Voilà le chapitre deux ! Peu de gens passent par ici (snif) alors déjà un grand merci à ceux qui lisent cette histoire ! La suite arrive bientôt !
Affrontement est synonyme de rencontre
L'odeur de brûlé planait sur la ville basse telle un brouillard suffocant. Les volets, les portes étaient closes et, serrés les uns contre les autres à l'intérieur de maisons, les habitants priaient pour que les soldats ne viennent pas dans cette partie de la ville. Pour que les oiseaux du malheur ne s'abattent sur eux.
Le lieu de l'attaque avait été choisi sur un lancement de dés. Un seul mot d'ordre : brûler, incendier, réduire en poussières, mais ne pas tuer. Blesser, amputer, torturer, oui. Mais ôter la vie, cela était hors de question. Comment pourraient-ils rapporter leurs malheurs à leur cher Loup Bleu s'ils étaient morts ?
Perchée avec quelques hommes sur le toit du temple le plus proche, Juliette guettait tout mouvement suspect en dehors de la zone d'assaut. Elle enrageait. Tybalt la tenait toujours loin des lieux de combats, bien qu'il connaisse ses capacités exceptionnelles de combattante. Et pour cause, c'est lui qui l'entraînait depuis qu'elle était en âge de tenir une épée et d'utiliser les esprits qui l'habitait. Elle connaissait toutes les feintes, les bottes du jeune homme et les appliquaient aussi bien que lui, Capitaine des troupes royales d'élite. Et pourtant, à chaque fois que l'occasion lui était donnée de faire ses preuves, il lui confiait une autre tâche, ingrate et terriblement humiliante. Elle rongeait son frein en se contentant de regarder.
Une légère agitation se fit sentir à quelques rues de là. Braquant ses yeux violets dans l'obscurité, la jeune femme se pencha doucement en avant. Là…Il y avait des hommes. Armés. Deux…Trois peut-être. Ils cherchaient très certainement à se rendre sur les lieux de l'attaque. Au vu de leur démarche, ils ne souhaitaient pas à se faire remarquer. Voilà qui devenait intéressant…Passant sa langue sur ses lèvres, Juliette déploya ses ailes et se laissa doucement planer au dessus des toits, rasant les tuiles. Ses quelques hommes la suivirent en silence, prenant comme elle garde à rester dans l'ombre. Avec souplesse, elle atterrit sur le toit surplombant la rue où se trouvaient les ombres et courut avec l'aisance d'un chat pour les suivre. D'un coup d'œil rapide, elle repéra le leader. Plus grand, plus fort, il précédait d'un pas à peine ses acolytes. Mais cela suffit à Juliette. Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'ils tiraient leurs armes, prêts à se plonger dans la bataille une rue plus loin. Elle ne les laisserait pas passer.
Elle bondit dans les airs, sa silhouette se découpant alors sur la pleine lune. Aussitôt l'attention des inconnus fut attirée vers elle mais avant qu'ils n'aient pu réagir, elle avait fondu sur eux tel un faucon et percuté le leader de plein fouet, le séparant violemment des deux autres. Il s'écrasa rudement contre un mur de pierre alors que Juliette et les gardes le maintenaient à l'écart des autres.
-Celui là est à moi, lâcha la jeune femme. Occupez vous des deux autres.
-Bien Maître Césario !
Le leader se mit à ricaner sourdement en se redressant, essuyant le sang qui coulait de sa bouche du revers de la main.
-Maître ? releva-t-il. Quel honneur d'avoir un tel homme à mes trousses... Un simple voleur comme moi…
-En effet, répliqua Juliette en braquant ses yeux violets sur lui. C'est trop pour toi. Mais mon intérêt ne réside pas en ta personne.
-Voilà une façon de parler bien noble, fit l'autre en levant son regard sur elle.
Ses yeux étaient vert émeraude et luisaient d'un éclat mauvais. Sa chevelure noire était épaisse et fournie, elle tombait dans son dos comme une crinière soyeuse. Sa peau était mate, comme celle des gens du petit peuple, mais quelque chose le différenciait des autres : ses oreilles étaient anormalement pointues et quand il sourit, sa bouche s'ouvrit sur des crocs.
-Des Loups ! hurla soudain un garde dans le dos de Juliette.
Interloquée, cette dernière n'eut pas le temps de réagir quand son ennemi bondit avec la puissance d'un félin sur elle, la renversant sur le sol. Bloquée, incapable de tirer son épée, elle réussit à lever son bras pour parer la première attaque de son adversaire. Les crocs acérés de l'hybride traversèrent l'armure de son avant bras aussi facilement que du tissu et elle retint un hurlement de douleur alors que le sang bleu jaillissait à flots. Elle vit avec une certaine horreur le visage de l'homme se changer peu à peu en un faciès bestial. Tout son corps se transforma alors, ses muscles gonflant et une épaisse fourrure le recouvrant entièrement, même ses mains gigantesques aux griffes acérés. Et dominant cette monstruosité, deux yeux verts plus durs que l'agate qui brûlait d'un feu alimenté par la haine. Alors les crocs relâchèrent leur prise pour essayer de replonger dans la gorge de Juliette et les rayons de la lune renvoyèrent un éclat bleuté sur la fourrure soyeuse. Le Loup Bleu.
