Chapitre 1 : Premier contact
Sa tête était affreusement douloureuse. Non pas que la tête, en réalité tous ses membres lui faisaient affreusement mal. Mais où était-elle ? Ses paupières lui parurent si lourdes, comme si la jeune fille se réveillait d'un sommeil sans fin. Elles se levèrent doucement mais sa vue était encore floue. L'obscurité semblait tellement dense en ce lieu. Et le froid intense. Elle leva péniblement la tête et regarda aux alentours. Une grande salle sombre avec de nombreuses cellules taillées dans la roche tout autour de la sienne. Quel est ce lieu ? Une prison ? Une grille renforcée se dressait devant ses yeux ébahis et des anneaux d'acier serraient ses chevilles et poignets, reliés par de lourdes chaînes à des poteaux, eux-mêmes profondément ancrés dans le sol à une distance telle que ses bras n'étaient, ni complètement tendus, ni entièrement relâchés. Au sol, une figure taillée dans la roche et peinte à l'encre noire apparaissait. Sans savoir ni pourquoi ni comment, elle connaissait ce symbole. Un sceau de confinement, utilisé depuis les temps les plus anciens afin de sceller les démons qui rôdaient encore sur Terre. Mais ils avaient tous été vaincus depuis des millénaires et plus personne n'utilisait cet ancien jutsu. La jeune fille se demanda alors pourquoi cette technique si puissante avait été utilisée sur elle, pourquoi recourir à de tels moyens pour emprisonner un jeune bourgeon innocent ? Et surtout pourquoi était-elle éveillée alors qu'un tel sceau devrait la plonger dans un coma profond ? Ah. Une brèche. Elle venait de se former. D'autres se dessinèrent, petit à petit, fendant le sol et brisant les chaînes, jusqu'à rendre à la prisonnière sa liberté. Elle les regarda, cherchant une réponse à toutes ces questions qui se bousculaient dans sa tête, mais un bruit de pas la tira rapidement de ses pensées. Une porte s'ouvrit et la lumière jaillit du haut des escaliers qui surplombaient la cellule. Un homme essoufflé descendit les marches quatre à quatre et se précipita vers elle.
- Ayu ! Dieu merci tu es en vie !
- Qui êtes-vous ?
Elle le regarda sans comprendre. Mais il ne prit pas le soin de répondre et enfonça la clé qu'il tenait dans la main à l'intérieur de la serrure, puis ouvrit la porte d'acier avant de s'agenouiller devant la jeune insouciante.
- Lève-toi vite ! Tu dois partir !
- Qu'est-ce qu'il se passe, pourquoi suis-je ici, et qui êtes vous ?
- Je n'ai pas le temps de te répondre. Tiens, prends ça avec toi.
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'une flèche lui transperça le cœur. Des hommes arrivaient par dizaines en haut des escaliers. Ayu prit la photo qu'il lui tendait et le fixa, un regard d'incompréhension collé à son visage. Pourquoi des larmes se déversaient en flots sur ses joues, lorsqu'elle observait le vieil homme à l'agonie ?
- Trouve ton père, Ayu, lui seul peut t'aider, dit-il en crachant du sang.
- Mon père ? Mais comment voulez-vous que je m'enfuie ?
- Il y a un puits dans la cellule derrière l'escalier à droite. Saute dedans et continue…
Un cri de douleur étouffa ses derniers mots qui s'évanouirent dans la rivière de sang qui sortait de ses lèvres. Puis il tomba à terre, achevé par les deux flèches qu'il venait de recevoir dans le dos. Un cri d'horreur déchira l'air lourd de la prison et la jeune fille resta figée sur place, terrorisée. Les hommes ne descendaient bizarrement pas et restaient en retrait en hauteur. « Ayu… Aie confiance. Lève toi et cours, cours ! » Quelle était cette voix qui venait du fin fond de ses pensées ? Mais elle n'avait pas le temps de se poser des questions. Empoignant son courage à deux mains, elle ignora la douleur qui lui lançait encore les articulations, immobilisées depuis des années et se lança hors de la cellule.
- Elle arrive ! Hurla l'un des gardes.
- Tirez ! Ne la laissez pas s'approcher ! Cria leur chef en retrait, protégé par ses hommes.
