La première faute..
Avant même que je ne le réalise, le regard pénétrant et hypnotisant de Kaname plonge dans le mien et un petit cri plaintif de souris effrayée franchit mes lèvres contre ma volonté. Si déjà maitre Kaname était effrayant pour ceux de son espèce, alors qu'en était-il pour moi ?
J'avais appris au cours des ans à le respecter et à le craindre bien qu'il n'ait jamais eu un seul geste méchant envers moi, et plus je grandissait plus j'étais irrémédiablement attirée vers lui dans le même temps. Etrange, parce que depuis ces quelques derniers mois, c'est lui qui cherchai à me fuir ou du moins à s'éloigner.
Mais qu'est-ce que j'ai bien pu faire de mal ? S'il avait choisi de s'éloigner et de témoigner une certaine froideur envers moi, c'était forcément de ma faute et ce sentiment me faisait beaucoup de peine. D'aussi loin que je me souvienne, Kaname avait toujours était mon protecteur, et je dois avouer que son changement d'attitude envers moi me laissait troublée, voire plus. Il avait un effet incroyable sur moi, un effet bien trop fort que tout le monde pouvait remarquer, à ma plus grande gêne. Je devais me reprendre.
Je reviens à l'instant présent en serrant les poings, et avale ma salive dans un geste on ne peut plus nerveux. Devant moi, Kaname se contente de me regarder en silence, sans bouger, rendant la situation plus tendue encore et insoutenable. Je n'arrive pas à détacher mon regard de lui, sa beauté pâle à quelque chose d'obsédant qui va finir par me donner le vertige. Le pire la dedans c'est qu'il sait très bien quel effet il me fait en agissant ainsi, même si ça me gêne, il sait et il a toujours su ce que je ressentais pour lui, malgré tout mes efforts pour le lui cacher. Avant, il avait la décence de ce détourner et de changer de sujet pour m'éviter trop d'embarras, mais plus maintenant. J'aimerai jute que le sol s'ouvre sur mes pieds et que je puisse y disparaitre pour me soustraire à ce regard, mais rien évidemment rien ne se passa, et personne ne vola à mon secours. Bien sûr, Zero n'était jamais là quand on a besoin de lui, pour une fois qu'il me serait utile.
Je détourne finalement le regard, au prix d'un immense effort, avant de défaillir, me sentant pâlir sous les effets qu'avait eu ce regard. Kaname Kuran est dangereux pour moi, c'est un fait certain, maintenant plus que jamais.
Dans le dos de Kaname, Aïdo a l'air d'un peu trop s'amuser à mon goût, et je relâche la pression dans ma main avant que mes ongles ne perce la peau de mes paumes à sang. J'ai en ce moment une très grande envie de partir en courant et en agitant les bras en pleurant, mais je doute que ce fut bien venu de faire ça. Dans un sursaut, la raison de ma venue me revint en mémoire et je me détends aussitôt. Enfin, autant que possible.
- Oh Kaname, dis-je d'une voix rendue faible par la fatigue, je suis juste venue rechercher deux élèves de la day class qui se sont introduites dans le pavillon de la lune.
- Ce n'était pas ton rôle Yuuki d'éviter que ce genre de choses n'arrive ?
D'où vient ce ton sec et réprobateur ? C'est le ton qu'il prend habituellement pour gronder les éléments perturbateurs de son groupe, un ton que jamais encore je n'avais entendu dans une phrase adressée à moi. Cette fois je l'ai donc vraiment déçu, mais comment ? Je cligne des yeux bêtement, et un courant d'air frais balaye mes cheveux dépassant tout juste le niveau de mes épaules. Kaname en attrape une mèche qu'il tient entre deux de ses doigts, et soupire en la relâchant lentement.
- Il va falloir attendre si longtemps maintenant pour qu'ils repoussent, toi qui étais si charmante avec les cheveux longs. Et je sais pourquoi tu les as coupés Yuuki, il n'y a pas de raison de me mentir. Tu essaies de couper les ponts avec moi par ce moyen. Regrettes-tu d'avoir passé du temps en ma compagnie ?
Je cligne des yeux et prends une inspiration soudaine et douloureuse, m'apprêtant à répondre quelque chose sans même savoir quoi, quand soudain deux petits ricanements me parviennent de l'intérieur du pavillon. Kaname et moi tournons la tête en même temps pour voir mes deux camarades de la day class, celles en fuite, occupées à nous observer sans aucune discrétion de derrière un sofa de soie bleu royale.
