Chapitre 2

Si tu perds la raison tu donnes la victoire au système,

Derrière les barreaux d'acier,

L'été est froid mec, l'hiver est glacé,

Malgré les sourires et les fous rires,

Te trompes pas, parfois le prix à payer c'est mourir.

(Kery James-Le Prix à Payer)

Agon ne pouvait que serrer les dents devant tant d'incompétence. Hiruma leur avait échappé, encore ! Ce maudit chien allait de nouveau frapper et personne ne pourrait l'arrêter. L'Homme à abattre n'était point nommé ainsi pour rien car si personne ne l'abattait, personne ne l'arrêterait, songea l'homme aux dreadlocks en parcourant vite fait le rapport d'Akaba, lequel mentionnait l'assassinat d'un de leurs sous fifres. Mais il sera celui qui le stoppera, celui dont le nom restera gravé dans les mémoires comme l'homme qui a affronté le Diable.

Toujours dans le dossier, il était mentionné que le corps avait été retrouvé près du club Akatsuki. C'était peut être une piste à suivre, songea Agon en gueulant qu'il avait besoin de Marco et ses connaissances sur les criminels de la ville. C'était ainsi qu'Akatsuki acheva d'aiguiser son intérêt …

Au même moment, Asami avait clôt son établissement plus tôt que prévu. Hiruma demeurait avec Mamori, toujours péniblement accrochée à son cou. La patronne du club s'installa en face de la jeune femme tandis qu'Hiruma se dégageait brusquement pour aller se servir un whisky. Une voix aigue qui n'était autre que celle d'une Mamori affreusement bourrée prit la parole : « Mais où tu vas Kei-chaaan ?

- Il va revenir, ne t'en fais pas, fit Asami pour la rassurer.

- Fais la taire, putain … grogna le Démon depuis le bar.

- Calmes ta joie, purée. Maintenant, Mamo-chan je vais te poser une question à laquelle il faut absolument que tu répondes, demanda l'autre fille.

- Mui ?

- Est-ce que tu connais ce type ? »

Mamori réfléchit quelques instants, observant la photo d'Agon qu'Asami lui avait mise entre les mains. D'une voix chevrotante mais décidée, elle lâcha alors : « J'le connais pas. Mais il a une sale tête c'type ! »

Sa remarque déclencha un accès de rire incontrôlé chez la patronne de l'Akatsuki qui manqua de s'étrangler avec sa vodka. De son côté, le nez dans son verre de whisky, Hiruma retenait difficilement un sourire amusé face à la réplique. C'était qu'elle en devenait moins ennuyeuse avec un peu de cocaïne dans le nez, celle là ! Il la traina jusqu'à sa chambre avec l'aide d'Asami, qui manqua de se prendre la porte en pleine figure vu son empressement à la refermer. On se demandait ce qui allait se passer dans cette chambre …

La brune gagna sa propre chambre et une fois la porte refermée, elle s'allongea sur son lit. La décoration était dans les mêmes teintes que celle du club en lui-même, juste en bas. Sortant son paquet de cigarettes de la poche de la veste noire qu'elle portait par-dessus sa robe émeraude, elle en cala une entre ses lèvres et l'alluma. Elle tira une bouffée et recracha un volute de fumée grise en direction du plafond. A quelques pièces de là, Hiruma était sans aucun doute possible en pleine fornication avec leur « invitée». Cette dernière hurlait d'ailleurs son plaisir avec la grâce d'une truie qu'on égorge. Quelle plaie …

Durant quelques minutes, elle tenta sans succès d'oublier les hurlements de sa voisine de palier, cette dernière achevant de la décider à insonoriser les chambres. Asami se dirigea vers son armoire et enleva sa fine robe verte émeraude ainsi que sa veste pour des vêtements plus discrets et plus confortables, autrement dit jean et débardeur noir à bretelles. Le paquet de cigarettes dans la veste en cuir complétant la tenue, des vieilles Docs Martens éraflées au bout et la voilà prête à affronter la nuit. La patronne de l'Akatsuki fit à peine un pas dehors qu'une figure connue l'arrêta en si bon chemin. Hayato Akaba, l'un des partenaires d'Agon, était posté juste devant sa porte. Ce dernier prit alors la parole de sa voix trainante : « Asami Tsukishima. Kage, la Main Noire.

