Je me suis finalement décidée, cette histoire sera divisée en chapitres, donc voici comme promis le deuxième ! Je vais essayer de faire en sorte de poster chaque lundi afin d'être le plus régulière possible, même si je n'ai pour l'instant aucune avance dans l'écriture.

Sinon, merci beaucoup pour vos reviews (notamment alicia, si tu repasses par ici, puisque je ne peux pas te remercier autrement), les gens qui ont suivi et/ou favorisé la fiction, etc. ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, bonne lecture en tout cas :)


Emma était à présent seule dans la cale sombre et froide, souriant toujours. Elle venait de trouver un plan d'évasion.

Dès son arrivée, elle avait inspecté les lieux d'un regard attentif et s'était rapidement rendu compte qu'elle n'aurait aucun moyen de s'échapper : la pièce était seulement équipée d'un petit lit de fortune, d'un bureau et de caisses totalement vides.

De plus, juste un hublot donnait un accès à la mer, et celui-ci semblait impossible à ouvrir. Du moins, pas avant que le navire ne se soit trop éloigné de la rive pour qu'elle puisse la rejoindre à la nage.

Elle était donc bloquée sur le Jolly Roger, au beau milieu de l'océan, jusqu'à ce que ses ravisseurs ne l'amènent à destination, d'ici plusieurs semaines si elle en croyait les dires du fameux Killian. Ce qui lui laissait largement le temps de mettre en place son idée.

Elle avait bien vu dans les yeux du matelot qu'il était différent, qu'il n'avait rien à faire sur ce bateau de pirates. Qu'il était simplement trop peureux et lâche pour se rebeller face à son capitaine. Il avait l'air d'être un vrai gentil, au fond de lui.

Et c'était ce dont elle allait se servir pour s'en sortir. Elle espérait qu'avec un peu d'aide, il pourrait changer et accepter de s'allier à sa cause, pour qu'ensemble ils s'enfuient ensuite loin de cet enfer, vers la vie qui conviendrait à chacun d'entre eux.

S'il était celui en charge de la nourrir et la surveiller comme elle avait cru le comprendre, il lui serait ainsi facile de l'amadouer quand ils seraient seuls, surtout qu'elle avait vu la façon dont il l'avait regardée.

Il était clair qu'il n'était pas insensible à ses charmes, et elle comptait bien en profiter.

Durant les jours à venir, elle allait devoir lui apprendre à se battre, à avoir confiance en elle (et surtout en lui-même), lui faire miroiter un avenir meilleur afin qu'une fois à destination, ils se retournent tous deux contre Blackbeard et prennent possession de son navire pour ainsi se rendre dans le royaume le plus proche demander du renfort et enfin rentrer jusqu'à chez elle.

Elle comptait bien mettre tout ceci à exécution dès la prochaine visite du jeune homme. Mais, en attendant, il fallait qu'elle se repose, surtout que Killian ne reviendrait certainement pas avant le lendemain matin. Un long voyage l'attendait…

Cependant elle eut du mal à s'endormir, des images de ses parents trouvant sa chambre vide s'immisçant dans son esprit. Elle le savait, ils allaient être dévastés quand ils se rendraient compte de sa disparition. Elle était la prunelle de leurs yeux, ce qu'ils avaient de plus cher au monde.

C'est pourquoi elle se devait de garder espoir, comme ils le lui avaient toujours appris, et se battre, pour eux, pour avoir la chance de les revoir et les serrer à nouveau dans ses bras. Elle ne renoncerait pas, jamais, et réussirait à faire en sorte que son plan marche du mieux possible. C'est en tout cas cette pensée positive qui lui permit d'enfin fermer les yeux pour le restant de la nuit.


« DAVID ! »

Blanche-Neige, qui était venue réveiller sa fille, se mit à hurler et s'effondra sur le sol lorsqu'elle ne trouva personne dans la chambre. Elle fut bien vite rejointe par Charmant et quelques gardes, alertés par le bruit. Il se précipita à ses côtés lorsqu'il la vit ainsi par terre.

« Que se passe-t-il, chérie ?

– Em… Emma… Elle n'est plus là, réussit à articuler la reine entre deux sanglots, enfouissant son visage dans le cou de son mari. »

Ce dernier releva la tête en direction du lit de la princesse, complètement vide. Son cœur rata un battement dans sa poitrine, et il sentit des larmes venir perler au coin de ses pupilles. Il se reprit cependant rapidement, pour sa femme, pour savoir ce qu'il s'était passé.

