Harem

Chap 2

Shion retint un soupir.

Il avait encore au moins une douzaine d'audiences devant lui puis des heures de signatures de documents avant de pouvoir retrouver les bras accueillant de Kleytus.

Plus le temps passait et plus il était dépendant de la tendre affection du prostitué.

Ho, ce n'était pas de l'amour, ni dans un sens, ni dans l'autre. Mais il y avait de l'affection.
Et pour le pope solitaire, ça lui était devenu indispensable à mesure que tous s'éloignaient de lui.

Un nouveau pétitionneur prit la place du précédent pour demander justice dans une sombre histoire de vache, de taureau et de pré.

Le pope ne l'écouta que d'une oreille mais rendit son verdict.

Derrière lui, les deux chevaliers d'or de garde s'ennuyaient à périr.

Camus le camouflait juste mieux que Shura.

Régulièrement, le capricorne laissait échapper d'énormes soupirs d'irritation et d'agacement.

Le Verseau n'en pensait pas moins mais passait le temps en imaginant les menus des prochains jours qu'il allait bien pouvoir préparer à son Milo.

A leur grand soulagement, le dernier cas se présenta.

Shion l'expédia très vite.

Les deux chevaliers d'or n'attendirent même pas que le pope se soit levé de son trône pour vider les lieux.
Ils avaient autre chose à faire que rester là. Pas qu'ils ne veuillent pas passer du temps avec Shion, non…En fait, ils ne se rendaient même pas compte de la solitude du pope. Simplement, ils étaient occupés et avaient une vie à vivre.

Pas une seconde ils n'imaginaient qu'il puisse en être autrement pour leur pope.

Ils étaient tous revenus à la vie avec la même faim de vivre.

Maintenant qu'ils avaient tous leurs maisons, ils se dépêchaient de rattraper le temps perdu pour ne plus jamais avoir rien à regretter.

Et…Dans leur frénésie adolescente, ils ne pensaient pas que la vie avait une autre saveur quand deux siècles avaient déjà passés, que deux autres au moins attendaient et…que sans leur pope, ils auraient du prendre en charge toute l'intendance dont se chargeait Shion.

Shion regarda les deux chevaliers d'or quitter le grand hall sans même chercher à les retenir.

Il aurait pu.

Il aurait du…et leur passer un savon.

Ils lui devaient le respect après tout.

Il était là, il était encore en vie !

Il comprenait qu'ils n'aient plus l'habitude d'avoir un pope mais…Quand même…

Il n'était pas à ce point transparent…si ?

Il se prit la tête dans les mains.
Depuis trois ans, il se sentait glisser de plus en plus dans la dépression la plus noire.
Sans doute demandait-il trop à ces gamins.

Lui était vieux.
Pas eux.

Lui serait encore là pour la prochaine guerre sainte.
Pas eux.

Lui verrait encore mourir tous les chevaliers les uns après les autres et être remplacés par de nouveaux gamins.
Pas eux…

Lui vivrait encore deux siècles pour souffrir.

Pas eux….

Déesse, pourquoi l'avoir rappelé à la vie si c'était pour le laisser aussi malheureux ? N'avait-il pas assez bien servit ? N'avait-il pas le droit de vivre un peu ? Si les treize autres chevaliers d'or n'avaient pas été là, sans doute. Mais…il fallait bien qu'eux soient un peu récompensés des sacrifices qu'ils avaient fait après tout…
Pas lui…

Dohko entra en coup de vent dans le grand hall, une liasse de bout de papiers à la main.

"- Hé ! Shion !"

Le pope ne pu retenir son sourire derrière son casque.
Ca faisait des semaines qu'il n'avait pas vu son vieil ami. Lui pouvait le comprendre ! Lui…lui….ne le traitait pas mieux que les autres en fait.

"- Que puis-je pour toi, Dohko ?" Souffla le pope dont le sourire avait déjà disparu.

"- J'ai des places pour deux jours dans un parc d'attraction, hôtel compris ! Qu'est ce que tu en penses ?"

Shion se redressa un peu.

Un parc d'attraction ? C'était une excellente idée, ca lui ferait un bien fou !

"- Excellente idée, Dohko !"

"- Parfait ! Merci vieux ! On part demain matin, ca gène pas ?"

"- Et bien…non, je verrais avec les gardes et les argents, ne t'en fais pas.

Après tout, les chevaliers d'or étaient les généraux de leur petite armée de surhommes. Théoriquement, il devait toujours avoir au moins l'un d'entre eux de présent, au cas où.

Dohko eut un grand sourire content.

"- Génial ! Bon, allons préparer tout ca ! Tu viens ?"

La Balance tourna les talons.

Shion suivit le mouvement pour trouver tous ces chevaliers d'or agglutiné devant le temple, visiblement dans l'attente.