- J'suis connue, on dirait, railla celle-ci en tirant sur sa cigarette.

- Plus que tu ne l'imagines …

- Qu'est-ce que tu m'veux ? ».

Akaba dégaina son arme si vite que n'importe qui d'autre ne l'aurait pas vu. Elle si, de part l'entrainement et les années passées au sein de la Mafia. L'autre tira une balle qui siffla au dessus de sa tête avant d'aller s'écraser dans le mur juste derrière. L'homme arrêta son regard quelques instants sur le visage d'Asami qui s'ornait d'un sourire inquiétant. Sa main blanche disparut une seconde dans la poche de son blouson, en ressortant l'instant d'après avec un poignard étroitement serré dans la paume. Le partenaire d'Agon appuya sur la détente une nouvelle fois mais la cible était trop vive pour qu'il l'atteigne. Il la chercha quelques instants de son regard de braise, avant de sentir une lame froide lui caresser la nuque. Asami murmura alors de sa voix rendue rauque par la cigarette : « Bouges et t'es mort… »

L'autre déglutit péniblement sous la menace, sachant d'avance qu'elle ne plaisantait pas. Ainsi il se laissa entrainer à l'intérieur du club à la décoration rouge et noire. Toujours sous la menace du poignard de la patronne, Akaba se laissa guider jusqu'à l'étage. Cette dernière l'amena jusqu'à la chambre au fond du couloir, à priori occupée si on en croyait les cris suggestifs qui s'en échappait. Un grognement agacé échappa à Asami qui ouvrit la porte avec une grâce typiquement féminine. Hiruma se détacha alors de Mamori, qui couvrit sa nudité en rougissant, et hurla : « Putain t'es au courant que je suis un peu occupé ?!

- Pour ça, t'inquiètes pas, mes oreilles en ont assez souffert. Mais là, j'ai un léger problème figures toi, fit-elle en désignant Akaba toujours tenu en joue.

- Et merde … » grogna le Démon avant d'enfiler un pantalon.

Mamori se retrouva donc seule dans leur lit, les yeux écarquillés d'incompréhension. Surprise qui disparut bien vite puisqu'elle s'effondra comme une masse sur le matelas. Hiruma l'avait encore droguée, que croyez vous ? Il n'était pas fou, valait mieux la camer jusqu'à l'os et préserver sa couverture, que le contraire …

En attendant, le voilà devant un Hayato Akaba ligoté avec un soin tout particulier sur une chaise. Asami s'était assise sur une table juste en face, son poignard toujours en main et une cigarette dans l'autre, histoire de se calmer. Elle recracha un volute de fumée avec agacement, ses yeux verts lançant des éclairs. Hiruma surprit son regard et lâcha piteusement : « Je suis désolé …

- J'ai ruiné ma couverture pour ta partie de baise ! Heureusement que je l'ai chopé avant qu'il ne prévienne Agon sinon on était bon tout les deux pour aller crever chez ces clébards de flics ! Explosa la brune.

- J'le sais purée … »

Depuis sa chaise, Akaba observait la scène avec une certaine incrédulité. Même lui n'oserait jamais s'écraser devant une femme, même aussi redoutable. Alors c'était invraisemblable qu'un homme comme Hiruma le fasse, en tout cas pour lui. Mais là est toute la différence entre toi et lui, petit junkie d'opérette. S'écraser est une forme de respect que des gens comme toi n'auront jamais. L'océan émeraude déchainé du regard d'Asami le ramena soudainement sur terre, tandis qu'Hiruma lui crachait des menaces à la figure : « Balances nous ton patron sinon j'me charge personnellement de te refaire ta petite face de premier d'la classe !

- Mais vas te faire, toi.

- J'vais te dire, mec, j'te dirais bien que j'ai du respect pour toi. Mais t'accoquiner avec cette brute épaisse d'Agon Kongo, c'est pas ce que vous faites de mieux, intervint Asami avec une pointe de maternalisme.

- Et alors ?

