Bonjour ou bonsoir !
Voici la suite D'une œuvre à l'autre, j'espère que cela vous plaira !
Un petit mot de remerciement à ma bêta-lectrice, Silk, et à mon copain au passage, ils ont corrigé pas mal de fautes et m'ont bien guidé pour améliorer mon style d'écriture ! Je leur en suis extrêmement reconnaissante pour cela !
PS : Les histoires de Silk sont génialement bien écrites, si vous avez le temps de lire et bien foncez ! ;)
Et pour les cages à miel ce sera ?
- Placebo – Running up that hill
OU
- Zazie et Axel Bauer – A ma place
La chimère inaccessible
La guilde de Sabertooth était plongée dans les ténèbres. Seul l'éclat de la lune argentée illuminait faiblement les lieux déserts de toute présence humaine. L'ambiance était silencieuse, presque fantomatique.
S'il n'était pas un adepte du calme et de l'obscurité, Rogue aurait pu se sentir mal à l'aise. Seulement, il n'était pas Dragon Slayer de l'ombre pour rien. Les ténèbres étaient sa source de pouvoir. La froide pierre grise dans laquelle avait été bâtie la pièce mélangée à la noirceur de la nuit avait réveillé ses sens primaires. L'humidité régnant dans la pièce était semblable à la caverne dans laquelle il avait grandi auprès de Skiadrum. Installé au creux de son élément, son instinct le poussait à rester sur place assis sur le bord d'une table en pierre.
Il n'avait pourtant aucun souvenir d'être entré dans la guilde plutôt. Il ne savait pourquoi il était uniquement vêtu d'un simple pantalon noir. Cela avait peu d'importance en réalité.
Ce qui avait de l'importance c'était que quelque chose allait se produire ici même, un évènement capital pour lui. Il le sentait. Une conjonction parfaite entre l'ambiance des lieux, le moment présent et ce qu'il ressentait au plus profond de lui-même : tout était lié pour une vérité dévoilée. La clairvoyance des ténèbres. C'était ainsi qu'appeler Skiadrum ces étranges pressentiment dont il avait appris à se fier.
Le clair de lune inondait le centre de la pièce. Rien d'étonnant à ce qu'elle y apparaisse en son centre. Sa peau n'en paraissait que plus blanche, plus étincelante. Sous la lumière diaphane, Minerva était plus belle que jamais.
Ses cheveux noirs jais lâches flottaient autour d'elle grâce à un souffle qu'il ne ressentait pas. Elle était sans maquillage, sans artifice, comme lors de leur première rencontre. Il était fou de ses yeux bridés, dont les pupilles vertes sombres trahissaient un amusement certain. Ses lèvres fines et roses l'attiraient. A cette vue des plus agréables, l'adolescent voulut soudainement les embrasser à pleine bouche, les maltraiter pour les voir rougir de plaisir.
Elle était vêtue d'une nuisette dont le noir contrastait avec sa peau de lait. Impuissant devant tant de beauté, il ne pouvait que dévorer du regard les fines bretelles de son habit de nuit, son arrogant décolleté, ses longues jambes interminables. Une beauté rêvée, celle qu'il était impossible de recroiser deux fois dans sa vie. Il allait faire un pas vers elle quand un sourire narquois se dessina sur le visage de la jeune fille. D'un geste de la main, elle lui fit comprendre qu'il ne devait pas bouger. Curieux, il obéit.
— Pourquoi me désires-tu tellement ? l'interrogea-t-elle de but en blanc sans se défaire de son sourire énigmatique.
— Parce que tu es dans la même situation que moi.
La demoiselle haussa un sourcil interrogateur tout en s'approchant de lui avec sa démarche souple et féline. Elle posa ses fines mains blanches sur son torse basané lui arrachant un imperceptible frisson. Une ondulation stimulante lui parcourut l'échine alors qu'une légère pression sur ses pectoraux se fit plus appuyée.
Son regard vert émeraude était curieux et enjôleur, il ensorcela ses yeux rubis y glissant une étincelle d'excitation. Les lèvres fines et entrouvertes s'approchèrent des siennes au ralenti pour réaliser son désir inavoué. Une attente qui resta suspendu dans le temps, le visage de Minerva venait de se stopper à quelques centimètres du sien.
Une infime distance volontairement créée, il pouvait presque sentir son souffle chaud versé sur ses lèvres. La frustration s'enflamma dans le corps de Rogue mais, il n'était pas du genre à forcer l'autre. Aussi dévisagea-t-il la demoiselle cherchant une réponse face à cet arrêt inopportun à son goût.
