Yo les gens ! Bonne année et bonne santé ! :D
Merci pour vos reviews, follows et favoris
Voilà un nouveau chapitre tout beau et tout chaud pour bien commencer l'année (même si le temps n'est pas vraiment au beau fixe)
Pleins de personnages vont faire leur apparition, qui ne vous seront pas totalement inconnus.
Bonne lecture !
Tout est à JK Rowling.
Chapitre un
OoOoOoO
Peu après avoir quitté son lieu de travail, Harry gara sa moto dans la ruelle qui jouxtait sa maison. Il ôta son masque, mit la béquille de sa Honda et rejoignit en quelques enjambées une belle et haute bâtisse.
C'était une demeure aisément identifiable, même de loin. Son toit en briques sombres avait la particularité d'être de travers. Il y avait des autocollants en forme de lutins et de fées qui recouvraient les vitres et sur la porte en bois était gravée une étrange inscription: « Tout homme s'enrichit quand abonde l'esprit. »
En réalité, cette maison n'était pas à lui. Elle appartenait à Xenophilius Lovegood, un naturaliste excentrique qui croyait aux licornes, aux zombies, aux méduses kidnappeuses d'enfants et à des tas de choses plus farfelues les unes que les autres. Il avait aussi un gros faible pour les complots abracadabrants. Il y a trois ans, il avait publié un livre sur le Premier Ministre, décrivant sur plus de huit cent pages comment l'homme qui était à la tête du gouvernement s'y prenait pour conquérir le monde à l'aide de ses pouvoirs paranormaux.
Le naturaliste n'était pas présent actuellement et ce n'est pas Harry qui allait s'en plaindre. L'homme était très gentil, mais un peu trop déjanté à son goût. Aux dernières nouvelles, Xénophilius était parti en Islande faire une étude sur les Trolls, voulant à tout prix ramener un spécimen pour l'étudier chez lui. Comme son absence durerait des mois et des mois, il avait loué sa maison.
Et cela faisait donc plusieurs mois que Harry habitait ici, en compagnie de cinq autres jeunes avec qui il partageait le loyer. Parmi eux, il y avait Luna Lovegood, la fille du propriétaire, qui ne payait rien bien sûr, mais qui partageait avec plaisir son habitation.
Au fil des mois, les six locataires avait eu pour habitude de surnommer cette demeure : « La Coloc' », « Le Foyer des aliénés», "La Baraque à crack", ou encore "Le gite des p'tites bites" c'était selon l'humeur du jour.
« Bonsoir Harry » le salua une voix douce comme il refermait la porte d'entrée.
« Salut, Luna » dit-il en levant la tête vers une jeune fille aux cheveux longs et blonds et aux yeux d'un bleu si clair, qu'ils évoquaient un ciel d'été. Elle avait revêtu son habituelle salopette jaune canari, tellement couverte de taches de peinture qu'on n'en distinguait plus la couleur. Luna était étudiante en arts, elle aimait la vie, les couleurs et les lapins. Elle en avait trois d'ailleurs, qui répondaient aux doux noms de Kellog's, Nesquik et Chocapic. Son rêve était de peindre les étoiles de toutes les couleurs et de prendre le thé avec le Dalaï-lama.
« Quoi de neuf ? » demanda Harry en jetant sa veste sur un porte manteau en forme de flamand rose.
« J'ai presque fini de peindre le grenier » répondit Luna en remettant un pinceau qu'elle avait mis derrière son oreille. « Je pense que ce sera très joli »
Harry acquiesça en souriant tout en gardant ses pensées pour lui. Les dessins de la jeune fille avaient toujours été très...colorés, abstraits, même poétiques pour certains.
Après avoir rangé son casque dans une armoire, il grimpa les escaliers qui menaient à la cuisine, Luna sur les talons.