- Vous méritez mieux en théorie. »

Akaba considéra la remarque de la brune avec étonnement. C'était quoi cette marque de respect ? Dans ce milieu, ça n'existait pas, Agon le leur montrait chaque jour depuis que les autorités les avaient mis dans ce merdier. Asami sembla lire dans ses pensées car elle reprit la parole, la voix adoucie : « Disons que j'ai mes valeurs et que selon celles-ci le moindre individu qui croise ma route mérite le respect. Enfin, c'est valable quand le type en question ne se comporte pas comme un pauvre crétin ! » expliqua-t-elle.

Cette annonce sema le doute dans l'esprit du junkie. Était-elle digne de confiance en sachant qu'il avait travaillé avec Agon dans le but de faire tomber celui qui était devenu son protégé ? D'ailleurs, celui-ci gardait le nez dans son verre d'alcool et fumait une cigarette empruntée à sa voisine qui elle, l'observait avec un profond intérêt. Hiruma choisit également ce moment là pour s'échapper de la contemplation du fond de son verre, si bien qu'avec deux regards inquisiteurs sur lui, il craqua : « Agon travaille actuellement avec Reiji Marco pour récolter des infos sur l'Akatsuki car un de nos hommes a été abattu par vos soins il y a trois jours de ça. Pour ma part, j'ai été envoyé en éclaireur pour établir un emploi du temps précis et ainsi définir à quel moment nous pourrions engager le combat…»

Un silence accueillit sa déclaration, ses deux hôtes recrachant presque simultanément leur fumée en direction du plafond. Hiruma fut le premier à reprendre la parole : « Je retourne me coucher, j'te le laisse …

- Lâcheur ! » s'indigna Asami bien qu'amusée.

Le Démon regagna sa chambre et la laissa seule avec leur invité. Cette dernière porta une autre cigarette à sa bouche, coupant en même temps les liens d'Akaba. Il se frotta les poignets avant de grogner, la voix un peu rauque : « Vous auriez pas une clope à me filer ? »

Asami lui lança son paquet qu'il rattrapa laborieusement. Elle soupira en s'asseyant dans un fauteuil. La nuit promettait d'être longue …

En effet, sous les coups de quatre heures du matin, Asami s'était endormie dans son fauteuil. Théoriquement, Akaba aurait dû fuir. Mais il était resté pour une raison qu'il ne s'expliquait même pas lui-même. Vers les six heures, c'est Hiruma qui descendit des chambres, parfaitement éveillé. Un peu surpris de le trouver là, il fit pourtant comme si tout était normal. Akaba le salua d'un signe de tête avant de lancer à son encontre, railleur : « T'as laissé tomber le déguisement, mon pote ?

- Fermes la, tu veux ? Tu vas la réveiller !

- Je le suis déjà, Yôichi … » grogna Asami en se frottant les yeux.

La brune se leva alors de son fauteuil avec grâce et s'avança vers la précieuse cafetière mise en route par son colocataire. Elle s'en servit une tasse et la sirota sans prêter attention à ses deux compagnons qui s'agressaient du regard. Entre temps, Mamori était descendue et les avait observés depuis le couloir abritant l'escalier. Mortifiée mais maintenant lucide, elle savait que son amant d'une nuit n'était pas celui qu'elle croyait. Elle avait couché avec le meurtrier de son petit ami, merde ! Le type qu'elle voulait faire tomber, elle aurait pu le tuer des milliers de fois pendant la nuit qu'ils avaient passé ensembles. Une bien affreuse chose que celle là …

Le voyant se diriger vers l'escalier, elle remonta vite fait bien fait se cacher sous les couvertures. Il s'enferma dans la salle de bain le temps de parfaire son déguisement et gagna la chambre pour la réveiller. Mamori fit comme si de rien était, tressaillant légèrement quand il lui caressa les cheveux. Un geste trop tendre venant d'un homme aux mains salies de sang …

Pourtant, elle descendit à son bras et s'attabla en face d'Asami qui sirotait son deuxième café. A la gauche de la patronne de cette dernière, Akaba mâchouillait distraitement un toast et Hiruma, lui, ne mangeait rien et ne buvait rien. Il s'était servi dans le paquet de cigarettes de sa voisine de droite, Asami, et fumait silencieusement. Entourée de ces gens qui lui inspiraient soudainement moins confiance que la veille au soir, Mamori commençait à doucement paniquer. Résumons : elle avait couché avec le plus grand criminel de ce siècle, elle était logée dans un club de striptease tenu par une femme trop mystérieuse pour être honnête et un junkie notoire les avait rejoint, si elle en croyait les pupilles injectées de sang d'Akaba.