D'un regard, il comprit. La mage attendait, l'incitant à détailler sa réponse. La jeune femme voulait vraiment savoir ce qui nourrissait tant l'obsession qu'il avait pour elle. Ce n'était pas le genre de personne qui se contenterait de discours incomplet et versé à demi-mot. Et elle méritait mieux que cela après tout.
— Tu es tiraillée par cette même voix qui t'ordonne de torturer les autres. Elle t'incite à les briser pour qu'ils souffrent autant que nous. Alors qu'au fond, nous ne demandons qu'une chose, c'est d'être compris. Comme moi, tu voudrais que tout s'arrête. Les voix, la folie destructrice de notre magie …
— Continue, lui souffla-t-elle en rapprochant un peu plus ses lèvres des siennes.
— Je te désire car je veux me reposer dans les bras de quelqu'un qui me comprend. Quelqu'un qui dans ma jeunesse a su calmer cette maudite voix.
Leurs souffles étaient mêlés par la proximité déroutante de leurs lèvres. Le Dragon Slayer se retrouvait enivré par la fragrance jasmin qui faisait corps avec Minerva depuis qu'ils se connaissaient. Ce parfum l'envoûtait par sa générosité et sa sensualité. Rogue avait envie de s'y perdre pour l'éternité, couper son souffle en respirant cet arôme dans ses cheveux corbeaux, sa nuque délicate, ses seins ronds et parfaits.
Encore quelques millimètres et ce désir fou qu'il ne méritait pas d'assouvir serait réel. Lui, le maudit, le Dragon poursuivit par une chimère invisible qui noircissait son âme un peu plus chaque jour. Lui, l'instable, l'homme tiraillé, capable du pire comme du meilleur. Celui qui ne pouvait s'empêcher de vouloir goûter l'élixir de ses lèvres rosées alors qu'à tout moment il pouvait sombrer dans les abysses de la folie et l'entrainer dans sa chute. Seulement, la tentation offerte avait raison de lui. Un baiser, rien qu'un. Rien qu'un abandon, c'était tout ce qu'il souhaitait en cet instant.
Mais, encore une fois, la tigresse s'était arrêtée. Elle attendait encore la toute fin de son discours, les mots qui scelleraient leur nuit.
— J'aimerais taire cette noirceur qui est en toi, lui murmura-t-il avec une voix rauque emplie de désir.
Contre toute attente, Minerva ne captura pas ses lèvres. Au contraire, elle l'éloigna violemment vers la table de pierre sur laquelle il était adossé. La tigresse poussa le vice plus loin en l'immobilisant dessus grâce à sa vitesse et sa souplesse légendaire. Pris au piège, allongé sur le meuble, les bras de Rogue étaient croisés au-dessus de sa tête, capturés par les mains de Minerva dont le visage exprimait une colère froide.
— Ça te plaît de croire que tu n'es pas le seul à souffrir ? Hein, Rogue Cheney ?... Tu te plais à penser que tu pourrais me sauver n'est-ce pas ? analysa-t-elle, glaciale.
Ses yeux verts défiaient ses pupilles rouges, tandis que son discours ne tolérait aucune interruption de sa part.
— Quelle arrogance ! Comment pourrais-tu me sortir de cette impasse alors que tu es en lutte permanente contre tes propres démons ?
Le jeune homme tiqua à cette affirmation. Surpris d'avoir été perçu à jour, lui qui terrait ses sombres pensées pour ne pas inquiéter son entourage. Sa gorge se serra, il aurait voulu qu'elle ne sache pas à quel point son âme était défaillante. La culpabilité rongea une part de son être, elle avait raison. Par quel moyen l'extirpait des abysses de la folie si lui-même baignait dedans continuellement.
Rogue se demanda depuis combien de temps elle avait deviné à quel point son état était instable. Certes, il avait calmé les pulsions primaires de son ombre, mais ce double maléfique restait présent en lui. Veillant les moindres faiblesses du jeune homme, tapi au fond de son cœur, il attendait le moment opportun pour envahir son esprit tout entier.
— La vérité, Rogue Cheney, c'est que la femme que je suis devenue te rassure. Ça te rassure de voir les erreurs que je fais. Tu te dis, Minerva me montre le chemin à ne pas arpenter. Voilà la monstruosité à laquelle je ne dois pas céder !
Le jeune homme déglutit avec difficulté. Elle se trompait sur ce dernier point. Il voulut le lui affirmer avec ferveur mais sa bouche était devenue sèche. Les mots réconfortants restèrent coincés dans sa gorge, paralysés par le regard de Minerva dont la fureur glacée avait peu à peu laissé place à une détresse tourmentée. Comme pour confirmer son changement d'état, elle avait desserré son étreinte sur ses bras, le laissant faiblement libre de ses mouvements.
