Installé à la terrasse d'un café, je commence à m'impatienter. Je sais que les stars aiment se faire désirer mais là, je trouve qu'elle exagère. Quarante minutes de retard… Bon sang, elle a intérêt d'être en forme ! Je commande un nouveau café. Mon cinquième. Ma jambe tape frénétiquement contre le sol, ce qui fait trembler ma table.
Soudain, je la vois. Elle porte un long manteau gris, ses cheveux bruns flottent dans les airs. Elle est plus que jamais ravissante. Malgré ses hauts talons, elle court gracieusement dans ma direction en m'adressant de petits gestes de la main.
- Et bien, mademoiselle Berry, vous aimez vous faire attendre maintenant ?
- Blaine, je suis navrée, mon taxi n'a rien compris, il a pris la direction de Brooklyn !
Rachel me prend dans ses bras comme si nous nous étions quitté la veille. Son accueil chaleureux me réconforte.
- Bon sang, ce que ça me fait plaisir de te voir !
Nous nous asseyons sans plus attendre. Et tandis que Rachel commande son eau minérale (« ma voix ne supporte ni l'alcool ni la caféine » me précise-t-elle), je sors mes maquettes. Je lui présente mon projet, comme je l'ai fait quelques heures auparavant face à Kaven, mais cette fois-i, je suis beaucoup plus détendu. Rachel m'écoute attentivement, ses sourires me rassurent. Dès la fin de monologue, elle s'attarde sur mes textes en silence. Je guette la moindre de ses réactions :
- C'est pas mal…
- Tu trouves ?
- Oui. Ton idée est intéressante. Ça manque juste… de passion.
- De passion ?
- Oui. Cette situation est presque destructrice pour tes personnages. Ils souffrent. Je trouve que ça ne transparaît pas suffisamment dans tes paroles.
- Je sais. Je ne suis pas très doué pour écrire. Et je n'ai pas encore terminé mes chansons. C'est pour ça que j'ai besoin de toi.
- Tu veux que je t'aide ?
- Si tu es partante, j'adorerai.
- C'est adorable Blaine. Je ne sais pas quoi te dire.
- J'ai quinze jours pour présenter l'intégralité du spectacle à mon producteur. Sans toi, je n'y arriverai pas. Alors j'aimerai que tu dises « oui », vraiment.
Pour toute réponse, elle se met à trépigner sur place comme une gamine de cinq ans le jour de Noël. Rachel se lève et vient m'enlacer.
- Oui, oui, oui, oui, oui !
Son enthousiasme fait plaisir à voir.
- Bien sûr, Blaine, ce serait merveilleux, j'ai toujours rêvé d'écrire pour Broadway !
Je remercie le ciel d'avoir mis cette jeune femme pétillante sur ma route. Avec Berry à mes côtés, je sens que mes doutes vont disparaître. Nos chansons seront superbes, je le sens.
Durant les trois heures suivantes, nous parlons de tout et de rien. De notre nouveau projet commun, bien évidemment, mais également de sa vie, ici, à New York. Depuis mon départ, beaucoup de choses ont changé. Lorsque j'ai quitté les Etats-Unis, Rachel et Finn recommençaient à se fréquenter. Désormais, ils vivent ensemble, dans un bel appartement à deux pas de Central Park. Ils ne sont pas encore mariés, Rachel garde un mauvais souvenir de leurs précédents essais. Finn est conseiller d'orientation dans un collège, son métier semble lui plaire. Je suis heureux d'apprendre qu'il a trouvé sa voie. Quant à Rachel, elle s'empresse de me raconter comment sa sortie de la NYADA l'a propulsé sur le devant de la scène. Sa participation à « Funny Girl » lui a ouvert les portes de Broadway. Elle joue actuellement dans un biopic musical de son idole, Barbra Streisand.
Elle est fantastique, si tu savais… elle est venue me voir lors de la première, je ne le savais pas et heureusement, si j'aurai été incapable de chanter !
- J'imagine. Ça a dû être le plus beau jour de ta vie.
