21 Décembre, 12:30
-Objection ! Votre Honneur, à l'évidence, la défense n'a pas d'autre choix que de se replier et de se tourner vers une plaidoirie dénuée de sens ! Ce que vous dites ne prouve rien ! clama Edgeworth en promenant un regard froid et narquois sur la défense.
- Objection accordée ! Maître réfléchissez avant de présenter des faits erronés ! *coup de marteau* Je ne vois pas de contradictions dans cette affaire. Je déclare l'accusé…coupable !*coup de marteau*
Edgeworth quitta la salle du tribunal l'air triomphant, quoiqu'au fond agacé… Perdre son temps pour des affaires si simples ! Il attrapa sa mallette et se dirigea vers la sortie quand une voix l'interrompit dans ses réflexions :
-M. Edgeworth ! Monsieur !
Cette voix, Miles la reconnaitrait entre mille. Cette voix grave, un brin cassée, mais joyeuse…
-Inspecteur Gumshoe.
Le procureur ne prit même pas la peine de s'arrêter, laissant derrière lui un Gumshoe essoufflé, mais persévérant, le bougre…
-Hey monsieur, votre plaidoirie, un vrai chef d'œuvre ! Vous avez écrasé la défense ! Ce criminel est bien mieux là ou il est, maintenant !
-Vous avez trouvé le procès intéressant ? Hmm, avouons tout de même qu'il était lassant.
-C'est bizarre, sans vous vexer, monsieur, avant… Je veux dire, par le passé vous trouviez chaque affaire d'une importance capitale ! Qu'est-ce que vous disiez déjà ?...Hmm… « Chaque affaire est pour moi une opportunité de rétablir la vérité et faire baisser le taux de criminalité. Chaque affaire est bénéfique quand elle est menée à bien, et je m'en assurerais ! »
-J'ai dit ça ? Moi ? Répondit le jeune un peu perplexe. Il faut croire que ça à un peu changer depuis un moment. Certaines affaires sont moins palpitantes que d'autres…
-Vous voulez dire depuis l'arrivée de Wright ?
Edgeworth s'arrêta brusquement, et tourna la tête vers Dick. Il lui lança un regard interrogatif et sévère, puis finit par dire :
-Et si nous allions déjeuner ?
Une demande pareille de la part du jeune avocat fit que Gumshoe en oublia la question qu'il lui avait posée. Evidemment, tout était calculé. Edgeworth n'eut pour réponse qu'un hochement de tête énergique et un rire saccadé qui cachait une gêne plutôt apparente…
« Quel pot de colle tout de même ! » pensa-t-il.
Dans un restaurant non loin du tribunal…
-Wow Ce restaurant est vraiment… particulier ! déclara Gumshoe
-Je mange toujours ici quand je suis pressé.
-Cet endroit est magnifique ! Les décorations sont… impressionnantes !
-C'est le style rococo, un art français qui date de l'époque de Marie-Antoinette, vous connaissez ?
La question qu'adressait le procureur à l'inspecteur n'était pas « Est-ce que vous savez qui est Marie-Antoinette ? » mais plutôt « Avez-vous un peu de culture générale ? ».
-Bien sûr ! La reine à la tête tranchée là !
-Entre autre…
« Inculte !! » se dit Miles à lui-même « Comment ose-t-il la nommer ainsi !... rah, qu'importe, quand il aura la bouche pleine au moins je serais dispensé de l'écouter… » Malheureusement, il était bien loin du compte…
-*croumsh* Cha fchait lonchtemps qu'ch'avais pas manché comme cha ! Délichieux ! Comment vous appelez cha décha ? Du… « Foie de rats » ?
-Du Foie GRAS, Gumshoe… Une des plus goûteuses spécialités françaises.
-des plus COÛTEUSES ? Mon gars combien ça coûte ?! Il tira le menu… 35 EUROS LE FOIE GRAS ?? Mais je n'ai pas de quoi le payer !!
Miles soupira d'exaspération. Mais il eut envie de se cacher sous la table lorsque Gumshoe appela un serveur pour essayer de négocier le pris de son plat. Honteux il se concentra sur son assiette de truffes à peine entamée. Il n'avait pas vraiment faim. Dick fit son cirque pendant un bon quart d'heure ; tous les clients se retournèrent. L'inspecteur ne connaissait donc pas ses bonnes manières ?! Déjà que sa tenue avait attiré les regards, son vocabulaire peu raffiné et ses manières mettaient les clients les plus distingués dans l'embarras, mais aucun ne rivalisait avec Miles.