Il se mit debout, tendit une main à la brune pour qu'elle fasse de même, puis posa l'autre sur sa joue qu'il caressa tendrement. Il rapprocha son visage du sien, et murmura à son oreille :

« Ne t'inquiète pas, nous allons la retrouver. Je te le promets.

– Comment peux-tu en être si sûr ? Nous ne savons même pas ce qui lui est arrivé… Elle peut se trouver n'importe où à l'heure qu'il est ! »

David voulut répondre quelque chose, mais fut interrompu dans son élan par le bruit d'une porte qui s'ouvre en un claquement. Toutes les personnes présentes dans la pièce se retournèrent d'un même geste pour voir qui venait de pénétrer dans le château. Ils retinrent un hoquet de surprise quand ils reconnurent la méchante reine. Cette dernière leur offrit un sourire des plus effrayants.

« Je vois que j'arrive pile au bon moment pour profiter de ce spectacle de la petite famille brisée, fit-elle, son sourire s'élargissant à la vue des têtes dépitées face à elle. Alors Blanche, comprends-tu à présent ce que cela fait, que de perdre la raison de notre bonheur ?

– Regina, souffla l'intéressée entre ses dents d'une voix menaçante, qu'as-tu fait à ma fille ?! »

Elle voulut se précipiter après elle, mais Charmant la serra un peu plus fort entre ses bras pour l'en empêcher malgré ses protestations tandis que les gardes se placèrent entre les deux femmes, leurs armes pointées dans la direction de l'intruse.

« Moi ? Absolument rien. Un certain pirate, par contre… Quel est son nom, déjà ? Ah oui, Blackbeard. Je suis sûre que tu le connais, vu sa réputation. Eh bien, j'ai entendu dire qu'il était en chemin pour l'enfermer dans une tour loin, très loin d'ici… Sur une île où tu ne la retrouveras jamais. »

Puis, à ces mots, elle éclata d'un rire sadique avant de disparaître dans un nuage de fumée, laissant ses pires ennemis dans un état second, totalement dévastés par la nouvelle.

« Qu'allons-nous faire ? demanda finalement Blanche-Neige, après un long silence, dans un murmure presque inaudible.

– Je n'en sais rien… »

Le couple resta encore un moment dans les bras l'un de l'autre, le regard dans le vide, le cœur en miettes. Néanmoins, ils se reprirent bien vite et ordonnèrent alors à leurs gardes de rassembler immédiatement tous leurs sujets afin partir le plus rapidement possible à la recherche d'Emma.

Le temps leur était compté.


Le jour suivant, la princesse fut réveillée par la sensation d'une présence à ses côtés, ainsi qu'une odeur de cuir et de nourriture. Il lui fallut plusieurs secondes pour se souvenir de ce qui lui était arrivé la veille et d'où elle se trouvait.

Quand elle se rappela, elle pria intérieurement pour que la personne face à elle soit le matelot qu'elle avait rencontré précédemment, puis elle ouvrit les yeux. Elle lâcha un soupir de soulagement en apercevant Killian.

Ce dernier, qui se trouvait assis avec un plateau sur les genoux à la contempler d'un air rêveur depuis un moment, eut un vif mouvement de recul lorsque des irises émeraude vinrent se poser sur les siennes. Il manqua de justesse de tomber de son tabouret et de renverser le contenu entier de son repas tant il fut surpris.

« Je… Excusez-moi, je… Vous dormiez, et… Je ne voulais pas… Pardon. »

Le jeune homme, perdu dans ses excuses – il avait trouvé Emma endormie en descendant lui apporter son petit-déjeuner et n'avait pas trouvé le courage de la réveiller ; elle paraissait si sereine et angélique ainsi –, n'osait plus la regarder, bien trop honteux.

La blonde, elle, se retenait de rire gentiment devant la gêne évidente du garçon. Elle posa une main sur son bras pour l'obliger à relever la tête dans sa direction et put alors se rendre compte qu'il avait rougi, ce qui la fit sourire.

« Ce n'est rien, Killian, répondit-elle en insistant bien sur le prénom de ce dernier, ce qui eut l'effet d'illuminer instantanément son visage. Je vous remercie de m'avoir laissé dormir, surtout que j'imagine que votre capitaine ne va pas être content d'apprendre que vous avez passé plus de temps que prévu en ma compagnie alors que vous avez certainement du travail qui vous attend, n'est-ce pas ?

