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Disclaimer : toujours patamoi, à JKR...
Minerva McGonagall se souvenait parfaitement de son malaise lorsque Severus Rogue avait intégré l'équipe enseignante de Poudlard.
Elle avait été son professeur peu de temps auparavant, et elle ne se souvenait que trop bien de ce garçon chétif d'une pâleur maladive. Le revoir quelques années après l'avait amenée à se sentir relativement mal.
En effet, elle qui avait la réputation méritée d'être juste et impartiale quelque soit la maison de l'élève, avait rétrospectivement l'impression qu'elle n'avait pas fait tout ce qu'elle aurait dû pour protéger le gosse qu'il était alors.
Elle devait bien avouer qu'elle avait beaucoup d'affection pour James Potter et Sirius Black. Ils étaient parfois mauvais, souvent hautains et presque toujours insolents, mais ils étaient également drôles (quand ils ne cherchaient pas à blesser), entiers et courageux, ce qui les lui rendait particulièrement sympathiques. La fougue avec laquelle ils défendaient leurs idéaux et la loyauté avec laquelle ils soutenaient les leurs était quelque chose que Minerva ne pouvait que valoriser chez ses lions sots. Et, bien qu'elle ait toujours mis un point d'honneur à faire respecter son autorité, elle éprouvait pourtant beaucoup de tendresse pour les rebelles et les frondeurs.
Alors, lorsqu'ils martyrisaient Severus Rogue, Minerva ne pouvait pas approuver, évidemment. D'ailleurs, elle remplissait son rôle. Elle leur faisait la morale et les punissait. De leur côté, Black et Potter l'écoutaient en acquiesçant, et Minerva pense très sincèrement que ce n'était pas un respect de façade, même s'ils recommençaient les mêmes idioties dès le lendemain.
Peut-être que remplir son rôle ne suffisait pas. Peut-être que Black et Potter l'auraient écoutée plus avant, et qu'elle avait raté l'occasion de leur mettre un peu de plomb dans la cervelle. Peut-être qu'elle avait sous-estimé la souffrance de Severus Rogue, et qu'elle n'aurait pas dû considérer la bêtise de l'adolescence à la légère. Ce n'était pas comme si l'humiliation des plus faibles était quelque chose qu'elle tolérait, en plus.
Ainsi, lorsqu'elle avait vu arriver Severus en ce premier septembre 1981, elle n'avait su comment se positionner. L'équipe de Poudlard était relativement stable, aussi, tous ceux qui devenaient ses collègues avaient auparavant été ses professeurs. Tous avaient été témoins de son statut d'élève mal aimé, et tous se seraient sentis honteux pour moins que ça.
Se fut donc sans surprise qu'ils le virent arriver, affichant un air sombre et revêche. Il les avait à peine gratifié d'un regard lorsque Dumbledore l'avait présenté, et il avait esquissé un mouvement de tête si infime que Minerva l'aurait manqué si elle n'avait pas attentivement scruté chacune de ses réactions.
Les jours qui suivirent, Severus ne se montrait que très rarement en salle des professeurs. Il ne parlait jamais, et ne répondait que par monosyllabes aux questions qui lui étaient posées, de sorte qu'il était impossible de savoir comment se passaient ses cours. Il gardait la tête baissée, son rideau de cheveux cachant presque complètement son visage. Il faisait ce qu'il avait à faire et disparaissait aussitôt. Dès qu'il quittait la pièce, les conversations allaient bon train, et il fallait bien admettre que le scepticisme dominait parmi les enseignants de Poudlard. « Encore une excentricité de Dumbledore », soupiraient-ils tous avec fatalisme.
Cependant, lorsqu'elle le croisait dans les couloirs, Minerva commençait à comprendre comment il avait l'intention de s'en sortir. Il avait visiblement transformé sa rancœur en une intransigeance totale. Celui qu'elle voyait au milieu de la foule estudiantine n'avait pas grand-chose en commun avec l'homme qui se présentait à eux dans la salle des professeurs. Celui-là n'essayait pas de se faire oublier, c'était tout l'inverse. Il n'évitait pas la conversation, mais recherchait au contraire toutes les situations visant à s'imposer.
Il ne regardait pas davantage Minerva lorsqu'il passait près d'elle, mais ne se privait pas en revanche de regarder les élèves qui semblaient vouloir le fuir à tout prix. Et pour cause ! Son regard n'avait tout simplement rien à voir avec celui d'une bête traquée que Minerva avait eu l'habitude de le voir arborer. Non, il était absolument noir et implacable.
Severus marchait d'un pas calculé, maîtrisant parfaitement son allure, semblant en permanence se montrer froid et agressif. Tout acte ou toute parole pouvait potentiellement déclencher un orage pour les élèves, et il leur parlait d'une voix si basse et lente qu'il ne pouvait que les intimider. Ses éternels robes noires tourbillonnantes renforçaient largement son effet, et ses répliques coupantes en avaient déjà fait pleurer plus d'un.
Puis, petit à petit, la crainte que Rogue faisait naître chez les élèves l'avait rendu confiant, et il osait de plus en plus s'affirmer auprès de ses collègues en tant que membre à part entière de l'équipe enseignante.
Et un jour, Minerva se dit qu'elle avait assisté sans le savoir à la naissance du Maître des potions. Le petit Severus amer et en mal de reconnaissance n'était plus. Il s'était construit un personnage pour se faire respecter, et l'avait désormais adopté comme une nouvelle peau.
Ce Maître des potions, Minerva avait découvert qu'elle l'estimait et l'appréciait sincèrement. Il avait des compétences magiques indéniables, beaucoup de connaissances et un réel savoir-faire. Qui plus est, Minerva aimait ses répliques cyniques et incisives, même lorsque celles-ci concernaient les gryffondors et qu'elle s'offusquait pour la forme.
Alors, certes, elle n'approuvait pas toujours ses méthodes d'enseignement, qui laissaient parfois supposer qu'il se vengeait de son passé sur des générations qui n'y pouvaient rien. D'un autre côté, elle lui trouvait des excuses : peut-être était-ce sa façon à lui de pousser les plus faibles à se surpasser ? Il était injuste c'est vrai, mais après tout, lui-même ne s'était-il pas endurci grâce ou à cause de l'injustice des autres ? Alors, physique ingrat ou piètres capacités en potions, la vie n'attendait pas de raisons valables pour vous tomber dessus…
Mais là, depuis quelques temps, Minerva avait de plus en plus de difficultés à cautionner son comportement. Car il n'était plus seulement injuste, il était ignoble. Il n'était plus seulement cassant, il était impardonnable.
Le personnage du Maître des potions était né il y a dix ans maintenant. Et il semblerait bien que l'arrivée de Harry Potter dans sa salle de classes, au début de cette année, l'ait précipité vers une longue et douloureuse crise d'adolescence…
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