« Je viens de me rendre compte que j'avais oublié de donner à manger à Dobby . Tu crois qu'il va m'en vouloir ? »
« Euh... » Harry marqua un temps d'hésitation en haut des marches. Dobby était une créature qu'avait imaginé Luna. Elle pensait en effet qu'un elfe de maison s'était installé à la Coloc'. Luna avait donc pris habitude de lui laisser un bol de lait et des biscuits. D'après elle, il avait pour nom « Dobby ».
Harry et les autres colocataires s'étaient mis d'accord pour faire semblant de croire à son existence afin de ne pas la froisser. Luna avait toujours été une crème avec eux, et même une petite fée du logis.
« Il est impossible de t'en vouloir, tu sais » la rassura-t-il. « Après tout, tu es la petite fée de cette maison »
Comme ils se dirigeaient tous les deux vers la cuisine, Luna lui adressa un grand sourire et l'embrassa sur la joue. « Merci, Harry. Tu es très gentil. »
La cuisine n'était pas vide quand ils entrèrent. Il y avait un autres garçon qui était là. Plutôt grand et musclé, la peau sombre, Blaise Zabini était assis à la table de la cuisine, regardant d'un air satisfait l'écran de son ordinateur. « Yo » leur dit-il, levant à peine les yeux de sa machine. « Ça roule ? »
« Très bien » lâcha Harry en allant fouiller dans le frigo. Il tendit une brique de lait à Luna et réussit à dénicher un bout de pizza, miraculeusement indemne, un yaourt et une part de tarte aux pommes. « Sur quoi tu bosses là ? »
« Sur mon roman » répondit Blaise. « Je viens juste de le terminer». Il tourna son ordi vers eux pour leur montrer.
« "L'art de ne rien faire" par Blaise Zabini » lut Harry.
En dehors de ça, il n'y avait rien d'autre. La page était entièrement vierge.
« Et il est où le texte ? »
« Ben y'en a pas voyons » rétorqua Blaise comme si ça coulait de source. « C'est tout un concept, tu vois. C'est un peu comme ces œuvres d'art contemporain où tu as juste un carré noir sur fond blanc ...Là c'est pareil, sauf que c'est un roman. Puis ça va bien avec le titre en plus. C'est une simple question de logique, tu vois ? »
Harry hocha la tête, mordant dans sa part de pizza froide et méditant sur la logique très logique de Blaise.
« Tu ne veux plus être agent au CIA alors ? »
« Nan. C'est trop stressant comme boulot. Auteur de roman contemporain, c'est plus cool. Çà me correspond mieux. »
« Ça c'est sûr » répliqua Harry avec une pointe d'ironie.
Blaise cherchait sa voie depuis plus de deux ans. Le mois dernier, il voulait travailler pour le CIA, le mois d'avant il voulait être chercheur de trésor et le mois encore d'avant, il avait opté pour avaleur de sabres. Les cinq autres colocataires avaient dû rassembler leurs forces pour l'empêcher d'avaler l'un des couteaux de la cuisine. Heureusement, Blaise avait vite trouvé autre chose. C'était le genre de gars à changer d'avis comme de slips et à ne pas se prendre la tête . Si on pouvait le décrire en trois mots ce serait : « manger, dormir et dormir ». Parce que « baiser » c'était trop fatiguant. Toutes les filles étaient fatigantes selon Blaise. Sauf Luna, mais Luna n'était pas une fille, c'était simplement Luna. Voilà.
On pourrait se demander comment Blaise le Blasé payait son loyer s'il passait sa vie à cherchait sa voie, mais c'était tout simple en fait. Sa mère lui versait environ 2000 livres sur son compte tous les mois. Alors forcément, ça aide...
« Mais je ne pense pas que ton futur éditeur sera d'accord. »
Harry engloutit une nouvelle part de pizza avant de fixer Blaise d'un air un peu moqueur.
