Eddie n'est pas sûr de la manière dont il imaginait la maison des Tozier – quelque chose, sans doute, qui ressemblerait à la fratrie elle-même : une maison moderne, riche et bien entretenue. Avec de hauts murs blancs et une pelouse d'un vert luxuriant.

Ce qu'il découvre en est l'exact opposé.

Richie conduit jusqu'aux limites de la ville, là où les maisons s'amaigrissent et où la route se couvre de terre. Eddie, tandis que Richie bat la mesure au son de la radio, contemple le paysage par la fenêtre. Ils roulent le long de la Lane, de hauts arbres de chaque côté de la route, et la terre s'affaisse sous leurs roues. A un moment, quand ils tournent à gauche, il la voit. La maison de Violet.

Elle est entourée d'arbres, et c'est une cabane.

Enfin, elle a la taille et la forme d'une maison, mais tout en bois, sans étage, avec un petit porche pittoresque et une véranda à vignes grimpantes. A côté de la porte d'entrée, il y a un vieux rocking-chair.

Eddie tombe immédiatement amoureux de cette maison.

A cause des arbres, l'air est net et frais (un soulagement bienvenu après l'entêtante odeur de fumée de la voiture de Richie), et des feuilles mortes craquent sous les semelles d'Eddie quand il descend de la voiture. Violet se bat avec la poignée. Richie, debout devant la voiture, ouvre les bras et cambre le dos.

''Nous y voilà, Eddie'', dit-il, les yeux levés vers la maison. La lumière mourante du soleil filtre à travers les arbres et caresse sa peau, et Eddie pense qu'il ressemble un peu à un ange – un ange avec une totale absence de style vestimentaire, cependant. Il porte une chemise hawaïenne criarde sur un T-shirt, des baskets d'un bleu pétant et un jean informe. La seule vue de l'ensemble arrache à Eddie un sourire moqueur. C'est difficile, à ce moment, de croire que Violet et Richie sont liés d'une manière quelconque : Violet est toujours impeccablement habillée.

''Mi casa… euh… ta casa.''

''Mi casa es tu casa'', le corrige immédiatement Violet tandis qu'elle referme la portière d'un coup de poing.

Richie acquiesce en haussant les épaules et fait craquer son cou avec délectation, avant de baisser les yeux vers eux. Le soleil glisse sur les verres de ses lunettes et sur son coin de sourire. Eddie essaie de regarder successivement Violet, Richie et ce qui les entoure, pour qu'on ne croit pas qu'il regarde qui que ce soit en particulier.

Mais le frère et la sœur sont tous deux si remarquables qu'il est très difficile de ne pas les regarder.

''C'est très beau'' dit Eddie. ''Mais je ne comprends rien de ce que vous venez de dire''.

Richie laisse échapper un fou-rire surpris, et Violet lui sourit avec amusement.

''Chez moi, c'est chez toi'' traduit-elle.

A l'intérieur, il fait chaud. La porte d'entrée s'ouvre sur le salon qui jouxte la cuisine un tapis moelleux couvre le parquet, et une large cheminée fait face au canapé. Violet conduit Eddie droit à sa chambre et Richie essaie de les suivre en racontant des blagues vaseuses – Violet ferme la porte d'un coup sec avant qu'il ait pu entrer.

(''Il essaie toujours de s'incruster'', grogne-t-elle tandis que Richie donne un coup sur la porte et s'éloigne dans le hall en chantant d'une voix de fausset. Eddie se laisse tomber sur le lit de Violet et essaie de ne pas paraître trop amusé).

La chambre de Violet est impeccablement rangée. Son bureau est couvert de matériel de couture et son placard déborde de tissus, de patchs et de magazines de mode. Violet et Eddie en feuillettent quelques-uns pour l'inspiration, assis sur le lit. Violet décide de lui faire un short (''parce que c'est ta marque de fabrique, comme la banane, mais je t'en ferais une la prochaine fois''), et Eddie n'a plus qu'à en choisir le tissu et la forme.

