Fic basée sur : Gankutsuou – Le comte de Monte-Cristo

Genre : drama, yaoi

Couple : ComteXAlbert

Auteur : Subaru-D

Je m'essaye à autre chose que mon couple de prédilection, en espérant que j'arriverais tant bien que mal à m'en détacher,

ATTENTION SPOILER !!!!

Cette fic prend place à la fin de l'anime : dans l'hypothèse où le comte de Monte-Cristo ne trouve pas la mort à l'issue de sa vengeance, et garde Gankutsuou…

Naturellement, je vous déconseille cette fic si vous n'avez pas vu l'anime.

A TA FACON – CHAPITRE 2

« Où en est la vente des champs-elysées ? »

« La vente a été signée ce matin, monsieur le comte. »

« Payée ? »

« Sur l'heure, monsieur le comte. »

Monte-Cristo tira une bouffée de son narguilé et l'avala en fermant les yeux, s'emplissant lentement les poumons de son goût suave. Bertuccio savait que son maître aimait donner ses ordres depuis le salon oriental…si tant est qu'il puisse encore aimer quelque chose.

« Placez-les sur des actions, monsieur Bertuccio, celles qui vous paraissent justes. Je compte rester encore un peu à Paris. »

Cette fois l'intendant ne masqua pas sa surprise. Il était déjà étrange que le comte ait voulut s'installer à Auteuil - simple outil de sa vengeance – plutôt que de demeurer sur l'avenue parisienne, mais plus encore qu'il émit le souhait de s'installer dans la capitale pour un temps indéfini.

« Je pensais que vous souhaiteriez retourner à Monte-Cristo. » Fit Bertuccio, s'attirant un léger sourire :

« Je n'ai pu apprécier la vie parisienne, j'étais trop occupé. Puisque Gankutsuou m'accorde encore un sursis, je vais tâcher de me reposer. Tout est terminé, Bertuccio : Danglars est à la dérive au-dessus de nos têtes, Villefort pourrit lentement –plus d'esprit que de corps – dans une chambre d'hospice et Mondego a eu le bon goût de se brûler la cervelle plutôt que de me laisser abattre sa progéniture. »

Monte-Cristo eut un rire jaune :

« En ceci, il aura été courageux. »

« Hé bien, Monsieur le Comte, puisque vous abordez le sujet… »

« Vous aimeriez savoir ce que je vais faire de ce nouveau-né qui pleure dans mes cachots, Monsieur Bertuccio ? »

L'intendant se raidit en sentant dans la voix de son maître une pointe d'acier, et salua.

« Je ne veux pas vous importuner de ma curiosité. »

« Pas de curiosité, Monsieur Bertuccio…pas de mauvaise curiosité, en tout cas : vous êtes mon intendant et vous voulez savoir de quelle manière doit être traité Albert Mondego. Sa blessure est-elle vilaine ? »

« Je le crois, monsieur le comte. »

« Vous la ferait désinfecter et cautériser si jamais elle devenait trop laide. Faites-lui faire une paillasse, Baptistin devrait savoir s'en charger, et faites lui mener soupe et pain tous les soirs. C'est tout. »

« Il a demandé à vous voir, Monsieur le comte. »

Monte-Cristo sembla hésiter un instant, son expression s'était très subtilement radoucie.

« Demandé ou pleuré ? » S'enquit-il enfin d'une voix neutre, où l'intendant perçut cette légère hésitation.

« Demandé. »

« Je verrais cela plus tard. Vous pouvez aller, monsieur Bertuccio. »


Albert pressa sur sa plaie en grimaçant…le froid de cette maudite chambre de Damas ne l'arrangeait guère...certes, il y avait des cachots plus misérables, comme il y avait des cabanes plus saines, surtout pour un blessé. Le jeune homme craignait que cela ne s'infecte trop…et qu'on l'oublie.

« Monsieur le comte… »

Après son enfermement, il avait frappé la porte avec panique, puis avec fureur, avant de comprendre combien sa manœuvre était vaine. L'instant de stupeur passé, il avait taché de s'installer de son mieux dans un coin de la pièce, autant que l'obscurité lui permettait. Il y avait bien un faible éclairage qui laissait deviner les contours, et surtout le sinistre tableau au mur…

Ambiance macabre…non moins que les sentiments d'Albert…le comte lui avait affirmé être resté enfermé quatorze ans, il ne voulait pas lui en faire subir autant ?