- Oh oui ! Cette femme est d'une simplicité… Il n'y en a pas deux comme elle. Et toi ? Ta tournée ? Il faut que tu m'en parles ! Ce n'est pas donné à tout le monde de partir chanter autour du monde ! Est-ce que Adam Levine est aussi canon en vrai qu'en photo ?
Nous nous mettons à rire. Malgré le succès, elle est toujours la même. Fidèle à la Rachel que j'ai côtoyée au lycée. Ce retour aux sources me fait un bien fou. Vers 17h, Rachel doit prendre congé, elle a rendez-vous au théâtre avec un journaliste. Elle me quitte après m'avoir invité à venir manger avec elle et Finn le soir même. J'accepte avec grand plaisir.
Mon séjour newyorkais commence plutôt bien.
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Pendant mes nombreuses escales autour du monde, j'ai découvert de nombreuses capitales. Je ne suis pas fanatique des grandes villes, je préfère les étendues sauvages. C'est probablement pour cela que j'avais décidé de poser mes valises à Melton, non loin de Melbourne. Les villes m'oppressent. Tous ces gens stressés qui marchent sans vous regarder. Tous ces véhicules qui s'entassent et polluent l'environnement sonore. Autant de caractéristiques omniprésentes à New York.
Je n'aime pas particulièrement cette ville. Mes souvenirs ici m'ont laissé un goût amer. New York était la promesse d'une nouvelle vie qui me faisait fantasmer. Mais j'avais vite déchanté. Pourtant, j'avoue que j'ai toujours trouvé que la beauté de Manhattan ressortait une fois la nuit tombée.
Hébergé sur les bords du Long Island City, le taxi m'est nécessaire pour rejoindre l'appartement de Finn et Rachel. Cependant, je ne peux résister à l'envie de descendre quelques rues plus tôt et terminer mon chemin à pied. Marcher dans les rues devient possible une fois le jour couché. Le trafic ralentit, les piétons se déplacent en masse et il est facile de choisir les petites avenues pour les éviter.
Je remonte le col de mon manteau. Non loin de moi, un vendeur de journaux ferme sa boutique. J'aperçois un bouquet de fleur abandonné dans son seau. L'invendu de la journée. Il est pourtant très joli. Ni une ni deux, je m'approche. Il sera parfait pour remercier mon hôte de son invitation. En sortant mon portefeuille, le vendeur souffle fort, je ralentis sa fermeture. Je lui tends un billet de 10$. Alors qu'il me rend la monnaie, mon regard s'attarde sur la couverture d'un magazine. Mon cerveau met quelques secondes à reconnaître celui qui pose en une. Dans un premier temps, je crois me tromper. Puis j'ouvre la revue. Le doute n'est plus permis : c'est bien Sebastian Smythe, mon ancien rival des Warblers. Le vendeur tousse pour retrouver mon attention. Je lui fais signe que je vais garder le magazine.
Arrivé à l'angle de la 58ème et de Madison Avenue, ma lecture a été fructueuse. Je l'ignorai totalement mais Sebastian participe à une série intitulée « Music Town » et d'après l'article de six pages qui lui ait consacré, il a beaucoup de succès. L'interview retrace son parcours jusqu'à sa nomination aux prochains Grammy Awards. Décidement, j'en découvre de belle depuis mon retour.
L'ascenseur s'arrête au 10e étage. L'immeuble est cosy, le sol recouvert d'une moquette dans laquelle mes pas s'enfoncent légèrement. Je frappe au 102. Finn m'ouvre la porte, tout sourire :
- Hey Blaine ! Bienvenu !
Il me sert la main et me fait entrer. J'atterris dans une grande pièce à vivre, qui n'est pas sans me rappeler celle du Loft que Rachel et Kurt partageaient lors de leur arrivée dans la Grande Pomme. Un immense portrait d'Audrey Hepburn tapisse l'entrée. Un peu partout dans le salon, j'aperçois de nombreuses photos du couple : Finn et Rachel sur une plage, Finn et Rachel en kayak, Finn et Rachel devant les chutes du Niagara… Et puis, il y a ce petit cadre, posé sur le buffet. Les New Directions. Un souvenir de notre victoire aux Nationales.