La demoiselle, habile, esquiva facilement les flèches, courant à une vitesse fulgurante, son corps répondant de lui-même, sans avoir à réfléchir au moindre mouvement, et au dernier moment, tourna à droite de l'escalier et fonça droit vers la cellule dont le moine venait de lui parler.
- Restez sur vos gardes, je ne sais pas ce qu'elle projette de faire mais nous avons l'avantage. La seule sortie est ici, elle est faite comme un rat.
Mais les éclats de rire névrosés ne lui parvenaient déjà plus. Elle se jeta dans le puits et tomba dans l'eau froide, sombre et sans fond. Il devait y avoir un passage, le moine n'avait aucune raison de lui mentir. Prenant une grande inspiration, elle plongea dans l'inconnu, se repérant à tâtons, jusqu'à ce que ses yeux s'habituent aux ténèbres. Le fond du puits était en fait un étroit couloir qui tournait à angle droit. La jeune évadée se faufila à l'intérieur et poursuivit tant bien que mal sa route. Mais l'oxygène venait à lui manquer et si elle ne trouvait pas bientôt la sortie… Ah, la lumière… Les rayons du soleil perçaient à travers l'eau, elle y était presque, elle avait réussi… Puis les ténèbres, encore et toujours, l'envahirent.
Itachi, nukenin du village caché Konoha, rentrait d'une mission d'espionnage du village de la brume, Kiri. En passant à côté du Lac aux Milles Flammes, il crût voir un immense feu rouge vif s'élever au-dessus de l'eau et s'avança prudemment, intrigué. C'était bien un brasier, mais provoqué par un incroyable dragon flamboyant. Sa peau écailleuse semblait être faite de lave et son reflet à la surface de l'eau en ébullition lançait des éclairs tellement il rutilait au soleil. Deux prunelles noires ardentes le fixèrent et en un instant, le criminel des plus recherchés dans le pays se sentit vulnérable, sans défense ni aucun échappatoire. Il sentait sa puissance et sa chaleur à plus de cent mètres et quiconque s'approcherait trop serait consumé en quelques secondes. Mais la bête enflammée ne s'approcha pas de lui et continua de flotter sur place, apparemment préoccupée par quelque chose. C'est là qu'il l'aperçu, la chose, ou plutôt l'être fragile que le démon semblait convoiter comme un trésor. Elle flottait, légère, à la surface de l'eau, inconsciente du danger qui volait au-dessus d'elle. Ce démon habitait-il le lac ? Était-ce de là que son nom lui venait ? Non, il était impossible que les moines du Temple du Feu aient laissé une telle créature en liberté. Il s'aperçut alors d'un détail frappant. Malgré la proximité entre la bête flamboyante et la jeune fille, elle avait l'air de ne souffrir d'aucune brûlure. Au contraire, l'ébullition de l'eau maintenait son corps parfaitement à la surface de l'eau, visage vers le ciel, afin qu'elle ne se noie pas. Il la protégeait. Mais qui était-elle ? Encore plus intrigué par cette découverte, Itachi s'avança, quelque peu téméraire, gardant toutefois un œil sur le dragon. Celui-ci fulmina tout d'abord, crachant des flammes vers le jeune homme intrépide. Ce dernier s'arrêta et retira son chapeau qui lui masquait à moitié le visage. Il retira sa veste et posa son katana et ses armes au sol, ne comprenant pas lui–même la folie qui l'habitait alors. La créature ardente dut lire dans ses pensées ce qu'il projetait de faire, car sous ses yeux ébahis, elle s'éleva dans le ciel et plongea dans le corps inanimé de la jeune fille. L'eau redevint calme et paisible, comme si rien ne s'était passé. Le nukenin entra dans l'eau et parvint jusqu'à la frêle créature inconsciente, trempé jusqu'à la taille. Il passa un bras derrière ses genoux et l'autre sous ses bras avant de la soulever adroitement et de la sortir de l'eau, encore chaude en surface. La brunette était légère, songea-t-il lorsqu'ils regagnèrent la berge. Il la déposa délicatement près de ses affaires, au soleil. Sa robe blanche et déchirée était trempée et de ce fait presque transparente, en plus de lui coller à la peau, révélant un corps parfait aux yeux du ninja. Il prit sa veste et lui passa tout aussi doucement, afin qu'elle ne prenne pas froid, puis après avoir repris ses armes, il la reprit dans ses bras et s'engagea sur un chemin en direction du Nord.