De telles pensées le laissèrent glacé de terreur, puis abasourdi à nouveau…Chaque fois qu'il entendait du passage près de sa porte, il appelait et réclamait le comte.

Et chaque fois il n'obtenait que le silence, si bien qu'il se demandait s'il ne devenait pas déjà fou. Adossé au mur, il ne cessait de tendre l'oreille, puisque ses yeux ne lui apportaient plus rien d'utile. Le moindre grattement le faisait tressaillir, les bruits de pas le mettait tout entier sur ses gardes.

Aussi, lorsque la porte s'ouvrit sur Bertuccio, il crut qu'il allait pleurer de soulagement.

« Le comte est là ? »

Bertuccio n'avait pas ôté ses lunettes noires, mais l'expression de son visage, dans la lueur blafarde du couloir, fut suffisamment éloquente.

« Il a dit demain, peut-être. En attendant… »

L'intendant s'avança, et, non sans avoir refermé la porte, installa sur le sol une épaisse couverture, surmontée de draps et d'un oreiller.

« Le comte m'a dit de te faire installer une paillasse, ce sera mieux pour dormir. »

en contemplant son coucher, Albert ne pût s'empêcher de songer que le comte parlait sûrement de quelque chose de moins confortable que ce que l'intendant lui avait mené…ces draps et couvertures paraissait tiré d'un lit propre plus que d'une bassine à chiffons.

« Et ton repas aussi. »

Bertuccio plaça un plateau de bois sur le sol, et le ventre d'Albert se tordit. Il se mordilla la lèvre et détourna les yeux.

« Ne te laisse pas mourir de faim, c'est un conseil. Il n'accoura pas pour te donner la becquée, il n'a pas la fibre paternelle. » le prévint Bertuccio en haussant les épaules « il a été très clair : je dois te mener ta paillasse et ton souper, c'est tout. Ne t'amuses pas à faire de caprices, tu n'as pas ici le même statut que chez les Morcerf. »

« Je veux voir le comte. »

« Tu commences, Albert. »

« Ce n'est pas un caprice, je veux le voir ! »

« Il ne te laissera pas sortir, même si tu pleures. »

« Ca, je le sais. »

L'intendant haussa un sourcil…ce gamin était devenu de plus en plus imprévisible ces derniers jours. Si Monte-Cristo ne l'avait pas maîtrisé, il aurait été capable de tout faire rater.

« Je veux savoir s'il est plus heureux… »

« Plus heureux ? »

« Plus heureux d'avoir fait plonger mon père, Monsieur de Villefort et Monsieur Danglars, plus heureux d'avoir inquiété Haydée, plus heureux de m'enfermer comme un voleur ou un criminel, plus heureux de m'humilier, moi et ma mère. »

Albert semblait très calme, mais son regard bouillait, brûlait, promettait une explosion proche. Bertuccio eut envie de sourire…ce gamin avait le diable chevillé au corps, il comprenait que le comte y perdit ses moyens.

« Pour ta réponse, s'il était heureux de t'avoir enfermé, il n'accepterait pas de venir te voir…mais je te félicite, Albert. C'est bien la première fois que je le vois s'énerver. Peut-être es-tu sur la bonne voie ? »

Le jeune homme se mordit de nouveau la lèvre, puis résolut de céder pour cette fois. Il attira le plateau à lui et mordit dans le pain. Bertuccio hocha la tête :

« J'aime mieux ça…Baptistin va passer voir ta blessure. Essaie de dormir ou au moins de somnoler, tu auras les idées plus claires ensuite. »

Albert hocha de nouveau la tête, mais ce mouvement n'avait rien de résigné.


Haydée regarda repartir l'inspecteur de police avec un certain soulagement. Il fallait s'y attendre, bien qu'il ne fût en soit guère surprenant, le suicide de Fernand Mondego avait réclamé un peu d'attention de la part de la justice. Il était apparu que ce dernier était devenu fou et avait tenu le comte de Monte-Cristo pour responsable de sa chute, ce que tout le monde savait officieusement…et dont officieusement personne ne faisait grand cas.

« Tu es soucieuse, Haydée. »

Monte-Cristo entra dans le salon et embrassa la jeune fille sur le front, une façon comme une autre de se faire pardonner son instant d'humeur la veille. Elle lui sourit, mais ne plût se résoudre à lui mentir.