Quel tableau magnifique …

Tandis que l'Akatsuki s'éveillait lentement, Agon n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Aux aguets, il attendait le retour de mission d'Akaba pour enfin savoir ce qui se cachait derrière la devanture rouge et noir du club. Il capitula sur les coups de midi et gagna sa chambre pour tomber comme une masse sur son lit. Si Akaba ne revenait pas, il ne renoncerait pas pour autant à remonter la piste de ce chien d'Hiruma. Agon Kongo sera celui qui arrêtera la course effrénée de l'homme à abattre, son ennemi de toujours. En effet, bien que se connaissant depuis des années, les deux hommes se détestaient cordialement. Leur animosité réciproque n'était pas allée en s'arrangeant quand Agon, entré dans une illégalité certaine depuis quelques temps déjà, se vit supplanté par un petit nouveau retord qui se faisait appeler « Démon ». Hiruma était devenu son rival. De manière irrémédiable.

Pendant ce temps, Mamori se trouvait seule dans les locaux du night club d'Asami. En effet, celle-ci était sortie en compagnie d'Hiruma pour une mystérieuse raison et Akaba ronflait, engoncé dans une des banquettes près de la scène. Avide de savoir qui était vraiment l'endormi, elle se mit à la recherche des affaires du junkie. La journaliste les dénicha près du bar, vraisemblablement jetées en vrac dans un instant d'inattention. Dans la veste en cuir noir d'Akaba, il n'y avait rien de plus qu'un vieux portefeuille et une arme à feu d'un noir rutilant. Elle fouilla de nouveau et découvrit cette fois ci un portable qui n'avait jamais été éteint. Il y'avait au moins une vingtaine d'appels en absence venant d'un certain Agon. La jeune femme hésita quelques instants avant de le fourrer dans sa poche. Elle se rappelait de ce nom, Asami lui avait montré une photo de ce type la veille et sans aucun doute que ce geste n'était pas innocent. Cet Agon était lié à Hiruma et donc à elle, d'une manière ou d'une autre. La piste était bonne, elle n'avait qu'à la remonter pas à pas et ce qu'il y'avait au bout, la fin d'Hiruma Yôichi donc, la satisfaisait au plus au point. Son défunt amour serait enfin vengé …

Mamori hésita quelques instants, le téléphone dans la main. Elle n'eut pas à faire un choix, puisque c'est à ce moment là que la voix un peu rauque de la patronne de l'Akatsuki s'entendit distinctement derrière la lourde porte. La clé tourna dans la serrure tandis qu'elle fourrait distraitement l'appareil dans sa poche et allait s'avachir dans un fauteuil près d'Akaba. Comme si de rien était, comme si l'instrument de la mort prochaine d'Hiruma Yôichi ne reposait pas dans sa poche …

Ce dernier passa d'ailleurs à côté d'elle comme s'il ne la voyait pas, ses cheveux colorés en roux tombant sur ses prunelles redevenues émeraudes grâce aux lentilles de contact. Il secoua Akaba sans ménagement, celui-ci ouvrant des yeux rouges et gonflés de sommeil. Hiruma lui tendit une main pour qu'il se lève et le traina dans une pièce voisine, Asami à leur suite. Mamori colla alors son oreille contre la porte close et entendit la voix agacée du Démon s'adresser à Akaba : « On sait qui tu es.

- Je pensais que toi, tu le devinerais dès l'instant où tu m'as vu … répondit Akaba.

- Savoir qui tu es est une chose, par qui tu es employé en est une autre. Alors que peux tu nous dire ? intervint Asami.

- Parce que vous croyez que je vais balancer mes compagnons comme ça ?!

- Entre nous, mec, le prix à payer pour cette information ne dépend que de toi. Soit tu ouvres ta gueule et t'as une chance de rester en vie, soit tu la fermes et j'me ferais un plaisir de te descendre. Pigé ? » lâcha Hiruma avec un plaisir palpable.