Dohko distribua les billets.

"- On y va les gars !!!"

"- On part quand ?" S'intéressa immédiatement Aphrodite, dès qu'il eut son billet en main.

"- Demain matin !" Sourit Dohko avant de donner le dernier et ultime billet à Shaka. "Bon, tout le monde à son billet ?"

Shion allait faire remarquer que lui n'en avait pas lorsqu'il comprit.

Il baissa la tête et ne dit rien.

Cette fois, il avait bien comprit le message.
Il était le pope.
Il ne faisait pas partie des chevaliers d'or. Il n'avait pas sa place parmi eux et eux ne voulaient surtout pas de lui.

Sa place était dans son Temple, seul, à gérer le Sanctuaire. Et surtout, surtout, les laisser tranquille et ne faire appel à eux que lorsqu'il y avait besoin.
Pour tout le reste, il avait les gardes.

Lorsque Shion releva un peu le nez, ce fut pour voir le groupe descendre tranquillement les escaliers vers leurs maisons.

Et Mu ne lui avait pas jeté ne serait-ce qu'un regard.

Sans un mot, Shion rentra dans son temple.
Sans se soucier cette fois de qui que ce soit, il remonta les manches de ses robes, arracha les bandages, trouva un couteau et en joua sur sa peau sans s'occuper des regards horrifiés des deux gardes qui le suivaient toujours.

Plus que son geste, c'est la quantité de cicatrices et de plaies à divers degrés de cicatrisation qui les effrayèrent.

Qu'est ce qui était en train d'arriver à leur pope ?

Et pourquoi personne ne faisait rien ?

Eux n'étaient que des gardes, ce n'était pas à eux de s'occuper de Shion ! Et surtout, comment s'occuper d'un type deux fois centenaire ?

***

Etonné, Shun regarda autour de lui.

Dans sa fuite, il n'avait pas vraiment réfléchit à sa destination.

Il voulait juste être loin de ses frères, quelque part où personne ne viendrait l'ennuyer et le traiter comme un gosse.

Machinalement, il frissonna.

Il faisait toujours une chaleur à crever sur l'ile d'Andromède pendant la journée, mais la nuit, la température descendait toujours largement en dessous de zéro.

Un énorme soupir de plaisir échappa à Shun.

Il était rentré à la maison.

Presque sautillant de contentement, il s'engagea dans le cañon qui débouchait sur l'aire d'entrainement et les petites maisons occupées par son maitre Albior et ses élèves.

Avec le retour à la vie des chevaliers, l'ile entière avait retrouvé sa splendeur…enfin…si on pouvait appeler comme ca un rocher caillouteux aux écarts de température terrifiant où rien ne poussaient et où la moindre sourit cuisait dans son trou avant de congeler à mort.

Ile de merde, temps de merde…Mais bon maitre…

"- HALTE LA !!!"

Shun sourit.

Il reconnaissait cette voix.

"- Bonjour Reda."

L'apprenti sauta de la falaise dont il surplombait Shun, immédiatement suivit par Spica.

"- Qu'est ce que tu viens faire là ?" Aboya Reda.

"- Aucun bateau n'est passé depuis des jours, comment tu es arrivé ici ?" Continua Spica.

Shun retint un soupir.

Ces deux là n'avaient pas changés.
Bien qu'il eut gagné l'armure d'Andromède, ils le considéraient toujours comme un faible qui leur avait volé ce qui leur revenait de droit et ne lui reconnaitrait probablement jamais le rang de chevalier.

"- Je suis venu voir maitre Albior…"

"- Qu'est ce que tu lui veux ?"

Le jeune bronze fit un effort pour conserver son calme.

Non mais ils commençaient tous à le chauffer là !

"- Je lui veux ce que je veux, Apprenti !" Claqua le jeune bronze.

Les deux apprentis sursautèrent.

Un peu impressionné malgré eux par la présence de Shun, ils l'escortèrent sans plus faire assaut d'esprit jusqu'au la maison de leur maitre.

Le gamin pleurnichard dont ils se souvenaient avait bien changé…Non seulement physiquement, mais aussi psychologiquement…et il semblait en proie à une colère sourde qu'il serait de bonne politique de ne pas se faire déchainer sur leur tête.

Instinctivement, ils savaient qu'ils n'y survivraient pas.

Ils toquèrent à la porte de leur maitre et se retirèrent, laissant l'ancien élève et son professeur en tête à tête.

"- Shun !!"

"- Maitre Albior…"

Le chevalier d'argent eut un grand sourire.

"- Il y a longtemps que je ne suis plus ton maitre, Shun. Tu m'as dépassé depuis bien des années."

Il se souvenait parfaitement de la petite démonstration de l'adolescent juste après avoir eut son armure.

Shun rougit un peu.