Après quelques minutes de marche, une odeur désagréable qu'il ne connaissait que trop bien vint lui chatouiller les narines. Ils longeaient toujours le lac, mais à ce niveau, l'eau arborait une teinte d'un rouge sombre qui se répandait petit à petit vers le large. Itachi s'arrêta mais ne repéra personne… de vivant. Derrière un buisson gisaient des dizaines de cadavres de soldats du village du Feu. Leur mort semblait avoir été tout sauf douce, certains brûlés vifs, d'autres déchiquetés de part et d'autre, le ninja ignorait si l'on pouvait encore appeler cela des cadavres. Il détourna son regard et reprit sa marche, en accélérant le pas.
Quelques heures plus tard, il arriva dans une petite clairière au milieu d'une immense forêt. Il enleva ses chaussures et pénétra dans l'unique maisonnette bordée d'arbres. Après avoir déposé la jeune fille sur le futon, Itachi récupéra sa veste et fit un pas au dehors, avec la ferme intention de partir. Il en avait déjà trop fait, aider une inconnue, cela ne lui ressemblait décidément pas. Un pas de plus sur les marches qui le menaient dans la prairie ensoleillée. Oui mais s'il ne l'aidait pas elle risquait de mourir. Un semblant de pas en arrière. Et alors, en quoi ça le regardait ? Il ne la connaissait pas, et ne la reverrait sûrement jamais. Deux pas en avant. Le dragon, il ne savait toujours pas ce que c'était. Elle était dangereuse. Que ferait-elle quand elle se réveillerait ? Peut-être qu'elle invoquerait le démon, il n'était de toute évidence pas de taille face à une telle créature et il valait mieux qu'il parte avant qu'elle ne se réveille et le réduise en poussière. Ou alors la solution était peut-être de la tuer dans son sommeil. Oui mais là encore, le démon pouvait apparemment se matérialiser même lorsqu'elle était inconsciente. C'était trop dangereux. Il ne savait même pas dans quel camp elle était, si elle travaillait pour quelqu'un ou pas. Son dilemme se poursuivit pendant encore cinq bonnes minutes, reculant, avançant, s'assoyant finalement sur les marches pour mieux réfléchir. Au final, il réussit à trouver trois bonnes raisons de rester sans éprouver une sorte de malaise face à ce qu'il faisait, lui, le criminel aux yeux de sang si craint et recherché. Premièrement, il devait se reposer, cela faisait bien trois jours qu'il voyageait sans relâche et il ressentait quelque peu de la fatigue, du moins assez pour justifier une pause. De deux, il était en avance sur le temps que lui avait donné Pain pour sa mission et personne ne poserait donc de questions sur un quelconque retard puisqu'il ne le serait pas. Enfin, la troisième et plus importante raison était qu'il pourrait en apprendre plus sur ce mystérieux dragon de feu.
Finalement décidé, il fit marche arrière et pénétra dans la vieille demeure. Il retira sa veste, ses armes et ses chaussures afin de se mettre à l'aise, puis s'approcha de la jeune demoiselle encore inconsciente. Sa robe et ses longs cheveux châtains avaient séché pendant le trajet mais elle grelottait et suait abondamment. Accroupi à son côté, il pausa sa paume sur son front brûlant et retira les quelques cheveux qui lui collaient à la peau. Après avoir pris une bassine d'eau fraîche puisée dans le puits à côté de la maisonnette, il y trempa un tissu et le plaça sur le front de sa protégée, puis la recouvrit d'une couverture. Il passa la nuit à la veiller ainsi, changeant les tissus à chaque fois qu'ils ne lui semblaient pas assez frais. Éclairée par la faible lumière blanche de la lune, elle paraissait paisible, endormie au pays des rêves. Il l'observa de plus près, ses longs cheveux châtains et emmêlés faisaient d'elle une sauvageon, mais sa peau si lisse et pâle, ses lèvres d'un rose clair qui avaient l'air si douces lui donnaient un visage d'ange. N'importe qui lui aurait confié son âme sans regrets. Elle se retourna soudainement et sa main tomba à côté de celle du nukenin. Il aperçut alors un papier qu'elle serrait de toutes ses forces. Il lui déplia les doigts et saisit la photo d'un homme qu'il reconnut aussitôt.