– A vrai dire, je… je n'y avais même pas pensé, expliqua le brun, tout à coup pris de panique, comme s'il venait subitement d'être ramené à la réalité. »

Il déposa rapidement le plat de nourriture qu'il tenait toujours sur le lit, puis se leva en vitesse, prêt à quitter la pièce et rejoindre le pont qu'il devait, comme chaque jour, nettoyer pour qu'il soit le plus propre possible. Cependant, avant qu'il ne commence à grimper à l'échelle, la jeune fille l'interpella et le questionna :

« Au fait, est-ce vous qui allez être en charge de vous occuper de moi jusqu'à notre arrivée à destination, ou vais-je rencontrer d'autres membres de l'équipage par la suite ?

– C'est moi, répliqua le jeune homme d'une voix peu sûre de lui. Mais si vous le souhaitez, je peux demander à mon capitaine de me faire remplacer ?

– Oh non, surtout pas. Je pensais simplement que si nous avons à nous côtoyer souvent, nous pourrions nous tutoyer, non ?

– Comme vo–… tu voudras. »

Puis il disparut ensuite, laissant Emma seule avec son repas qu'elle mangea en vitesse, affamée.

Elle était déjà satisfaite de savoir qu'elle n'aurait affaire à personne d'autre que Killian durant le trajet car, en plus de son plan qu'elle devait mettre en place, elle avait peur que les autres ne soient pas aussi respectueux envers sa personne que lui. Après tout, ils étaient des pirates, et n'avaient pas bonne réputation auprès de la cour royale et des habitants de son royaume.

Celui-ci semblait être une véritable exception.

De son côté, le matelot fut accueilli par son supérieur qui le regarda s'approcher de lui sans rien dire, les poings serrés sur ses hanches, visiblement énervé. Dès que le plus jeune fut à sa hauteur, il le dévisagea entièrement d'un air hautain, avant de s'exclamer :

« Hook, enfin te voilà ! Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps en bas, dis-moi ? Notre manchot favori a-t-il enfin réussi à mettre une fille dans son lit ?! Une princesse, qui plus est ! Je comprends maintenant pourquoi celles que nous ramenons sur le bateau ne t'ont jamais intéressé, elles n'étaient pas assez bien pour toi, c'est ça ?

– Bien sûr que non ! s'offusqua l'intéressé pour faire taire les dires de Blackbeard, ses joues ayant à présent viré au pourpre et sa main valide grattant nerveusement derrière son oreille, tout à fait mal-à-l'aise. Elle n'était simplement pas réveillée lorsque je suis arrivé, et je n'ai pas osé la lever, c'est tout. Je suis désolé Capitaine, je vous promets ça ne se reproduira plus. »

L'homme face à lui éclata d'un rire franc à l'entente de cette réponse, se moquant ainsi ouvertement de son second. Il n'arriverait décidément jamais à en faire un véritable pirate digne de ce nom, malgré les années passées en sa compagnie à bord du Jolly Roger.

« Mon pauvre petit Hook… tu ne changeras donc jamais, souffla-t-il en lui tendant par le même temps de quoi commencer sa tâche quotidienne. »

Ce dernier ne répliqua rien, se contentant seulement de faire ce qui lui était demandé dans le silence le plus complet alors que les autres s'affairaient tout autour de lui pour faire avancer le navire le plus rapidement possible afin de prendre de l'avance face à une possible menace.

Ils avaient tous bien conscience que la famille royale ne les laisserait pas enlever leur fille sans tout tenter pour la récupérer ou que d'autres pirates n'hésiteraient pas à chercher à les vaincre pour la demander en rançon ensuite. C'est pourquoi ils se devaient d'être extrêmement vigilants et prendre de nombreuses précautions.

Tout en frottant le sol, Killian se mit à réfléchir aux dires de son capitaine. Il ne pouvait nier que leur prisonnière l'avait attiré dès les premiers moments où il l'avait vue, mais jamais il n'avait même osé s'imaginer quelque chose avec elle… Après tout, comme l'avait fait remarquer Blackbeard, elle était une princesse, trop bien pour lui qui se trouvait n'être rien d'autre qu'un simple pirate à une main à l'existence monotone et lâche, qui plus est ! Jamais une fille telle qu'Emma ne pourrait s'intéresser à lui, il en était certain.

Il termina son travail perdu dans ses songes et fut durement ramené à la vraie vie par l'un des membres de l'équipage, qui le prévint que leur pause du midi venait de commencer. Il s'apprêta donc à descendre nourrir la captive, mais fut coupé dans son élan par son collège.

