Il se faisait tard, la nuit était tombée depuis quelques heures déjà. Hermione enfila alors sa cape noire et quitta son appartement en plein centre ville de Londres, non sans se demander comment Ron avait su retrouver son chemin dans ce monde qu'il ne maitrisait pas, avant de transplaner jusqu'au chemin de traverse. Arrivée là bas, elle se contenta de baisser la tête et de marcher à pas de loup dans la grande ruelle encore animée, pour ne pas se faire voir des quelques sorciers présents dans les pubs et tavernes. Sorciers qui seraient susceptibles de la reconnaitre et de l'aborder. Elle le savait, c'était risqué, mais elle ne pouvait faire autrement, elle en avait besoin.

La rue adjacente au chemin de traverse enfin à vue d'oeil, elle s'y fonda presque, parcourant avec empressement les ruelles sombres de l'allée des embrumes, grattant presque les murs en rajustant davantage sa capuche pour cacher son visage. Elle avança, avec prudence, mais savait qu'un danger potentiel n'était pas à craindre même si le risque zéro n'existait pas. En effet, le ministère de la magie ayant pris connaissance ou simplement décidé d'agir, décida d'entamer quelques perquisitions à l'allée pour saisir et justifier cette crainte d'un potentiel cheminement de magie noire qui cumulerait ici bas. Car oh ça oui, il lui fallut tomber bien bas, pour se retrouver ici ce soir là.

Il lui fallait des réponses.

Quelques rues plus tard, la jeune femme entra dans un bâtiment partiellement délabré pour ne pas dire tombant en ruine, puis monta quelques marches pour enfin arriver au troisième étage. Elle toqua une fois, laissa quelques secondes précises s'effiler, puis réitéra son geste deux fois consécutive. N'en semblant pas étonnée, elle vit la porte s'ouvrir légèrement suivie du bruit du bois usé qui grinça sous ses pas. Elle entra alors, toujours avec ce même réflexe de baguette à la main. La pièce qu'elle découvrit était pour le moins miteuse, confinée sur elle même, sale. Il n'y avait pas de lumière, sauf celle apportée par la nuit. Le vent qui entrait par le carreaux cassé de la fenêtre se faisait frais en cette heure tardive, et dans sa contemplation de l'espèce, Hermione sursauta en entendant la porte se refermer derrière elle.

Et elle se souvint.

Septembre 1996, sixième année.

Être dans la Grande Salle, de nouveau, était un luxe que beaucoup d'élèves ne savouraient que d'ignorance et de dédain. Beaucoup semblaient ne pas s'en préoccuper et ressentir une certaine sécurité, considérant Poudlard comme une protection supplémentaire qui s'ajoutait à leurs propres barrières.

Pourtant, pour Hermione, tout ce périple, la 3/4, le Poudlard Express, les radeaux et les calèches étaient le dut d'un pressentiment malheureux. Car ils le savaient tous, et ce malgré les sourires éparpillés d'une part et d'autre de la salle, que cette année ne serait marquée que par la peur du sang.

La salle s'était remplie, le discours avait été prononcé par le directeur et le festin était apparu, sous le ciel magiquement étoilé qu'offrait la salle. Les premières années s'extasiaient encore, tandis qu'Hermione pensait à sa fonction de préfète qui s'élevait et à ses obligations, s'en voyant d'ailleurs félicitée aléatoirement au fil de la soirée.

Elle parlait, pour ne pas dire jacassait avec ses amis, et entrait dans cette bulle d'innocence que s'obligeait encore à offrir Poudlard aux élèves, pour leur sécurité.

Pourtant, et avec la crainte du résultat, la jeune femme, et ce maladroitement, tourna sa tête vers l'endroit où s'intensifiaient les auras malsaines et ne se confronta qu'au vide.

Drago Malefoy avait quitté la salle, il n'était déjà plus.

« La ferme sang de bourbe, tu vois bien que j'en ai rien à faire de ce que tu peux déblatérer ! »

« J'en ai assez de toi Malfoy ! » Dit la jeune femme en sortant sa baguette d'un coup de main névrosé.