Un long silence prit place ensuite entre eux trois, Mamori retenant son souffle de l'autre côté du battant. La voix d'Akaba retentit alors de nouveau et l'apprentie espionne tendit l'oreille : « Ils sont venus me chercher en prison. Ils m'ont promis un casier judiciaire vierge si j'arrivais à attraper l'homme que tout le monde veut voir mort, c'est-à-dire toi, Hiruma Yôichi.

- Parce qu'ils croyaient vraiment qu'en réunissant un faussaire, un junkie et ce petit crétin de Kongo, ils arriveraient à m'avoir, moi ? s'étonna le Démon.

- Justice attardée … » fit simplement Asami comme si cette simple remarque résumait tout.

Agacée, cette dernière passa une main dans sa chevelure décorée de mèches rousses depuis une poignée de jours et quitta la pièce. Elle passa à côté d'une Mamori accroupie dans l'ombre de la porte, le souffle coupé de se faire découvrir. Bien heureusement, la patronne de l'Akatsuki était aveuglée par l'idée de se calmer et par conséquent, l'idée que leur conversation fut espionnée ne lui effleura même pas l'esprit.

Ainsi, quand Mamori fut certaine d'être hors de vue des yeux perçants de Kage, elle retourna coller son oreille contre le battant pour écouter la conversation d'Hiruma et Akaba. Ce dernier parlait d'une voix très basse, visiblement inquiet : « Que comptes tu faire pour régler ce problème ?

- Me débarrasser de lui, ça va de soi. Je le veux en combat singulier, lui et moi c'est une vieille histoire qui doit un jour trouver conclusion.

- C'est-à-dire ?

- Quand j'étais jeune, je lui ai saboté son plus gros coup parce que je bossais avec la concurrence. Il ne m'a jamais pardonné ce coup de pute, si je puis dire. De plus, si je meurs face à mon vieux rival, ce n'est que le prix à payer pour mes actes.

- Arrêtes Hiruma …

- Elle te dira la même chose. Y a pas de médecin pour soigner nos états d'âme, on se contente de souffrir de tous ses fantômes qui nous bouffent la tête. Et un jour, tu payes le prix de tes conneries. C'est ça un homme ou une femme d'honneur dans notre monde, Hayato Akaba … »

L'espionne derrière la porte retenait son souffle. Hiruma Yôichi voulait détruire son plus grand rival qui ne pouvait être que cet Agon. Sinon, pourquoi lui demander si elle connaissait ce type ? Si les deux ne faisaient qu'un, ce dernier voulait la mort de l'Homme à Abattre. Ils poursuivaient le même but alors pourquoi pas s'allier à lui ?

Ce qu'elle fit, pas plus tard que le lendemain. Mamori se terra dans un coin de la cour derrière le club où elle se savait hors de vue et d'oreilles de Kage, avant de tirer le téléphone d'Akaba de sa poche. Elle passa en revue la liste des appels passés récemment par ce dernier et appela celui qui semblait revenir le plus souvent. Une voix d'homme agacée répondit : « Putain de merde, Akaba ! La prochaine fois que tu disparais, j'te bute !

- C'est pas Akaba … fit timidement Mamori.

- Effectivement, sinon j'devrais m'inquiéter s'il s'était retrouvé avec une voix de nana coincée ! Rit Agon.

- Je dois vous parler en face à face, le coupa la journaliste.

- Ah ouais ? Et qu'est-ce que tu m'veux ma jolie ? Tu veux un rendez vous ? Se moqua-t-il.

- J'ai des infos sur Hiruma et l'endroit où il se planque. Et sur Kage, aussi. »

A l'autre bout du fil, l'homme aux dreadlocks retint son souffle quelques instants. Elle était sérieuse, cette fille sortie d'on ne sait où ? Si c'était qu'une combine d'Hiruma, il allait prendre cher. Mais si c'était la vérité …

Il reprit la parole, toute trace de moquerie disparaissant de sa voix : « Retrouves moi ce soir à l'angle de la rue de l'Akatsuki. Et pour le reste, on verra. »

Même pas le temps de répondre qu'il avait déjà raccroché. Mamori se sentit soulagée, il avait fini par la croire et ainsi, Hiruma paierait ses crimes. Il mourrait grâce à ce geste, elle serait enfin libérée !