Eddie choisit un tissu rouge à bandes blanches. De la chambre de Richie s'échappe une musique assourdissante, à peine atténuée par la porte fermée, mais – après que Violet ait piteusement essayé de lui crier d'éteindre – ils se retrouvent, sans y penser, à fredonner tandis que Violet prend les mesures d'Eddie. Ils mangent des cookies que Violet fabrique elle-même, discutent de tout et de rien et, finalement, Violet tente de convaincre Eddie d'essayer ses propres vêtements – elle lui fait enfiler un jean et une veste délavés, accompagnés d'un T-shirt noir marqué du logo d'un groupe.

''Le groupe n'existe même pas'', dit Violet, mâchouillant un cookie tandis qu'elle regarde Eddie tourner sur lui-même. Eddie inspecte le T-shirt. Les mots ''Wonder Violet'' sont imprimés en violet foncé, et le logo est entouré de fleurs violettes, dessinées au pochoir. ''Je l'ai fait quand j'avais environ dix ans. Je voulais être dans un groupe de musique à cette époque. Mais c'est un vrai nom de fleur, par contre.''

''On devrait le créer tous les deux'', dit Eddie en tirant sur la bande blanche de son short. ''Je ferais du triangle. Toi, tu devrais chanter. On devrait changer le nom du groupe, quand même'', continue-t-il avec un sourire. ''Je pense que donner ton nom à ton propre groupe te ferait passer pour une crâneuse.''

''La ferme'', dit Violet en riant. ''Si tu ne fais que du triangle, ça veut dire que je dois faire tout le reste moi-même. Ça me paraît plutôt juste.''

La porte s'ouvre brutalement– avec tant de bruit et de force que les rouleaux de tissu qui reposent contre le mur tombent dans un bruissement, et qu'Eddie et Violet sursautent de surprise. Richie apparaît sur le seuil, froissé, en sueur et les joues rougies par le chant bruyant et le secouage-de-tête qu'il a pratiqués avec zèle toute l'après-midi.

''Vous voulez faire un groupe ?'' demande-t-il, respirant avec peine. ''Okay, très bien. Je serai le batteur.''

''Comment tu as pu entendre ce qu'on disait ?'' demande Eddie, les sourcils froncés.

Richie le regarde avec un sourire – sourire qui s'élargit quand il remarque les vêtements d'Eddie. Eddie considère sa veste avec inquiétude. Le fait que les vêtements de Violet soient trop grands pour lui n'est pas exactement flatteur, particulièrement sous les yeux de son grand frère trop bavard.

''Jolies fringues, dit Richie avec un sourire paresseux. Elles te vont bien mieux qu'à Violet. Oh, d'ailleurs, Eddie avait raison, Vi : tu ne peux pas appeler ton groupe Wonder Violet. Oui, oui, j'écoutais à la porte. Mais écoutez. On va l'appeler Wonder Richie. Ou Richie and the Wonders. Le premier groupe de rock à avoir un batteur comme meneur.''

''L'idée me semble horrible.'' Dit Eddie platement.

''Je pensais que tu ne devais pas me parler'' dit Richie, les yeux pétillants.

Violet se lève du lit où elle était assise et traverse la chambre, poussant Richie en arrière. ''Je t'ai dit un millier de fois de ne pas entrer dans ma chambre, Richie ! Dehors !''

''Je suis navré que vous soyez aussi effrayés par le talent véritable'', dit Richie d'un ton dramatique, en regardant Eddie derrière l'épaule de Violet. Juste avant que Violet ferme la porte, il lui fait un clin d'œil rapide.

Eddie n'est pas totalement sûr de ce que ça veut dire.

Il y a quelque chose que vous devez savoir à propos d'Eddie : son idée d'une nuit chez une amie a été formée par la centaine de films pour adolescents qu'il a vus dans sa vie. Alors, tandis que la lumière du soleil décline et que le ciel, à travers les arbres, prend une couleur rose sombre, il se demande s'ils vont faire quelque chose comme une bataille d'oreillers. Ou s'ils vont devoir se raconter leurs histoires de cœur – ça l'inquiète un peu d'ailleurs, parce qu'il n'en a jamais eu aucune. Et si Violet lui demande de lui tresser les cheveux ? Il n'a aucune idée de comment faire.