Et ce qui aurait dû être une menace bien rodée ne fit qu'augmenter le mépris de Drago, un mépris qui se consumait dans son regard austère et virulent lorsqu'il s'était retourné pour admirer la scène.

« Et je devrais avoir peur ? » Finit par lâcher le blondinet alors qu'il n'avait daigné poser son regard sur sa baguette.

« Je te conseille vivement de retirer ce que tu as dit. » Tonna la voix de la jeune femme, empreinte d'une rage furibonde.

Et il en rit, libérant par la même occasion cette lueur de mépris qui était dans ses yeux pour la remplacer par quelque chose de beaucoup plus discret, de beaucoup plus inquiétant.

« Tu parles du moment où j'ai insinué que tu n'étais rien sans Potter et le rat qui complète votre stupide trio… »

Il laissa à ses mots le loisir de raisonner dans l'ensemble du couloir, les suspendant tandis qu'ils percutaient l'esprit d'Hermione, avant d'avancer vers elle d'une foulée de pas pressés. « Ou bien…. Faisais-tu référence à l'impureté de ton sang? »

Et alors qu'il l'obnubilait par ses paroles auxquelles il n'avait que très peu d'égard, il la saisit par les épaules, violemment, la prenant par surprise d'une telle façon qu'elle en perdit sa baguette et il la heurta contre l'un des murs froids du couloir, le plus proche.

« Toi et ta bande d'amis, si vous vous mettez encore une fois en travers de mon chemin, je n'hésiterai plus… » Cracha-t-il à la jeune femme en pleine figure, avec un dédain certain.

« Lâche-moi Malfoy ! » Hurla-t-elle presque avant qu'il vienne porter l'une de ses mains au niveau de sa mâchoire, encadrant celle-ci de ses doigts, la serrant avec une force contenue.

« Je te préviens Granger… » Continua-t-il alors qu'il serrait davantage ses membres longilignes autour de sa nuque, augmentant par la même occasion cette folie qui tonnait dans le fond de ses prunelle. « Si vous contrariez mes plans, je te tuerai la première. »

Et il la lâcha, sèchement, avec violence et sans égard, non sans lui lancer un dernier regard plein de haine, puis se retourna, prêt à partir. La ronde allait se terminer là pour ce soir-là, mais c'était sans compter l'obstination aveuglante qui dictait les valeurs Gryffondor de la jeune fille. Et alors qu'il s'éloignait à coup de grandes enjambés furieuses, la brune s'abaissa vivement pour reprendre sa baguette mais ses pas furent sans doute trop bruyants car ils semblèrent alerter le jeune homme qui se retourna avec cette même vivacité pour constater la scène. La baguette tendue vers lui, elle put constater la surprise dans ses yeux. Elle allait lui faire regretter ses années. Mais alors qu'elle allait jeter un Stupéfix pour l'empêcher de s'enfuir davantage, le jeune homme fut plus rapide.

« Volate Ascendere ! »

La jeune femme fut alors propulsé dans les airs et se heurta lourdement contre le mur. Elle lâcha un cri aigu, inquiétant, avant de s'écrouler à même le sol gelé. Un sol qui ne suffit pas à faire frissonner Hermione tant une douleur lancinante traversait tout le long de son corps.

Et ses derniers souvenirs ne furent que la chaleur du liquide qui se répondait sur l'arrière de sa tête, accompagné par la peur dans le regard de Malfoy et de nombreuses secousses visant à la réveiller. Mais il n'en était rien, ses yeux se fermèrent avec cette voix qui semblait l'appeler, une voix qui devenait murmure alors qu'elle s'effondrait enfin, libre de sa douleur, avec le dernier souvenir de ce souffle qui criait son prénom.