Discrètement, la jeune femme regagna l'intérieur du club sans éveiller les soupçons puisqu'Akaba et Hiruma avaient mystérieusement disparu en fin de matinée. Asami, elle, travaillait dans son bureau situé face à la cour derrière le club. Une fraction de secondes d'inattention de la part de Mamori et celle-ci pouvait dire adieu à la vie …

Le soir venu, elle s'éclipsa aux alentours de vingt heures trente. Hiruma et Akaba n'étaient toujours pas revenus au club et Asami batifolait entre ses danseuses, replaçant costumes et accessoires dans un concert de sifflements. Mamori gagna l'angle de la rue, où Agon attendait déjà. A première vue, il était immense et son visage taillé à la serpe entouré de dreadlocks n'était pas des plus rassurants. Il devenait même effrayant quand sa voix rauque et dure de fumeur vous apostrophait ainsi : « Hé, toi ! T'serais pas la gamine qui m'a téléphoné tout à heure ? »

Mamori s'était contentée d'hocher frénétiquement la tête pour lui répondre, son geste amusant plus qu'autre chose Agon. Ce dernier lui attrapa fermement le bras et la traina dans un bar café tombant en ruines, le Shinkirou ou le Mirage. Avec ses meubles défoncés et usés par le temps et son absence de clients, l'établissement ne payait pas de mine. On aurait même pu croire qu'il avait fait faillite tellement il était désert. D'autorité, l'homme aux dreadlocks s'assit à une table et beugla à l'intention d'un petit homme chauve et replet, le patron peut être, qu'il voulait un whisky. Mamori tira la chaise en face de lui, regardant Agon siroter son alcool avec des grognements de satisfaction. Lorsqu'il eut avalé son verre, celui-ci prit la parole sur un ton qui laissait transparaitre son intérêt : « Alors, ma mignonne, t'as quoi comme infos pour moi ?

- Avant de vous livrer ce que je sais, je veux juste que vous m'assureriez une chose : je veux qu'Hiruma Yôichi meure.

- Il en sera fait selon ta volonté, chérie. Maintenant, balances !

- Kage est Asami Tsukishima, la patronne de l'Akatsuki. Elle a recueilli Hiruma et ils ont fini par devenir amis. Enfin, c'est plus une sorte de respect affectif, c'est assez déroutant.

- Intéressant. Dis moi, qu'est-ce que tu foutais avec le téléphone d'Akaba ?

- Je l'ai volé dans la poche de son blouson. Il est à l'Akatsuki, retenu prisonnier par Asami et Hiruma au départ mais je crois qu'il s'est allié à eux..»

Agon analysa tranquillement la situation. Il savait où se planquait Hiruma, il connaissait un moyen sûr de le faire flancher en la personne de ce nouveau lien avec la patronne de l'Akatsuki. Il fallait s'en servir, il fallait le détruire avec cela …

L'homme aux dreadlocks reprit la parole, un sourire rempli de promesses aux lèvres : « Il pète un plomb dès qu'on touche à quelqu'un qui lui est précieux. Pour qu'il se jette dans mes filets, il faut qu'on élimine Kage …

- Et comment vous comptez faire ça ? Elle repère la moindre attaque avant qu'elle ne lui tombe dessus et elle a toujours une arme sur elle pour se défendre, vous ne pourrez même pas la prendre par surprise !

- Il suffit de s'attaquer à son précieux établissement qu'elle a toujours eu à cœur de défendre comme une lionne veille sur ses petits. Il faudra rivaliser d'ingéniosité pour l'attraper mais nous devrions en être capables.

- Faites ce que vous voulez. Moi j'ai rempli ma part du contrat alors je nous souhaite de ne pas nous revoir ! »

Mamori quitta le Shinkirou sur ces mots. Ce type la mettait trop mal à l'aise, il y avait en lui une aura sombre et fourbe qui l'effrayait. Maintenant, s'il était capable de neutraliser Hiruma et de mener à bien la vengeance qu'elle n'était pas capable de réaliser elle-même, c'était tant mieux.

Dès qu'il serait au fond du trou, la journaliste pourrait vivre de nouveau. Faire ce qu'elle ne faisait plus depuis la mort de son fiancé, dans ce maudit braquage de banque. Mamori Anezaki serait libre. Pour de bon.

