Merci à kyomine et oeil-de-nuit pour vos reviews!!
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Chapitre 2
Le dîner se passa simplement. Rassasiée, Oscar se dirigea vers le salon afin de se détendre, assise auprès du feu. Pendant tout le repas, elle n'avait cessé de se demander quelle conduite adopter. Bien qu'elle ait accepté son attirance pour André, la situation était toutefois délicate. Devait-elle se déclarer à lui ? Etait-ce vraiment la meilleure chose à faire ? Si elle le lui avouait, cela compliquerait sérieusement leurs vies à tous deux. Mais André n'avait-il pas le droit de savoir ? N'avait-il pas droit au bonheur ? Elle savait plus que quiconque les souffrances que l'on pouvait endurer lorsque les sentiments n'étaient pas partagés.
- Que dois-je faire ?murmura-t-elle.
Que voulait-elle ? Que voulait-elle vraiment ? Sans penser au reste, sans penser à ses devoirs, à son père, à la reine, à la France… Elle, elle voulait simplement que le temps s'arrête, qu'on lui permette un peu de souffler. Elle se savait condamner, elle savait qu'elle n'en avait plus pour très longtemps… à moins d'un miracle, bien sûr. Et Oscar ne croyait pas aux miracles. Elle voulait pouvoir goûter à l'insouciance de la jeunesse. Ce sentiment qu'on lui avait interdit. Elle voulait pouvoir vivre les premiers émois d'un amour simple et profond. Elle voulait tout simplement se laisser aller, se laisser être une femme. Mais saurait-elle se comporter en femme ? Elle ne savait pas badiner avec les hommes. Et comment pourrait-elle flirter avec André ? Lui qui la connaissait par cœur, penserait qu'elle est malade.
Oscar se mit à rire doucement. La meilleure chose était encore de rester naturelle et de réagir selon les circonstances.
Ce fut cet instant que choisit André pour faire son apparition. Le cœur d'Oscar bondit dans sa poitrine. Ecarlate et troublée, elle changea de position sur son fauteuil et se racla la gorge :
- Peux-tu me servir un verre de vin, s'il te plait, André ?
- Bien sûr, répondit-il en se dirigeant vers la commode où étaient disposées les bouteilles.
Oscar le suivit timidement des yeux. Elle fut surprise de constater à quel point elle prenait plaisir à le regarder. Jamais jusqu'à aujourd'hui, elle n'avait posé un regard de femme sur lui. Elle prenait seulement maintenant conscience de la séduction de ses traits, de sa démarche souple et masculine, de la précision assurée bien que lente de chacun de ses gestes. Comment avait-elle pu ne pas voir cet homme alors qu'il vivait à ses côtés depuis si longtemps ? Elle avait dû risquer de le perdre pour comprendre que ses sentiments allaient bien au-delà qu'une simple amitié.
Sa gorge se serra soudainement et une douleur sourde gonfla sa poitrine. Elle avait ouvert les portes de son cœur et ne semblait plus avoir aucune emprise sur celui-ci.
Oscar réalisa à cet instant qu'elle ne pouvait plus se taire. Qu'il lui était impossible de se cacher… Mais comment lui faire comprendre ses sentiments ? Elle ne pouvait décemment pas le lui avouer comme ça, dans la conversation. Et si jamais il la repoussait ? Après tout, elle l'avait refusé. Peut-être avait-il choisi de passer à autre chose ? Peut-être l'avait-il rayée de son cœur ?
Une douleur vive la traversa de part en part à l'idée d'un rejet.
Non. André l'aimait encore. C'était certain. Son regard, ses attentions, sa prévenance n'étaient pas dûs uniquement à l'habitude, tenta-t-elle de se rassurer.
Dans un soupir tremblant, Oscar essaya de faire taire cette angoisse nouvelle et se dit qu'un bon verre de vin lui ferait le plus grand bien.