Le jeune procureur était près à tout pour arrêter le massacre, même prêter de l'argent à ce bon à rien de détective… La note payée, Miles glissa un pourboire par chèque, c'était dire, avec beaucoup de zéro, espérant que le serveur ne s'étendit pas d'avantage sur le sujet et ne rapporta l'histoire à tous les malheureux qui avaient raté un spectacle pareil. C'était décidé, Miles ne remettrait plus jamais les pieds ici, en passant il lança à de futurs clients qui se dirigeaient vers l'entrée du restaurant :
-Leurs aliments ne sont pas frais, à votre place je ne tenterais pas ma chance.
-Et leurs prix exorbitants !!! ajouta Gumshoe
-(Il connaissait cet adjectif lui ?) Taisez-vous Gumshoe.
Miles se saisit d'un pan de la veste de « l'inspecteur bourdes » et le tira de l'autre côté de la rue. Son but ; fuir lâchement. Gumshoe ne savait plus où se mettre, Miles lui avait proposé de partager sa table pour la première fois, chose qu'il ne devait pas faire souvent, et lui, comment le remerciait-il ? En le gênant. Pour être gêné, Edgeworth était au comble de la gêne. Son teint était rouge pivoine. L'inspecteur avait raté une opportunité de se taire, encore.
Ils se séparèrent au bout de la rue. Miles monta dans sa voiture, referma la porte, et posa son front sur le volant. La journée commençait mal… Il allait démarrer quand il aperçut une enveloppe posée sur la place du mort. « Ce n'était pas là ce matin. Je ne me rappelle pas avoir oublié quelque chose ici… » Miles se pencha, attrapa l'enveloppe. Elle était assez légère, sûrement une simple lettre… Le facteur tentait-il un procédé innovent ? Edgeworth reposa l'enveloppe « Je verrais ça plus tard… » Et démarra. Il se rendit à son bureau qui n'était qu'à quelques minutes du tribunal. Il se rappela sur la route de ce que lui avait dit Gumshoe plus tôt « Vous voulez dire depuis l'arrivée de Wright ? ». Cet idiot avait sûrement dit ça sans chercher plus loin. Est-ce que l'arrivée de Wright avait changé le quotidien de Miles ? Evidemment. Est-ce qu'il rendait les affaires plus intéressantes ? Sans doute, il était plus tenace que les autres avocats de la défense que Miles avait du affronter. Etait-il à la hauteur d'Edgeworth ? Sûrement pas. Après tout, Wright n'avait que 3 affaires à son actif. Bien entendu sur les 3 affaires qu'il avait traitées, il en avait gagnées…trois. Mais tout cela ne voulait rien dire, c'était la chance du débutant comme on dit. Miles, lui, avait commencé sa carrière bien avant, il avait même traité d'une affaire contre le mentor de Wright, c'était dire. Il était connu comme le génie du barreau ! Les plus grands l'avouaient. Miles n'avait pas peur de Wright, il s'amusait avec lui, disons. L'affrontement valait le déplacement et il était aux premières loges. Mais une question lui brûlait les lèvres « Mais que faisait Wright en avocat de la défense ?! » Il le connaissait, enfant. Il n'avait pas beaucoup de souvenirs de sa propre enfance, mais Wright, il s'en souvenait très clairement. Et ce dernier était plus attiré par l'art que par le système judiciaire. En effet, il était toujours accompagné de Larry Buttz alias « mister desaster and catastrophe »…
Edgeworth se perdit dans ses pensées jusqu'à son arrivée dans le Parking. Il y gara sa voiture sans trop se presser, reprit son attaché-case, rangea l'enveloppe dans sa poche et sortit. De loin il pouvait apercevoir une femme avec un panier au bras. « Ah non ! Pas cette vendeuse de petits plats… Elle ne manque pas une occasion de me harceler… » Mais la dite vendeuse était bien trop occupée avec un jeune homme pour remarquer le procureur. Ce dernier en profita et se dirigea le plus vite possible dans son bureau. Il ouvrit, referma vite derrière lui et posa son front contre la porte.
-Quel début de journée épuisante décidemment…
-Déjà fatigué M. Edgeworth ?
Miles frissonna au son de la voix derrière lui. Toujours dos à la personne qui se trouvait dans la pièce, il esquissa un petit sourire agacé :
-Je ne vous avez pas vu, madame.
