n'avait pas été en partie la raison pour laquelle l'Ordre avait voulu le recruter. Vincent et Gregory avaient été les premiers, suivis de Théodore Nott — à la plus grande surprise de Drago, qui avait toujours vu le mystérieux jeune homme comme une sorte de sadique inavoué. Lorsque Pansy arriva — torturée, en sang et enceinte de trois mois depuis les profondeurs des cachots du Manoir Malefoy — le nombre augmenta.

Maintenant que tous les Serpentards étaient soit en planque soit luttant au côté de l'Ordre, Drago se demanda où le Serpent allait recruter ses futurs serviteurs. Mais il y en avait toujours d'autres, attendant avec impatience de remplir les places vacantes dans les rangs.

De soi-disant « Sang Pur » dont l'ascendance était douteuse au mieux, des sang-mêlé qui recherchaient simplement le pouvoir ou les rare nés-moldu, assez stupides pour croire que service rendu était synonyme de protection.

Les soldats les plus anciens étaient trop occupés à disputer la vraie guerre pour percevoir le courant sous-jacent sous leurs pieds. Les élèves que Drago, Vincent et Gregory avaient passé des années à tourmenter et harceler n'étaient pas si enclins à pardonner ou oublier. Mais Saint Potter avait fait campagne en leur faveur et, au bout du compte, la forte haine s'était réduite en un faible dégoût. Il y en avait même certains qui n'étaient pas moins contents d'entamer une amitié au milieu d'une guerre qui les avait dépourvus de la moindre camaraderie en un clin d'œil.

Mais Granger… Granger était différente. Elle était toujours la même Gryffondor écœurante de gentillesse, sympathique, bien sage et propre sur elle-même qu'elle avait toujours été. Elle désamorçait les conflits et réprimandait quiconque s'en prenait aux nouveaux venus. Elle était même allée jusqu'à s'asseoir avec eux à n'importe quel moment de la journée, avec un manifeste mépris pour les bornes indispensables entre eux et les autres. Ou encore pour le fait qu'elle n'était clairement pas la bienvenue. Et — à contrecœur — cela commença à faire effet. D'autres se mirent à faire la même chose. Les amitiés étaient liées et, si ce n'était pas de l'amitié, alors c'était au moins une certaine forme d'approbation.

Granger était la Déesse du Pardon. Pour chaque Serpentard qui croisait son chemin. Pour Drago, elle était un démon. Elle s'en prenait à lui pour la moindre petite chose. Elle méprisait chacune de ses opinions, les ignorant au mieux, s'y opposant férocement au pire. Il semblait que plus il tentait de se montrer affable, plus elle se mettait en colère. Il y eut des incidents durant lesquelles on avait dû intervenir pour les séparer — et il avait fallu, non seulement, mettre quelques pièces entre eux, mais aussi les envoyer chacun dans une planque différente.

C'est pour cela que Drago blâmait personnellement l'Auror aveugle et inconscient en charge de la mission qui avait cru bon de les mettre en tandem à la base. Il n'était pas entièrement sûr de la façon dont cela avait commencé. Les choses se déroulaient bien jusque-là. Et puis ils s'étaient perdus. (Drago savait que ce n'était pas de sa faute à elle si la carte était inexacte, que le paysage avait changé au fil des années et si la fumée provenant du champ de bataille juste derrière eux faisait que l'on ne pouvait pas voir à plus de trois mètres devant soi). Mais tout était de la faute de Granger.

Tout avait commencé par un commentaire las sur l'état de sa crinière broussailleuse qui obscurcissait peut-être sa vue, ce qui lui avait valu la familière vieille injure de 'fouine' et tout à coup, ils s'étaient sautés à la gorge en plein milieu d'une forêt, les sorts volant de gauche à droite et au milieu. Il avait fallu que ce bouffon de Londubat intervienne, avec l'aide d'un autre Auror que Drago ne reconnut pas, pour les séparer.

On convoqua une audience disciplinaire — ce qui signifiait essentiellement que Lupin les avait réprimandés de cette façon lasse et déçue dont il faisait toujours preuve et qui ennuyait Drago à en mourir mais qui faisait que Granger se mordait la lèvre inférieure, l'air de souhaiter ardemment que la terre s'ouvre et l'avale.

Mais lorsqu'ils quittèrent son bureau, sortant leurs baguettes respectives pour transplaner à différents lieux sûrs, elle croisa son regard pour la première fois en un an. Et acquiesça. Juste un hochement de tête. Cela ne signifiait rien de particulier. Cela ne rattrapait certainement pas le fait qu'ils s'étaient presque entretués, sans oublier le fait qu'ils avaient compromis toute une mission.

Tout de même. Drago ne put s'empêcher de sentir qu'une partie de la colère s'était estompée. Même si ce n'était qu'un petit peu. Lorsqu'ils se revirent après ça, il s'assura de lui balancer un commentaire sur son ton pompeux.