Elle se tourna de nouveau vers André qui remettait la bouteille à sa place. Son regard glissa lentement sur sa silhouette et se posa quelques secondes sur son joli postérieur. Oscar rit doucement, à la fois choquée et amusée par ses propres pensées et ses craintes se dissipèrent en partie. Le jeune homme se retourna à cet instant, deux verres de vin à la main.
- Puis-je participer à ton euphorie ? demanda-t-il en souriant.
Oscar le regarda, malicieuse et tendit la main.
- Non ! Tu ne le peux pas ! Mes pensées risqueraient de t'offusquer !
Perplexe, André lui donna son verre et alla s'appuyer contre la cheminée.
- Vraiment ?
Oscar ria de nouveau et but une gorgée sans le quitter des yeux. Le sang d'André ne fit qu'un tour.
Ce regard… Elle semblait le manger des yeux. Il attendit quelques secondes, pensant qu'elle avait quelque chose à lui demander mais rien ne vint… juste ce regard ambigu.
Troublé, il se détourna et se concentra sur son verre.
« … A quoi joue-t-elle ? Est-elle saoule ? … Non, elle n'a pratiquement pas bu pendant le repas. La carafe est revenue quasiment pleine… Alors … Pourquoi ? »
Il osa un nouveau coup d'œil et croisa son regard. Elle était assise nonchalamment sur son fauteuil, la tête appuyée contre le dossier, les lèvres entrouvertes par un fin sourire. Elle était terriblement féminine à cet instant. Il sentit une chaleur envahir tout son corps, un désir brûlant de l'embrasser, d'enfouir ses mains dans ses cheveux dorés, de respirer son parfum. Ce désir si longtemps refoulé qui le gardait parfois éveillé jusqu'à l'aube.
Il avala avec difficulté sa salive.
Oscar sut à cet instant qu'il l'aimait toujours. Elle avait déjà vu cette lueur briller une fois dans le regard du jeune homme. C'était lors de cette terrible nuit où il lui avoué ses sentiments. Il semblait si bouleversé, si affamé qu'Oscar en fut ébranlée.
A son tour en position de faiblesse, elle chercha à reprendre le dessus et demanda afin de rompre ce silence un peu trop pesant :
- Tout va bien, André ?
Celui-ci sursauta :
- Euh… oui, oui, Oscar…
Le jeune homme s'arracha au regard de son amie, les joues en feu, et but son verre d'un trait. Prenant son courage à deux mains, Oscar se leva alors et s'approcha de lui. Elle ne savait pas très bien ce qu'elle devait faire et comptait sur André pour la tirer d'embarra. Lorsqu'il la vit s'avancer dans sa direction, celui-ci se redressa, tendu et attendit sagement qu'elle arrivât à son niveau. La jeune femme s'arrêta à quelques centimètres de lui et, doucement, posa une main sur celle d'André. Ils restèrent ainsi quelques instants qui leur semblèrent durer une éternité. Oscar attendant un signe de lui, André n'osant plus bouger de peur de se trahir et de commettre l'irréparable. Leurs cœurs leur semblaient faire un bruit assourdissant parfaitement perceptible par l'autre.
Mais pourtant aucun des deux ne fit le moindre geste.
- Encore ? demanda la jeune femme au bout d'une éternité.
La mort dans l'âme, elle avait finalement décidé de mettre un terme à cette situation délicate.
- … Comment ? bredouilla André.
- … Encore un peu de vin ?
Il fallut quelques secondes au jeune homme pour parvenir à articuler :
- Oh ! Oui, bien sûr… Merci Oscar…
La jeune femme se détourna et se dirigea vers la commode où étaient disposées les bouteilles.
André, les poings crispés, ne quittait plus son amie des yeux. Il était partagé entre colère, frustration et désespoir.
Que cherchait-elle à se comporter ainsi ? Elle savait pourtant quels étaient ses sentiments à son égard. Alors pourquoi le torturer de la sorte ?
La gorge serrée, il se détourna.
Un peu plus loin, Oscar posait les deux verres sur la commode. Le visage sombre, elle se demandait comment agir afin qu'il comprenne enfin ses attentes.
- Je ne suis décidément pas très douée pour ces choses-là… murmura-t-elle en soupirant.