Miles fit face à une demoiselle élégante mais à l'air strict. Cette dernière revêtait un ensemble marron orné de trois décorations, portait de jolies escarpins vernis et une longue écharpe rouge bien serrée autour du coup. Sa tenue, ses cheveux châtains lisses et renvoyés en arrière, lui donnait beaucoup d'allure. Elle inspirait le respect.
-J'ai entendu dire que vous aviez gagné le procès de ce matin avec brio.
-En effet, les nouvelles vont vite.
-Ne me sous-estimez pas Edgeworth. Je ne suis pas à la tête du bureau du procureur pour rien.
-Mais je ne vous sous-estime pas Mlle Skye.
-Ne vous attendez pas à ce que je vous félicite bien sûr, vous savez comme moi, que l'affaire de ce matin était un jeu d'enfant. Elle ne mérite pas qu'on se réjouisse.
-Evidemment.
Lana Skye s'appuya contre le bureau d'Edgeworth en évitant de peu de faire tomber une sorte de figurine de samouraï et lui fit un léger sourire. Ces deux là se ressemblaient beaucoup, mais ce n'est pas pour autant qu'ils étaient intimes, ils s'appréciaient et aimaient discuter. Ils ne parlaient jamais vraiment de leur vie privée, professionnalisme avant tout, mais il arrivait que la conversation dérive un peu. La sœur de Lana était le seul sujet de conversation qui faisait exception à la règle :
-Comment va votre petite sœur ? Ema, c'est ça ?
Lana dédia à Edgeworth se sourire qu'elle ne réservait qu'à sa sœur. Elle aimait énormément sa sœur, c'est tout ce qui lui restait.
-On ne peut mieux ! Elle fait des études pour entrer dans la police scientifique. Elle est vraiment décidée à réaliser son rêve, et elle ne manque pas de talent et d'ambition.
-Je suis sûr qu'elle réussira, elle est aussi douée que sa grande sœur.
-Je n'en doute pas. Vous savez elle me parle beaucoup de vous !
-Ah ?
-Elle fait une fixation sur vous si vous voulez mon avis. Vous êtes un modèle de réussite pour elle, avoir gravit les échelons du métier si vite et si tôt ! Elle ne rêve que de faire comme « Monsieur Edgeworth » ! Et puis il faut croire que vous plaisez à la gente féminine, même très jeune.
Elle laissa échapper un petit rire. Miles était assez déconcerté, se moquait-elle de lui, où était-ce simplement amical ? Ils restèrent tout deux silencieux pendant un moment. Il régnait une douceur palpable dans la grande pièce aux teintes rosées. La baie vitrée était un peu ouverte, et une légère brise s'introduisit, faisant danser les rideaux de velours et de dentelles rougeâtres. On n'entendait que le bruit des frottements du tissu dans le bureau, ce dernier étant trop haut pour qu'on puisse entendre le vacarme de la ville. Nos deux avocats continuèrent de discuter dans cette atmosphère de paix. Les fleurs posées près de la fenêtre libérèrent leurs parfums… La conversation ne volait pas haut, tout comme la description du bureau… L'ambiance était peut-être un peu trop calme…
-Vous n'êtes quand même pas venue pour qu'on parle de votre sœur, si ?
Le visage de Lana se transforma et elle reprit son air sérieux de tout à l'heure, puis répondit à son subordonné :
-En effet, ce n'est pas la principale raison de ma venue. Je voulais vous parler… de vous.
-Vous comptez me confier une affaire ?
-Pas exactement, non. Je viens pour vous proposer…
Mademoiselle Skye marqua une petite pause, regarda Miles avec un œil maternel, avant d'ajouter :
-… de prendre des vacances.
Miles fut surpris par la demande de sa patronne. Il cligna des yeux plusieurs fois, interloqué. Prendre des vacances ? Que cela signifiait-il ?
-Vous… Ce n'est pas une façon déguisée pour me demander ma démission ou mon renvoie ?
-Non, non ! Vous n'y êtes pas du tout ! Miles, écoutez, je fais ça pour vous et pour moi. Je vois bien que vous êtes mal ces derniers jours, ne me contredisez pas, vous n'êtes pas au mieux de votre forme, vous êtes sur les nerfs, vous êtes susceptible… Plus que d'habitude ! Je ne dis pas que la qualité de votre travail en est affectée, mais je crois qu'il est préférable que vous preniez quelques jours de congés, vous n'en prenez jamais.