- Ne pourrais-je donc jamais oublier ce village ? Murmura-t-il dans l'obscurité.
Il posa l'image au chevet de la jeune fille et reprit sa main. Elle était incroyablement contractée et il s'aperçut bien vite que tous les muscles de ses bras étaient dans le même état d'anoxie, provoquant de violentes crampes et une tétanie qui devait être insoutenable. Heureusement qu'elle était inconsciente… Il entreprit de lui masser la main, mais des fils rouges de chakra enlacèrent ses bras. Il observa attentivement, prêt à réagir au quart de tour si le dragon réapparaissait, mais rien ne vint. Le chakra se contentait d'entourer les bras de la jeune fille, la berçant dans une douce chaleur, massant ses muscles endoloris avec délicatesse. Il s'étonna de la contradiction totale entre les deux êtres qui semblaient vivre en harmonie, l'une fragile et délicate, abritant une bête féroce et sanguinaire mais qui semblait tout faire pour la protéger. « Avait-il deviné que je la soignerai ? » Pensa-t-il. Il recouvrit les épaules de la brunette avec la couverture et admira son visage si serein. La plénitude dans laquelle elle baignait était contagieuse, et pour la première fois depuis longtemps, Itachi ressentait l'envie de dormir. Il plongea dans un sommeil bienfaisant, sans se rendre compte qu'il tenait encore la main de la jeune évadée.
La douleur, momentanément oubliée lors de la fuite revint, intense et sans pitié. Ses bras, fins et fragiles en apparence, avaient été tendus pendant des années dans une cage trop sombre, froide, humide et refusaient maintenant de bouger. Était-elle à nouveau attachée ? Les gardes l'avaient elle retrouvée ? Même au travers de ses paupières, le soleil lui brûlait les yeux, trop habitués à une obscurité presque totale. La fugueuse imprudente tenta cependant de se repérer aux sons. Le souffle calme et régulier d'un homme résonnait tout près d'elle. Dehors, le vent soufflait dans les branches des arbres et elle se régala de cette musique que ses oreilles redécouvraient après des années de silence. Petit à petit ses yeux s'ouvrirent, même s'ils ne s'accommodèrent pas tout de suite à cette luminosité nouvelle. Tournant la tête sur le côté, elle aperçu un garçon aux cheveux d'un noir de jais accroupi à sa gauche, un bras croisé sous sa joue et l'autre main tenant celle de la jeune alitée. Il dormait profondément et son visage laissait transparaitre une totale plénitude. Elle voulut dégager discrètement sa main pour se lever, mais cela ne lui valut qu'un gémissement de douleur, ses muscles encore raides la tiraillant dans tout le bras jusqu'à la base de sa nuque.
- Tu n'es pas encore en état de bouger. Il venait de se réveiller et se retourna vers la jeune fille, plongeant ses deux yeux d'un noir intense et brillant dans les siens, cherchant à sonder au fond d'elle-même qui elle était vraiment. C'est comme si les muscles de tes bras avaient été contractés pendant des années. Dans le cas normal, tu devrais en avoir pour des semaines, mais apparemment tu t'en remettras d'ici quelques jours.
Suivant ses instincts, elle se força à bouger quand même, refusant d'être en position de faiblesse face à un inconnu, mais le geste suivant lui valut de se mordre la lèvre pour étouffer un cri. La moindre parcelle de muscle était contractée et chaque mouvement aussi infime soit-il provoquait une crampe d'une douleur vivace. Malgré tout, elle ne voulait pas se retrouver enfermée, il fallait qu'elle fuit, loin, qu'elle retrouve son père. Elle était terrifiée, que lui voulait-il ? Qui était-il ? Les gardes étaient-ils encore à sa poursuite ? Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête et elle était là, incapable de bouger, tétanisée par la douleur alors que tout son corps lui hurlait de s'enfuir.