- Nous reprendrons cette discussion plus tard Yuuki, mais je ne t'oublie pas, sois en sure. Aïdô, raccompagne ces trois jeunes filles à leur pavillon avant le lever du soleil. Nous n'aimerions pas qu'elles se perdent à nouveau.
Je m'adosse contre le mur de ma chambre, après un passage éclair dans la salle de bain. Même l'eau chaude de la douche n'aura pu délasser mon corps et me débarrasser de la fatigue accumulée de ces dernières nuits. Je suis pitoyable, je devrai en parler à monsieur le directeur, ou alors mieux m'organiser pour surveiller les élèves. Je travaille trop, si seulement Zero acceptait de faire sa partie du travail aussi, ça m'arrangerait bien, mais monsieur est trop occupé à jouer au solitaire mystérieux et taciturne pour se rendre compte que j'ai besoin d'aide. Non mais c'est tout un monde ça.
Je soupire en ajustant les manches de mon uniforme bleu nuit, souhaitant seulement le retirer pour pouvoir me glisser entre les draps frais de mon lit. C'est hélas trop tard pour que ce soit possible maintenant, peut-être ce soir.
Pendant que je brosse mes cheveux marron au reflet miel dans le miroir, j'observe soigneusement s'ils ont poussés. Comme je m'y attendais, ils n'ont pris que cinq petits centimètres depuis la fin du printemps, période ou je les avais coupés en voulant marquer mon entrée prochaine dans le secondaire.
Je crois que je me rappellerais toujours la réaction de Kaname le soir ou il était venu diner à la maison, et où il avait vu ma nouvelle coiffure. J'avais bien cru qu'il allait s'étouffer, et pour la première fois le regard qu'il avait posé sur moi n'était plus doux, mais presque distant, empli de déception. Comment avait-il pu se mettre dans cet état juste pour des cheveux ?
J'avais compris plus tard, en discutant avec le directeur Cross que Kaname avait pris ça comme une rébellion de ma part, un geste lui disant que je ne cherchai plus à lui plaire ni à lui « obéir » après qu'il m'est si longtemps depuis l'enfance conseillé de ne jamais couper mes cheveux.
Chaque fois que je croisais mon reflet dans un miroir depuis, je ne pouvais m'empêcher de me demander si c'était pour ça que Kaname agissait si étrangement avec moi maintenant, si par ma seule faute j'avais brisé ce lien qui nous unissait depuis la fameuse nuit ou il m'avait sauvée.
J'allai en cours en trainant des pieds, et pris place dans le fond de l'amphi, perdue dans mes pensées. Les deux fugueuses étaient là elles aussi, parlant avec toutes les autres filles de la classe de ces qu'elles avaient fait la nuit précédente. Même si Aïdô avait pris soin d'effacer les souvenirs qu'elles avaient pu accumuler durant leur nuit dans le pavillon de la lune, ou les élèves de la night class ne devaient normalement pas se trouver, il n'avait rien fait pour la partie du chemin que nous avions fait ensembles jusqu'à nos propres dortoirs. Et il avait bien sur pris soin de me faire des remarques bien désobligeantes, dont les filles c'étaient régalées.
Aïdô Hanabusa est vraiment un garçon bien étrange. Pourquoi est-ce qu'il est aussi charmant avec les autres et aussi froid avec moi ?
- Et bien voilà qui montre l'exemple, chargée de discipline. Tu laisses Hanabusa te rabaisser ainsi ?
Je pivote, pâle comme un linge mais voyant pourtant rouge vers mon coéquipier qui apparait, frais comme une rose et un regard hautin coulant vers moi.
- Zero ! Non mais c'est à cette heure-ci que tu te pointes ? Où étais-tu cette nuit ? Et la nuit d'avant encore ?
- Non mais tu vas te taire ? Je n'ai aucune obligation envers toi Cross, si les choses ne te plaisent pas telle qu'elles sont je te conseil d'aller te plaindre à ton père adoptif.
Je plisse les yeux et claque sèchement mon livre avant de sortir de la classe, mes pas m'entrainant de plus en plus vite vers la fontaine au fond du parc de l'école. Pourquoi est-ce que tout ce complique comme ça ? Pourquoi je me sens si mal ? Pourquoi Kaname agit soudain comme si il était quelqu´un d'autre avec moi ?
- Je ne pense pas que tu puisses te plaindre, chargée de discipline. Maitre Kaname a toujours était très indulgent envers toi. Bien sûr, nous connaissons tous l'empathie de notre maitre envers vous autre humains, mais toi plus que les autres avait le droit à ces rares sourire. Je ne te cache pas que je suis satisfait que cette époque soit révolue.