« Je viens d'inventer un nouveau concept » s'offusqua ce dernier en retournant à son écran. « Bien sûr qu'il sera enthousiaste. Tu vis sur quelle planète enfin Harry ! »
« Sur la planète Terre qui compte actuellement 7 590 796 906 milliards d'habitants » persifla une voix derrière eux « Et dont plus d'un tiers sont stupides et dont tu fais malheureusement partie, Blaise. »
« Je t'encule, Théo, je t'encule »
« Ce n'est pas que je sois contre, mais tes attributs sont un peu trop petits pour ça... »
La voix sarcastique qui s'était mêlée à la conversation avait pour heureux propriétaire un garçon efflanqué à la tignasse brune et ondulée. Son nom était Théodore Nott, mais à la Colloc, on le surnommait « Le Surdoué » ou encore « Celui-qui-sait-tout-sur-tout-et-qui-encule-la-science-avec-son-génie ».
A cinq ans, Théo savait déjà lire, écrire, compter, multiplier et diviser. A huit ans, il s'était plongé avec délectation dans « L'Être et le Néant » de Sartre avant de se découvrir une passion pour les chiffres, les algorithmes et la physique quantique. Durant longtemps sa mère s'était demandée si Einstein ne s'était pas réincarné dans la peau de son fils, avant de se faire une raison.
Théo faisait actuellement une thèse sur « L'importance et la probabilité des chiffres dans la vie quotidienne. » Il aimait passer ses journées à compter, trouvait amusant la « geek attitude » et avait aussi deux chats. Nostradamus qui était noir comme de l'encre et Pythagore qui avait la couleur du lait.
« Attends, mes « attributs » sont trop petits ? » répéta Blaise en se levant. Il adressa un regard à Théo qui ne broncha pas, avant de défaire sa ceinture et d'ajouter d'un ton plein de menace. « On va voir ça ! »
« Pas devant Luna, s'il te plaît » l'avertit Harry qui était en train d'ôter l'opercule de son yaourt.
Luna était l'innocence incarnée de cette maison et c'est cette innocence qui avait permis aux garçons ne pas sombrer dans la dépravation la plus totale.
« Oh mais ça ne me dérange pas » dit malgré tout celle-ci avec son petit air doux.
Théo plissa le nez« Moi,ça me dérange. D'autant plus que j'ai eu le temps de mesurer mentalement ton pénis l'autre jour, vu que tu aimes te prendre pour un nudiste. Et navré de te dire ça comme ça mais il ne mesure que 8 centimètre six alors que la moyenne est de 9 centimètre seize. »
Comme Blaise commençait à hausser le ton, Harry jugea plus sage de finir son yaourt et sa part de tarte aux pommes dans sa chambre. Celle-ci se trouvait à l'étage au-dessus et il croisa les doigts pour que Théo et Blaise aient fini leur dispute lorsqu'ils iraient se coucher. Il croisa aussi les doigts pour que la vertu de Luna ne soit pas bafouée par la virilité de Blaise.
Alors qu'il arrivait au second étage, des éclats de voix attirèrent son attention.
« Allez, Ron, sympa, laisse-moi essayer ! »
« Non, Seamus. Ce n'est même pas la peine de demander. »
« Mais juste une fois quoi !»
« La dernière fois tu as failli faire exploser la maison. T'as déjà oublié ? Tiens, salut Harry. »
Juste à côté de sa chambre se tenaient Ron Weasley, son ami de toujours et Seamus Finnigan, un ancien camarade de classe. Ron était roux. Couleur carotte selon Blaise, couleur coucher de soleil selon Luna. Il aimait le foot, supportait l'équipe de Londres avec passion, et avait un faible pour le rock. Il travaillait dans le magasin de farces et attrapes de ses frères et passait ses journées à trouver de nouvelles marchandises. Sa dernière trouvaille était des fusées sifflet pétards qui laissaient échapper des couleurs arc-en-ciel avec le fond sonore qui allait avec, pour le plus grand bonheur de Seamus. En effet, ce dernier faisait des études de pyrotechnie et s'amusait avec tous les pétards et les feux d'artifices qui lui tombaient sous la main. Son rêve était de faire des feux d'artifices pour des villes comme Pékin, Tokyo, ou encore Paris et New-York. Pour l'heure, il s'entraînait dans le jardin, au grand malheur des voisins.