- Je ne te ferais aucun mal, murmura-t-il doucement.
Et elle le crut. Elle crut ces yeux noirs et sincères qui la dévisageaient. Mais plus encore c'est cette main, grande, chaude qui serrait la sienne avec douceur en qui elle sentit qu'elle pouvait avoir confiance. Son regard se porta automatiquement sur ce contact chaleureux que le jeune homme s'empressa de stopper en retirant sa main, gêné d'avoir été surpris dans un geste amical.
- Je…Qui es-tu ? Demanda-t-elle d'une petite voix craintive.
- Personne. Je passais par là quand je t'ai trouvée inconsciente. Tu as besoin de repos, répondit-il d'une voix grave mais douce.
- Pourquoi m'as-tu sauvée ?
- Je ne sais pas…
- Tu fais partie des hommes qui me poursuivaient ? Tu vas me ramener là-bas ? La peur l'avait à nouveau envahie et lorsqu'il vit son visage si terrifié à la seule pensée de ce lieu dont il ignorait tout, il faillit la prendre dans ses bras pour qu'elle s'y sente en sécurité. Mais au lieu de ça il resta accroupi, impassible.
- Tu es en sécurité ici, ajouta-t-il simplement.
Elle avait encore du mal à y croire mais elle ne pouvait faire autrement pour l'instant. Encore incapable de bouger, la jeune fille ne pouvait fuir, et puis, où irait-elle ? Aucun souvenir, tout ce monde lui semblait neuf, comme si elle venait de naître. Elle ne connaissait même pas son âge. Puis son ventre vint briser le silence, ou plutôt son estomac affamé. Rouge pivoine, elle s'excusa et n'osa relever la tête, gênée, jusqu'à ce qu'un éclat de rire la fasse sursauter. Itachi rigolait devant ses pommettes rosies.
- Qu'y a-t-il de si drôle ? Lança-t-elle vexée.
- Rien, ça fait longtemps que je n'avais pas ri comme ça, lui avoua-t-il en replongeant son regard dans les yeux noisette insondables de sa protégée. Je vais faire à manger, finit-il par dire avant de se lever.
Pendant qu'il préparait du riz, elle explora du regard la petite pièce unique de la maisonnée. Elle était modeste mais chaleureuse, accueillante. Tout en bois, vieille et grinçante sous la force du vent, la jolie brunette avait l'impression qu'elle allait s'envoler à tout instant. La seule lumière provenait de la porte ouverte où des rayons de soleil entraient, dans lesquels des millions de grains de poussière volaient en scintillant. De sa position, elle ne voyait pas l'extérieur mais la journée allait être magnifique.
Pendant ce temps, Itachi versait le riz dans deux bols. Combien de temps cela faisait-il qu'il n'avait pas passé un moment aussi simple et agréable ? Bizarrement, ses soucis semblaient voler à des kilomètres au-dessus de lui, évanouis quelque part dans le ciel bleu azur, dispersés par le vent aux quatre coins du monde. Il revint à côté de la jeune fille et l'aida à se redresser, l'appuyant sur le mur pour qu'elle puisse reposer son dos encore endolori. Elle le remercia et regarda avec appétit le bol de riz fumant posé sur la table, son estomac criant à nouveau tout haut le fond de ses pensées. Elle rougit à nouveau et aperçut le petit sourire du jeune homme, amusé mais gentil. Elle rassembla toutes ses forces et leva son bras pour saisir un bol, mais il lui semblait dix fois plus lourd que la normale et elle le laissa tomber. Le nukenin le rattrapa avant qu'il ne se renverse au sol et le replaça sur la table.
- Excuse-moi, dit-il. J'avais oublié ce petit détail.
- Tu n'as pas à t'excuser ! S'écria-t-elle. Tu en as déjà tellement fait… Continua-t-elle sur une voix plus douce.
- Attends, voilà !
Elle le regarda et s'empourpra en une seconde lorsqu'elle comprit comment il comptait s'y prendre. Lorsqu'il vit son visage virer au rouge vif, il rit à nouveau.
- Allez, ne sois pas timide, il faut bien que tu manges !