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Elle lui avait balancé une assiette à la tête en retour.

Hermione grimaça alors que la scène se rejouait une fois de plus dans sa tête, pressant son visage contre son oreiller, comme si cela pouvait en quelque sorte étouffer la honte qui courait à travers elle. Parce que, même si elle était une bonne combattante, avec un sacré bon crochet du gauche et une douzaine de maléfices sur le bout de la langue qui pouvaient pousser un ennemi à supplier sa clémence, Hermione Granger n'était pas une personne violente. Elle ne croyait pas en la violence. Elle ne la tolérait pas. Elle avait passé la plus grande partie de ses jours à l'école à essayer de convaincre Harry et Ron que ce n'était jamais la solution.

Elle se flattait d'être quelqu'un de logique avec la tête sur les épaules et un tas de bon sens. Mais lorsque cet — imbécile fini — homme était dans les parages, quelque chose prenait le dessus. Ils s'étaient pris la tête — toujours, tout le temps — à propos de quelque chose de stupide, et, comme d'habitude, cela s'était mué en une guerre de grande échelle, avec insultes verbales et hauts cris au point d'ameuter la moitié de la maison qui était venue voir d'où provenait le vacarme et l'autre moitié — la moitié qui savait à quel point leurs disputes étaient explosives — qui s'était tenue aussi loin que possible.

Il était exaspérant. C'était une diabolique, cruelle, abjecte, infâme et dégoutante créature tordue et elle souhaitait ne jamais plus avoir la malchance de poser ses yeux sur lui.

Mais tout de même. Lui jeter une assiette avait peut-être été un poil trop fort.

Heureusement, elle visait déjà assez mal dans ses bons jours, et le plat s'était écrasé sans trop de dégâts contre le mur à moins d'un mètre de sa tête. Elle devait admettre toutefois ; l'expression sur son visage avait été désopilante. C'était comme s'il n'arrivait pas à croire que la vertueuse, l'irréprochable Hermione Granger pouvait ne jamais se conduire d'une telle façon.

Et maintenant, elle avait honte. Honte parce qu'elle n'était pas quelqu'un de violent. Honte parce que, malgré cela et tout en sachant que ce qu'elle avait fait était mal, elle ne pouvait nier que cela l'avait décidément fait se sentir bien. Cela avait eu le même effet que lorsqu'elle lui en avait collé une en troisième année — cette même stupéfaction, et puis un éclat de… Quelque chose d'autre avait illuminé brièvement ses yeux gris. Quelque chose qui avait fait contracter son estomac et lui avait fait retenir son souffle. Parce que, même si elle savait qu'il ne lui ferait jamais vraiment mal — quoique parfois elle croyait que c'était une possibilité — elle ne pouvait pas nier le fait qu'il lui avait fait peur.

Alors lorsqu'elle descendit pour le petit déjeuner le lendemain matin, ce fut avec plus qu'un peu d'appréhension. Ils se trouvaient dans une des planques de l'Ordre. C'était un de ses lieux sûrs préférés, à vrai dire. Assez proche de la mer pour sentir l'odeur iodée et celle des algues, mais assez loin pour qu'elle ne sente pas l'écœurant embrun de l'océan sur sa peau à chaque fois qu'elle allait dehors. Théodore Nott se trouvait déjà là, le nez fourré dans un livre qu'Hermione reconnut comme étant l'un de ceux qu'elle lui avait prêtés quelques jours auparavant. Parkinson était également là.

Les deux jeunes filles échangèrent un bref regard et un hochement de tête, le silence teinté d'une légère gêne. De tous les nouveaux arrivants Serpentard (à l'exception de Malefoy, bien sûr), Parkinson avait été la plus difficile à dompter. La jeune fille était boudeuse au mieux, carrément pourrie gâtée au pire. Au contraire de ses camarades, elle n'avait pas choisi de vivre sous la protection de l'Ordre, mais avait plus été forcée de le faire sous la contrainte des circonstances. Et elle s'assurait que tout le monde le sache.

Hermione chantonnait à voix haute dans sa tête afin de se distraire de ces pensées irritantes et s'affaira à mettre la bouilloire moldue sur le feu (encore une raison pour laquelle Parkinson détestait la plupart des dispositions de l'Ordre. Les planques et lieux sûrs étaient emplis d'appareils moldus et magiques en part égale). Par-dessus le sifflement de l'eau en ébullition, Hermione entendit la porte s'ouvrir et se refermer.

Elle sut que c'était lui simplement par la façon dont la pièce donnait soudain l'impression d'être plus étroite, l'empêchant de respirer confortablement. Le plan de travail sur lequel elle était adossée ne semblait plus confortable, c'était désormais plus comme une cage — l'endroit parfait pour se retrouver acculée. Elle se fit violence pour ne pas réagir — autrement que par l'instinctive tension qui s'emparait d'elle à l'approche de n'importe quel ennemi — et se concentra sur la vue à travers la vitre fissurée de la fenêtre crasseuse.

