Clem se réveilla peu à peu… L'œil droit commença à s'habituer à la lumière du soleil avant d'être rejoint par son jumeau. Tout à coup, l'environnement qui l'entourait prit une tournure sombre, les murs semblaient s'éloigner à chaque pas qu'elle faisait. Lorsqu'elle se releva, elle essaya de toucher le comptoir mais celui-ci s'enfuyait comme par crainte. Prit de panique, elle sortit du café et se retrouva dans un couloir long et étroit. Lorsqu'elle se regarda, ses vêtements avaient changé.

Son sweat rouge « Brooklyn » était réapparu comme par magie.

« Mais qu'est-ce qu'il se passe, bon sang ? » Elle se demanda, sentant la panique grandir en elle.

Le temps semblait s'être arrêté. Les aiguilles des horloges ne tournaient plus et commençaient à fondre peu à peu. Soudainement, le cadavre de Lee apparu menotté au radiateur. Clementine tomba un genou au sol. Le regard fixe collé sur le sol, elle sentit une larme cristalline couler sur sa joue :

« Pourquoi est-ce que je continue ? Lee… Tu étais censé me protéger » cria-t-elle dans le couloir. L'écho retentit à travers cette pièce sombre et étrange. Après coup, une voix grave apparu dans sa tête :

« C'est à toi de te protéger maintenant. Je suis désolé de ne pas avoir été à la hauteur… mais je suis fière de toi. Ta pénitence n'est pas encore terminée, Venge toi et tu seras libre. »

À peine Clementine eut le temps d'entendre le bout de la phrase qu'elle se réveilla en sursaut au milieu de la nuit sur la banquette froide du restaurant. Elle était en sueur, les larmes aux yeux, portant les marques d'une lutte ensommeillée comme si elle s'était égratignée la peau en bougeant trop durant son sommeil.

« Allez, ressaisis-toi, c'est juste un rêve. » Se dit-elle pour se rassurer. Elle tenait soigneusement le pistolet qui était comme greffé sur la main. Son regard affolé venait se poser sur le jeune bébé qui dormait juste a coté d'elle dans une grande enveloppe en tissus.

Elle se colla contre la vitre du restaurant : il était peut être cinq ou six heures, le temps était donc venu de reprendre la route. Mieux valait éviter de trop traîner ici surtout après les évènements qui l'avaient conduite à tuer une fois de plus ces individus. Elle trébucha alors sur le cadavre de l'homme barbu :

" Même mort, tu continues à me faire chier ! " ajouta t-elle avec un brin de colère. Même mort, il se retrouvait encore sur son chemin et rendait sa vie plus difficile qu'elle ne l'était déjà. Elle trembla de froid jusqu'au lever du jour, encapuchonnée dans une grande couverture jusqu'à ce que le blizzard se dispersât derrière les montagnes. Elle sentait de nouveau la lumière sur sa peau tandis que les températures redevenaient plus ou moins vivables. Clem essuya le sang sur son couteau, le mit dans son fourreau tout près de sa ceinture avant de ranger son pistolet. La posture du sac à dos était le moment le plus agonisant tout comme le port du bébé qui ne facilitait pas la tâche. Lorsqu'elle se pencha pour l'attraper, une forte douleur à la poitrine l'arrêta dans son élan.

« Bordel, faudra que j'avance doucement. »

Clem réajusta sa prise sur AJ avant de quitter le restaurant, tout en évitant tout mouvement brusque. Les lueurs du soleil perçaient à travers les nuages pour venir éclairer sa silhouette.

Plusieurs heures de marches s'enchaînèrent sur une route désertique sur la toundra. Elle croisa plusieurs rôdeurs sur le chemin auquel elle mit fin à leurs jours assez aisément le plus souvent d'un coup de hache dans la tête. Au bout d'une petite colline, elle aperçut une horde de rôdeurs déchaînés se dirigeant vers elle. Elle se mit à réfléchir à ses possibilités, à tous ce que Kenny ou Lee lui avait enseigné. Un cadavre sur le sol à quelques mètres d'elle faisait germer une idée dans sa tête. Elle se dit alors tout simplement :

« Ça fera l'affaire, comme au bon vieux temps. » D'un pas sûr et confiant, elle regarda l'horizon droit devant elle, une hache à la main. Elle s'arrêta net près du corps, posa AJ sur le côté et commença à inciser le corps déchiqueté au niveau des intestins. Une chose était sûre, elle ne s'habituerait jamais à cette odeur. Il y a des choses auxquelles l'homme ne pourrait jamais s'habituer.

Clem revit ses parents déambulant sur la route et ne put s'empêcher d'avoir les yeux scintillants.

« C'est pas le moment, là ! » se dit-elle en se ressaisissant. Dans un mouvement souple et délicat, elle arracha les boyaux du corps pour s'en tartiner sur sa veste et sa peau. L'odeur était insupportable mais nécessaire. Elle fit de même pour AJ qui la regardait stupéfait.

« Encore un peu par ici, un peu par la et c'est bon » déclara-t-elle en sortant sa langue comme par réflexion, observant son œuvre comme une sorte de forme d'art contemporain.