Heureusement, la vie chez les Tozier ne ressemble pas le moins du monde à un film pour adolescents (même si Eddie n'aurait pas été contre une bataille d'oreillers) et ils décident de faire le dîner ensemble. La stéréo joue de la pop indé (''c'est le genre de musique qu'on jouerait dans Wonder Violet'', dit Violet à Eddie, ''pas les trucs assourdissants de Richie''), et Violet attrape un livre de cuisine sur l'étagère et choisit une recette au hasard. Eddie décide de faire griller des légumes (parce que c'est à peu près tout ce qu'il sait faire) et Violet confectionne une sauce, et bientôt la cuisine est chaude et enfumée et sent bon la friture.

Eddie se sent confortable. Presque comme à la maison. Avec les assiettes sales qui débordent de l'évier et un ciel pourpre qui perce les fenêtres teintées, et la télévision allumée en fond sonore, et Violet qui fredonne en cuisinant.

Personne ne demande à Eddie de ne pas utiliser le couteau, ou de rester loin du gaz.

Richie entre dans la cuisine d'une démarche chaloupée en se frottant la hanche, le visage et les cheveux froissés comme après une sieste. Ils mangent tous les trois sur le canapé, criant à tour de rôle les réponses d'un jeu télévisé.

Mais il y a une chose qui hante les pensées d'Eddie, tandis que la nuit tombe. Une lumière douce baigne la maison : le halo coloré de l'écran de télévision, la lumière chaude d'une lampe dans le coin de la pièce. Richie disparaît dans sa chambre et Eddie et Violet traînent sur le canapé, en regardant un documentaire animalier. Ils sont seulement tous les trois, seuls dans la maison. Tandis que les minutes tournent et se changent en heures, il n'y a pas de mère qui range ou se plaint autour d'eux. Il n'y a pas de mère du tout.

Eddie débat avec lui-même : doit-il demander à Violet où sont ses parents ? Qu'il s'en inquiète autant paraîtrait sans doute bizarre. Il est à peu près sûr que Violet est heureuse de n'avoir aucun adulte sur le dos. Et Eddie l'est aussi – du moins, il suppose. C'est juste un sentiment étrange. Et inhabituel : qu'arriverait-il si l'un d'eux se blessait ? Où si quelqu'un les cambriolait ? Qui pourrait les protéger ?

Tu peux te protéger toi-même, pense Eddie, moqueur. Tu as seize ans, bon sang. Et Violet aussi. Et Richie a dix-huit ans. Il est adulte. Légalement.

Il n'a pas besoin de sa mère, ou de la mère de Violet, ou de n'importe qui pour l'aider. Tout se passera très bien.

''Eddie, tu vas bien ?'' demande Violet qui a remarqué son silence. Elle pose ses pieds à plat sur le coussin du canapé, avec un air doux et un peu fatigué dans la lumière orange.

''Ouais'' dit-il, considérant s'il doit ou non lui dire. Que c'est la première fois qu'il dort chez une amie et que Violet est sa première meilleure amie, et qu'il est stressé et qu'il pense trop. Mais Eddie n'est pas sûr qu'elle comprenne – lui-même ne se comprend pas toujours.

Violet Tozier est une spartiate. Il vous suffit de la regarder - avec ses vêtements qu'elle taille sur-mesure et qui lui vont si bien, ses cheveux lisses et brillants, son dos droit et son menton fier – pour savoir qu'elle sait exactement qui elle est et ce qu'elle veut devenir. Eddie n'a pas cessé de se demander pourquoi elle l'aimait bien, après tout, parce qu'il est son total opposé. Lui parler de ses angoisses ne ferait qu'apporter honte et embarras entre eux.

''Je suis juste fatigué.''

''Moi aussi. La voix de David Attenborough m'endort toujours.'' Violet tapote la jambe d'Eddie de son pieds enchaussetté. ''Allons dormir. Tu peux prendre mon matelas gonflable.''

Tandis qu'ils traversent le couloir ombreux, ils passent devant la chambre de Richie. La porte est ouverte, et même si les lumières sont éteintes, Eddie note quand même le bazar total de vêtements et de dieusaitquoi qui recouvre le sol et le lit.