S'il salua ses amis, elle ne l'entendit pas. Cela aurait pu être en partie imputé à l'assourdissant martellement de son cœur dans sa gorge. Mais elle pouvait pratiquement sentir chacun de ses mouvements. Son esprit le traqua à travers la cuisine jusqu'au cellier, son ouïe percevant le bruit de la corbeille à pain alors qu'il fouilla dedans — la laissant probablement complètement désordonnée, malgré tous les efforts qu'elle avait fournis pour organiser le garde-manger.

C'est pour cela qu'elle fut surprise lorsqu'elle découvrit que, malgré son nouveau radar-Malefoy, elle ne sentit pas sa présence jusqu'à ce que son corps se retrouve à quelques centimètres du sien. Son bras serpenta autour d'elle, déposant les tranches de bagel dans le toaster, avant que ses deux mains ne viennent se poser sur le comptoir craquelé, de part et d'autre de son corps.

Elle savait que le bagel ne pourrait pas rester dans l'appareil pour toujours. Elle savait que, finalement, Dieu, ou n'importe qui d'autre, aurait pitié d'elle et propulserait les morceaux de pain hors du toaster, la libérant par la même occasion. Elle le savait, mais elle ne pouvait pas vraiment le sentir. Elle pouvait sentir chacune des trois minutes s'écouler, chaque seconde décomptée par les expirations chaudes qui soufflaient par intermédiaires égales sur ses cheveux.

Elle serra les dents. Serra les poings. Refusa de régir de quelque façon que ce soit qui pourrait lui donner ne serait-ce qu'un semblant infime de satisfaction. Enfin — pop ! Il saisit les tranches de bagel au vol, s'attardant un moment, le temps de prendre une lente bouchée avant de faire un pas en arrière, hors de son espace personnel.

Hermione prit une profonde inspiration calmante. Il était hors de question, absolument hors de question, qu'elle lui donne la satisfaction de l'engueuler, crier ou de lui montrer de quelque façon que ce soit à quel maudit point il l'irritait. Elle ne se mettrait pas à se tirer les cheveux ou à lui lancer un sort qui l'aurait propulsé dans le prochain millénaire.

Le bruit de ses pas résonna nettement à travers le sol en linoleum et elle les compta, patientant avec un soulagement exponentiel. Peut-être que cela avait-il marché. Peut-être s'était-il lassé de la tourmenter le temps d'une journée. Peut-être avait-il cru sa farce de mépris total. Les bruits de pas cessèrent sur le pas de la porte.

« Oh, Granger ? » dit-il de sa voix traînante. « Tu devrais peut-être arranger tes cheveux avant de descendre ici le matin. J'ai peur que ça ne s'anime un de ces jours et m'étrangle à mort. »

Ou peut-être pas. Le temps qu'elle se retourne, paquet de bagel à la main, la porte s'était refermée sur son rire décontracté.

« Tu ne devrais pas le laisser t'affecter. »

La voix de Pansy la tira hors de sa fulminante rêverie, ce fut assez pour lui faire réaliser que sa bouche était toujours silencieusement ouverte à la recherche d'une réplique qu'il n'entendrait jamais. Hermione observa la Serpentard suspicieusement, luttant toujours contre sa frustration. Parkinson lui adressa un bref regard et soupira, comme le ferait quelqu'un confronté un enfant particulièrement lent à la détente qui n'arrivait pas à comprendre un simple problème.

« Drago, tu ne devrais pas le laisser te perturber. »

« Il ne me perturbe pas, » cingla Hermione.

« Bien sûr. Eh bien peut être que tu devrais libérer les bagels de ta prise de la mort. Certains d'entre nous apprécient d'en manger le matin. »

Hermione laissa rapidement tomber le paquet sur le plan de travail, les joues empourprées de honte et de colère. Parkinson soupira à nouveau, sortant deux tasses et la boite de café.

« Je suis sérieuse. Il le fait seulement parce qu'il veut que tu arrêtes de le haïr. »

Hermione s'était toujours enorgueillie de sa capacité à comprendre les choses assez rapidement. Cependant, ça, elle ne le comprit pas.

« Pardon ? »

Parkinson haussa les épaules.

« Je ne sais pas. Je suppose qu'il croit que s'il te pousse à t'énerver assez, tu pourrais finalement te libérer de toute ta colère ou quelque chose comme ça. »

« Ça n'a aucun sens, » marmonna Hermione, prenant distraitement la tasse offerte, la tenant entre ses mains jointes.