Après s'être badigeonnée partout sur le corps, elle s'élança dans la horde et se rappela ce que Jane lui avait montré et enseigné. Ses traits sans émotions et tout à fait placides rendaient le passage plus facile à traverser. Après un certain moment, une bonne partie de la horde était passée et, prise d'un coup de fatigue, Clem décida de s'asseoir sur un rocher tandis que quelques rôdeurs continuaient d'affluer sur le côté droit. Elle se contenta de regarder les cadavres ambulants se déplacer, l'œil passif et loin de ce monde. Soudainement, AJ se mit à pleurer :

« Non AJ, calme toi, chut, ça va aller ! »

Le jeune bébé ne se calmait pas et continuait d'émettre un son aigu et très fort qui alerta tous les morts des environs.

« Il va faire venir tous les rôdeurs du coin… »

Précipitamment, elle mit un biberon de lait dans sa bouche pour stopper les cris permanents.

« Ça devrait aller… Mais, maintenant, les rôdeurs ! » D'un geste leste, elle empoigna sa hache et fit quelques tournoiements avec sa main droite pour s'échauffer alors qu'elle s'avança de quelques pas vers la dizaine de rôdeurs qui se dirigeaient vers elle. Un jeune rôdeur d'une dizaine d'années apparu dans son champ de vison, les mains en avant pour l'agripper. Sans certitudes, elle avait vaguement l'impression qu'il se déplaçait plus rapidement que les autres. Clem stoppa net son bras alors en l'air et pensa inévitablement à Duck. La lame de la hache écrasa littéralement la boîte crânienne déjà bien amochée du petit garçon et dispersa des morceaux de cerveaux sur le sol tandis qu'une giclée de sang arriva à la figure de Clementine. « Un de moins, au suivant ! »

Quelques gouttes de sang coulaient de la hache et tombaient sur le sol fraîchement mouillé par la rosée du matin. Au Même moment, un coup de feu retentit derrière elle."

La main sûre et déterminée de Clementine mit fin à la misérable vie de cet enfant qui déambulait depuis plusieurs jours. Clem enleva avec souplesse la lame de la hache qui restait accrochée à la boîte crânienne. Ce mouvement fort la fit chavirer en arrière mais elle reprit rapidement équilibre en posant le pied gauche vers elle. Tandis que le corps du rôdeur tombait au sol, une dizaine d'autres s'approchaient dangereusement. Elle se rassura mentalement en affirmant qu'elle ferait de son mieux pour se sortir de cette situation. Clem faisait tourner la hache autour de ses mains d'une façon presque artistique afin de se préparer à un autre coup quand tout à coup, un tir d'arme a feu retentit à l'arrière de son dos.

« Mais qu'est-ce qu'il se passe ? ! Un survivant ? ! » Pensa-t-elle pendant qu'elle s'échauffait. Un autre rôdeur se déplaçait vers elle quand une balle de fusil se logea dans sa tête.

Lorsque Clem se retourna, elle vit une femme afro-américaine, cheveux noirs et dotée d'une veste marron. La première pensée qui traversa l'esprit son esprit était une forte ressemblance à Christa. Les yeux écarquillés, elle regarda la jeune femme s'avancer jusqu'à elle, d'une fière allure. Tout en restant concentrée, Clementine acheva d'un coup bien placée un autre rôdeur munit d'un sac de randonnée et d'un bâton de marche. Elle se retourna pour savoir si AJ était en sécurité : elle soupira d'inquiétude et mit la main sur son front pour enlever les gouttelettes de transpirations qui se formaient entre les plis :

« Il va bien, c'est le principal, qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour le protéger » Elle s'irrita raffermissant sa prise sur sa hache affûtée.

Les coups de feu, eux, continuaient à retentir et touchaient sans cesse sa cible avec une précision incroyable, digne d'une tireuse d'élite. Clem trancha la jambe d'un homme adulte habillé d'une simple chemise et d'un jean déchiré. Le rôdeur perdit équilibre et tomba au sol alors que l'enchaînement de la hache permit de conclure le combat. Clem rengaina alors son arme dans son étui mais gardait son pistolet en joue pour le sort qu'elle allait réserver à cette bienfaitrice inconnue :

« Qui êtes-vous ? » Cria Clementine en dégainant son pistolet par méfiance.

Elle ne pouvait faire confiance à qui que ce soit dorénavant. C'était probablement sa qui l'avait d'ailleurs maintenu en vie. Cette confiance qui devenait de plus en plus difficile a donner, qui devait être préservée.

« Je ne vous veux pas de… Clementine ? ! » La jeune femme ne pouvait s'empêcher de verser une lame avant de courir jusqu'à elle.

« Chr… Christa ? Comment c'est possible ? » Surprise et envahie par l'émotion, Clem lâcha son sac à dos tenu fermement par son poignet afin de tomber dans les herbes hautes. Elle se contentait de rester stoïque et de regarder le destin qui se profilait à l'horizon avant de verser une petite larme en lui adressant un grand sourire. De l'espoir cela faisait longtemps qu'elle n'en avait plus, mais est-ce que cela pouvait être les prémisses d'un nouveau commencement ? Elle était si confuse…

Lorsque Christa était suffisamment proche d'elle, les deux femmes s'enlacèrent avec passion.

