« … » dialogues entre personnages

' …' pensées des personnages

(…) notes de l'auteur, c'est-à-dire, de moi 

Chapitre 2 Où il est question d'une fête

Sophie eut beau protester, rien y fit ! Ses sœurs l'entraînèrent hors de la boutique en la traînant littéralement.

« Je vous en supplie, vous savez comme j'ai horreur de la foule, des cris, des bousculades, de l'agitation en général. Soyez indulgentes. »

« Tu ne nous fera plus jamais avaler cela »répondit Lettie

« Ce n'est sûrement pas en vivant dans un château qui bouge, avec un démon du feu, un magicien et son apprenti qui te met à l'abri de l'agitation. » ajouta alors Martha

Sophie était sûre qu'elles avaient dû répéter l'aveil au soir pour que leurs phrases puissent se compléter ainsi l'une l'autre sans hésitation.

« Et bien cela va peut-être vous étonner, mais c'est bel et bien le cas »

C'était inutile de discuter, avant qu'elle s'en rende compte, elle était en dehors de la boutique de la porte avait été soigneusement fermée à clé par Michaël qui avait ensuite remis la dite clé à Howl. Il était dons désormais impossible à Sophie de retourner au château si le magicien n'était pas d'accord. Ne l'en déplaise, elle le connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il n'aurait pas envie de rentrer au château avant de nombreuses heures et probablement pas avant le petit matin.

Comment des gens pouvaient-ils penser à faire la fête à 18h seulement ? En plus, il allait falloir penser à manger. Sophie leur préparait toujours leur repas vers 19h… 'Fausse excuse', pensa-t-elle. 'Tu ne veux pas y aller et tu inventerais n'importe quoi pour rentrer au château'

Au fur et à mesure qu'ils avançaient vers la place des Halles, les rues devenaient, et bien ma foi, de plus en plus bondées.

« Martha » lança Michaël en la tirant par le bras. « Je crois qu'il y a des jeux organisés là-bas ! Viens, je suis sûr que ça va te plaire ! »

C'est ainsi que Michaël et Martha disparurent dans la foule.

« Lettie, que diriez-vous si nous allions voir les cracheurs des feu ? » proposa Ben Suliman. « Il me semble les avoir vus par là… »

Et ils disparurent à leur tour.

« Bien, ma chère Fanny, mêlons-nous donc à la foule et à cette merveilleuse ambiance festive » dit joyeusement madame Bonnafé en prenant Fanny par le bras. « Dites-moi donc, ma chère, pourquoi votre époux ne vous a-t-il pas accompagné… »

Elles s'enfoncèrent également dans la foule.

« Hé, mais ne partez pas ! Ne me laissez pas toute seule… » Gémit Sophie.

« Et moi, je compte pour du beurre. » lui demanda Howl amusé par sa détresse. « Je vais te tenir compagnie. »

'Oui et dés que tu en auras repéré une qui te plaît, tu te jettera dessus en me plantant là comme une malpropre.'

« Pourquoi cet air dubitatif ? Ton manque de confiance en moi me consterne » dit-il tristement.

'Le voilà qui redevient sincère maintenant…'

« Allons-y »Lança joyeusement Howl en agrippant la main de Sophie et en fendant la masse devant lui pour atteindre le centre de la place.

Le magicien était complètement dans son élément. L'expression 'comme un poisson dans l'eau' lui scié à merveille au stade actuel des choses. Sophie comprit à quel point ils étaient différents et se trouvait bien sotte d'avoir cru une seule seconde qu'une vie palpitante, pleine d'aventures lui aurait convenu. Il est vrai qu'elle avait considérablement changé depuis qu'elle avait rencontré le magicien. Elle était devenue moins timide, plus sûre d'elle. Elle s'était découvert un caractère bien trempé lorsqu'il s'agissait de répondre aux nombreuses pics de Howl ou de Calcifer. Elle avait aussi appris quelle pouvait utiliser la magie bien qu'encore incapable de s'en servir correctement. Cependant, tout cela était vrai à l'intérieur du château, avec les gens qu'elle connaissait et avait appris à connaître ! Dans le monde extérieur, c'était une autre affaire ! Elle se sentait toute petite dans cette marée humaine et tellement peu à l'aise, contrairement à Howl qui adorait toute cette agitation.

Il y avait là une flopée d'attractions en tout genre : des jeux, des pistes de danse, des artistes, des acrobates, …

Ils s'arrêtèrent en face d'un spectacle de jongleurs. Sophie s'agrippait fermement à la manche du bel habit bleu et argent du magicien, torturant sans management le délicat tissu.

Il la regarda et éclata d'un rire sincère.

« Voilà que de nouveau tu ressembles à une pauvre petite souris grise ! »

Sophie lâcha le bras de Howl d'un geste sec.

Il lui lança un regard interrogateur et fut frappé d stupeur. Jamais il n'avait vu Sophie avec une telle expression. Elle se tenait droite devant lui, tous ses muscles tendus, tremblante de colère. Il avait beau la dépasser de deux têtes, il n'était pas rassuré devant tant de détermination. Ses magnifiques yeux noisette je ne sais plus si c'est la bonne couleur, désolée ;op devinrent brillants, puis humides et finalement remplis de larmes.