-Je te tiens ! hurla-t-elle soudain en tendant vivement son bras blessé.
De sa main, elle saisit le museau qu'elle commença à broyer entre ses doigts. Le loup-garou poussa un grognement irrité et l'attrapa à son tour à la gorge de sa main libre, l'autre maintenant toujours le poignet de la jeune fille au sol. Suffocant, Juliette resserra son emprise. Elle avait l'ennemi de Tybalt à portée de la main. Jamais elle ne le laisserait s'échapper. Essayant de mettre de l'ordre dans ses idées confuses, elle rassembla ses forces. Et lança un appel aux esprits.
-Arrière ! cria-t-elle.
Ce fut comme si son agresseur était projeté dans les airs par un puissant coup de poing. Elle se releva rapidement, tirant son épée, sans même prendre le temps de reprendre son souffle. Loin de s'écraser lourdement sur le sol comme l'aurait fait n'importe qui, Loup Bleu atterrit souplement sur ses pieds et se redressa de toute sa hauteur. Juliette cessa de respirer. Il faisait plus de deux mètres de haut. Il paraissait bien plus fort que n'importe lequel des soldats et dégageait une aura de puissance à l'état pur. Si son corps avait forme humaine, sa tête était désormais celle d'un loup grondant, possédant en plus de l'animal une abondante chevelure et une queue battant violemment l'air derrière lui en dessous de ses reins. Ses jambes étaient telles celle de l'animal, pliées vers l'arrière lui donnant une silhouette particulière. Ses yeux verts restèrent braqués sur Juliette qui reprit vivement ses esprits.
-Ne bouge pas ! ordonna-t-elle en se mettant en position d'attaque.
-Je ne suis pas un de tes soldats, « petit maître », déclara alors la bête d'une voix caverneuse qui rebondit le long de la ruelle.
Comme répondant à un ordre que seuls aux avaient entendus, les deux autres attaquants renversèrent les hommes qui leur faisaient face pour rejoindre leur chef. Ils s'étaient eux aussi métamorphosés en loups garous, et bien qu'ils soient légèrement moins grands que leur leader, ils n'en demeuraient pas moins impressionnants.
Juliette crispa ses mâchoires de frustration face à l'air perdu de ses hommes. Craignaient-ils ces aberrations de la nature ?! Elle, elle n'en avait pas peur !
-Ne pense même pas à t'échapper ! lâcha-t-elle en déployant ses ailes d'un claquement sec.
-Toutes ses plumes s'ébouriffèrent dans un froissement soyeux alors que la lumière de la lune les faisait luire de reflets argentés. Un rictus bestial se dessina sur le faciès de Loup Bleu.
-Tes parades de volaille ne m'impressionnent pas, gronda-t-il alors que les deux autres adoptaient une position à quatre pattes tels que l'auraient fait de vrais loups.
-Tes jappements de chiot non plus ! répliqua-t-elle alors que les babines des hybrides se retroussaient de colère. Tu vas finir au bout d'une corde, je t'en fais le serment !
Elle crut deviner un sourire de la part de la gueule béante mais il disparut bien vite, laissant place aux crocs immaculés.
-Je n'aime pas les laisses.
Avant que les soldats ne puissent réagir, il s'était mis à quatre pattes et il s'enfuyait à une vitesse folle, suivi de ses deux acolytes.
-Poursuivez les ! hurla la jeune femme à ses soldats hagards.
Elle se lança dans les airs, espérant que la hauteur puisse l'aider. Mais elle du se rendre à l'évidence. Ils étaient bien plus rapides qu'elle ne l'avait pensé. Pire. Ils étaient intelligents.
Roméo serra son poing. Puis le rouvrit. Et le referma. Assis sur le rebord d'une fenêtre fermée, il regardait d'un air absent la ruelle sombre qui s'étirait dans l'obscurité. Cette nuit avait été un cauchemar. Ces brutes de Capulets avaient attaqué au hasard blessant des innocents et capturant tous les sympathisants aux Montaigus qu'ils avaient trouvés. L'idée que ces pauvres bougres étaient torturés à ce moment même rendait le jeune homme malade. Mais ce qui le détruisait le plus, c'était qu'il ne pouvait rien faire. Il était certain de leur loyauté. Le problème n'était pas là. Il ne voulait pas que des hommes souffrent à cause de son incompétence. Car là, c'était bien lui qui avait fait une erreur. Il avait cru que les volailles agiraient bien plus tard. Qu'il aurait le temps de les titiller un peu plus. Pourtant, quelque chose bougeait dans le clan Capulet. Et il commençait à avoir sa petite idée sur le pourquoi.