Seamus aimait autant le foot que Ron, sauf qu'il soutenait avec ferveur l'équipe de Winchester. Harry s'était souvent retrouvé pris entre deux feux. Son expérience en matière de diplomatie et de psychologie avait d'ailleurs vite triplé depuis qu'il vivait dans cette maison. Ce qui était une bonne chose au final. L'expérience qu'il acquérait à la Coloc', il la mettait au profit de son métier de criminologue.
« Comment vont les affaires ? »demanda Harry à Ron avant que leur dispute ne redémarre.
« Elles se portent comme un charme » dit le rouquin en souriant. Puis il poussa un soupir, avant d'ajouter d'une voix peinée « Mais sans Fred et George, ce n'est plus pareil. Je me sens seul parfois dans ma boutique. Il y a un grand vide. J'avais tellement l'habitude d'entendre leurs voix. Je les trouvais pénibles avant. C'est dingue comme ils me manquent maintenant. J'espère que George reviendra...Il reviendra un jour, tu croies ? »
Devant le regard plein d'espoir de son ami, Harry hocha la tête, se forçant à sourire. Car intérieurement il en doutait. George Weasley était perdu. Il était perdu depuis longtemps.
« Et ton travail ? » s'enquit Dean. Il changeait souvent de sujet de conversation quand ça devenait trop pesant.
« J'ai un nouveau cas. Un cas qui s'annonce intéressant » répondit Harry comme le nom de « Tom Jedusor » traversait son esprit.
« Un tueur en série ? »
Seamus adorait les séries policières et à chaque fois qu'il entendait parler d'un meurtre, il espérait que ce soit un nouveau Jack l'Eventreur. Il regardait souvent Harry avec regard empli d'admiration. Pour lui, Harry était un mélange de Sherlock Homes et de Patrick Jane. Cela faisait toujours doucement rire Harry. La criminologie était quand même très différente, cela tenait plus de la psychologie. Même s'il devait aussi faire preuve d'observation et de perspicacité.
« On ne le sait pas encore. Je ne l'ai même pas interrogé »
« Ton métier est tellement classe » commenta Ron en souriant.
« Ouais, mais pas autant que pyrotechnicien » crut bon ajouter Seamus.
A ses mots, Ron fronça les sourcils. « Au moins Harry ne passe pas son temps à vouloir faire exploser les maisons des autres. »
« Ça vous dirait de regarder le troisième volet du Hobbit ? » s'enquit Harry comme Seamus ouvrait la bouche. « J'ai acheté le dvd la semaine dernière. »
Naïvement, il crut qu'il allait avoir enfin une fin de soirée tranquille, sauf qu'arrivé à la bataille des Cinq Armées, Ron et Seamus recommencèrent à se chamailler. Dean défendait avec force les elfes alors que Ron préférait les nains.
Harry renonça à jouer les médiateurs et haussa le son à la place. C'était ça vivre dans une collocation.
OoOoOoOoO
Le lendemain, il enfonça dans un sac son ordinateur portable et quelques affaires pour son aménagement dans son nouveau bureau.
Une fois qu'il fût certain d'avoir récupéré ce qu'il lui fallait, il passa en coup de vent dans la cuisine, avalant une tartine au beurre de cacahuète et dévalant les escaliers. Il manqua rentrer dans Théo au passage. Le Surdoué était parti descendre les poubelles, revêtu de son t-shirt habituel « Un jour les Geek domineront le monde, mais pas demain. Demain, c'est LAN »et qui lui servait aussi de pyjama.
« Tu pars déjà ? Il te reste encore une heure, vingt-huit minutes et trente-cinq seconde avant que ton boulot commence, pourtant ? »
« Je sais, mais » Harry sauta les deux dernières marches. « Je dois lire un dossier avant. Passe le bonjour aux autres pour moi. »
« Si tu as le temps ce soir, tu pourras ramener des muffins géants aux pépites de chocolat et fourrés au caramel ? » cria la voix de Ron à l'étage.