Howl en parut réellement attristé.

« Sophie… » tenta-t-il en tendant une main vers elle mais elle fit un pas un arrière.

« Sophie, je ne voulais pas te froisser mais d'habitude, tu ne te mets pas dans un tel état quand je te taquine. »

« C'est que cette fois tu te moques de moi. »

« Jamais je ne ferais cela, Sophie, voyons, c'était pour rire. »

« Sache que ton humour est loin d'être drôle. »

C'est à ce moment précis qu'un artificier alluma la mèche une fusée qui s'éleva en sifflant.

Sophie hurla de frayeur et se jeta littéralement sur le magicien s'agrippant de toutes ses forces à sa taille et pleurant à chaudes larmes.

« Du calme, Sophie, ce n'étaient que des feux d'artifices. »

« Je veux m'en aller. » gémit-elle.

Sa détresse le chagrinait vraiment. Il passa un bras autour de son épaule et lui embrassa affectueusement le sommet de la tête.

« Tu veux que l'on aille rejoindre les autres ? » lui murmura-t-il au creux de l'oreille.

Elle fit « oui » d'un signe de la tête sans se détacher de lui. Il l'entraîna en dehors de la foule afin de rechercher les autres. Elle récupéra un peu de sa contenance.

Howl emprunta les rues les moins bondées afin de contourner la place. Il croyait se rappeler d'avoir entendu les sœurs de Sophie parler d'un spectacle de cracheurs de feu qu'il ne fallait surtout pas manquer vers 19h30. Il pensait bien les trouver là-bas.

Dans les rues, comme durant la fête de Mai, les jeunes hommes abordaient les jeunes filles qui se promenaient souvent par deux.

Howl les regardaient en souriant puis lança « Tu te souviens comment nous nous sommes rencontrés ? »

« Bien sûr que je me souviens, tu me prends pour une idiote ? » maugréa Sophie sans pour autant lever les yeux vers lui. Son visage était toujours enfoui dans le soyeux tissu de la chemise de Howl.

« Tu es décidément de bien mauvaise humeur aujourd'hui » dit-il tristement. Sophie aurait souhaité croire qu'il simulait comme il savait si bien la faire avant de ne pas se sentie coupable de l'animosité de son ton. Mais depuis qu'il avait retrouvé son cœur, Howl était d'une sincérité qui embarrassait énormément l'ex-chapelière.

« Tu portais ce costume et tu voulais m'inviter à prendre un verre. » dit-elle comme pour s'excuser de sa réaction un peu trop brutale quelques secondes plus tôt.

Il se mit à rire. Sa bonne humeur semblait lui être revenue

« Et toi, tu m'as dit que tu devais aller voir ta sœur en bèguaillant tellement que j'ai eu du mal de te comprendre. Tu étais tellement plaquée contre le mur qu'un peu plus et tu aurais fusionné avec lui ! »

Sophie rougit d'embarras.

« Parce que recluse au fond de ma boutique comme je l'étais depuis des semaines tu crois sincèrement que j'avais l'habitude de recevoir ce genre d'invitation, surtout venant d'hommes raffinés. »

« Raffiné ! » répéta Howl. « C'est ce que tu as pensé à ce moment là ? » Puis, il éclata de rire ce qui donna à Sophie un teint écarlate.

« Oh, ça va, je ne te confierai plus jamais rien ! »

Howl allait répondre quand il aperçut Lettie et Ben. Il alla vers eux.

« Hé bien, où est ma sœur ? » s'enquit Lettie. Derrière l'ample chemise et les larges manches du magicien, Sophie était totalement invisible.

Howl souleva le bras en riant, dévoilant Sophie, agrippée à sa chemise, le visage enfoui dans le tissu.

« Enfin, Sophie, tu as vu dans quel état tu te mets pour si peu » gronda Lettie alors que Ben Suliman s'était mis à rire lui aussi.

Bientôt, ils furent rejoints par les autres afin d'assister au spectacle de cracheurs de feu.

Sophie ne pouvait s'empêcher de constater que de nombreuses femmes la regardaient en chuchotant derrière leurs éventails.

« Pourquoi me regardent-elles ainsi ? » demanda-t-elle à Howl au milieu du spectacle. Il jeta un coup d'œil et répondit avec son sourire charmeur.

« Parce que tu es avec moi ! »

« Nombriliste, égocentrique » lui lança Sophie en lui administrant un coup de coude dans les côtes. Mais il constata que cela semblait la contrarier et la gêner que ces femmes élégamment vêtues puissent le dévorer de la tête aux pieds et la toiser de cette façon, certes quelque peu désobligeante. Il passa son bras autour de sa taille et l'attira plus près de lui. Sophie le regarda, mais au lieu de le repousser ou de le gronder, elle lui sourit et passa à son tour son bras autour de sa taille. Elle appuya sa tête contre son torse et ferma les yeux en écoutant les battements de son cœur. Ce même cœur qui lui en avait fait voir avant de réintégrer son véritable propriétaire.