« Je n'y croyais plus, si tu savais tout le trajet que j'ai dû faire pour te retrouver, le plus difficile, c'était de trouver la force de continuer " exalta Christa en faisant apparaître un sourire radieux.

" D'ailleurs, tu n'as pas froid avec ce blouson ? "

« Difficile de trouver des magasins de modes dans ces lieux » rajouta Clementine pour enchérir sur sa question.

« Et ce bébé ? « Demanda Christa comme inquiète mais aussi mélancolique.

« Je te raconterais sa plus tard, d'abord trouvons un endroit sur tu veux ? « Ajouta Clémentine. Christa acquiesça et se mit rapidement en marche vers ce qui ressemblait vaguement à une caverne creuse et épaisse creusée naturellement dans la roche.

Au milieu du chemin, un calme presque religieux fit son apparition :

« Tu es sûr que tu veux qu'on arrive pour m'expliquer ton histoire, tu à l'air bouleversée « demanda Christa.

« Oui je te dirais tous, inutile d'être aussi impatiente, cependant restons concentrés, on ne sait jamais ce qui pourrait se passer « répliqua Clementine d'un ton sûr, presque autoritaire.

« Eh bien ce n'est pas la Clementine que je connais ça, j'ai l'impression qu'il t'est arrivé beaucoup chose en peu de temps. » Dit-elle en laissant apparaître un sourire triste mais rassurant.

Plusieurs dizaines de minutes plus tard, les deux partenaires arrivèrent enfin à la caverne. Un panorama extraordinaire s'étalait devant leurs yeux. Au-delà du brouillard, Clem pouvait distinguer une énorme masse noire amovible qui avait pris possession du restaurant.

« Elle semble sécurisée, je vais à droite. » Ajouta Christa qui dégaina une longue machette.

« Très bien, dans ce cas je vais à gauche alors, soit prudente ". S'écria Clementine comme inquiète de perdre encore une amie. Lorsqu'elle s'approcha de la sombre caverne, elle remarqua des signes d'habitations très usées comme des tentes et des boîtes de conserve rouillées et semi-ouvertes. De la nourriture liquide d'une couleur verdâtre, presque fluorescente s'écoulait des boîtes en aciers.

« Tentes, boîtes et glacière, des randonneurs sans doute, peut-être ce que je viens d'éliminer ? » Elle s'interrogea en farfouillant dans les moindres recoins. Assurément, la zone était sûre et sécurisée. Elle retourna alors à l'entrée de la caverne :

« C'est sûr, il n'y a personne, juste des traces d'une ancienne vie ici » dit-elle.

« En effet, j'ai trouvé la même chose, rajouta Christa. Maintenant trouvons nous un endroit pour s'installer et faisons-nous un bon feu de camp, comme avant. »

Clementine acquiesça en hochant la tête. Elle se dirigeait vers l'extérieur afin de trouver du bois. Cependant, la tristesse évidente qui se lisait sur son visage semblait plus grave et plus dure qu'avant.

« Mais que s'est-il passé dans la tête de cette gamine ? » Christa se demanda tout en préparant un semblant de camp.

Peu de temps après, Clementine revenait les bras remplit de petites brindilles et de branches d'arbres sèches. Elle déposa le tout sur le sol et s'apprêta à sortir son petit briquet rose avec des papillons.

« Tu l'as gardé hein ? » S'exclama naturellement Christa tout en ajoutant quelques bûches dans le feu de camp.

« Un signe d'avant… » Répondit Clementine après avoir soupiré une longue expiration.

Les braises commençaient à s'enflammer et les petites brindilles prenaient peu à peu à prendre feu pour créer de sublimes flammes. Bientôt, une petite fumée commençait à se former et elle se dirigeait vers la sortie de la caverne. Christa s'assit sur un gros rocher et Clementine sur le sol, accroupie sur la terre meuble. La femme semblait comme gênée, elle n'osait pas commencer la conversation afin de ne pas la troubler davantage.

« Alors dis-moi, qu'est ce qui t'est arrivé, pourquoi tu es toute seule avec ce bébé ?

- " Depuis le début ? » Demanda Clementine en haussant un sourcil.

« Vas-y, dis-moi, on à toute la journée pour en parler de toute façon.

- "D'abord, je dois te dire que je suis désolé de t'avoir abandonné. Je devais m'enfuir pour sauver ma peau avant qu'il ne m'attrape et qu'il ne fasse je ne sais quoi avec moi ». Dit-elle les yeux fixés dans le tournoiement du crépitement du feu.

« Ce n'est pas grave, tu as fais ce qu'il fallait faire… que s'est-il passé ensuite ? » dit-elle avec une grimace de dégoût sur le visage.