-Et voilà, fit la jeune fille qui le soignait en faisant un nœud pour que les bandages tiennent. Fini.
-Merci Carla, répondit-il avec un sourire. Tu as des doigts de fées.
La jeune fille vira au joli rose et sortit de la pièce alors que Mercutio et Benvolio y pénétraient.
-Ca va ? demanda le second, l'air inquiet.
-C'est juste deux côtes cassées. En une nuit, ce sera guéri. Et vous ?
-Rien de bien grave pour moi, répondit Benvolio. Mais…
Il montra d'un petit geste de la tête leur dernier ami qui s'était assis. Ses yeux de miel étaient éteints et il semblait souffrir en silence. En témoignaient les gouttes de sueur qui perlaient sur ses tempes et sa main crispées sur son bras.
-C'est rien ! grogna-t-il, irrité, en sentant les regards se poser sur lui. Juste une saleté de lame en argent…Dans deux jours, ça commencera à cicatriser.
-Dis plutôt une semaine, rectifia Benvolio.
-Deux jours, répéta l'autre d'une voix implacable.
Roméo esquissa un sourire alors que son ami blond levait les yeux au ciel. Puis il regarda de nouveau sa main. Et recommença son manège. Au bout de quelques minutes de lourd silence où chacun était plongé dans ses pensées et dans le remémoration de la soirée, Benvolio osa prononcer les premières paroles :
-Qu'est-ce que tu as ?
-C'est la dernière attaque de ce mec, lui expliqua Roméo sans cesser de bouger les doigts. Heureusement pour moi, j'ai tout pris dans le bras.
-Heureusement ?
Il resta silencieux un instant puis leva ses yeux verts sur ses amis :
-Vous l'aviez déjà affronté ? Ce Césario…
-Il ressemblait à n'importe quel autre soldat de cette foutue élite…grommela Mercutio.
-En plus petit, releva leur ami, les sourcils froncés. Et beaucoup plus léger. Ca m'étonne d'ailleurs qu'il ait réussi à te faire voler aussi facilement…
-C'était de la magie.
Ces deux compagnons le regardèrent avec de grands yeux. Il comprenait leur étonnement. Il avait lui-même mis un moment à s'en remettre.
-En temps normal, ce genre de sort nous repousse à peine de quelques centimètres, lui rappela Benvolio avec sérieux.
-Ouais, je sais, répondit Roméo. Mais là…Même quand j'ai voulu le mordre…Sa peau était plus dure que de l'acier. J'ai cru qu'il avait une deuxième cotte de maille. Mais lorsque j'ai voulu le mordre une seconde fois, il m'a envoyé promener avec un seul mot…Alors qu'il était à moitié asphyxié.
Il se laissa tomber sur le lit alors que la terrible idée qu'il avait eue germait dans l'esprit de ses deux amis. Impossible…
-Tu crois qu'ils forment de nouveaux soldats ? osa Benvolio.
Roméo acquiesça en silence et Mercutio poussa un juron. La bataille allait être bien plus ardue qu'ils ne l'avaient pensé.
-Ce type devait à peine être un ado, vu sa taille, exposa Roméo. Peut-être le premier soldat anti-loup-garou vraiment efficace de l'élite Capulet, un cobaye…Si c'est le cas… Nous sommes vraiment mal partis.
-Les autres étaient normaux, trancha Mercutio. Nous en avons tué deux sans problème.
-Parle pour toi ! intervint Benvolio. Le mien a failli m'embrocher avec un poignard caché. Je hais cette garde d'élite !
-En même temps…continua Roméo sans leur prêter attention. Ce type semblait diriger l'équipe…On ne confie pas cette tâche à un adolescent…
-Ils sont peut-être en manque de main d'œuvre, ricana son ami brun.
-Ca m'étonnerait…Ou alors c'était un fils de noble…Mais en pleine guerre civile ?...
Il se prit la tête dans les mains. Il ne comprenait plus rien. Tout ce qu'il savait c'était qu'en plus du Capitaine de la garde royale d'élite, le Faucheur, il fallait maintenant faire attention à ce type à d'étranges pouvoirs. Et peut-être à ses congénères dans peu de temps. Il l'avait approché avec une telle furtivité que Roméo n'avait perçu sa présence que lorsqu'il était déjà sur lui…C'était la première fois depuis longtemps qu'il s'était laissé surprendre ainsi. Et ça lui laissait un arrière goût très amer dans la bouche.