Lui aussi s'en souvenait, et s'il pensait toujours que cette petite démonstration avait été indispensable, il n'en était pas très fier.

"- Je suis désolé…"

Albior éclata de rire avant de passer un bras autour des épaules de son élève.

"- Allez, entre donc au lieu de rester dans le froid."

Shun suivit son maitre avec plaisir dans la petit maison de pierre.

"- Tout se passe bien ici ?"

"- Depuis que nous sommes tous revenus à la vie, oui, on peut le dire…"

"- Maitre Albior ?" S'enquit une petit voix timide et ensommeillée.

Il n'était que trois heures du matin après tout.

"- Va te recoucher, Serguei, tu veux ?"

Le petit garçon de six ou sept ans maximum vint se planter devant Shun, ses yeux bleus gonflés de sommeil.

"- Tu es qui monsieur ?"

Shun s'accroupit devant l'enfant.

"- Je suis Shun, chevalier de bronze d'Andromède. J'ai étudié ici il y a une dizaine d'année. Et toi, qui es tu ?"

L'enfant sourit au gentil jeune homme.

"- Je suis Serguei ! Et j'ai six ans !"

"- Et à six ans, les petits garçons ils sont au lit." Gronda Albior avant de soulever le bambin de terre et d'aller le remettre sous la couette dans la chambre connaissait si bien.

Elle avait été la sienne pendant tout son entrainement.

"- Un nouvel élève ?"

Albior rougit furieusement, ce que Shun ne l'avait jamais vu faire.

"- Mon fils." Avoua le chevalier d'argent.

"- Pour quelle armure ?"

"- La mienne…j'aimerais me concentrer sur l'entrainement des jeunes et…je n'ai pas besoin d'armure pour ca…Céphée l'a déjà accepté…" Expliqua le maitre de Shun avec un orgueil bien compréhensible dans la voix.

Shun gloussa.

"- Je suis sur que Shion n'y verra pas d'inconvénient."

Albior fit chauffer de l'eau et offrit un thé à son ancien élève. De tous les enfants qu'il avait élevé et entrainé, c'était de Shun dont il était le plus fier. Quand il était revenu à la vie, il avait fait des pieds et des mains pour avoir un compte rendu le plus exact possible des prouesses de son élève. S'il en avait été impressionné, il était sur que certaines choses avaient été passées sous silence. Il n'était pas dans le caractère de Shun de se vanter.

"- Et si tu me racontais pourquoi tu es là et ce qui s'est passé après ma mort ? Je n'ai eut que des "on dit".

Malgré sa gène à se mettre un tant soit peu en avant, Shun se fit un plaisir de tout raconter à son maitre quand à ses aventures. A sa grande confusion, son maitre fit ce que personne n'avait fait depuis sa première bataille. Il le prit dans ses bras pour lui demander.

"- Et les regrets d'avoir tué ?"

Il connaissait bien le caractère pacifique de l'adolescent…du jeune homme…

Pour la première fois, Shun se permit de pleurer sur ses ennemis défunts, Hadès comprit.

Seul son maitre connaissait réellement la douleur qui était la sienne de devoir tuer.

Lorsque Serguei se leva pour préparer le petit déjeuner de son maitre comme il le faisait tous les matins (et réussir à ne pas mettre le feu à la maison depuis au moins trois mois !) il trouva son maitre et le nouveau venu endormit sur le canapé, le jeune homme la tête posé sur le torse d'Albior. Gentiment, il secoua le genou de son maitre jusqu'à ce qu'il se réveille.

Le chevalier d'argent sursauta.

Un peu surprit de s'être endormit, il envoya l'enfant à la cuisine et réveilla lui-même Shun.

Le jeune homme s'étira longuement avant de s'excuser.

"- Désolé de m'être endormit…."

"- Je me suis endormit aussi." Fit remarquer Albior. "Et tu ne m'a toujours pas dit pourquoi tu es là."

"- Je n'ai pas le droit de venir voir mon vieux maitre ?"

"- Shun…"

Andromède soupira.

"- Je ne m'en tirerai pas comme ca, hein ?"

"- Je te connais.

"- Les tartines sont prêtes !" Leur annonça l'enfant de sa voix fluette.

Les deux chevaliers gagnèrent la cuisine et s'attablèrent autour d'un thé et de pain bis tartiné de l'espèce de beurre/fromage de chèvre qui était la marque de fabrique de l'ile. Les chèvres étaient les seuls animaux qui survivaient au climat.

"- Alors ?"

Shun grogna.

"- Bon, bon…disons que…j'en ai assez qu'on me traite comme un gamin. Plus ca va et plus mes frères me traitent comme un gosse de trois ans…la nuit dernière, j'en ai eut assez, je suis sortit au milieu de la nuit pour aller au ciné et ils m'ont fait un scandale quand je suis rentré. J'en ai eut assez."