D'un geste mécanique, la jeune femme prit la bouteille la plus proche et remplit le verre d'André.
Que devait-elle faire à présent? Tenter de nouveau sa chance ce soir ou bien laisser le temps faire les choses...? Mais du temps, c'était justement ce qu'elle n'avait pas. Peut être qu'en étant un peu plus explicite dans ses gestes, il finirait par comprendre.
Forte de cette décision, Oscar se retourna, un sourire engageant sur les lèvres, mais elle se figea aussitôt.
Une main posée sur le manteau de la cheminée, André regardait les flammes danser lentement devant ses yeux. Son dos voûté donnait le sentiment qu'il portait, à lui seul, la misère du monde et son visage... son visage était le parfait reflet de son désespoir. Jamais Oscar n'avait vu regard plus triste, plus déchirant. Se sentant soudain observé, le jeune homme se tourna vers elle et un pâle sourire apparut sur ses lèvres.
A cet instant, Oscar se détesta. Elle avait honte de s'être permis de jouer de la sorte avec lui. Elle avait été égoïste. Elle pensait le rendre heureux, mais il n'y avait que douleur dans ses yeux.
Elle se força à sourire à son tour mais sa tristesse était trop grande. Elle s'approcha d'André et lui tendit son verre. Ils se regardèrent en silence jusqu'à ce que la jeune femme murmure avec douceur :
- Bonne nuit, André.
L'homme prit son verre et acquiesça :
- Bonne nuit, Oscar.
Cette dernière sourit faiblement et sortit.
André resta seul, son verre à la main.
Il se reprochait d'avoir laissé transparaître sa douleur. C'était pour cela qu'Oscar était montée se coucher si tôt. Mais l'espace d'un instant, il avait espéré. Il avait espéré un changement. Il avait cru qu'elle ressentait enfin de l'attirance pour lui.
Furieux contre lui-même, il but d'un trait le contenu de son verre et jeta ce dernier dans les flammes. Soudain très las, il secoua la tête et se dirigea vers la commode à vin. Il prit la première bouteille qui lui tomba sous la main et sortit du salon.
L'image d'Oscar alanguie sur son fauteuil allait le tenir éveiller jusqu'à l'aurore. Le vin réussirait peut être par la lui faire oublier...
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Dans sa chambre, Oscar finit de s'essuyer le visage, éteignit la bougie et ouvrit la fenêtre. L'air frais de la nuit lui fit du bien, elle étouffait. Elle entendit soudain une porte claquer sous sa fenêtre et André apparut, une bouteille à la main, marchant énergiquement jusqu'aux écuries. Il ouvrit le lourd battant, pénétra à l'intérieur de la bâtisse et referma bruyamment derrière lui.
La jeune femme soupira. Il ne se passait pas un soir sans qu'elle ne le vît avec une bouteille s'isoler dans quelques recoins du château. Elle savait qu'elle était la principale cause de ce comportement et que sa cécité grandissante n'arrangeait rien.
Il fallait qu'elle mette un terme à tout cela et rapidement.
Mais pour l'heure, Oscar avait terriblement honte. Ce soir, elle avait joué avec André et l'avait blessée. Elle avait voulu le pousser à bout, le faire sortir de ses réserves mais n'avait pas pensé un seul instant aux efforts d'André pour ne pas craquer. Il avait perdu la tête une fois et elle l'avait froidement rejeté. Comment avait-elle pu imaginer qu'il recommencerait au risque de la perdre définitivement ?
- Pardonne-moi, André...
Elle sentit alors monter en elle le mal qui la dévorait à petit feu. Elle eut juste le temps de sortir son mouchoir pour se couvrir la bouche. Ses lèvres prirent le goût du sang. Chaque quinte de toux lui déchira les poumons.
Quelques minutes plus tard, lorsque la crise fut passée, elle referma la fenêtre et se traîna jusqu'au lit. Elle devait prendre une décision. Mais pas ce soir. Demain...
Elle devrait choisir.
A SUIVRE…