Richie n'est nulle-part en vue.

Violet ne fait pas de commentaire. Eddie non plus.

Le matin suivant, Eddie est réveillé deux fois. La première fois quand la chambre est encore dans le noir et qu'un halo bleuté perce le volet, parce que Violet veut aller courir et lui demande s'il veut l'accompagner (il le veut, mais il ne parvient pas à garder les yeux ouverts, donc il se rendort). La deuxième fois, c'est le bourdonnement de la machine à café qui le réveille. Le soleil est beaucoup plus haut dans le ciel tandis que Eddie roule hors du lit et sort dans le couloir en massant ses épaules douloureuses.

Il s'attend à trouver Violet dans la cuisine – en sueur à cause de la course, ou fraîchement sortie de la douche et sentant le savon à la framboise. Entrain de faire du café pour eux deux. (Et ce serait probablement le meilleur café jamais fait, parce que c'est quand même de Violet dont on parle).

A la place, il tombe sur Richie. Affalé contre le bar, sirotant une tasse du bout de lèvres. Ses cheveux forment une couronne de boucles ébouriffées, et ses joues portent encore les marques de l'oreiller. Les yeux encore brouillés de sommeil, les lunettes de travers, il salue Eddie d'un sourire.

''B'jour, mon vieux'', dit-il de son accent anglais. ''Tu n'es pas allé courir avec Violet ? Je pensais qu'elle ne copinait qu'avec des tarés de la nature, comme elle.''

''Elle a essayé de me réveiller à genre, cinq heures.'' Dit Eddie. Il croise les bras, couvrant malhabilement ses épaules de ses mains. Il jette des coups d'oeil répétés à la porte d'entrée, en espérant que s'il regarde suffisamment longtemps, Violet va entrer et le sauver. Bien entendu, rien de cela n'arrive. ''Je n'ai pas pu me réveiller. Je ne sais pas comment elle fait.''

''Comme j'ai dit : tarée de la nature.'' Richie boit une gorgée de café et grimace. Il pose les yeux sur Eddie et fait un geste de la main. ''Tu en veux ?''

Eddie acquiesce et Richie lui sert une tasse. Même s'il sait que c'est probablement trop chaud, il prend une gorgée presque aussitôt qu'il a reçu la tasse. Parce que le silence qui est tombé entre eux est cette sorte de silence lourd, évident, qui tombe entre les gens qui ne se connaissent pas. Eddie ne sait pas comment remplir ce silence – alors il boit pour éviter de parler.

C'est une mauvaise idée, néanmoins, parce qu'aussitôt que le liquide chaud touche sa langue, il manque de le recracher.

''Quo…'' il plaque une main contre sa bouche pour éviter de recracher le liquide que retiennent ses dents serrées. Après avoir un instant envisagé d'atteindre l'évier, il avale durement, en frissonnant. ''Qu'est-ce que c'est que ce truc ?''

''Du café.'' Dit simplement Richie.

Eddie fait une grimace. ''C'est dégueulasse.''

''Oui, je ne sais pas en faire.''

Eddie pose sa tasse sur le bar, cherchant désespérément quelque chose pour chasser le goût entêtant dans sa bouche. Il fronce les sourcils en voyant Richie, impassible, porter sa propre tasse à ses lèvres.

''Comment tu peux boire ça ?'' demande Eddie.

''Je ne supporte pas le café de toute façon, donc ça ne fait pas une grande différence. J'en bois juste pour la caféine.'' Explique Richie. ''C'est plus simple en faisant ça.'' Il pince son nez entre son pouce et son index et termine la tasse en trois larges gorgées. Eddie le regarde, bouche-bée.

Il ne peut pas croire que la nuit dernière, il avait été rassuré par le fait que Richie soit un adulte, parce que Richie semble être aussi éloigné de l'âge adulte qu'il est possible de l'être.

Bon. Il est peut-être un peu impressionné par le fait que Richie ait quand même réussi à tout boire.