Aïdô sort de l'ombre, une main négligemment posée dans l'une de ses poches, tel un mannequin se baladant ingénument. Tant de grâce et de beauté, et personne pour ce douter que ça n'a rien vraiment de naturel.
Je le dévisage quelques secondes, avant de me concentrer sur l'eau s'écoulant du jet de la fontaine dans un doux bruit qui me semble réconfortant. Ça ne m'étonne même pas de le voir là, après tout je suis prêt de leur pavillon et le soleil n'est pas encore levé, quoique ça ne saurait tarder.
Je lève le nez vers le ciel bleu s'éclaircissant à chaque instant un peu plus et ferme les yeux, essayant de faire le vide dans mon esprit. Quelque chose cloche, et je ne saurais même pas dire quoi. A moins que ce ne soit cette école et cette histoire de classe de vampire top secrète. Je me sens tellement seule, terriblement seule. Je n'ai aucun ni aucune amie, ils sont tous persuadés que ma position me donne droit à des tas de privilèges, qu'est-ce que c'est ridicule.
En 17 jours de cours, j'ai réussi à me mettre à dos toute l'école, qui dit mieux ? Je pose mon regard sur Aïdô, qui se rapproche encore de moi pour s'adosser au tronc d'un arbre sans se départir de sa grâce surnaturelle. Ces êtres immortels sont fascinants, une fois que l'on passe outre leur sale caractère et leur arrogance.
- Tu as raison Aïdô, Kaname a était gentils avec moi suffisamment longtemps. J'en garderai un doux souvenir, et je pense que tu dois être soulagé de savoir qu'il ne perdra plus son temps avec moi, faible petite humaine, dis-je avec un soupçons d'amertume dans la voix.
- Ce n'est pas le fait que tu sois humaine qui me gêne, reprit-il. Ton humanité n'est pas la raison principale en tout cas qui fait que tu m'insupportes. Ça vient peut-être de tes manières agaçantes de petite fille sage, ou alors, c'est ce que tu nous cache qui me tape sur les nerfs.
- Ce que je vous cache ?
Je me mets à rire, avant de me stopper en voyant qu'il ne plaisante en fait pas. Sérieusement ?
- C'est ridicule, je ne vous cache rien du tout !
- Ne hausse pas le ton avec moi, petite chargée de discipline, c'est un conseil que je te donne.
Sa voix doucereuse, emplie de menaces tapies secrètes me donne un frisson ridicule, et il se rapproche de moi pour s'assoir juste à côté de moi au bord de la fontaine de pierre ancienne et envahie par le lierre. Comme moi, son regard se perd vers le ciel, ou de petites taches d'or commencent à apparaitre ci et là à travers les épais nuages qui sembles bleus à cette heure.
De loin, à l'œil de passants innocents, nous pourrions peut-être avoir l'air de deux amis souhaitant voir apparaitre l'aube ensemble, mais pour un œil avertit, ce serait bien tout le contraire. Son uniforme blanc contraste dans la nuit, encore plus avec le mien se mêlant aux couleurs des ténèbres ambiantes. Ces deux couleurs opposées ne font qu'accentuer tout ce qui nous sépare, et creusent un fossé encore plus grand entre nos deux espèces.
- Le directeur est naïf de croire qu'une entente et possible. Vous vous méfiez de nous, vous nous prenez de haut, juste parce que vous êtes immortels. Comment pourrions-nous avoir une entente valable avec des créatures de la nuit ?
- Une fois encore tu n'y es pas Cross, tu te trompes, et lourdement. Ce n'est pas de vous autre humains que je me méfie, mais bien de toi. Comment une enfant ayant oubliée autant d'années de sa vie peut-elle être fiable ? Et il n'y a pas que ça. Tu caches quelque chose, un secret lourd, j'en suis sure, je le sens. Le fait est que pour l'instant, tu sembles aussi ignorer de quoi il s'agit. Je suis pourtant sûr que cela nous concerne tous, ne me demande toutefois pas pourquoi. J'ai des espèces d'intuitions, qui ne m'ont jamais trompées cependant. Tu es un mystère à toi seule Yuuki Cross, mais ne t'en fait pas. Je te le promets. Je percerai ce secret, que tu le veuilles ou non.
Il se penche vers moi et embrasse ma joue à ma plus grande surprise, avant de se relever nonchalamment et de s'éloigner avant que le soleil ne soit vraiment là. Je porte une main tremblante à ma joue, ne sachant comment réagir. Comment réagir face à ses sortes de menaces ou à ce baiser surement loin d'être innocent ?