« J'ai dû me battre avec ce que j'avais : des branches d'arbres, des pierres, tous ce qui me passaient sous la main, certains ont été dévorés après avoir attiré les rôdeurs. Je suis tombé dans une rivière jusqu'à en perdre connaissance. J'avais tout perdu à part la volonté de vivre » continua Clementine tandis que Christa écoutait attentivement ses paroles, comme captivée et attristée par son histoire.

« Plus tard, j'ai découvert un chien qui semblait amical mais qui m'a mordu le bras peu de temps après, juste pour une histoire de nourriture ".

Elle montra la cicatrice sur son bras. Christa se crispa quant à la vue de la marque.

" J'ai découvert un groupe plutôt hostile après ça… Ils m'ont enfermé dans un cabanon et ne m'ont pas cru quand je leur ai dit qu'un chien m'avait mordu et pas un rôdeur… Ils m'ont forcé à devoir me recoudre moi-même. "

- " Toute seule ?"

- " Oui… mais je crois que ça m'a rendu plus forte, plus résistante à la douleur, le destin était contre moi " dit-elle toujours plongée dans ses pensées, le regard dans le vide.

« Cela fait bizarre d'entendre dire cela de la bouche d'une gamine, tu es trop jeune pour vivre ce genre de choses « ajouta Christa.

« Mon âge n'a pas vraiment d'importance maintenant, nous nous battons pour nous maintenant… » Dit-elle avec vigueur.

Christa semblait surprise, pensive, elle ne reconnaissait plus la petite Clementine. Elle avait tellement changé en si peu de temps.

« J'ai perdu énormément d'amis qui m'étaient chers : Pete, Nick, Rebecca, la mère de ce petit bébé, Alvin, le père, Jane, Luke… » Dit-elle d'une voix tremblotante.

Christa se contentait d'écouter, ses yeux s'humidifiaient de plus en plus pour laisser apparaître une petite larme à l'œil droit.

« Et Kenny… J'ai dû le tuer quand il commençait à devenir fou. » Clem essayait de retenir une larme se logeant dans son œil droit, elle tentait de parler mais elle n'y arrivait pas, ses paroles étaient mélangées et son langage était incompréhensible.

« Kenny ? Je… je ne sais pas quoi dire, tu as vécu tant d'horreurs, je suis désolé " bégaya Christa en laissant échapper une petite larme sur sa joue. " Tu à fais preuve d'un grand courage, espérons qu'il n'y aura pas trop de répercussion… »

Elle l'enlaça pour la calmer et la consoler du mieux qu'elle pouvait.

« J'ai pris la route avec le bébé, j'ai trouvé un lieu pour me reposer auquel j'ai dû éliminer des hommes sur la route, ensuite j'ai traversé une horde et me voilà. » Finit Clementine les jambes serrées, les mains liées et le corps blottit contre la paroi du mur de la caverne.

« Tu ne devrais pas prendre des risques aussi grands. » ajouta Christa pour couper la fin de sa phrase.

« Je fais ce qu'il faut pour survivre « dit-elle froidement en séchant ses larmes.

« Tu fais preuve d'une maturité extraordinaire, je veux dire, en t'entendant parler, j'ai l'impression d'entendre un adulte « dit-elle d'un air admiratif mais avec un soupçon de pitié. Après tout, elle ne méritait pas de vivre des choses pareilles.

« C'est ce monde qui me rend comme sa « finit-elle après s'être relevée pour se déplacer vers ce qui ressemblait à un lit de fortune.

« Tu à quelque chose sur la poitrine… Du sang ?

- " Quelqu'un m'a tiré dessus. J'ai dû nettoyer la plaie et la cautériser tout à l'heure pour pas que ça s'infecte » dit-elle en se mettant confortablement dans son lit.

En tirant sa couette, elle ajouta alors :

« J'aimerais le retrouver et lui faire payer " Ses paroles étaient dures, froides et sans émotions. "Tu viens avec moi ? ça me ferait vraiment plaisir. » Elle poursuivit en esquissant un petit sourire qui lui était destiné.

« Bien sûr, allons le chercher cet enfoiré ! » rugit-elle en se mettant dans la même position que Clementine. Elle ne pouvait s'empêcher à sa blessure par balle, si jeune et déjà blessée. De plus, l'attitude de celle-ci l'inquiétait légèrement, elle était devenue trop dure avec elle-même, trop endurcie selon elle.

« Elle a besoin d'un peu de réconfort, elle est assaillie par ses fantômes, elle essaie de les semer par elle-même, brave fille… Elle intériorise tous » Pensa t-elle, les yeux concentrés sur la paroi du mur, allongé dans le lit composé essentiellement de feuillages et de duvet.

« Repose toi Christa, j'ai déjà dormi aujourd'hui. Je ferais le premier tour de garde dans une heure, tu devrais dormir pendant ce temps, on se relaiera » dit Clementine armé d'un revolver dans la main droite, éveillée et allongée sur le dos dans le sac de couchage.

« Comme tu veux… mais ne prends pas trop de risques, si tu as besoin d'aide, appelle moi. » Dit Christa, inquiète de la situation actuelle.