-Reposez vous, je vais faire un tour, déclara-t-il soudain en se levant. J'ai besoin de me dégourdir les pattes.
Juliette posa un linge frais sur sa joue meurtrie. Elle jeta un regard dans le miroir de sa coiffeuse. Elle se trouvait laide. Ses cheveux étaient sales de sueur et emmêlés, sa peau sentait le cuir et le tannin, quant à ses ailes…Leur teinte grisâtre la révulsait. Sans parler de cet énorme hématome rougeâtre sur sa joue. Son père ne retenait jamais ses coups. Encore moins lorsque c'était elle. La fille de la famille. L'unique point faible de sa forteresse indestructible. Une faiblesse a renforcé, a gommé, à mettre au même niveau de tout le reste de la muraille. Dusse-t-elle être écrasée par le poids de la tâche. Peu importait du moment que la famille était en sécurité. Et que son séant puisse reposer en toute tranquillité sur le trône.
La jeune fille cracha de nouveau du sang dans la bassine devant elle. Cette fichue dent ne voulait pas s'arrêter de saigner. Tout comme cette vilaine morsure au bras. Les dents avaient réussi à atteindre les chairs à son grand étonnement et avaient laissé des trous sanguinolents. Peu profonds heureusement, mais qui refusaient obstinément de cicatriser. Un seul moyen. Interdit évidemment. Mais Juliette était dans un tel état de révolte et de déception qu'elle décida d'outrepasser les règles pour une fois.
Elle laissa glisser sa chemise et son pantalon de lin sur le sol pour revêtir une simple robe de coton et attacher ses cheveux d'un ruban rose. Elle saisit une petite besace où elle jeta une brosse, un savon et de l'huile parfumée, puis elle ouvrit grand sa fenêtre et sans un regard en arrière elle décolla en flèche vers les cieux.
L'air glacé de la fin de journée la fit revivre et l'éclat orangé du ciel la réchauffa. Elle vola assez haut au dessus des nuages pour ne pas être repérée par les sentinelles et s'éloigna en direction du couchant. Une fois qu'elle fut certaine d'être hors du champ de vision des tours de Vérone, elle se descendit en piqué, ne ralentissant que pour éviter de s'écraser dans les arbres de la forêt foisonnante.
Elle se posa avec douceur sur le sol, les pieds nus sur la mousse. Elle poussa un petit soupir de bien être, l'air parfumé l'enveloppant avec délice. Tout était calme autour d'elle, serein. Depuis le temps qu'elle rêvait de venir ici…Depuis le temps qu'elle l'avait observée cette forêt…Avec son lac…
Avec un sourire, Juliette avança légèrement à l'aveuglette entre les arbres. Elle n'avait pas peur de se perdre. Il lui suffirait de dépasser la cime des arbres pour retrouver son chemin au retour. Goûtant pleinement chaque instant, calme comme jamais elle ne l'avait été, elle se laissa vivre jusqu'à ce que l'étendue d'eau se présente à elle. Il s'agissait d'une poche d'eau dans une petite clairière plus qu'accueillante avec son feuillage touffu et ses larges pierres plates qui bordaient le lac miniature.
La jeune fille se sentit soudain extrêmement sale. Elle laissa tomber ses vêtements au sol et, approchant son sac du bord, elle sauta dans l'eau. Elle était glacée. Si froide qu'elle sortit la tête de l'eau en happant l'air. Le sang lui tournait et elle mit quelques secondes à reprendre ses esprits. Mais malgré cela, elle ne sortit pas de l'eau. Le lac n'était pas bien profond et elle avait largement pied vers le bord, aussi elle s'éloigna vers le centre pour nager un peu. Elle n'était pas très douée pour cela. Ses ailes mouillées étaient devenues lourdes et la gênaient pour bouger, mais elle se sentait bien. Elle sentait la crasse la quitter, la teinture de ses cheveux et de ses plumes se dissoudre dans l'eau pour lui rendre son apparence originelle.
Elle demeura un long moment ainsi puis pataugea jusqu'au bord pour saisir le savon et entreprit de se frotter vigoureusement. La teinture dorée de ses cheveux se délaya plus facilement dans l'eau que celle argenté de ses ailes. Elle dut les rincer plusieurs fois et les frottait encore lorsqu'un bruit attira son attention.
Elle était tellement prise par sa tâche qu'elle ne l'avait pas vu arriver. Depuis combien de temps était-il là ? Debout, visiblement pétrifié, se tenait un jeune homme. Il avait la peau mate et des tatouages courraient le long de tout ce corps, visible sur son torse nu, entouré de bandages. Ses cheveux noirs lui tombaient sur les épaules et ses yeux verts s'étaient posés sur elle, brillant d'étonnement et de fascination face à cette étrange rencontre.
A suivre…
