Pourquoi donner une suite à cet OS plus d'un an après ? Parce que c'est fun et que j'avais envie de donner une autre fin à cet histoire, certains préfèreront rester sur la fin originale d'autres sur celle-ci, personnellement j'aime les deux et j'ai beaucoup aimé écrire ce texte. Sur ce, bonne lecture.

London (Suite et fin alternative)

Gouttes. Goutte. Gouttes. Qui tombent lentement derrière la vitre glacée. Mon souffle s'y accroche. Et je suis les gouttes d'un œil morne. Elles forment des arabesques étranges sur le verre dans un langage qui m'est inconnu. Le bourbon me brûle la gorge. C'est un délice quand on sait l'apprécier à sa juste valeur.

Et mon verre tangue dangereusement entre mes doigts glacés. Un corbeau s'est perché sur un fil électrique. Il me regarde, je le sais. Il jouit de son présage confirmé. Il se moque de moi qui n'ai pas su interpréter ses avertissements pourtant répétés. Je m'en fous. Ce n'est pas lui qui vit ma vie.

Une cigarette se consume entre mes doigts engourdis par le froid. Une autre gorgée de bourbon et pourquoi pas un rail de cocaïne. Et toujours ces gouttes qui tombent délicatement. Une œuvre d'art sans artiste, la nature est certainement le plus grand de tous. Un clic, une photographie de plus accrochée au mur.

Des cons applaudissant un travail que nul n'a accompli. Les photographes sont des voleurs, ils s'approprient ce que d'autres ont créés parce qu'ils sont jaloux de ne pouvoir l'égaler. Je sais de quoi je parle, je suis l'un d'entres eux. Et un léger sourire sans joie, aucune, naît sur mes lèvres. Il n'y a que l'ironie qui ai encore du goût.

Il est parti. Je ne sais plus vraiment quand. Il ne pleuvait pas ce jour là. Je suis allé sur le pont. Toujours ce même pont. Je l'ai attendu, comme tous les autres jours. Le jour a entamé sa course, puis son lent déclin. Je suis resté. Ensuite est venue la nuit, suivi d'un autre jour. Je l'ai attendu, encore et encore, jusqu'à en crever de faim.

Du blues et une cigarette, la combinaison gagnante. On n'oublie rien sans rien. Certains reprennent leur vie, d'autres préfère s'occulter la vérité de leur existence. Je fais partie du second cas, j'ai au moins la décence de le reconnaître. De toute façon, il n'avait rien à faire ici.

Je l'ai aimé. Comme un con. Chaque jour, il venait me chercher sur ce pont, me raccompagnait chez moi, effleurait mes lèvres puis s'en allait. Il était dans la logique des choses qu'il parte. C'est ainsi que notre relation était. Alors pourquoi ai-je cru que cela changerait un jour ?

Un joint. Un rail de coke. Un verre de bourbon. Et la pluie qui s'écrase sur la vitre. Je n'avais pas besoin de plus, avant. Avant sa main dans la mienne, avant ses lèvres qui me brûlaient le cœur, avant ses putains d'yeux verts. Je l'ai dit, c'était avant et ça ne sera jamais plus.

J'ouvre la fenêtre. Toujours ce même acide qui me transperce la peau. Il y a des choses qui ne changeront jamais. Je détache la cigarette consumée de mes doigts. Je souffle sur ceux-ci pour les réchauffer avant de m'en allumer une nouvelle. J'ai acheté un zippo, il n'y a qu'eux pour savoir si bien défier la nature.

La flamme s'élance dans les airs. Fière et triomphante, tant à mon opposé. La fumée s'élève dans les airs. Je referme le zippo dans un bruit métallique. Si approprié par ce temps. La pluie est lente et mesurée. A mon image une fois encore. L'orage s'en est allé avec lui, ne laissant plus que cette pluie amère et glaciale.

Au fond, il ne m'a jamais appartenu. Il n'y a jamais rien eu de concret. Il venait, j'étais là. Rien de plus. Et les gouttes se font larmes. Et de la cendre tombe sur le marbre immaculé de mon balcon. Au loin, Big Ben sonne cinq fois. Le jour se lèvera bientôt. Je dormirais dans ce lit trop grand, aussi vide de sens que la pluie tombant sur Londres.

Je laisse tomber mon verre. Il explose et c'est bien le seul signe de rébellion que l'on peut percevoir aujourd'hui. Londres courbe désormais l'échine. Tout comme moi. Plus d'éclair, plus de grondement, plus d'étincelle de vie. Finalement je ne savais rien du vide.

Désormais, je ne vois le monde que d'une seule teinte : le gris. Toujours cette même couleur, les nuances changent mais le gris reste du gris. Plus de vert pour égayer le morne défilé de grisaille qui ponctue mon existence. On ne sait jamais ce qui compte réellement avant de le perdre.

Je rentre à l'intérieur. J'ai besoin d'un autre verre. L'ambre remplace un instant l'éclat de vert qui hante mon âme. Soudain un bruit strident résonne dans l'appartement. Je renverse du bourbon sur le sol. Je ne suis plus habitué à ce genre de sons, je mets quelques minutes à identifier sa provenance.

J'ouvre la porte d'entrée d'un geste que j'espère nonchalant. Ma main tremble légèrement sur le poignet à cause du manque. Et de l'appréhension. Une silhouette dans une grande cape noire me fait face. Des gouttes d'eau tombent doucement du vêtement trempé avant de s'écraser marbre de l'entrée.