« Et du lait aussi » ajouta Théo. « Pythagore a tout fini. »
« Il me faudrait aussi des biscuits pour Dobby » fit Luna. « Il voudrait inviter d'autres elfes à la maison. Il nous trouve très accueillants. »
« Ouais, ouais » Harry lâcha un grognement, enfilant sa veste de motard et son casque où était dessiné des crocs de fauve couleur rouge-doré. Luna avait toujours trouvé qu'il y avait « un lion qui sommeillait en lui ».
« Rappelez-moi pourquoi c'est moi qui fait les courses ? »
« Parce que c'est toi le moins endetté de la Coloc' » répondirent les autres colocataires à l'unisson tandis qu'il claquait la porte d'entrée.
Vingt minutes après, Harry attendait que le gardien du centre psychiatrique lève la barrière qui menait au parking. Hautement sécurisé, l'établissement était entouré de murs de plus de quatre mètres de hauts, et des agents de sécurité se relayaient jour et nuit, assurant ainsi la protection du personnel qui rentrait souvent tard ou arrivait tôt. Il était déjà arrivé que des patients fassent une fugue. Mais c'était assez rare et les fugueurs avaient été vite rattrapés. Deux n'étaient d'ailleurs pas passés inaperçus. Le premier était monté sur un manège destiné à des enfants de moins de dix ans, le second s'était déguisé en Marylin Monroe, distribuant des baisers à des passants stupéfaits.
Juste derrière le parking où se garait Harry, il y avait un parc où les malades les moins dangereux et les plus calmes, pouvaient se balader et lire sur des bancs, en compagnie du personnel médical.
Le parc était entouré des cinq bâtiments qui composaient le centre. Le bâtiment central qui contenait le bureau du personnel, de l'équipe de soins et des techniciens. Le bâtiment Nord qui regroupait plusieurs unités de soin. A savoir une unité destiné aux enfants et aux adolescents, une autre assurait les urgences et une troisième s'occupait des personnes en situation de précarité.
Le bâtiment Est contenait un service de soins gériatriques et s'occupait également des polyhandicapés.
Le bâtiment Ouest proposait des activités artistiques comme du dessin, de la sculpture, de la photographie ou encore du théâtre.
Et enfin, le bâtiment Sud était généralement le plus redouté par le personnel. C'est là en effet que résidait les patients atteints de névroses ou de psychoses graves. Certains avaient commis des violences (sexuelles ou/et physiques) à l'égard d'autrui, et les mesures de sécurité étaient donc les plus hautes et les plus strictes.C'était donc là qu'était Tom Jedusor, que Harry allait bientôt rencontrer.
Mais pour l'heure, il se dirigeait vers le bâtiment central. Un bureau temporaire avait été aménagé pour lui et il allait pouvoir ainsi consulter tranquillement le dossier de son patient.
En chemin, il croisa la route d'un homme grand, si grand qu'il devait courber l'échine à chaque fois qu'il rentrait dans une pièce. Il était massif et une barbe épaisse lui manger la moitié du visage. Il aurait pu paraître effrayant sans la lueur chaleureuse qui brillait dans ses yeux vifs.