« Que voulez cet homme ? »

« Savoir comment s'était déroulé la mort de Fernand Mondego. »

« Et que lui avez-vous dit ? »

« Que ce dernier avait forcé ma porte et m'avait provoqué en duel, après avoir ouvert le feu sur sa femme et son fils. Il ne m'a pas même demandé ce qu'ils étaient devenus, l'un comme l'autre. »

« Madame de Morcerf… »

« Est indemne. Elle est retournée à Marseille, voilà tout. »

Le comte s'assit dans son fauteuil avec un soupir.

« Cette justice, qui m'a tant calomnié sur de vagues bouts de papiers est prompte à fermer les yeux sur un meurtre bien sanglant et réel, pourvu qu'il s'agisse de la mort d'une brebis galeuse. »

« Ne craignez-vous pas qu'il cherche Albert ? »

« Et ? En quoi cela m'intéresse ? Ils ne viendront pas fouiller ma résidence, Haydée. Edmond Dantès était un parfait bouc émissaire, mais on ne s'intéresse pas si aisément aux affaires du comte de Monte-Cristo, je suis le premier à te l'assurer. »

« Sa mère va s'inquiéter…elle aime son fils. »

« Mercedes ne viendra plus rien me demander, je pense… elle ne se remettrait pas de savoir quel genre de pensées peut avoir son fils pour moi. Albert est irréfléchi mais diablement obstiné. Enfin, Bertuccio a réussi à le faire manger. »

« Vous le lui avez demandé ? »

Monte-Cristo resta silencieux quelques secondes, comme s'il refusait de répondre, puis finit par laisser tomber :

« J'ai tenté de me laisser mourir de faim…l'abattement est un sentiment misérable, quoi que légitime. Plus misérable que la colère ou la peur. Si Albert est bien ce qu'il prétend être, je lui interdis de se laisser aller de cette manière. »

« Vous comptez le tenir enfermé ? »

« Le temps que je prenne une décision. Vois-tu, Haydée, j'avais prévu chaque réaction, chaque action des acteurs de mon petit théâtre : de la reptilienne attitude d'Heloïse de Villefort à la fuit de Danglars, du soupçon –fondé – du juge de Villefort à l'explosion de violence de Fernand Mondego…Mais pour Albert, je n'avais rien prévu d'autre que sa mort, que je voulais publique : elle a failli être au bois de Boulogne, avec sa mère, puis aux champs-elysées, devant son père. Mais elle est repoussée sans cesse et je finis par croire que ce n'est pas son heure. Alors je réfléchis, je songe, je calcule. J'avais quelque peu perdu cette habitude, je crois. »

La princesse hocha la tête. La colère de la veille était passée, le comte semblait plus apaisé aujourd'hui…Il avait même évoqué la possibilité de sortir à l'opéra dans la semaine, pas pour y rencontrer ses anciens bourreaux, mais juste pour lui faire plaisir. Il savait qu'elle aimait les opéras parisiens, et bien que lui n'y goûtât guère, il savait aussi qu'elle n'aimait pas s'y rendre seule.

« Dis-moi Haydée…comptes-tu un jour rentrer sur Janina ? »

Elle tressaillit.

L'idée ne lui avait pas effleuré l'esprit depuis des mois.

« Je n'ai rien pour prétendre à la couronne. »

« Bien sûr que si. »

Le comte désigna le cou gracile de sa jeune protégée, sans y toucher.

Bien sûr il y avait cette marque infâmante…

« Je ne sais ce que je risque de trouver sur Janina, monsieur le comte, et cela m'effraie. Je crains de ne trouver qu'une nation en ruines. »

« Mais il n'y a que les nations en ruine qui connaissent l'espoir, Haydée. »

Le comte semblait songeur :

« Il n'y a que lorsqu'on est brisé qu'on a de l'espoir, de la volonté…lorsqu'on a tout, comment espérer ? Regarde donc ces familles parisiennes, qui s'ennuient et se morfondent, avec cette curiosité et cette résignation qu'elles prennent pour de la passion. On n'espère et on ne souhaite que lorsqu'on a plus rien à perdre. »

Haydée contempla son protecteur quelques secondes et sourit, rayonnante.

« J'aime vous entendre parler ainsi, monsieur le comte. »

« Je connais quelqu'un d'autre qui aime ce genre de mots, et m'approuverais sans doute plus que jamais en cette seconde. »

« Qui, monsieur le comte ? »

Monte Cristo se leva et baisa à nouveau le front de la personne.

« Un jeune homme qui me réclame comme un avare son or depuis hier, et que je vais visiter dans l'espoir de le calmer un peu. »

A SUIVRE…