- Je ne peux pas m'en séparer, c'est important de se rappeler d'où l'on vient…
Rachel vient de faire son apparition, un plateau d'amuse-bouche dans les mains. Elle me fait la bise et m'invite à venir m'installer dans le canapé.
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- Ça a été difficile mais finalement, je suis très heureux d'avoir obtenu ce poste. J'ai vraiment l'impression de leur apporter quelque chose.
- Finn fait son modeste mais crois-moi, il est juste exceptionnel avec ces mômes !
J'écoute mes amis me raconter leur vie. Rachel finit les phrases de Finn de manière si naturelle que c'en est adorable. Le repas est délicieux et l'ambiance très chaleureuse. Je ne regrette pas un instant d'être venu.
- Et toi Blaine ? Rachel m'a dit que tu travaillais ici maintenant ?
- Pas encore. J'ai un projet musical. Et je compte bien sur ta moitié pour m'aider à le concrétiser !
- Vous y arriverez… Tu as choisi la meilleure pour t'épauler.
Rachel sourit et embrasse son petit ami :
- Oh, qu'est-ce que j'aime quand tu parles de moi comme ça mon amour… Blaine, si tu finis par t'installer à New York, on aura drôlement colonisé la côté Est !
Et c'est ainsi que j'apprends que Santana a posé ses valises dans le Bronx, que Sam a rejoint le programme sportif d'Atlantic City, et Sugar tient une maison d'hôte à la frontière de la Pennsylvanie, et que Quinn est partie vivre à Philadelphia après son passage à Yale. Rachel ne fait aucune allusion à Kurt, même si je sais très bien qu'il vit non loin d'ici. J'imagine qu'il a quitté l'appartement que nous partagions mais je préfère ne pas demander. Une autre question me vient alors en tête :
- Et Smythe, vous savez ce qu'il devait ?
- Bien sûr, qui ne le sait pas !
Rachel se met à rire avant de remarquer mon étonnement.
- Oui, pardon, c'est vrai que tu n'as pas beaucoup suivi l'actualité ces mois-ci…
- Pas suffisamment pour voir sa série en tout cas.
- Tu connais « Music Town » ? C'est magique, je suis fan. Et pourtant, Dieu sait si je déteste toujours autan Sebastian…
Finn ne manque pas d'ajouter :
- Tu parles, je suis sûr que le succès lui ait monté à la tête. Il doit être encore plus odieux qu'à l'époque du lycée !
- Ne dis pas ça chéri, nous avons tous bien changé depuis cette époque. Sebastian aussi, c'est certain.
- Mouais… permets-moi d'en douter…
Et tandis que nous finissons le plat principal, Rachel me raconte comment la série de notre concurrent de la Dalton Academy est devenu un véritable phénomène. C'est une sorte de comédie musicale fantastique télévisuelle, un savant mélange entre « Grease » et « Twilight ». Toute la distribution fait régulièrement le show sur les plateaux télé, et la une de la presse à scandales. Rachel me précise d'ailleurs que Sebastian est l'un des acteurs les plus suivis du casting, et que pas plus tard que la semaine dernière, il a eu un accident de voiture en tentant d'échapper à un groupe de paparazzis.
- Heureusement pour moi, le public de Broadway est beaucoup plus respectueux. Seul mon talent compte à leurs yeux, et c'est très bien comme ça.
- Mais… il a été blessé ?
Ma question reste en suspend alors que l'on frappe à la porte. Finn se lève, dubitatif. Visiblement, cette visite est inattendue. Rachel me propose de débarrasser pour pouvoir passer au dessert. J'acquiesce et lui donne un coup de main. Je la suis dans la cuisine pour déposer les assiettes. A mon retour dans le salon, Finn me regarde, l'air gêné. Puis j'entends cette voix. Cette voix que je reconnaitrai entre mille :
- Bonsoir Blaine…
- Bon bah… c'était pas vraiment prévu… mais maintenant que Kurt est là… je lui ai proposé de rester pour le dessert. Ça vous ennuie ?
A suivre...