« Hey, je n'ai pas dit que ça en avait un. On parle de Drago. Très peu de ce qu'il fait a un sens aux yeux d'une personne raisonnable. Cela dit, » ajouta-t-elle dans un autre haussement d'épaules, « il ne serait pas capable de réussir la moitié des missions qu'il accomplit s'il n'était pas au moins un peu dingue. »

Il y eut une pause. Nott rit doucement, avant de tourner une page de son livre. Hermione réfléchit à ce que venait de dire Parkinson et fronça les sourcils.

« Je ne le hais pas. »

Parkinson laissa échapper un soupir exaspéré et se déplaça pour venir s'asseoir à la table de la cuisine.

« Ce n'est pas à moi que tu devrais dire ça. Je ne suis pas celle qui est apparemment suicidaire. »

Le froncement d'Hermione s'approfondit mais elle ne trouvait rien d'idéal à répondre à ça, donc elle demeura silencieuse et prit une gorgée de son café plutôt. Son air renfrogné se plissa en grimace. « Je prends deux morceaux de sucre dans mon café. »

Parkinson la considéra avec une expression impassible. Un sourcil parfaitement dessiné se leva délicatement, formant un arc.

« Granger, » dit-elle. « Je m'en fiche. »

Mais elle poussa la chaise en face de la sienne de son pied et après une légère hésitation, Hermione s'en approcha, s'y installant. C'était juste un café. Mal fait, qui plus est.

Mais qui sait ? Peut-être que c'était de cette façon dont les amitiés commençaient ? Ou, si ce n'était pas là le début d'une amitié, c'était tout du moins la fin d'une rivalité.

Elle avait toujours su que Ron et Harry et le reste des Gryffondor seraient prêts à mourir pour elle et elle pour eux. Peut-être, dans le monde réel, loin de la douillette salle commune, ce n'était pas aussi simple que d'éliminer un troll et de vivre heureux jusqu'à la fin des temps. Peut-être cela devait se dérouler ainsi, avec un mauvais bol de café et une conversation à peine civilisée.

Elles burent leur café dans un silence brisé seulement par l'occasionnel bruissement des pages du livre de Nott.

::

Drago était en Enfer.

Les ténèbres l'encerclaient — épaisses, d'un noir impénétrable, s'abattaient sur lui, l'oppressaient, l'enserraient, saisissant son corps dans une prise d'acier qui l'empêchait de reprendre son souffle, le noyaient, jusqu'à —

Il se tenait seul, debout au milieu d'une clairière d'arbres de cerisiers. Un parterre de doux pétales roses caressait ses pieds nus et le doux parfum qui emplissait ses narines était assez pour le faire tomber lourdement à genoux, sa tête bougeant pour se poser le temps d'une seconde —

Des objets en métal défilèrent, le dépassèrent à la vitesse de l'éclair. Le bruit de pneus crissant contre le bitume lui donna mal aux dents et son cœur battait à tout rompre. Les phares l'aveuglèrent, transformant son hasardeux voyage à travers la route nationale en un tourbillon de blanc. Un klaxon retentit, trop fort pour son mal de crâne déjà lancinant. Il se retourna à temps pour voir un camion rouler droit vers lui, les deux phares de lumière grossissant jusqu'à se transformer en une —

Drago recracha en toussant, la potion au goût amer qui venait d'être enfoncée dans sa gorge, elle égoutta le long de son menton. Il se débattit pendant quelques moments avant de reconnaitre le visage des jumeaux suspendus au-dessus de lui mais sans l'habituelle expression d'amusement espiègle.

« Tu dois la boire, Drago, » dit Fred — ou était-ce George ?

Il résista encore une seconde avant de décider que, s'ils étaient en train d'essayer de l'empoisonner, la mort serait de toute façon préférable à la douleur actuelle. La potion était abominable et il lutta contre l'envie de vomir quelques instants avant d'avaler.

« Putain, c'est quoi ce truc ? » lança-t-il d'une voix éraillée lorsqu'il sentit qu'il pouvait parler sans risque de dégobiller.

« Ça, mon ami, c'est notre dernière invention, » répliqua Fred, un large sourire en place maintenant qu'il apparaissait que Drago allait survivre.

« Quelle est la dernière chose dont tu te souviens ? » demanda George. Il avait une de ces bizarres plumes moldues à la main, la pointe posée sur un bloc de papier blanc.

Drago ferma les yeux à nouveau, luttant contre l'assaut de la migraine qui se manifestait à l'arrière de son crâne et réfléchit. Il se rappelait faiblement d'avoir débarqué dans la cuisine, espérant mettre la main sur un de ses délicieux petits plaisir moldus dont il s'était entiché dernièrement (Pop Tarts, ou un nom ridicule dans ce genre). Il avait aperçu une vieille botte usée sur la table et se souvenait avec une clarté soudaine de la ferme prise au niveau de son nombril à la seconde où il l'avait touché.