Elle pourrait enfin toucher le bonheur du doigt, se reconstruire et arrêter de vivre au travers de ses souvenirs et de sa colère. Mais il y avait un prix à payer pour tout meurtre, même s'il se faisait par l'intermédiaire d'un autre, elle découvrira ce détail bien assez tôt.

Mamori était revenue à l'Akatsuki l'air de rien. Elle était passée devant Asami, ne prêtant aucune attention au regard suspicieux que posait la patronne du club sur elle. Asami fronçait les sourcils, surveillant du coin de l'œil le premier rang où des hommes d'affaires jetaient leur argent sur les danseuses pour éviter les débordements coutumiers de ces messieurs incapables de se contrôler ces derniers temps, et envoya un message sur le portable d'Akaba pour vérifier sa théorie. Quelques minutes plus tard, elle vit Mamori se pencher sur un téléphone portable que la jeune femme identifia comme celui d'Akaba. Lui qui le cherchait depuis des jours, il serait étonné de savoir dans quelles mains se trouvait l'appareil. Nous qui donnions le bon Dieu sans confessions à cette nana, on s'était bien faits roulés dans la farine, pensa-t-elle avec amertume.

Mamori avait paniqué quand elle avait senti le portable d'Akaba vibrer dans sa poche. Elle avait croisé un regard vert accusateur et un frisson la saisit. Asami savait. On n'échappait pas aux yeux de Kage, disait-on. C'était vrai.

Hiruma s'approcha alors pour la rejoindre et la jeune femme se composa un masque paisible. Pas question de laisser voir son trouble à ce monstre, il se douterait de quelque chose sans le concours d'Asami et empêcherait les plans d'Agon de réussir. C'était hors de question.

Dans la nuit, Asami avait pris ses deux invités à part. Elle avait surpris Mamori avec le portable d'Akaba à la main, après avoir envoyé un message à ce dernier. Selon la patronne de l'Akatsuki, il y avait de fortes chances que Mamori Anezaki avait trahi Hiruma, avec qui elle vivait une idylle assez discrète depuis la fameuse nuit. Elle semblait ne pas savoir que son amant était l'ennemi public numéro un grâce au déguisement que mettait toujours celui-ci en sa présence, mais il valait mieux s'assurer qu'elle était aussi dupe qu'elle en avait l'air. Aussi, la patronne du club leur confia la charge de fouiner le passé de Mamori dès le lendemain. Il fallait trouver la raison qui faisait qu'éventuellement, le vol du téléphone d'Akaba ait servi à les vendre à ce fils de chien d'Agon. Il le fallait …

A l'aube du lendemain matin, Mamori reçut un message sur le portable d'Akaba. La sonnerie réveilla Hiruma qui grogna un « Hum ? » étouffé sous les draps. La jeune femme lui chuchota de se rendormir tandis qu'elle consultait le sms. C'était Agon qui lui signifiait que l'attaque était pour ce soir alors il fallait abandonner les apparences et fuir, tout de suite. Elle le fit sans se poser de questions, rassemblant ses affaires et abandonnant Hiruma en direction de qui elle jeta quand même un dernier regard. Au réveil, tout le monde s'étonna de son absence à part Asami et Hiruma. La première parce que cela confirmait ses soupçons, l'autre parce qu'il pensait à une visite chez sa mère comme elle l'avait évoquée la veille au soir. Il allait évoquer cette hypothèse, quand la patronne de l'Akatsuki grogna entre ses dents : « Elle est vendue, je ne vois pas d'autre explications …

- Parce qu'elle a une tronche de fourbe, peut être ? Arrêtes ton délire, y a pas plus inoffensive que cette fille, intervint Hiruma en tirant sur sa cigarette.

- On laisse tous parler notre côté sombre, si on a la haine en nous. Tu sais toi-même comment nous autres, les hors la loi, on passe à l'acte. Et comme une fois ne suffit pas, on continue et on s'enfonce jusqu'à payer l'addition en crevant comme des chiens, coupa Asami.

- Si ça te rassure, on va fouiller sa vie ! Amènes toi Akaba ! » beugla Hiruma.