- C'est… gênant, répondit-elle en détournant le regard.
Une main lui saisit alors délicatement le menton et l'obligea à faire face au garçon. Il profita de sa surprise pour placer une petite portion de riz dans la bouche de la demoiselle, qui s'inclina et mangea en silence, patientant pendant que le rouge laissait place au pâle rose d'origine. Il la nourrit comme ça jusqu'à ce qu'elle finisse son bol, puis le déposa sur la table et entreprit de manger le sien.
- Arigatô…
- Do itashimashite, ojô-san.
- Ayu.
- Pardon?
- Je m'appelle Ayu. C'est la seule chose que je connaisse à propos de moi-même, alors on peut dire que tu sais tout de moi ! Dit-elle avec un grand sourire.
Il sourit légèrement et continua de manger en silence. Il n'était pas du genre à poser des questions aux autres. Chacun avait ses secrets dont il ne voulait pas parler. Il pensa à la jeune fille à ses côtés, l'air triste et ailleurs mais qui s'efforçait d'afficher un sourire. Elle donnait l'impression d'avoir vécu beaucoup de choses, mais elle ne se souvenait de rien.
- C'est peut-être une chance… Dit-elle doucement.
- Pardon ?
- Ne rien se souvenir. Si j'ai réalisé des erreurs dans le passé, je les ai toutes oubliées et peux recommencer une nouvelle vie sans me sentir coupable de rien. Tout le monde n'a pas la chance de naître deux fois ! Finit-elle avec un grand sourire.
- Il y a certes des vérités qu'il vaut mieux ne pas savoir mais dans ton cas, c'est quand même une partie de ta vie. Même si tu cherches à l'oublier, le passé finit toujours par te rattraper… Répondit-il songeur.
Elle comprit alors que sa vie à lui n'avait pas dû être bien rose et son regard lointain lui provoqua une douleur au cœur. Il avait souffert, trop, beaucoup trop. Mais il arrivait encore à sourire. Malgré la douleur qui lui tordait les entrailles, Ayu ne put s'empêcher d'admirer le courage de son sauveur. C'était décidément quelqu'un de bien, elle en était persuadée.
- Tu veux faire un tour dehors ? Demanda-t-il après avoir posé son bol vide sur la petite table basse.
- Ha ? Elle fut surprise par sa demande. Ah, euh… Mais je ne sais pas si j'arriverais déjà à marcher…
- Ne t'en fais pas.
Il se leva, emballa la brunette dans la couverture légère et la prit délicatement dans ses grands bras musclés. Encore une fois, le rouge colora ses joues pâles, ce qui fit sourire le ténébreux. Il sortit, puis la posa délicatement sur le bord du perron surélevé, le dos appuyé contre une poutre. Ses jambes se balançaient dans l'air, l'herbe assez haute lui chatouillant la plante des pieds, le vent jouant dans ses longs cheveux châtain. La journée était magnifique, le soleil resplendissant illuminait la prairie. Les reflets du tapis d'herbe verte mouvaient au grès du vent d'humeur taquine. Itachi s'assit à côté d'elle et ils discutèrent comme cela toute la journée, de tout et de rien, riant beaucoup. Le jeune homme appréciait beaucoup la compagnie de la jeune rescapée. Elle avait l'esprit vif, de l'humour, était intelligente et ne s'apitoyait pas sur son sort. Elle était forte. En fin de soirée, alors que l'obscurité recouvrait doucement la clairière, ses yeux se fermèrent doucement et le nukenin rattrapa sa tête tout en douceur, avant de la reprendre dans ses bras et de la serrer contre lui. Il avait l'impression de tenir un trésor qu'il risquait de perdre si jamais il le lâchait ne serait-ce qu'une minute. Mais il savait que c'était peut-être la dernière fois qu'il la voyait. Il profita de ces derniers instants avec elle, caressant ses longs cheveux, puis, lorsqu'il la sentit frissonner, il rentra et l'allongea délicatement sur le futon, la laissant dormir au chaud. Il passa sa paume sur sa joue si pâle et douce, puis se leva et rassembla ses affaires en silence, à contrecœur. Il jeta un dernier coup d'œil à la jeune fille avant de disparaître dans la nuit.