« Un Portoloin ? »

« Ah, il suit bien, » commenta Fred.

George esquissa un rictus arrogant. « C'est comme un Portoloin. Cela y ressemble dans chaque aspect — l'objet inutile, la lumière bleue, le tiraillement familier —»

« Il y a juste une seule différence très importante, » interrompit Fred.

« Et laquelle ? La capacité de causer une migraine de la mort qui tue ? »

« Non. Même si on est désolés pour ça. C'est un effet secondaire malencontreux sur lequel on va se pencher. Ça amoche pas mal l'esprit lorsque ça le compresse de cette façon. »

A cela, Drago leva un sourcil. Les premiers émois de panique commençaient à s'élever dans son estomac.

« Compresse ? » Des pensées de tumeur cérébrale, d'abcès et d'autres horrifiantes pathologies médicales compliquées que ces jumeaux déments lui avaient probablement infligé défilèrent inconfortablement à travers son esprit.

« Ne t'en fais pas, » s'empressa d'ajouter George. « C'est absolument sans risque. »

« Tout ce qu'on a fait c'est de faire croire à ton esprit qu'il avait pris un Portoloin loin d'ici. Les endroits que tu as vus, les images dans ta tête n'étaient que ça — des images. Rien n'était réel. »

« Ça m'avait l'air foutrement réel quand même, » marmonna Drago, leur jetant un regard plus ou moins dédaigneux. Il lui était difficile de s'accrocher à sa colère lorsqu'il se trouvait intrigué et que sa curiosité prenait le dessus.

Sa migraine s'était déjà estompée en une douleur sourde et, alors qu'il reprenait ses esprits, son intérêt augmentait rapidement. Il se força à se mettre sur ses coudes, scrutant la vieille botte marron là où elle était posée innocemment à ses pieds. Après un bref coup d'œil en direction des jumeaux, il tendit la main et pressa un doigt contre la pointe de la chaussure.

—une plaine couverte de neige prise dans les affres d'un blizzard, un précipice battu par une pluie torrentielle, une forêt aux arbres emmêlés aux branches les uns les autre, s'accrochant à ses vêtements, écorchant sa peau—

« Ça fait partie de notre gamme de capture, » l'informa Fred une fois qu'il eut repris son souffle. « Suffit qu'un Mangemort touche un de ces machins et il se retrouvera perdu dans les méandres de leur propre esprit jusqu'à ce quelqu'un lui administre la potion de retour. »

« C'est du génie, » murmura Drago, fixant la botte avec une appréciation nouvelle.

« Evidemment… » Devant l'hésitation de George, Drago leva les yeux. Et dut résister à l'envie de les baisser à nouveau. Les jumeaux le regardaient attentivement, une lueur avide se reflétant dans leurs yeux bleus identiques.

« Nos expérimentations ne peuvent pas vraiment aboutir sans un volontaire consentant, » continua Fred dans un haussement d'épaule.

Lorsque George poussa un soupir théâtral, Drago sentit les sonnettes d'alarme commencer à retentir. « Si seulement on avait quelqu'un d'assez brave pour faire un pas en avant et sacrifier quelques heures de son temps libre par semaine afin de nous aider dans notre noble tâche. »

« Et pourquoi ça ne peut pas être testé sur l'un de vous deux ? » s'enquit Drago.

« On l'a déjà testé à tour de rôle. On n'avancera jamais à moins d'avoir une troisième personne pour expérimenter la chose, nous permettant ainsi de tirer des conclusions et noter nos observations respectives. »

« Et, après tout ce que tu as fait subir à notre famille… »

La personne qui avait déclaré que les Gryffondor étaient incapables de chantage n'avait vraisemblablement jamais rencontré les jumeaux Weasley. En fait, Drago se serait même presque laissé aller à dire qu'ils auraient plus eu leur place à Serpentard, s'ils n'avaient pas été si foutrement nobles.

Son regard passa d'un sourire calculateur à l'autre, réalisant trop tard qu'il s'était laissé tomber directement dans leur piège. C'était impossible. C'était dégradant. Un Malefoy jouant les cobayes pour ces traitres à leur sang de jumeaux Weasley ? Ses ancêtres n'allaient pas seulement se retourner dans leur tombes à ce stade — ils allaient carrément décimer leurs caveaux. Il ferma les yeux à nouveau contre la migraine qui refaisait son apparition avec une soudaine violence et respira lourdement par le nez.

« Pourquoi ai-je le sentiment que je vais le regretter ? » demanda-t-il. Les rires quasi-dialogiques qui accueillirent sa question ne firent rien pour apaiser son esprit.

::

Hermione savait qu'elle aurait dû se concentrer sur la bataille qui l'entourait. Elle savait que les maléfices qui voletaient de droite à gauche étaient à deux doigts de l'achever dans un flash de lumière.