— Mais qui es-tu pour croire que nos tourments sont les mêmes ? Que sais-tu de mon passé ? De ma souffrance ? Que connais-tu de cette immonde solitude dans laquelle je suis depuis que tu as Frosh et Sting ? le questionna-t-elle d'une voix où il put percevoir une pointe de lassitude.
— Je ne sais pas Minerva, lui avoua-t-il à demi-mot, honteux de lui avouer son impuissance. Je veux seulement qu'ils arrêtent de nous hanter. Cette voix, cette guilde, ton père …
— Evidemment tu ne sais pas, le coupa-t-elle d'un ton sec et meurtri.
Cette résolution à demeurer incomprise et seule, Rogue ne pouvait la tolérer davantage. Il avait tant envie d'écarter ces tristes sentiments du cœur de cette jeune mage. Ecarter l'oppression du pouvoir, de la guilde pour la voir sourire pleinement, retrouver ce sourire qu'elle lui avait adressé jadis en lui tendant une assiette emplis de mets délicieux.
Cette demoiselle qui l'obsédait tant, il souhaitait la voir heureuse et qu'elle puisse enfin vivre son propre chemin libérer du courroux de son père. Si seulement il possédait assez de force pour lui faire admettre qu'elle était une bonne personne. Elle aurait été une femme accédant et assumant son bonheur, s'il avait les épaules eu les épaules assez larges pour la porter.
Le seul geste qu'il put lui offrir en cet instant fut d'enlever la perle salée qui avait commencé à naître sur ses joues de porcelaine. Un contact tendre, c'était tout ce qu'il pouvait lui offrir. Sa main calleuse continua de lui caresser le visage un long moment, désireux de lui montrer son affection. S'il ne pouvait pas encore la comprendre totalement, Rogue ne pouvait se résoudre à l'abandonner pour autant.
Le Dragon Slayer souhaitait lui prouver qu'un jour, lorsqu'il serait prêt, Rogue Cheney serait là pour elle. Un jour, ils se comprendraient vraiment. Ce ne serait plus ce semblant de souffrance commune qui les lierait. Non, un jour, ils connaitraient les profondeurs de leurs cœurs respectifs. Leurs doutes, leurs peines, leurs joies, ils les sauraient, sans restriction aucune. Il se le promit.
Ses iris rouges ne lâchèrent pas le contact des yeux bridés de la demoiselle. Ils restèrent longtemps ainsi à se dévisager avec cette tendre tristesse qui avait envahi leurs cœurs. Il lut dans ses orbes émeraude, la surprise face à son geste empli d'une extrême douceur. Un contact sans faux semblant auquel elle n'avait jamais été habituée. Peut-être lui offrait-il un interlude de paix dont elle n'avait jamais pu profiter.
Il lui caressait toujours la joue lorsqu'elle se mit à dessiner de délicates arabesques sur sa clavicule. Un contact apaisant et inattendu. Rogue vit un éclat qu'il ne pensait plus revoir dans ses yeux bridés, la demoiselle était émue par son geste. Une faible barrière venait d'être franchie, la Minerva sur la défensive venait de prendre son envol en cet instant. Lui-même se sentit différent, enveloppé dans un cocon de soie formé par leurs gestes tendres. Puis vint ces mots qu'elle lui murmura en se penchant à son oreille :
— Peut-être es-tu hanté par quelqu'un d'autre dans tes sombres pensées, mais tu n'es pas seul. Tu as Sting et Frosh qui sont là. Ne l'oublie pas.
— Et toi ? Qui sera là pour toi ?
— Nous verrons bien une fois que tu te seras sauvé. Une fois que tu ne seras plus hanté. Sauve-toi d'abord, lui conseilla-t-elle avec un charmant sourire.
— En attendant, que feras-tu ? s'inquiéta-t-il dans un murmure, appréhendant sa fatale réponse.
— Je survivrai comme toujours. Je m'enfoncerai dans cette image de tigresse glorieuse que le maître attend de moi.
La mage avait plongé ses doigts dans ses cheveux corbeaux, l'incitant doucement à ramener ses lèvres près des siennes pour un fugace baiser. Un léger aperçu de la texture chaude et enivrante de sa bouche sur la sienne, le laissant pantois. Cette douceur aurait pu l'emporter au paradis s'il n'avait pas ressenti sa lassitude sur sa propre personne.