« Ça fait un petit moment qu'on ne s'était vu, Harry. Tu bosses à nouveau ici ou tu as rendez-vous avec Dumbledore ? »
« Je vais travailler ici quelque temps. J'ai un patient qui m'attend dans le bâtiment S »
A ces mots, l'homme fronça ses épais sourcils. « Le bâtiment S ? C'est là où j'ai presque passé la nuit. Elle a encore fait des siennes. Deux soignantes ont été mordues et ont a dû se mettre à trois pour la maîtriser et la mettre en chambre d'isolement. Tu feras attention à toi, hein ? »
« Ne t'inquiète pas, Hagrid » Harry esquissa un sourire qui se voulait rassurant. Hagrid avait toujours eu un côté protecteur et quasi paternel avec lui. « J'ai presque l'habitude avec ce genre de patients maintenant. »
« Avec ton métier c'est sûr mais » Le dénommé Hagrid le fixa avec gravité. « On ne sait jamais ce qu'ils ont dans la tête. C'est pour ça qu'il ne faut jamais, jamais leur tourner le dos. Même si ton patient te paraît frêle ou bien fragile, ne le sous-estime pas. Il pourrait cacher une force insoupçonnée. Et je sais de quoi je parle. Je me souviens de m'être fait presque assommer par un patient qui pesait deux fois moins que moi. Il s'était arrangé, je ne sais comment, pour ne pas avaler ses médicaments »
« Merci pour ces conseils. Je ferais attention. »
« Bien. » Un petit sourire apparut derrière la barbe touffue. « Alors bonne journée, Harry. » Hagrid laissa échapper un long bâillement. « Moi, je vais me coucher. Je suis crevé »
Harry laissa partir Hagrid dont la fatigue avait creusé les joues rondes. Il était surveillant de nuit et sa force et sa solidité étaient plus que bienvenue pour les infirmières. Sa carrure avait souvent amorti les coups que des jeunes femmes auraient pu recevoir.
Pourquoi ne suis-je pas taillé de la même façon ? regretta-t-il comme il franchissait les portes de l'établissement central, à la recherche de son bureau. Il demanda à l'accueil où une jeune femme répondit aimablement à sa question, lui indiquant d'aller au rez-de-chaussé, puis au fond et à droite.
La pièce où il allait travailler n'était pas très grande mais propre et éclairée par une large fenêtre qui donnait sur la rue. La lueur automnale inondait la pièce, caressant un bureau couleur bois et de larges étagères qui se trouvaient tout au fond. Des casiers avaient aussi été aménagés ainsi qu'un placard dont la couleur commençait à s'écailler. Des photos d'éminents psychiatres avaient été accrochées au mur. Harry reconnut les visages de Jean-Martin Charcot, Jean-Etienne Esquirol et Sigmund Freud bien sûr.
Il sortit de son sac son ordinateur qu'il rangea sur son bureau, puis sa trousse, et son bloc note qui ne le quittait jamais. Une expression attendrie passa sur les traits de son visage quand il plaça une photo encadrée à côté de son ordinateur. On pouvait y voir une jeune femme rousse aux yeux chaleureux et au sourire enjoué, elle tenait un petit garçon âgé d'environ quatre ans dans les bras. A ses côtés, il y avait deux hommes. L'un était tout le portrait de Harry, mais avec quelques rides de plus et une tignasse encore plus épaisse et désordonnée, l'autre avait des cheveux longs, lisses et sombres, une lueur sarcastique brillait dans ses yeux gris comme il posait sur l'épaule de l'autre homme une main complice.
Lily et James Potter et Sirius Black. Ses parents et son parrain. Harry les emmenait partout avec lui. Il ne voyait pas beaucoup son père et Sirius, tous deux étaient flics, mais travaillaient souvent en collaboration avec la brigade criminelle d'Écosse. En ce moment, ils étaient sur la piste d'un réseau de prostitution qui concernait toute la Grande Bretagne.
Sa mère, elle, bossait dans l'hôpital pour enfants de Londres. La connaissant comme elle le connaissait, Harry se doutait qu'elle n'allait pas tarder à l'appeler. Elle voulait le voir au moins une fois par semaine.
S'enfonçant confortablement dans sa chaise il rangea dans un tiroir le Code Pénal qu'il conservait juste au cas où, quelques livres de psychologie criminelle, et prit le dossier de Jedusor.
Le directeur n'avait pas eu tort, se dit-il comme il parcourait attentivement les pages. C'était très succinct, très mince. Il n'avait pas grand chose à se mettre sur la dent.
Tom Jedusor était fils unique, il avait grandi à Little Hangleton depuis qu'il était né. Sa mère était partie quand il avait huit ans et il était donc resté avec son père et ses grands-parents. Il n'avait ni casier judiciaire, ni antécédents psychiatriques ou médicales. Son institutrice l'avait qualifié de petit garçon intelligent, brillant mais assez discret. Un terme vague. Ce n'est pas ça qui allait aider Harry à mieux le cerner.