Albior secoua la tête avec amusement.

Il était aisé quand on connaissait la douceur de Shun de se rappeler qu'il était tout sauf une fillette.

"- Tu veux rester ici quelque temps ?"

Shun fit la grimace.

"- Je vais rester un jour ou deux mais pas plus. Ce ne serait pas de bonne politique et mauvais pour mes nerfs."

"- Comment ca ?

"- Reda et Spica" Lâcha Shun comme si ca expliquait tout.

"- Ha !" En effet, ca expliquait tout.

L'inimitié que les deux hommes avaient pour le jeune bronze était presque proverbiale.

"- Et…Quand viendras-tu chercher June pour repartir avec elle à ton bras ?" Plaisanta encore Albior.

La jeune femme était folle amoureuse de Shun mais à la tête que tirait soudain le jeune chevalier, l'inverse n'était pas forcément vrai malgré tout ce que le Caméléon en disait.

"- Et bien….June est très gentille mais…"

"- Il y a quelqu'un d'autre ?"

Shun se passa une main dans les cheveux.

"- Non…Ce n'est pas la question…"

"- Ha…je vois…"

Shun sursauta avant de fixer son maitre. Il voyait ? Il était bien le seul. Il avait tenté à plusieurs reprises de s'en ouvrir à ses frères et à Ikki mais jamais personne ne l'avait écouté.

"- C'est probablement un monstrueux cliché, Shun, et je m'en excuse par avance, mais avec ton physique, j'avoue que je ne te vois pas trop avec une fille. June fait parfois plus virile que toi." Grimaça le Chevalier d'argent de Céphée.

Shun rougit brutalement, monstrueusement gêné mais incapable de contredire son maitre.

"- Les clichés ont parfois raison, maitre…"

Albior lui tapota l'épaule avec douceur.

"- Allons, ne fait pas cette tête. Ce n'est pas comme si c'était rare parmi les chevaliers, bien au contraire."

"- Dites ça à mes frères." Grinça Shun.

"- Et…Tu as quelqu'un ?"

La rougeur de Shun diminua un peu.

"- Je…m'intéressais à quelqu'un mais…il ne s'en est jamais rendu compte…ou n'a pas voulu comprendre et…Ca m'a passé." Son far disparu totalement à mesure qu'un sourire à l'ironie majuscule glissait sur ses lèvres. "Et puis, soyons honnête, quand on est le bébé de la maison, comment voulez vous avoir une vie sentimentale ! Mes frères ne se sont pas privés pour expérimenter, mais je n'ai jamais pu ramener qui que ce soit, et encore moins aller chez quelqu'un !! Enfin…vous voyez ce que je veux dire…"

Ca lui faisait vraiment mal au cul d'avouer qu'il était encore puceau à dix-neuf ans alors que ses frères avaient commencés à s'entrainer aux jeux sous la couette dès leurs quinze ans. En même temps, eux n'avaient pas été surveillés comme le lait sur le feu en permanence et n'avait pas eut de couvre feu à vingt deux heures tous les soirs, eux…La prochaine fois qu'il verrait Ikki, Shun était bien décidé à le défier en duel, à le vaincre et à lui faire rentrer dans la gorge qu'il était un grand garçon. Et si pour ça, il devait lui faire manger, au sens propre, une copie de sa carte d'identité, il le ferait ! Flute à la fin !

Albior avala sa dernière tartine et finit son thé.

"- Je crois…Que tu devrais aller au Sanctuaire."

Shun grogna.

"- Si c'est pour me retrouver avec quatorze grand frères sur le dos…"

"- Non, ce n'est pas leur genre…Mais je pensais surtout au Harem."

Shun en leva immédiatement une oreille.

"- Quid ? Harem ? Nani ?"

Le chevalier d'argent gloussa.

"- Il est accessible à tous, chevaliers et gardes. Il est rempli de délicieuses jeunes femmes et de superbes jeunes hommes tout entiers dévolus à la satisfaction des guerriers d'Athéna.

Shun rougit encore.

"- Vous voulez que j'aille aux putes ?"

"- Shun ! Voyons ! Ce sont des travailleurs du sexe, certes, mais c'est un métier comme un autre et des plus honorable !

"- Vous avez raison, excusez moi…"

"- Sans eux, je crois que nombre de chevaliers se seraient noyés dans la plus noire dépression. Rares sont les chevaliers à avoir une famille ou simplement une compagne ou un compagnon. Le Harem….comble un peu ce manque…Il s'agit de sexe, certes, mais aussi de tendresse… surtout, de tendresse en fait…"

"- Consommateur ?"

"- Occasionnel…"

"- Je vois…"

"- Non, pas encore, mais une fois que tu y seras allé, ca ira mieux…"

Shun grogna mais il devait reconnaître que l'idée avait du bon.