« Pas de problème, j'ai juste besoin d'être seule quelques instants. » Finit-elle avant de laisser le silence planait sur les deux survivantes. Seul le bruit des grillons et des lointains bruits des rôdeurs étaient audibles. Christa tombait lentement dans le sommeil tandis que Clem fixait le plafond, perdu dans ses pensées et poursuivit par les fantômes du passé. Cet aspect va disparaître avec le temps mais les marques restent à tout jamais dans l'âme de la personne. AJ, lui était sur une pierre en face de Clementine. La voix de celle ci avait tendance à le bercer et il tombait facilement dans un sommeil profond.

Ainsi se termina cette matinée qui laissait place à une journée harassante. Clementine devait combattre activement son passé pour aller de l'avant. À moins que son esprit ne soit brisé pour toujours ? Seul l'avenir pourrait lui dire. Cependant, les rôdeurs, eux, étaient toujours présents.

4 jours sont passés depuis la rencontre hasardeuse et bénéfique de Christa dans les terres désolées du Michigan. Les deux femmes s'entendaient parfaitement bien, Clementine put dévoiler avec précision son passé terrifiant ainsi que tous les détails de ses derniers mois. Etrangement, Christa semblait très curieuse, plus qu'a l'accoutumée. Peut être que restait seul pendant plusieurs mois l'avait fait réfléchir sur la nécessité d'une personne a ses côtés ? Le duo fouillait bâtiments par bâtiments pour trouver de la nourriture et des affaires de survie. Comme a son habitude, elle trouvait toujours de la nourriture lyophilisée et des restes non consommés mais périmés. Ils étaient dans une grande maison abandonnée qui était à l'écart de la ville, de toute forme de civilisation. La bâtisse en ruine devait avoir fière allure avant que le temps ne la saccage. Les deux femmes commençaient a déjeuner quand Clementine prit soudainement la parole :

" Alors, comment tu t'es sorti toi, d'après mes souvenirs, tu t'es pris une lance dans la jambe " demanda t-elle comme intriguée par rapport à son passé très mouvementé.

" Et bien… Lorsque tu t'es enfui, la plupart des bandits ont détalé vers ta position. Seulement deux gus sont restés pour me tenir face, après tout, je ne suis qu'une femme pour eux, un corps exploitable " conta t-elle ironiquement.

" Et moi juste une gamine, je me demande qui a le plus de chance " elle fit un léger sourire.

" Oui c'est vrai et je te plains, mais bon c'est pas le sujet, comme je disais, un jeune homme d'une vingtaine d'années s'approcha avec son couteau et son sourire pervers ".

-" Et donc ? " demanda Clem intéressée par la suite de l'histoire.

" Ben le mec s'est approché et je lui ai mis un coup de poing dans la tronche, c'était moche, l'autre est parti en fuyant comme un gamin apeuré " détailla t-elle avec précision, presque fier. Elle étendit le bras vers les boites de conserves et en prit une sur le chemin : " 21 juillet 2017, ça va on a le temps " lit-elle sur l'opercule.

" Et comment tu t'es soigné la jambe, j'imagine que ça a dû faire mal " ajouta Clem, en mangeant sa boîte près d'un feu de camp.

" La blessure était pas trop profonde, mais ouai j'ai dû faire le nécessaire, bref tu sais quoi hein, je dirais presque que t'es devenu une pro dans le domaine ". Elle essayait de faire de l'humour sur un thème particulièrement difficile pour la jeune fille.

" Ouai.." murmura t-elle d'une voix basse en regardant le sol.

" Ah désolé, j'aurais pas dû dire sa" s'excusa Christa juste après sa remarque déplacée.

" Non non c'est pas ta faute, c'est la faute d'Arvo c'est tout… et de ce chien " elle raclait sa boîte jusqu'à la moindre miette de nourriture.

" Et qu'est devenu le chien ? "

" Je l'ai laissé crever avec un pieu dans le ventre, j'avais pas le temps de l'achever " finit-elle sèchement. Christa garda un long silence juste après et jeta ses détritus sur le bas côté tout en ajoutant :

" Bon allez, on y va, on a du boulot "

Clementine acquiesça, elle prit son sac à dos, remit en place sa casquette et attrapa sa hache. " On doit aller au sud, c'était la direction de la voiture " dit t-elle en reprenant le périple sur une route décrépite.

" Peut être il y aura encore les traces de pneus ? Tu te souviens du type de véhicule ? " interrogea Christa. Elle portait Aj avec soin comme elle le ferait avec son propre fils, les mauvais souvenirs continuaient d'affluer dans sa tête.

Clementine se grattait la tête, elle regardait à droite et a gauche : " Un gros véhicule avec des places a l'arrières "

Soudainement, elle pointa le doigt vers ce qui ressemblait vaguement à un village abandonné. Le duo s'approchait de plus en plus du hameau. Le froid ralentissait les rôdeurs qui ne pouvaient quasiment plus marcher, seules leurs bras étaient encore en état de fonctionner.