Il continua sa lecture et s'attarda un instant sur le rapport de l'expert judiciaire. Quelque chose le frappa dans les paroles qu'avait prononcées le médecin. Celui-ci avait interrogé le jeune Tom Jedusor. Tout avait paru normal, puis le comportement de Jedusor avait subitement changé.
« L'atmosphère s'est dégradée brusquement, disait l'expert, de tranquille elle est devenue glaciale. J'ai fixé Tom Jedusor qui m'a fixé en retour. Son regard n'était plus le même. Il me regardait comme s'il allait me tuer. Ce garçon n'était pas normal. Pas du tout normal... »
C'était un rapport intéressant, mais pas assez poussé. Qu'avait-il pu se passer pour que Jedusor change de comportement de cette façon ? Un élément déclencheur en était forcément la cause. Ça pouvait être n'importe quoi. Un mot, un geste, un regard. N'importe quoi...L'esprit humain était tellement complexe. Un rien pouvait transformer un homme en monstre. L'expert avait forcément dit ou fait quelque chose.
Harry resta un moment plongé dans ses pensées, puis le tic-tac de sa montre le ramena à la réalité. Il était temps qu'il se rende au bâtiment sud.
OoOoOoOoOo
316.
C'était le numéro de la chambre de Tom Jedusor. Elle était située au quatrième étage. Aucun bruit n'en sortait. Contrairement aux chambres voisines où l'on entendait des cris, des gémissements et parfois des larmes, la 316 était silencieuse. Peut-être que son patient dormait encore ?
Harry écouta les recommandations de sécurité de la cadre infirmière et attendit qu'elle déverrouille la porte. Une fois celle-ci refermée, il sentit malgré lui une boule d'angoisse se former dans le creux de son ventre. Rencontrer un patient, voire un détenu, était toujours source de stress pour le jeune criminologue. Mais il ne devait pas le montrer. Jamais. Sinon son interlocuteur pourrait s'en servir contre lui.
La chambre était nue, blanche, d'une propreté quasi stérile. L'odeur de désinfectant qui en émanait lui retourna l'estomac. Elle ne contenait qu'une armoire, une table de chevets, un coin repas avec une table et deux chaises, une salle de bain et un lit avec des contentions. Mais la silhouette qui y était allongée n'était pas attachée.
Harry s'avança et l'observa avec minutie, prenant garde à ne pas faire de bruit, ne voulant brusquer son patient.
Mince, les traits fins, Tom Jedusor était sans nulle doute un beau garçon. Ses cheveux d'ébène tranchaient sur la blancheur de sa peau et retombaient en mèches soyeuses sur son front.
A le voir ainsi étendu sur les draps, immobile et les paupières fermées, on aurait pu croire un ange tombé du ciel. Mais Harry était méfiant de nature. Il savait qu'il n'y avait rien de plus trompeur qu'un séduisant visage. Et que le plus beau des sourires pouvait cacher la plus insatiable des cruautés.
« Vous êtes Harry Potter, n'est-ce pas ? »
La voix, douce et calme, l'avait pris par surprise. Il pensait que le garçon dormait, mais en réalité il n'avait fait que le guetter depuis son arrivée. Harry se rabroua silencieusement, il aurait dû être plus attentif.
« C'est exact » Il tâcha de ne pas montrer son étonnement « Je vois que les nouvelles circulent vite »
Harry s'était taillée une petite réputation en tant que criminologue. C'était un métier qui attisait la curiosité et les convoitises. A tous les coups une soignante l'avait aperçu hier soir et s'était hâtée d'en informer ses collègues.
« Les infirmières sont bavardes et très bruyantes parfois. Ça m'occupe de les écouter la nuit. Généralement, j'apprends beaucoup de choses. Ce sont des mines d'informations qui peuvent être divertissantes. »
Harry retint ses paroles dans un coin de son esprit. Il se rendit compte que Jedusor avait ouvert les yeux, rivant son regard sur le plafond au-dessus de lui. Il avait croisé les bras sous sa nuque, dans une position plus confortable.