Durant un instant terrifiant j'ai l'impression de faire face à la mort. Mais la silhouette lève son visage vers moi et ses yeux sont pour moi comme un électrochoc. Verts, ses yeux sont verts. Et je le fixe, les bras ballants. Et la pluie semble repartir de plus belle à l'extérieur semblant concurrencer les battements soudain erratiques de mon cœur.

"Puis-je me réfugier chez vous, Malfoy ?"

Les mots se bloquent dans ma gorge. Je hoche lentement la tête avant de me dégager pour le laisser entrer. Il dépose son manteau sur la commode de l'entrée avec un naturel qui me déconcerte. Il s'assoit sur le canapé comme s'il y était habitué. Ma cigarette pend misérablement dans ma main. Je l'écrase nerveusement.

Ses yeux se ferment doucement. Il a de grands cernes, cela m'agresse soudainement la vue. Je tente de faire passer la nausée qui s'est emparée de moi avec une gorgée de bourbon. Cela ne marche pas. Je lui sers un verre pour m'occuper l'esprit avant de m'assoir à côté de lui.

Son bras s'enroule autour de mes épaules. Il dédaigne le verre se contentant de se blottir contre moi. Son souffle est brûlant contre mon cou. Et la pluie s'apaise légèrement sur Londres. Je sors une nouvelle cigarette. Je m'énerve en essayant de sortir mon zippo de ma poche. J'y parviens après quelques essais et allume ma cigarette.

"Tu ne devrais pas fumer autant."

Les vibrations de sa voix se répercutent contre ma gorge me chatouillant légèrement. Je souris confusément sans savoir très bien pourquoi. Sa main attrape la mienne. J'ai chaud soudain. La pluie meuble le silence qui s'étire paresseusement. Mes paupières se font lourdes. Je crois que je me sens bien.

Je me lève soudain. Il me fixe de ses yeux encore embrouillés par le sommeil. Je lui tends ma main. Il l'attrape sans hésitation, aucune. Comme avant. Je le conduis à travers l'appartement avec lenteur. Sa main me brûle, mais c'est si agréable que je n'ose la retirer. Nous entrons dans ma chambre, toujours aussi silencieux.

Dans un accord tacite nous retirons nos vêtements, ne gardant que le nécessaire à notre pudeur. Il me suit entre les draps glacials, se collant à mon corps. Nous nous faisons face et je contemple le vert qui a tant manqué à mon existence. Doucement ses lèvres effleurent les miennes. Alors je ferme les yeux.

Ses bras entourent ma taille comme pour m'empêcher de m'échapper. C'est lui qui s'en était allé et non moi, sa peur est superflue. Pourtant je le laisse faire. Sa recense me semble si fragile que j'ai peur de tout briser en bougeant ou en prononçant un mot. Je me laisse aller.

Big Ben sonne douze coups. Il remue doucement contre moi. Mes yeux s'ouvrent alors que le doux chant de la pluie perdure à l'extérieur. Si loin de son amertume habituelle. Si proche de la douceur qui m'anime en cet instant. Il me souri, avec une gravité qui ne semble plus le quitter depuis la guerre. L'innocence s'envole quand le sang souille les mains des enfants.

"Je suis désolé."

Les mots me semblent vains, inutiles. A quoi bon être désolé d'une chose qu'on n'avait jamais promis ? Il est là et il n'y a rien de plus à ajouter à cela. Alors je garde le silence et l'embrasse sur la joue. Parfois les actes se révèlent plus parlant que les mots. Je souri pour le rassurer. Jeu de dupe, il n'y a que moi qui ai besoin de l'être.

Nous nous levons, nous habillant lentement comme pour rester encore près l'un de l'autre. Mais il lui faut partir. C'est ainsi que cela a toujours été. Chaque seconde est une éternité et chaque minute semble une seconde. Sa main rejoint la mienne alors que nous retraversons l'appartement.

Devant la porte, je reste muet. Il me fixe et j'ai soudain conscience de ne jamais rien lui avoir dit. J'aimerais, les mots restent coincés misérablement au fond de ma gorge. Sa main tient toujours la mienne alors que l'autre se glisse contre ma nuque. Il m'embrasse, pas un simple effleurement, il m'embrasse avec une passion qui semblait nous avoir déserté.

Perdu et légèrement désorienté, je me laisse prendre au jeu. Je me sens fiévreux et étrangement calme. Quand ses lèvres quittent les miennes, c'est comme si le jour ne se lèverait jamais plus. Je ne parle toujours pas, à croire que j'en ai perdu la faculté. Ses yeux lisent en moi, j'en ai l'intime conviction.

"A demain, Malfoy. Je viendrais, je vous le promets."

Il se tourne pour ouvrir la porte. Ma main agrippe son poignet pour l'empêcher de sortir. Il me regarde et j'ai l'impression d'être transpercé.

"Merci."

Ma main desserre sa prise. Son sourire illumine son visage et il effleure à nouveau mes lèvres, laissant sa langue caresser ma lèvre inférieure. Puis il s'en va, me laissant seul et transi de ce froid qui ne s'apaise quand sa présence. Mais ce n'est pas grave. La pluie a cessé sur Londres.

Fin.

Un peu de vie, d'espoir, une sorte d'happy-end. J'espère que cela vous aura plus, ce n'est pas vraiment dans mes habitudes de donner une suite à des OS aussi longtemps après. N'hésitez pas à laisser une review pour me dire si la suite est au niveau du premier OS.

Bisous et à bientôt,

Mary J. Anna (qui aime infiniment Dairy's Scribenpenne, babe, c'est pour toi ça.)