" Un rôdeur est un rôdeur, un danger potentiel " récita Clementine les sourcils froncés avant d'enfoncer sa hache dans le crâne de celui-ci. Christa adopta un visage approbateur en hochant de la tête : " il semblerait que j'ai été un bon professeur " dit-elle en fouillant les poubelles du village.

" Je ne crois pas que ce soit toi mais plus l'expérience, sans vouloir te vexer bien sur " rétorqua Clem en retirant sa hache. Suite à cette remarque, Christa ne pouvait s'empêcher d'avoir un petit sourire qui était cependant plein de pitié. Les rues étaient jonchées de déchets et de grands sacs en plastique qui voyageaient au gré du vent. Quelques minutes plus tard, Ils arrivèrent enfin au centre ville : " Johanesburg " dit la jeune fille en hésitant : " le panneau est rouillé, ça fait un moment qu'il est la et qu'il n'a pas bougé, le lieu a l'air désert " ajouta t-elle afin de faire interagir Christa :

" En effet, tu prends la première maison, je prends la deuxième, si ça tourne mal, on se retrouve au panneau, compris ? " débita t-elle d'un trait sec et d'un ton assuré et autoritaire.

" Oui chef " dit Clem en faisant le signe militaire sur la tête. Christa esquissa un petit sourire : " Allez ouste, hors de ma vue ! " Clem se précipita vers le portail de la première maison. Il était dans un état déplorable, les rôdeurs s'étaient acharnés sur celui ci pour qu'il soit dans un état pareil.

" Si les rôdeurs se sont précipités sur le portail, c'est que quelque chose les intéressaient " se murmura t-elle en examinant chaque centimètre du lieu : " et que cherchent les rôdeurs ? Les vivants " récita t-elle tout bas comme si c'était les règles d'un code de loi.

Quand elle ouvrit le portail, un son aigu et perçant arrivait jusqu'à ses oreilles : Elle se précipita de rentrer dans la maison afin de l'arreter et de mettre tout son poids contre celle-ci pour la fermer.

" Maintenant, l'inspection " pensa t-elle. Elle fouilla pièces par pièces dans le but de trouver son El Dorado. Au final, le résultat était assez médiocre : Quelques canettes de sodas et des chips. Assurément, elle avait pris le coup de main, la récupération était primordiale dans un milieu aussi chaotique. Elle s'apprêtait à sortir quand elle entendit un bruit de craquement à l'étage. Instinctivement, elle sortit son pistolet avant de le braquer vers l'escalier :

" Je vous conseille de sortir, je le ferais si j'étais vous " cria t-elle à travers la maison. Au bout d'un certain moment, une femme et son fils sortirent de leur cachette pour se diriger vers elle : Une femme trentenaire, brune et habillées avec des vêtements d'ouvriers ainsi qu'un petit garçon de 8-9 ans qui se tenait la tête dans le creux de ses mains comme pour se cacher.

" S'il vous plaît, un peu de pitié ! " supplia t-elle en pleurs

" On verra sa, ça dépendra de votre comportement " Clem avait le visage caché par la casquette. On voyait seulement ses yeux fixes et inquiétants qui regardaient la jeune famille en proie à la suspicion.

" Maintenant sortez ! " ordonna Clementine qui ouvrit la porte de la demeure, toujours le pistolet braqué sur eux.

" Christa vient par la, j'ai trouvé quelque chose "

Celle ci se précipita dans la rue avant de sortir son fusil : " S'il y en a un qui bouge, c'est illico presto au paradis c'est compris ? " Elle avait dirigé le canon de son fusil vers la femme comme si son intuition féminine commençait à se manifester face au danger. Pour plus de précaution, prendre leurs armes était le choix le plus judicieux.

" Vous allez me donner vos armes et vos munitions " dit Clem d'un air sévère. Au final, cela ne la plaisait pas de faire ce genre de " corvée " mais la survie dépendait des choix les plus rudes.

" On est des survivants, après tout " tenta t-elle de se rassurer alors que son esprit se retrouvait en conflit avec elle-meme. Christa la regarda avec un certain intérêt, comme si elle avait réussi à lire dans ses pensées.

" S'il vous plaît, on n'aura plus rien pour se défendre, un peu de compassion, en plus tu es très jeune, tu pourrais être ma fille ! " Elle avait les larmes aux yeux, ses joues creusées par le froid et la fatigue.

" En effet, la seule différence c'est que moi je vivrais, votre fils par contre je n'en suis pas si sur " ajouta Clem en se préparant à faire feu au moindre danger apparent.

" comment sa ? "

" il est trop faible, sans vous, il mourra de faim ou dévoré par un rôdeur " Elle se souvenait de la phrase de Carver. Aussi fou était-il, il avait raison sur une chose : " la génération suivante doit être plus forte que la précédente " La citation était en symbiose avec sa réponse orale. Cette phrase avait germé dans son esprit comme une graine dans un jardin.

" Ne l'écoute pas mon garçon, tu es très fort et je suis fier de toi " consola t-elle en enlaçant son fils dans ses bras. Cependant, un léger déplacement dans les feuillages alerta Clementine qui était déjà occupée avec ce groupe de survivant.