« Pas elle, lui expliqua-t-il en le retenant par le bras. Nous n'aurons pas assez de vivres pour l'entièreté du voyage sinon. Elle y a droit matin et soir, comme tout prisonnier jusqu'ici. Pas de traitement de faveur parce que c'est une princesse… et que tu as fini dans son lit.

– Je n'ai pas fini dans son lit ! s'énerva le matelot en se détachant de son emprise avant de rejoindre tout de même la cale où se trouvait la jeune fille, prétextant devoir vérifier si elle ne faisait rien de mal. »

Bien entendu que la rumeur lancée par son supérieur était arrivée aux oreilles de chaque personne présente sur le bateau. Et bien entendu qu'ils allaient se moquer de lui et ne pas cesser de le charrier pendant longtemps.

Car il était de notoriété publique que malgré son physique plutôt avantageux, Killian Jones ne savait pas s'y prendre avec les femmes et avait du mal à les attirer.

Il était bien trop naïf et maladroit pour elles, qui préféraient se perdre le temps d'une nuit dans les bras d'un homme vil et courageux tels que l'étaient les autres pirates. Lui n'était pas fait pour ce genre de relations, grand romantique qu'il était au fond de lui.

Il se dirigea donc vers les cuisines, s'empara de son plat de pommes de terre et emprunta l'échelle menant jusqu'aux quartiers de la blonde. Cette dernière, qui contemplait l'horizon à travers le hublot, sursauta quelque peu lorsqu'elle l'entendit arriver mais fut heureuse d'avoir un peu de compagnie quand elle reconnut la personne qui venait d'arriver.

Un sourire apparut soudainement sur le visage de Hook dès lors que leurs regards se croisèrent et toute colère disparut instantanément de son corps. Ne sachant comment entamer la discussion, il demanda simplement :

« Tu as faim ?

– Je vais commencer à croire que les histoires que mes parents m'ont racontées à propos de vous autres les pirates sont fausses, donna pour toute réponse la princesse tout en invitant le brun à venir s'asseoir à ses côtés. »

Il s'exécuta puis, levant un sourcil d'incompréhension devant ces paroles, la questionna à nouveau :

« C'est-à-dire ?

– Ils m'ont toujours appris qu'il ne fallait pas vous faire confiance, que vous maltraitiez vos prisonniers, que certains mourraient de faim ou des suites de leurs blessures et que je ne devais donc jamais m'approcher de l'un d'entre vous pour mon propre bien-être… Pourtant quand je te vois, j'ai l'impression de faire face à tout l'inverse de ce qu'ils m'ont décrit.

– Je ne suis pas vraiment un pirate, moi. Je suis seulement un matelot à…

– … une main, je sais, le coupa-t-elle. Mais tu dois bien être plus que ça, non ? Qui es-tu, Killian Jones ? Tu as sûrement une histoire, un passé à raconter, n'est-ce pas ? Par exemple, comment as-tu perdu ta main gauche ?

– Tu vas te moquer de moi si je te le raconte.

– Je te promets que non. Tu peux me faire confiance. »

Le jeune homme la dévisagea un instant en réfléchissant tandis qu'Emma lui souriait sincèrement pour l'inciter à parler. Il prit alors une grande inspiration, et commença son récit.

L'accident remontait à des années auparavant, peu de temps après que Blackbeard ne le recueille parmi son équipage. Il avait eu peur d'un coup de canon lancé au loin, et s'était bêtement retrouvé à l'eau dans son agitation. Ses coéquipiers l'avaient sauvé de peu de la noyade et de la gueule d'un crocodile qui suivait le Jolly Roger de près depuis plusieurs jours, qui lui broya complètement la main.

Ce fut son capitaine qui eut l'idée de la remplacer par un crochet, afin de le rendre plus terrifiant et menaçant aux yeux des autres – ce qui n'avait pas marché bien longtemps, finalement. Mais ainsi était né son surnom, plus « coloré » que sa propre identité, d'après ceux qui avaient à présent pris l'habitude de l'appeler ainsi.

Quand il eut terminé, il n'osa pas regarder la jeune fille, ses irises perdues dans la contemplation de la mer qui s'agitait au-dehors : il avait peur que malgré sa promesse, elle ne puisse se retenir de rire et le prenne pour un imbécile. Elle aurait toutes les raisons de le penser. Il avait toujours aussi honte de cette histoire, même après tout ce temps.