Néanmoins, elle demeura figée, les yeux fixés sur l'échange devant elle. Elle avait vu Zabini s'approcher de Malefoy, avait perçu la lueur de reconnaissance vaciller sur le visage du blond avant que la détermination ne prenne place. Avait observé, subjuguée devant l'échange de sorts, aussi débordant de venin et de haine et d'urgence que l'étaient tous les autres autour d'eux.

Et puis, il y avait eu une hésitation. Malefoy avait levé sa baguette, bouche entrouverte, maléfice au bord des lèvres. Et puis — rien. Pas de lueur verte. Pas de lueur, rien du tout. Les deux hommes se tenaient debout face à face, à peine à eux mètres l'un de l'autre. Il y avait un éclat spéculatif dans les yeux sombres de Zabini et, lorsqu'il pencha la tête légèrement, ce geste rappela à Hermione la façon dont deux duellistes s'inclinaient à la fin d'un match particulièrement satisfaisant. Il tourna les talons et disparut.

Malefoy continua de fixer l'endroit où Zabini s'était trouvé pendant un long moment, apparemment perdu dans ses pensées. Puis, sans même une fraction de pause, il se détourna et se jeta à nouveau dans la bataille, devenant un inidentifiable flou au milieu du combat.

Plus tard, lorsque la lutte fut finie pour la journée et que les blessés avaient été transportés à St. Mangouste, elle partit à sa recherche. La planque dans laquelle ils se trouvaient était assez spacieux pour qu'ils n'aient à partager un lit qu'entre deux personnes uniquement. C'était une chose à laquelle elle s'était habituée — avait dû s'habituer — dormir avec des inconnus. Elle avait déjà eu affaire au mâle lambda qui avait tenté quelque chose avec elle. Elle ne leur en voulait jamais. Ils étaient en temps de guerre et elle n'était plus la naïve jeune fille de dix-sept ans d'avant qui croyait que le sexe était seulement quelque chose qui se déroulait entre deux personnes amoureuses. Pour la plupart, c'était une sorte d'échappatoire.

Dans une période où le garçon qui s'était assis à côté de vous en classe pendant sept ans pouvait être tué en un bref flash de lumière, tout le monde recherchait une source de réconfort. Ginny lui avait dit une fois que c'était simplement une question d'être proche d'un autre être humain sans avoir à se préoccuper de s'ils allaient mourir le jour suivant. Hermione lui avait dit qu'elle comprenait. (Ce n'était pas le cas.)

Alors cette nuit-là, comme n'importe quelle autre, la maison était emplie de grognements graves issus des activités charnelles qui se déroulaient derrière les portes closes.

D'habitude, cela ne l'aurait pas dérangée. Elle aurait fermé les yeux, fourré sa tête dans son oreiller et se serait endormie avant même d'avoir le temps de se sentir embarrassée.

Excepté que dix minutes auparavant, elle avait vu Neville conduire une Parvati rougissante à l'intérieur de la chambre à côté de la sienne. Elle avait passé exactement huit secondes à essayer de prétendre que ces gémissements particuliers n'étaient pas comme les autres — insignifiants et n'ayant rien à avoir avec elle. (Mais c'était Neville et c'était Parvati et il y avait des choses difficiles à ignorer, peu importe combien de coussins elle pressait contre ses oreilles.)

Elle songea faiblement qu'elle devait bien être la seule à ne pas profiter de son lit alors qu'elle enfilait son manteau et ses bottes par-dessus son pyjama (et se fit violence pour repousser toute pensée se rapportant à Square Grimmauld et au réconfortant défilé de Weasley qui l'y attendait).

Eh bien. Apparemment c'était aussi le cas de Malefoy. Elle avait été quelque peu surprise de le trouver dehors sur le porche, allongé sur la balançoire en bois. Une cigarette en équilibre entre les doigts de la main qui pendait par-dessus le rebord, son autre bras replié derrière sa tête.

Il ne réagit pas lorsque la porte s'ouvrit, ni même au bruit de ses lourdes bottes contre le parquet. Elle hésita, se retourna à moitié vers la maison. Prit une décision. S'adossant contre la porte désormais fermée, elle croisa les bras contre sa poitrine et l'examina.

Son expression était particulièrement paisible. C'était quelque peu étrange de le voir sans son masque d'indifférence impassible. Il avait presque l'air comblé.

« Je t'ai vu aujourd'hui, tu sais, » dit-elle, et peut-être imagina-t-elle sa grimace face au silence brisé. « Avec Zabini, » ajouta-t-elle lorsqu'il ne répondit rien.