L'intéressé avait suivi le Démon au dehors, laissant la jeune femme seule. Quatre à quatre, elle remonta les escaliers et s'enferma dans sa chambre. L'heure était bientôt venue, elle devait se préparer …

Dès que le jour était tombé, Agon s'était rendu à l'Akatsuki. Il poussa la lourde porte de chêne et pénétra dans un long couloir obscur, avant de déboucher sur la salle principale plongée dans le noir. Naïvement, il murmura : « Il y a quelqu'un ? »

Un ricanement répondit alors que la lumière s'allumait brusquement. Asami Tsukishima était appuyée contre le mur, fumant une cigarette avec nonchalance, et les yeux brillants d'amusement. Identique en tout point aux dernières photos qu'on avait d'elle alors qu'elle était dans la Mafia, on pouvait dire que le masque était tombé. Il lui en fit d'ailleurs la remarque : « Le masque s'est fissuré, j'me trompe ?

- Non. On m'y oblige, ce que je regrette, susurra Kage en écrasant son mégot.

- Tu aurais pu fuir.

- Je ne suis pas une femme craintive comme celle qui a brisé nos couvertures. Je n'ai jamais fui alors pourquoi je commencerais ?

- La mort te serait-elle séduisante, Kage ? railla l'homme aux dreadlocks, derrière ses lunettes de soleil.

- Elle est nécessaire. C'est seulement ainsi que les gens comme toi et moi pouvons nous repentir de nos actes, énonça-t-elle avec un rire jaune.

- La Main Noire, un monstre en personne, ayant des remords ? Risible.

- Parce que ce club, qui ramasse les filles en déroute pour leur offrir la possibilité d'être en sécurité, est l'œuvre d'un monstre ? J'ai voulu changer de vie et j'ai réussi. C'est juste toi qui vient déranger mon équilibre.

- Me fais pas rire, pitié. T'es exactement comme lui, tu n'as pas de cœur.

- Il a des sentiments en tout cas. S'il avait été dans son état normal, il aurait compris que Mamori était vendue à toi et il l'aurait tuée depuis longtemps, expliqua Asami.

- Mensonge ! » La coupa Agon en tirant dans l'air avec son revolver.

La balle se logea dans le plafond et une autre s'échappait de l'arme à peine quelques secondes plus tard. Elle frôla les cheveux bruns de Kage, qui s'était baissée juste à temps. Cette dernière dégaina également son arme et tira à l'aveugle. Elle l'avait touché au pied et la douleur semblait tellement l'aveugler qu'il tira plusieurs fois d'affilé, sans trajectoire précise. Une de ses balles atteignit Asami. Celle ci serra les dents, le sang perlant de son épaule. Suffocante, elle murmura : « Mieux vaut mourir ici … »

Agon repartit tout de suite après à l'attaque, sans arme à feu. Il envoya son poing dans le ventre de la jeune femme, dont la respiration s'arrêta un bref instant. Pourtant, elle répliqua aussitôt en frappant son estomac d'un habile coup de genou mais la jeune femme se stoppa juste après, haletante. La douleur était plus forte qu'avant, songea-t-elle avec amertume.

Une seconde trop tard, Kage vit la balle d'Agon foncer en direction de son poumon. Asami aurait pu l'éviter, sans doute mais elle s'était résolue à mourir ici. Il n'y avait plus rien à faire, à ce niveau …

L'agonie de Kage se fit lentement, sous les yeux intéressés d'Agon. Quand elle rendit son dernier soupir, une pensée lui traversa l'esprit : « Ce type est monstre comme Hiruma ne le sera jamais … »

L'homme aux dreadlocks était parti juste après, sans un regard pour cette femme morte dans son propre sang. Il était uniquement préoccupé par la joie de ses supérieurs, quand ils apprendraient la mort de Kage. Cette dernière fut trouvé par Hiruma et Akaba, quelques heures plus tard. Le premier ne manifesta rien par la parole, si ce n'était qu'il voulait rester seul. Il grondait de colère et ruminait une idée de vengeance.

Hiruma Yôichi vengera Asami Tsukishima, pour régler cette dette contractée envers elle, quand celle-ci l'avait accueilli chez elle. De toute façon, lui non plus n'avait plus beaucoup de temps. Alors cette vengeance serait le dernier acte de sa vie, beau cadeau pour Kage. Non ?

To be continued …