Pourtant, la princesse resta d'abord silencieuse, quelque peu horrifiée par ce qu'elle venait d'entendre et s'imaginant la terrible douleur qu'il avait dû ressentir lors de l'amputation de son membre. Toutefois, elle tenta de détendre l'atmosphère, voyant bien le malaise créé chez le pirate suite à cette révélation de l'un des événements marquants de sa vie :

« Pourquoi pensais-tu que j'allais me moquer ? Ce qui t'est arrivé est horrible. Et puis, on fait tous des choses parfois idiotes lorsqu'on est surpris par quelque chose. Regarde. »

Joignant le geste à la parole, elle prit le menton de son vis-à-vis entre ses doigts pour le forcer à relever la tête, puis remonta quelque peu sa robe afin de laisser apercevoir sa jambe droite, qui était marquée par une longue cicatrice tout le long de son tibia. Le matelot la contempla un instant, les sourcils froncés, concentré, avant d'interroger la blonde du regard quant à ce qui avait pu lui arriver pour se faire une telle blessure.

« Tu vois cette marque ? continua-t-elle alors. Je me la suis faite quand j'étais un peu plus jeune. Je m'amusais avec une amie d'un royaume voisin, la princesse Sarah – c'est son nom –, venue me rendre visite alors que ses parents étaient de passage par chez nous. Je ne l'ai pas entendue arriver derrière moi alors, lorsqu'elle a appelé mon nom, j'ai eu si peur que je suis tombée dans les grands escaliers du château, devant tous nos gardes qui auraient éclaté de rire s'ils n'avaient pas été alertés par le sang tant ma chute était bête. D'ailleurs, depuis, mon amie ne cesse de me charrier. Et tu veux que je te confie un petit secret ? Maintenant, j'ai peur de me retrouver arrêtée trop longtemps proche d'un escalier, ce qui est assez problématique lorsque nous organisons des bals… Tout ceci pour te dire que tu n'as aucune raison de te sentir mal et d'avoir honte par rapport à ça. »

Killian l'écouta attentivement, sans jamais l'interrompre une seule fois. Il ne comprenait pas bien pourquoi cette jeune fille, qui était censée être sa prisonnière (ou plutôt, celle de son capitaine, car s'il n'en tenait qu'à lui, il l'aurait déjà relâchée depuis bien longtemps, ne l'aurait même d'ailleurs jamais enlevée), essayait depuis le début de le mettre à l'aise et le faire accepter qui il était au fond de lui malgré la haine profonde qu'il vouait à sa personne, mais il lui en était vraiment reconnaissant.

Pour la première fois depuis le jour tragique qui avait changé de façon définitive son existence, il se sentait en vie. En sa présence et lorsque leurs yeux se rencontraient, il ressentait à nouveau ce sentiment d'importer, d'avoir une utilité en ce monde autre que devoir chaque jour rendre propre le sol du bateau sur lequel il naviguait. Et c'était si agréable…

Il connaissait à peine Emma, elle était même encore une inconnue pour lui – après tout, ils s'étaient rencontrés seulement la veille – mais il ne pouvait s'empêcher de vouloir lui offrir toute sa confiance, partager avec elle ses secrets inavoués et surtout, en apprendre davantage sur qui elle était derrière cette apparence de princesse bien différente de celles décrites dans les livres.

Finalement, ils continuèrent à discuter plusieurs minutes pendant qu'ils partageaient le repas que le matelot avait amené, jusqu'à ce qu'il soit obligé de s'en aller contre son gré, sa pause étant à présent terminée. Il aurait facilement pu passer l'après-midi, même le restant de ses jours, à l'écouter parler de n'importe quel sujet.

Il lui promit avant de partir qu'il reviendrait le plus vite possible, ce à quoi elle répondit par un sourire auquel il s'était déjà habitué et qui réchauffait son cœur à chaque fois qu'elle lui en offrait. Ils se séparèrent après un dernier au revoir.

Quand elle fut définitivement entourée par le silence, Emma se coucha sur son lit, les mains derrière la tête et ses yeux perdus en direction du plafond, fière d'elle. Son plan démarrait à merveille. Elle en était à présent certaine, elle n'aurait aucun mal à « manipuler » le garçon et le faire adhérer à son idée qu'elle lui présenterait certainement dès sa prochaine visite. Mieux encore, elle ne pouvait le nier, il se montrait être de très agréable compagnie, ce qui n'était pas de refus au beau milieu de sa solitude dans cette cale sombre et froide.