Lorsqu'elle sembla se réveiller, il faisait noir, et elle voyait flou. Ce fut bien perturbant pour la jeune femme car elle ne se rappelait ni être partie dormir ni du fait que sa vue avait été un jour plus horrible qu'à cet instant. Elle fit un effort, essaya de se redresser, mais retomba bien vite contre le matelas dur qu'elle aurait reconnu entre mille pour y être déjà passée quelques fois. Une douleur la lança dans tout le bas du dos et elle elle dut bien contre son gré faire entrave à son mal de tête pour écouter ses voix lointaines qui remuaient au fond de la pièce, là où la seule source de lumière coexistait encore avec la nuit.

« Il l'a portée jusqu'ici et… Et je ne savais pas quoi faire, je lui ai donc dit d'attendre à l'extérieur et je vous ai appelé après l'avoir soignée. » Chuchota presque la voix de Pomfresh, d'un air sceptique et inquiet.

« Vous avez bien fait Poppy. » L'accueillit une voix qu'elle reconnut comme étant celle de Minerva Mcgonagall, avec un léger ton inquiet mais résolu. « Faites en sorte que ça ne s'ébruite pas, je vais m'occuper de monsieur Malfoy, le professeur Rogue ne devrait pas tarder. »

« Que ferons nous de Miss Granger? » Demanda alors l'infirmière, curieuse de voir l'enchainement qu'allait prendre les directives.

« Ne lui faites pas mention de ce qui s'est passé. Lui dire que Malfoy l'a attaqué, ne servira qu'à augmenter la crainte des élèves en ces temps si sombres, surtout qu'il semble lui même en état de choque. » Lâcha la voix sa directrice de maison, sûrement avec son air mi-pincé mi-stricte qu'on lui connaissait tant. « Si des souvenirs de la soirée frappent miss Granger à son réveil, ne voyez aucune restriction à lui lancer le charme de l'Oubliette. » Murmura le professeur de métamorphose après quelques secondes de réflexions. « La pauvre petite ainsi que ses amis seront confronté à bien pire bientôt… »

Cela fut son dernier souvenir, un souvenir qui demanda bien des efforts et qui la plongea dans un sommeil profond. Un souvenir qu'elle garda pour elle, et dont elle ne parla jamais.

Lorsque Harry, Ron et Ginny était venu la voir le lendemain, elle leur expliqua qu'elle n'avait aucune idée de ce qui avait bien pu se passer, rassurant ainsi ses amis mais également Pomfresh, qui ne se vit donc pas obligée de suivre les instructions du professeur Mcgonagall.

Par la suite, et ce deux jours après l'incident, Pomfresh fut contrainte de relâcher une Hermione totalement inquiète quant à la quantité, négligeable en réalité, de cours qu'elle devait rattraper.

Une fois en dehors de cette maudite infirmerie, la jeune femme sût que ses amis ne pouvaient être nulle autre part que dans la Grande Salle commune en vue de l'heure tardive qu'annonçait les faibles rayons du soleil qui réussissaient encore à traverser les grandes fenêtres de Poudlard.

Elle courut presque alors, pressée de rejoindre Ron et Harry et ne fut que plus fière de ses réflexions lorsqu'elle distingua le rouquin et que celui-ci se leva surpris, une cuisse de Poulet en main, courant vers elle et heureux de la revoir, suivi par quelques autres de ses amis, dont Harry.

« Hermione ! »

Des cris, des embrassades, du soulagement.

Hermione, je suis si contente de te revoir parmi nous ! »

« Il n'y a qu'elle pour dégringoler les escaliers comme ça ! » Railla Ron de son manque certain d'humour, tandis qu'Harry lui offrait une tape derrière le dos avant de s'esclaffer à son tour.

Pour toute réponse, ce fut l'effroi qui la submergea lorsqu'elle vit, bien trop tard, Drago passer à quelques centimètres d'elle, non sans laisser son regard parcourir la jeune femme comme pour vérifier quelque chose, et quitter la salle, laissant le froid s'abattre sur elle.

« Hermione devait sûrme… »

Elle n'entendit pas la suite.

Hermione », ce soir là, Il l'avait appelé par son prénom.