Dans le hasard le plus total, un vieil homme aux cheveux gris et un chapeau de paille apparut sur au milieu de la route avec un vieux fusil de chasse à la main. :

" Vous n'avez pas intérêt à toucher à ma fille " cria le vieux en salopette. Christa murmura à Clémentine :

" Surveille le vieux, je vais les fouiller "

Clémentine hocha la tête en signe de cohérence tandis qu'elle fixait le vieil homme avec son pistolet. Alors que Christa s'apprêtait à s'approcher du jeune garçon, le vieil homme mettait furtivement une cartouche dans son vieux tromblon :

" On ne touche pas à mon petit fils " hurla t-il fou de rage et sur le point de tirer. Clem ne s'en rendit compte que trop tard et n'avait pas anticipé ce combat imprévu. " A couvert ! " cria la jeune fille le plus fort possible. Elle fit un bond d'une agilité surprenante derrière une voiture calcinée. Vint ensuite la détonation du fusil qui se fit entendre, la cartouche du fusil de chasse toucha la cheville de Christa qui hurla de douleur en tombant au sol. " Achève moi cet enfoiré ! " mugissa l'Afro-Américaine en le pointant du doigt.

La poudre du fusil créa un nuage de poussière surprenant qui venait saupoudrer le sol comme du sucre glace. Clem, les yeux injectés de sang et gonflés par la haine rechargea son pistolet et cribla de balles le pauvre homme dont la chance avait basculé du côté adverse. Les munitions se succédèrent et touchèrent le vieil homme : la première atteignit son épaule et le fit basculer en arrière, la deuxième heurta son genou et posa alors celui-ci au sol. La troisième ébranla le bas du corps qui l'avait littéralement traversée. Les deux dernières étaient a coté. Clem était presque essoufflée, autant physiquement que mentalement. Lorsqu'elle révéla la tête, son corps jonchait au sol. Son courage avait eu raison de lui. Sa famille sprinta jusqu'à sa dépouille tout en exprimant un cri de lamentation : " Papa ! " Le mal était fait, Christa était grièvement blessée à la cheville et elle se tenait brièvement le pied avec des vêtements trouvés sur une voiture. " Ne t'inquiète pas, Clem, je vais bien, je vais juste devoir trouver une trousse de soin… " Elle ne voulait pas finir sa phrase mais la suite se voyait sur son visage. " Ou bien la couper " dit-elle d'une voix remplie de souffrance. La cheville était gravement amochée, des résidus d'aciers avaient gangrené la plaie qui était ouverte. Pendant ce temps, la famille se trouvait recroquevillée devant le corps du défunt. La jeune femme était remplie de haine. Lorsqu'elle grinçait des dents, on pouvait voir l'os de la mâchoire qui bougeait selon ses grincements. Dans sa tête, le choix était vite fait : Il fallait agir. Elle se dirigea vers son fils qui resta silencieux : " Je suis désolé, je vais devoir dépasser un de mes principes " murmura t-elle à son enfant en deuil. Celui-ci commençait à s'émouvoir de la mort de son aïeul. Sa mère, elle, se dirigeait peu à peu vers le tromblon qui gisait sur le sol à la recherche d'un nouveau propriétaire.

De l'autre côté de la route se trouvait Clementine qui mettait Christa en sécurité derrière le mur d'une maison.

" Attention à la femme, je voyais qu'elle était dangereuse " dit t-elle pour avertir Clementine de la suite des événements :

" Je ne suis pas vraiment utile la, tu vas devoir te débrouiller toute seule, je suis désolé " dit-elle les larmes aux yeux alors que la douleur qui circulait jusqu'à son cerveau était exponentielle.

" J'ai l'habitude, ne t'inquiète pas, je reviens juste après, ne bouge surtout pas ".

Clementine regardait le peu de balle qui lui restait : Seul un seul chargeur traînait à l'arrière de son sac à dos.

" quel gaspillage, je n'ai pas agi intelligemment " soupira t-elle en mettant le cran de sécurité sur son arme à feu.

" Je pense que je devrais les économiser "

Cette idée ne la plaisait guère mais le corps à corps semblait le moyen le plus économe. Elle sortit la hache et attendit derrière la haie pour lui tendre une embuscade. Son champ de vision était obstrué mais elle entendait la femme qui vociférait dans la rue adjacente : " Vous avez tué mon père, ruiné la vie de mon enfant et vous croyez que vous allez vous en tirer comme sa ! " cria t-elle en balbutiant. Sa réaction était rationnelle mais en temps de guerre, la rationalité était mise de côté. Les mains de clementine tremblaient, la hache en fit autant. Le blouson de clementine avait perdu sa couleur originale pour ne laisser qu'un rouge sang. Lorsque la femme se trouvait à proximité de Christa, elle braqua son fusil sur elle. Les personnes calmes sont souvent les plus dangereuses, dans ce cas précis, c'était véridique. Avec un sourire malicieux, elle s'approcha avec dangerosité tandis que Clementine l'encercla pour pouvoir l'atteindre par derrière. Un coup certes peu honorable mais expéditif. Quelques instants plus tard, Clem leva sa hache avant de l'abattre dans son dos. Celle-ci s'aplatit sur le trottoir humide et froid. Sa chute était en simultanée avec son outil de mort. Dans son dernier soupir, elle ajouta :