''Tu dois garder le nez bouché jusqu'à ce que tu puisses manger autre chose'', dit Richie d'une voix de canard. ''Le goût reste en bouche. Tu sais, j'ai déjà entendu que si tu fais ça – je veux dire, boire un truc horrible et te déboucher le nez après – sentir subitement le goût dans ta bouche peut te provoquer un choc.''

Les sourcils d'Eddie se froncent davantage. Richie attrape une pomme dans le panier de fruits et mord dedans d'un coup sec.

''Tu crois que c'est vrai ?'' demande Eddie.

''Je ne sais pas. Je pense que oui. Tu dois manger quelque chose de vraiment dégueu, à mon avis.''

''Comme du fromage pourri?''

''Le fromage bleu, c'est du fromage pourri'', dit Richie d'un ton rêveur. ''Et les gens aiment ça.''

''Le fromage bleu est dégueulasse'', dit Eddie en fronçant le nez. ''Je ne peux pas avoir confiance en quelqu'un qui en mange.''

Richie éclate de rire, la bouche pleine de morceaux de pomme. ''Pas faux.''

Le bruit de la porte d'entrée les interrompt, et une Violet en sueur entre dans la pièce. Elle fait à Eddie un sourire essoufflé et retire ses chaussures. Après un temps, elle remarque la grimace dégoûtée d'Eddie, et respire l'odeur étrange qui émane de la cafetière.

''Oh non'', dit-elle en regardant Eddie. ''Richie t'a donné de son café, pas vrai ?'' Elle fixe Richie d'un air exaspéré. ''Bon Dieu, Rich, tu essaies vraiment d'empoisonner mon ami ?'' dit-elle d'un ton dramatique.

''Je te signale que j'en bois aussi'' dit Richie platement.

''Oui, mais ça m'est égal si tu t'empoisonnes.''

Richie laisse échapper une exclamation et plaque une main sur sa poitrine, dramatiquement offensé.

''Je ne peux pas croire que tu sois ami avec quelqu'un d'aussi mauvais'' murmure faussement Richie, s'approchant d'Eddie comme si ça devait être un secret entre eux.

Violet lève les yeux au ciel. Richie lance sa pomme en l'air et la rattrape d'un mouvement fluide. Tandis qu'il quitte la pièce, Eddie ne le lâche pas des yeux.

Et peut-être bien que l'absence d'une figure parentale chez les Tozier est étrange. Peut-être que tout cela est étrange : la maison toute en bois, perdue dans la forêt, le fait même que Richie et Violet soient liés. Mais quand Eddie rentre chez lui, plus tard dans la journée, s'assoit sur le sofa (recouvert de plastique) et respire l'air propre (qui sent le détergent) tandis que sa mère le bombarde de question sur sa soirée, la maison Tozier lui manque comme si c'était la sienne.

Elle devient son endroit préféré.

Il passe ses après-midis, après l'école, dans la chambre de Violet, à écouter ronronner sa machine à coudre et à la regarder entourer ses jambes de tissus. Ils s'allongent sur son lit et discutent de l'école et des autres amis de Violet. Ils font du popcorn à la poêle et regardent des films, affalés dans le canapé. Ils vont courir le long de la route, à cette heure spéciale où le soleil a disparu et où ne subsiste qu'une pâle lumière orange. Ils écoutent de la musique dans la cuisine et rêvent de Wonder Violet.

C'est comme vivre dans un autre monde. Alors qu'avant, Eddie passait ses journées seul ou avec sa mère – vivait une vie pleine d'ordre et de restrictions – il passe maintenant ses journées en compagnie de Violet Tozier. Oh bien sûr, elle est elle-même soignée et ordonnée. Bien sûr, elle a ses propres routines et ses propres restrictions. Mais elle a sa vie – une vie pleine, brillante, merveilleuse. Avec Violet Tozier, Eddie se promène à travers les arbres derrière sa maison, et l'écoute parler de son enfance. Avec Violet Tozier, Eddie apprend à cuisiner un gateau à trois étages et s'étale du glaçage partout sur le T-shirt. Avec Violet Tozier, Eddie est heureux.

Il n'y a toujours pas de parent dans la maison. Et Richie va et vient. Sa chambre est vide presque tous les soirs.

Mais vraiment, Eddie n'y pense pas souvent.