« Tu devrais vraiment te concentrer plus en plein combat, » déclara-t-il de sa voix traînante après une légère pause. « Tu ne voudrais pas que ta jolie petite tête soit réduite en pièces parce que tu ne fais pas attention. »

« Pourquoi t'a-t-il laissé partir comme ça ? Mieux encore, pourquoi l'as-tu laissé partir ? »

« Peut-être que je me sentais d'humeur charitable. Le pauvre a toujours été un combattant exécrable. »

« Voilà qui est une opinion particulièrement amicale à avoir à propos de l'ennemi. »

Il s'était mis debout avant même qu'elle est l'occasion de réaliser qu'il avait bougé. Sa baguette serrée dans sa main, mais la pointe offensive resta dirigée inutilement vers le sol. Elle pointa la sienne en direction de sa tête. Après un moment tenu, ses lèvres ébauchèrent un sourire narquois.

« Tu vois, Granger, » dit-il, mettant sa baguette de côté à nouveau et reprenant sa position initiale, « cela fait un an maintenant que nous sommes du même côté. Mais tu es toujours aussi encline à dégainer ta baguette contre moi. »

« Je ne te fais pas confiance. »

Il devint sérieux pendant un seconde. Leurs regards s'ancrèrent l'un dans l'autre.

« Bien. Tu ne devrais pas. »

Le moment passa. Hermione changea de position, mal à l'aise face à la soudaine intensité de ses yeux. Et puis, ça s'estompa et son expression devint presque mélancolique.

« Si tu changeais de bord demain, serais-tu prête à tuer ta précieuse Belette ? Ou encore le Survivant-Qui-Ne-Veut-Foutrement-Pas-Se-Décider-A-Crever ? »

« Je ne serais jamais capable de les trahir. »

Il leva son regard vers elle à nouveau.

« Tu ne pourras jamais le savoir d'avance. Tu ne sais pas ce qui serait susceptible de te transformer en meurtrière. Personne ne naît avec la capacité ou le désir de tuer. Personne ne vient dans ce monde empli de haine. C'est quelque chose qu'on apprend. »

« La haine ne s'apprend pas. C'est quelque chose que les mots et les actes d'autrui implantent en toi » répondit Hermione. Son rictus la troubla.

« Quelle pieuse petite Gryffondor. Je me demande si tu sais même vraiment ce que la véritable haine est ? »

« Je te hais, » dit-elle sincèrement. Son rictus ne flancha pas.

« Je n'en doute pas. »

Il porta la cigarette à ses lèvres, inhalant profondément, la fumée serpentant entre ses lèvres comme le souffle d'un dragon. « Assieds-toi, Granger. »

La seule place disponible était celle sur laquelle il était présentement vautré.

« Je suis bien là, merci. »

« Est-ce que tu veux entendre ce que j'ai à dire ou pas ? »

Elle hésita. Il la fixa avec un regard légèrement amusé.

« Granger. Assieds. Toi. »

Relevant le menton légèrement, rassemblant sa dignité autour d'elle comme une cape, elle se percha sur le rebord du banc à ses pieds, jeta un coup d'œil dégouté à ses bottes boueuses. Souriant narquoisement à nouveau, il se déplaça de façon à ce qu'elle ait plus d'espace pour s'asseoir sur la surface en bois, la regardant pensivement alors qu'elle tentait de se mettre à l'aise sans toutefois toucher la moindre partie de son corps. Lorsqu'elle fut installée, il lui tendit sa cigarette.

« Tu n'en aurais pas une autre ? » demanda-t-elle, plissant son nez face à la perspective de devoir poser sa bouche sur quelque chose qui avait effleuré la sienne quelques secondes seulement auparavant.

« Pénurie, Granger. C'est déjà difficile de mettre la main sur un paquet comme ça. Arrête d'être si prude et prends une taffe. »

Lui lançant un regard indigné, elle la prit quand même, prenant plaisir dans le familier frisson de nicotine qui pénétra dans son système. Sa propre ration s'était épuisée il y avait des semaines de cela et elle n'avait pas réalisé à quel point elle en avait besoin jusque-là. Le temps que Drago commence à parler, cigarette en sa possession à nouveau, elle avait perdu assez de sa colère pour sentir son intérêt s'éveiller.

« Tu es enfant unique, n'est-ce pas Granger ? »

« Tu l'es aussi, » contra-t-elle rapidement, ne comprenant pas pourquoi elle avait ressenti ça comme une insulte. Mais Drago se contenta simplement de secouer la tête.

« Lorsque tu es sang pur, tu n'es jamais enfant unique. Nous sommes une race en voie de disparition, Granger. Les véritables familles de sang pur sont rares, si ce n'est inexistantes. Nous avons tous notre lot de sang-mêlé et de Cracmols et de mariages scandaleux avec des moldus quelque part dans notre arbre généalogique. Tu as l'air surprise. »

« Surprise de te voir l'admettre, » confessa Hermione.

Il haussa les épaules.