" Je suis désolé fiston "

Une ultime promesse qu'elle n'avait pas pu tenir. Alors que Clem reprenait peu à peu son esprit dans cette frénésie, elle observa ses mains ensanglantées : " Une innocente, une de plus ". Comme un sac déjà chargé, on rajoutait une pierre. Cependant, le temps n'était pas à la rêverie, la vie de Christa était en danger. Rapidement, elle la traîna vers le salon d'une maison proche et la posa sur une table.

" je ne vais pas te cacher, ça va faire mal " dit-elle en préparant le garrot autour du pied de Christa.

" Oui oui c'est bon j'ai compris, pas la peine de me le rappeler " Elle serrait les dents alors que l'information de la douleur n'était pas encore arrivée au cortex cérébral. Rien que de voir l'arme aiguisée de Clem suffisait a lui faire mal. Clem, paniquée, préparait les serviettes et les lingettes et de l'alcool. Elle ajoutait aussi du feu pour cautériser. " Ok, je crois que je suis prête " elle soufflait de tout son être pour extérioriser le stress important qui grandissant en elle tandis qu'une goutte de transpiration coulait sur son front : " J'espère que je serais à la hauteur ".

"Tu le seras, j'ai confiance en toi " dit-elle en souriant difficilement. Clem donna une petite chaussure en cuir marron : " dans tes dents ". Le temps semblait s'accélérer, elle brandissait la hache et aussitôt, elle exécuta le coup pour pouvoir couper net. Le sang jaillissait tel un torrent et s'étouffait dans des torchons et des serviettes qui ne stoppaient que très peu l'hémorragie. " Allez courage ! " cria Clementine. Christa serra de toutes ses forces la chaussure et on voyait peu à peu ses veines qui sortaient tandis que sa peau rougissait. La douleur était telle que la marque de ses dents gravait un arc circulaire dans la semelle. Rapidement, clem sortit l'alcool afin de guérir la plaie et la douleur était encore plus intense. Clem faisait de son mieux, chaque seconde était consacrée à son amie.

Quelques dizaines de minutes plus tard, l'hémorragie commençait à s'estomper, la blessure était ensuite cautérisée alors que la jambe était inclinée vers l'arrière afin d'éviter que le sang ne soit acheminé jusqu'aux artères sectionnées. Un terrible spectacle auquel Clementine était l'heureuse invitée. Clem sortit de sa besace une flopée de médicaments et mélangea les résidus dans de l'eau qui était en train de bouillir. Le moignon était ensuite enrobé de bandages qui l'entouraient dans son intégralité. Christa était terriblement faible, Clem l'avait aidée à s'allonger dans un lit alors que ses membres peinaient à se déplacer :

" Merci Clem, tu m'as sauvé la vie… si un jour j'aurais cru dire sa à une gamine " dit-elle en faisant un léger rire douloureux. Elle agrippa la tasse et la but d'une traite alors que son bras tanguait entre la gauche et la droite.

" Allez repose toi, je vais essayer de te bricoler quelque chose pour ton pied, un genre de jambe de bois peut être " dit Clem.

" Tu me prends pour une pirate ou bien ? " ajouta Christa en esquissant un sourire. Elle essayait de détendre l'atmosphère mais son plan n'arrivait pas à son but.

" Ce que l'on vient de faire en est bien digne, mais bon… je reviens " Dit-elle attristée. " Allez je vais m'en remettre, comme toujours. " pensa t-elle en allant chercher des grosses chaussures noires qui tranaient sur une étagère.

" Peut être en mettant un bandage autour de sa blessure et poser le reste dans la chaussure, et serrer ensuite avec des lanières " murmura t-elle, concentrée et absorbée par son travail d'ingénieur en chef. Son cerveau marchait activement, les idées fusaient et celle la semblait la moins idiote. Peu de temps après, elle revenait dans la salle avec sa nouvelle invention dans ses mains. Elle déposa la chaussure au bord de son lit comme un chausson retiré de son frère aîné.

" Ingénieux… " dit Christa admirative.

" Merci, ça sera quand tu iras mieux ". Ajouta Clem en laissant son corps plonger dans les bras d'un sofa poussiéreux. La nuit commençait peu à peu à tomber et elle était destinée à rester éveillé pour assurer la sécurité de Christa et de AJ. Il n'y avait pas de relais mais l'endroit était suffisamment sur pour s'en délaisser pour le moment. Clementine pensait de plus en plus au jeune garçon qui était resté dehors : " Probablement mort… ou pire encore " pensa t-elle assis sur le canapé de la maison. Cependant, malgré la lourde responsabilité qui lui était accordée, elle s'endormit au beau milieu de la nuit après avoir bouclée et fermée l'ensemble de la maison et avoir fait un dernier tour de garde sécurisant.