Cette amertume subtile l'empêchait de profiter pleinement de cet interlude. Leur avenir était tissé d'un fil noir. Il en était certain à présent. Et s'il avait une chance de s'en sortir grâce à l'espoir qu'incarnait l'éducation de Frosh … Il avait compris que la demoiselle avait depuis longtemps tiré un trait sur la bonté et les couleurs du monde. Elle ne croyait plus qu'il était possible de l'extraire de ce chemin effrayant sur lequel elle s'était engagé ès tout, il n'était pas dupe.
— Il sera peut-être trop tard pour toi.
— Peut-être. Mais que ferais-tu à ma place ?
— Je ne sais pas, lui avoua-t-il frustré par son impuissance.
— Evidemment tu ne sais pas.
Sur ses mots teintés d'amertume, elle s'évapora dans ses bras. Il ne restait plus qu'un vide sombre autour de lui, tandis que subsistait en lui un trou béant dans sa poitrine. Le poids de l'échec le frappa en plein cœur, lui coupant le souffle. Il le savait bien qu'il ne pouvait pas s'investir auprès d'elle tant qu'il ne se serait pas occuper de son propre cas. Il ne serait jamais l'un de ses fanatiques justiciers qui pourrait l'éconduire de cette route sinueuse qu'elle empruntait un peu plus chaque jour.
Rogue n'était pas encore prêt à l'aider. Le jeune mage était frustré, en colère face à son impuissance. Il ne pouvait rien faire à part voir au loin cette désastreuse comédie s'enfonçait dans un scénario de plus en plus glauque chaque jour.
Il repensa à ses paroles … Il devait se sauver en premier mais, n'avait-elle pas compris qu'il commençait à être à bout. L'Ombre grandissait un peu plus chaque jour. Son seul espoir résidait dans les liens qu'il avait créés mais, si ces derniers explosaient le pire arriverait. Jamais, il ne pourrait être assez fort pour vaincre son instabilité.
Tant que cette impasse régnerait, la fatale conclusion restait la même.
Il l'avait perdu avant même que leur histoire ait pu commencer.
-—-
Ses yeux carmin s'ouvrirent péniblement sur les poutres en bois de l'auberge, lui révélant la platitude de la réalité. Rogue poussa un profond soupir, las de ses songes. Même dans ses rêves, la tigresse de Sabertooth venait pourchasser son esprit.
Il devait se rendre à l'évidence : malgré la froideur qu'elle lui octroyait depuis l'incident du carnet, il continuait d'être obsédé par la jeune mage.
Dans l'ordre naturel des choses, le mage de l'ombre se serait également éloigné d'elle. Après tout, ce fameux jour où elle avait violé son jardin secret pour en détruire une page, Rogue avait senti la rage pulser dans ses veines. Toutefois, la vérité était malheureusement plus subtile que cela. Sa colère n'était pas due au dénigrement qu'elle avait exprimé envers son travail, mais bel et bien à cause cette incompréhension entre eux. Pourquoi refusait-elle la vérité ? Pourquoi s'acharnait-il à la dessiner ? Comment avait-il pu croire qu'elle ne se vexerait pas en le voyant ?
Pourquoi ce mur entre eux alors que tout aurait pu être si simple ?
Cela l'obsédait tellement que Rogue avait de nouveau son image en tête au lieu des délicieux souvenirs de la veille. Le Dragon Slayer de l'ombre avait pourtant passé une nuit agréable en compagnie de cette charmante rousse qui était lovée dans ses bras. Son intérêt pour cette dernière appartenait dorénavant à un lointain passé. Il en avait même oublié son nom …
La jeune femme devait être réveillée depuis longtemps car elle s'occupait en traçant des dessins imaginaires sur son torse musclé. Soudain, elle lui demanda distraitement :
Qui est Minerva ?
Il poussa un soupir de lassitude. Il avait encore parlé dans son sommeil. Et surtout, quelle réponse pouvait-il lui formuler ? Minerva était tellement de choses : une obsession, une femme à deux visages, une énigme. Pourtant, il parvint aisément à résumer cette multitude de sentiments en une seule phrase :
— Quelqu'un que je ne peux pas détester …
Malgré sa froideur envers lui, son arrogance apparente, son sadisme envers les plus faibles. Non, il ne pouvait pas la détester.
Elle était seulement un peu plus perdue que lui après tout.
Voilà ! J'espère que vous avez appréciez le point de vue de Rogue sur cette étrange relation !
Je n'ai pas grand-chose à ajouter à part à la semaine prochaine, le 10/07/17.
N'hésitez pas à laisser une trace de votre passage =)