C'était un battement calme et lent, témoignant de l'état de bien-être dans lequel se trouvait en ce moment le magicien. Ce qui accentua encore l'envie qu'avait Sophie de se laisser bercer.

Elle s'était posée d'innombrables questions durant la nuit et tout cette journée sur ses sentiments pour lui et surtout sur les siens à son égard. Mais ce simple son, le simple bruit des battements de son cœur semblait avoir, d'un courant d'air, balayé toutes ses incertitudes et ses questions.

Bientôt, sans vraiment s'en rendre compte, ils se retrouvèrent complètement dans les bras l'un de l'autres.

Sophie, les deux bras enroulés autour de la taille de Howl, sa tête reposant à l'endroit précis où se trouve son cœur. Tandis que les bras de Howl lui enserraient les épaules, et son menton reposait sur le sommet de ses cheveux, si doux et soyeux. Aucun d'eux n'auraient souhaité que ce moment prenne fin… La chaleur de cette étreinte n'avait aucune comparaison avec ce qu'ils avaient pu vivre au paravent. Et Howl comprit enfin ce que voulait dire aimer, en tenant tout contre lui la seule femme qu'il ait jamais aimé et qu'il aimerait jamais.

Le spectacle prit fin dans un tonnerre d'applaudissements. Sophie s'écarta lentement de Howl en rougissant. Il lui sourit affectueusement ce qui ne fit qu'accroître la rougeur de son teint.

« Nous devrions aller manger, maintenant. » dit alors Fanny.

« Oh, oui, je meurs de faim » répondit Michaël. « Je connais un bon petit restaurant, suivez-moi ! »

Ils se mirent à la file indienne pour se frayer un chemin plus facilement. Sophie fermait la marche.

Soudain quelqu'un la bouscula. Elle sentit comme une piqûre sur sa nuque. Sa tête lui parut alors peser des tonnes et des fourmillements apparurent au niveau de ses sinus. Tout se mit à tourner autour d'elle à une vitesse folle. Elle enfouit son visage dans ses mains et s'écroula sur le sol.

Quand elle se réveilla, il faisait tout noir autour d'elle, elle ne distinguait plus rien.

C'est alors qu'une faible lueur apparut devant elle, tremblante comme une feuille sous l'effet du vent. Cette lueur prenait peu à peu une forme… Un papillon de lumière blanche se matérialisa devant elle.

« Sophie » murmura-t-il en un murmure. « Sophie, suis-moi, je vais t'aider à sortir d'ici. »

Sans vraiment le vouloir, elle se leva. Elle ne commandait pas ses actes. Elle était comme hypnotisée par la lumière émanent du papillon. Elle avança en heurtant des choses invisibles et rencontra un obstacle.

« Monte, Sophie, surtout ne me perd pas, ou tu ne retrouvera jamais ton chemin… » soufflait le papillon d'une voix douce.

Une échelle de lumière apparut devant-elle et elle grimpa. Elle continua d'avancer, les mains tendues en avant pour anticiper les obstacles. Le sol semblait instable sous ses pieds, elle était sûrement sur une pente. Guidée par le papillon, elle grimpa encore une échelle, très grande celle-là, puis le papillon s'arrêta à quelques mètres d'elle.

« Viens Sophie . tu y es presque, approche encore un peu et tu trouvera la sortie »

Elle n'était plus qu'à quelques centimètres du papillon, ses doigts pouvaient presque le toucher… Tout à coup, le sol se déroba sous ses pieds et un tourbillon de couleurs explosa dans sa tête. Elle hurla tandis qu'elle tombait et se rattrapa de justesse au rebord du toit. Elle était suspendue à plusieurs mètres au-dessus de la place des Halles et ne savait pas comment elle était arrivée là. Mais déjà, ses articulations blanchies lui faisaient comprendre qu'elles ne supporteraient pas son poids bien longtemps.


Lettie se retourna pour demander à Sophie si elle allait mieux. Mais elle ne vit personne derrière Howl.

« Où est Sophie ? »s'enquit-elle.

« Juste derrière… » Il s'interrompit en constatant que la jeune femme avait disparu. « Elle était encore là il y a une minute » Dit-il sur un ton paniqué alors qu'une étrange sensation lui tenaillait le cœur. Il fit un tour sur lui-même. Les autres en firent autant.

C'est alors que Fanny poussa un cri hystérique en pointant son index vers le haut.

Sophie était suspendue à plusieurs dizaines de mètres du sol et appelait à l'aide.

« Sophie ! » cria Howl en fendant la foule pour grimper à son tour sur les toits. Il grimpa les échelles utilisées en temps normal par les ramoneurs pour atteindre les différents étages des maisons hétéroclites de Halle-Neuve.

« Howl, au secours, je vais lâcher, j'ai mal. »

« Encore un effort, ma Sophie, je viens t'aider, je suis presque près de toi. Ne lâche pas, je t'en supplie. Ne me laisse pas. Courage, je suis là. »

Il était à un mètre d'elle.

Il y eut un craquement sonore et le rebord du toit s'effondra. Sophie hurla alors qu'elle était entraînée vers le bas…

« SOPHIE ! » cria Howl.