« Vous êtes quoi au juste ? Un psy ? Un flic ? »
« Un peu des deux. »
« Je ne pense pas que je vais vous apprécier beaucoup dans ce cas » déclara Jedusor d'une voix neutre. « Je n'aime ni l'un, ni l'autre »
Harry ne s'en formalisa pas. « Ce n'est pas grave, je ne suis pas venu ici pour que vous m'appréciez. Je désire simplement parler avec vous. Si vous le voulez bien... »
Comme son patient ne répondait pas, Harry s'empara d'une chaise et s'installa en face du lit. Des pas résonnèrent tout à coup dans le couloir, s'arrêtant en face de la porte. C'était sans doute une infirmière qui s'assurait que tout allait bien. Il y avait un œil-de-bœuf prévu pour ça.
« Que voyez-vous quand vous regardez ce plafond ? »
« Rien de particulier. La couleur blanche ne m'a jamais beaucoup inspiré. C'est une teinte que j'ai toujours trouvé fade et sans intérêt. Et vous Monsieur Potter, que voyez-vous quand vous m'observez ? Un criminel ? Un fou ? Un innocent ? Je n'ai rien à voir avec ça vous savez. »
« Quand vous dites « ça », vous parlez de la mort de votre père et de vos grands-parents ? »
« En effet. »
« Et qu'est-ce que vous ressentez ? »
« Ce que je ressens ? »
« Oui. De la colère ? De la tristesse ? De l'indifférence ? »
Tom Jedusor se frotta l'arête du nez, l'air pensif.
« Du noir, voilà ce que je ressens. »
Harry, qui notait les paroles du garçon sur son calepin, suspendit son geste. Ses sourcils se froncèrent brièvement alors qu'il notait et surlignait le mot « noir ». Voilà qui était intéressant.
« Et que représente cette couleur pour vous ? »
« Le néant...l'oubli »
« L'oubli ? Vous voulez dire que vous avez oublié ce qu'il s'est passé ? »
« Je n'ai rien à voir avec ça » répéta froidement Tom Jedusor, ignorant la question de Harry. « Vous n'en avez pas assez de me voir fixer le plafond de cette façon ? Cela ne vous énerve pas que je ne vous regarde pas ? »
« Non. Je ne vais pas vous obliger à me regarder si vous n'en avez pas envie. »
Un rire moqueur, légèrement hautain, résonna dans la pièce. « Et vous avez raison. Personne ne m'oblige à faire quoi que ce soit. »
"Et si quelqu'un vous oblige à faire quelque chose que vous ne voulez pas. Comment réagissez-vous ?"
"Ça, Monsieur Potter, vous allez vous en apercevoir bien assez tôt."
La voix de Jedusor n'était pas vraiment menaçante, elle contenait plutôt une ironie amusée, voire même un défi sous-jacent.
Harry garda malgré tout son sang-froid et continua d'interroger Tom durant plus d'une heure et demie. A la la fin, jugeant que son patient ne lui dirait rien de plus pour aujourd'hui, il prit alla toquer contre le battant, attendant qu'on lui ouvre. Une infirmière lui demanda si tout c'était bien passé, il répondit que oui et partit noter ses observations dans son bureau. Interroger Jedusor s'était révélé plutôt ardu mais le garçon n'était pas aussi fermé qu'il l'aurait d'abord pensé.
Voilà, voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu :)
La Coloc" ou "La Baraque à Cracks" si vous préférez, représentera le côté plus léger de l'histoire, tandis que le centre psychiatrique sera nettement plus angoissant.
Celles qui ont lu "Crescendo" auront sans doute remarqué que j'ai radicalement changé la personnalité de Théo. J'avais envie de le rendre plus sympathique, même s'il a un grain, encore une fois XD
Bref, à plus !