« Malgré ce que tu crois, je ne suis plus ce petit garçon morveux que tu as connu. »

« Tu es toujours un connard. »

« Je suis toujours un connard, » acquiesça-t-il, rictus en place. Il prit une longue bouffée, lui passa la cigarette à nouveau. Son expression devint songeuse. « Nous avons tous grandi ensemble — Pansy, Crabbe, Goyle, Theo — je ne me souviens pas d'une époque où ils n'étaient pas mes… Si ce n'est amis, alors des connaissances. Mais Blaise et moi… Nous étions comme des frères. Nous avions la même nourrice. Nous avons littéralement grandi ensemble. Quelque part entre les lignes, son sang et le mien sont identiques. » Ses lèvres formèrent un sourire amusé. « Ma mère avait toujours l'habitude de dire que nous étions comme des frères siamois. Nous étions tout le temps en train de causer des dégâts — on a eu affaire à un nombre record de nounous. »

Il se tut pendant longtemps, acceptant la cigarette avec un bref regard. Lorsqu'il parla à nouveau, sa voix était basse, si ce n'est un peu froide.

« Nous sommes frères. D'enfance, de Poudlard, de guerre. Ça ne changera jamais. Je ne pourrais jamais le tuer. Cela me détruirait. »

Le silence tomba et s'installa. Hermione se déplaça de façon à ce que son dos soit contre l'accoudoir en bois, ses genoux repliés contre sa poitrine. Si Malefoy avait remarqué son regard scrutateur éhonté, il ne dit rien à ce propos, et son visage demeura aussi fermé que jamais.

« Pourquoi est-ce que tu me dis tout ça ? » Sa voix semblait trop forte dans la tranquillité de la nuit et elle grimaça malgré elle.

Il ne répondit pas immédiatement, le banc tangua lorsqu'il bougea pour s'asseoir, repliant ses jambes dans une parodie de sa position à elle. Ses yeux débordaient de quelque chose qu'elle n'arrivait pas à comprendre, même si elle tenta ardemment d'en saisir la signification.

« Parce que, » déclara-t-il finalement, « Je veux que tu comprennes pourquoi je ne l'ai pas tué aujourd'hui. Je veux que tu comprennes pourquoi, si jamais la situation venait à survenir, je ne serais pas capable de te protéger contre lui. »

Elle soutint son regard. Résista contre le besoin de ciller.

« Je n'ai pas besoin de ta protection. »

« De quoi as-tu besoin, Granger ? » La question, posée si doucement, la prit de court, et elle blâma le ton de sa voix pour la réponse qui jaillit d'entre ses lèvres si volontiers

« La vérité. » Elle grimaça et détourna les yeux vers le jardin qu'elle savait se trouver là, au-delà de la pénombre et qu'elle ne pouvait pas voir. « Tu veux que j'arrête de te haïr. Je veux arrêter de te haïr. Mais je ne… Je n'arrive jamais à te cerner. Tu es toujours si indifférent. Je n'arrive pas à te comprendre. »

« Toujours à vouloir tout savoir, hein, Granger ? » le ton de sa voix était taquin, mais il s'y trouvait également une certaine froideur.

Elle soupira, se força à croiser son regard.

« Si tu veux que ceci fonctionne, j'ai besoin d'être capable de te faire confiance. »

« Et le fait de te le promettre fera que tout ça disparaitra ? Je ne crois pas, Granger. »

« Non, » admit-elle dans un haussement d'épaule. « Mais ça aiderait. C'est comme le troll dans les toilettes. »

« Le quoi ? »

Elle balaya sa question d'un geste de la main. « Façon de parler. Tout doit commencer quelque part. Ou devrais-je dire, chaque rivalité doit se terminer. Je ne suis pas en train de dire que ça tout sera rose et ciel bleu dorénavant. Mais c'est mieux que de te balancer un plat en pleine tête. »

Elle s'attendait à ce qu'il se moque d'elle, ou tout du moins, qu'il dénonce ses stupides méthodes Gryffondor. Mais lorsqu'elle finit par lever les yeux de ses mains nerveuses, son expression était songeuse, aucune trace d'amusement frôlant ses lèvres. Trois secondes passèrent. Six.

« Pas de mensonges, » dit-il.

« Pas de mensonges, » répéta-t-elle.

Il acquiesça. C'était simplement un furtif mouvement de la tête — se levant d'un millimètre, se baissant d'un millimètre. Cela ne signifiait pas nécessairement que quoi que soit allait changer. Ce ne signifiait réellement rien du tout. Mais une partie de la tension quitta son estomac. Et lorsque la cigarette fut réduite à rien de plus que le filtre, elle avait oublié de s'inquiéter du fait que ses jambes frôlaient presque les siennes, ou qu'il avait égoïstement gardé pour lui la dernière taffe, au lieu de la lui offrir. Elle pencha la tête en arrière, choisissant ses étoiles préférées. Elle étouffa un léger rire, ignorant le regard déconcerté qu'il lui jeta.