Miles crut entendre Gumshoe lui dire « …Vous monsieur, vous pouvez bien vous réserver un peu de temps ! Vous le mériterez bien ! », Il esquissa un de ses sourires dont il avait le secret ;
-Mais je vais très bien, je n'ai pas besoin de vacances--
-Je veux que vous preniez quelques jours de repos jusqu'au 28 Décembre compris. Déclara-t-elle assez sèchement.
-Jusqu'au… 28 compris, vous dites ?
Skye ne répondit pas tout de suite. Miles la dévisageait à présent. Il venait de comprendre… Lana avait raison, il l'avait sous-estimé sur ce coup là… Comment savait-elle pour le 28 Décembre ? Aurait-elle pris la peine de faire des recherches sur lui…?
-Je n'aime pas la tournure que prennent les choses… lui dit-il froidement.
-Miles, ne me forcez pas à vous supplier, car je ne le ferais pas. Je sais ce que c'est, je suis passée par là--
- Non vous ne savez pas !!!
Miles venait de perdre son sang froid… Ces mots étaient sortis de sa bouche sans qu'il puisse les retenir. Il avait apparemment parlé très fort car il fit sursauter le procureur en chef. Cette dernière sembla désolée et continua :
-Non, vous avez raison, moi j'ai encore Ema…
Elle n'y était pas du tout, quoi qu'elle ait vécu, rien ne ressemblait à son histoire, aucune histoire ne ressemblait à la sienne, ni ne s'en approchait. Elle ne pouvait comprendre. Cette conversation ne menait à rien.
-Restons-en là vous voulez, Mlle Skye. Je ne veux pas parler de ça, et je ne reviendrais pas sur ma décision : Miles Edgeworth ne prendra pas de vacances !
Il ouvrit la porte de son bureau à la volée… Lana ne se laissa pas faire et haussa le ton :
-Pourquoi faites-vous ça ? Pour vous prouver que vous êtes un être sans cœur qui n'éprouve rien ? Ou alors, quoi ? Prouver au monde que vous êtes infatigable, invulnérable ? Le grand procureur Miles Edgeworth n'a pas besoin de vacances, lui, c'est ça ? Et puis… Où allez-vous comme ça ?!
Edgeworth se tenait maintenant dans le couloir, Lana l'avait rattrapé. Tous deux se toisèrent du regard un instant. La patronne foudroyait son subordonné d'un regard dur, alors que lui, semblait indifférent. Il lui répondit avec dédain :
-Vous étiez entrain de m'offrir une semaine de vacances, non ? Je peux donc bien disposer pour cet après-midi. A demain Mademoiselle Skye, passez le bonjour à Ema de ma part.
Il prit l'escalier et disparut dans l'obscurité. Lana ne fit rien pour le retenir, elle s'avouait vaincue, pour cette fois. Il n'y avait que Edgeworth pour oser lui tenir tête, cependant, elle ne trouvait jamais ça déplacé et révoltant. Miles savait mener son monde par la baguette. Elle estimait tout de même qu'elle ne faisait pas partie de « ce monde là » car elle connaissait Miles. Elle n'aurait sans doute pas du présenter les choses de cette manière. Elle avait été trop directe…
Toujours dans la même journée, en fin d'après-midi…
Miles contemplait le lustre pendu au plafond de sa chambre. Il scrutait chaque détail, ses contours, ses arabesques, les cristaux qui le constituaient, le reflet du soleil qui s'y répercutaient… En fait, il essayait de se concentrer sur quelque chose. Pesu était au parc en promenade à l'heure qu'il était. Miles avait raté le gardien de peu, s'il avait accéléré un peu plus, il l'aurait surpris à temps en train de sortir sa chienne et il aurait pu la balader lui-même, ça lui aurait changé les idées, et ça aurait fait plaisir à Pesu qui ne voyait son maître que tard le soir.
Miles n'arrivait pas à mettre de l'ordre dans ses idées. Etait-il si simple de lire dans ses pensées, de voir qu'il n'allait pas bien ? Miles était-il si démonstratif ? Lana Skye s'en était rendu compte et s'inquiétait pour lui… ou pour la qualité de son travail… Gumshoe le suivait encore plus ses temps-ci…
Non, là il n'y avait pas de lien avec lui, sûrement même, cet imbécile d'inspecteur était trop bête pour se rendre compte qu'il portait une paire de chaussure dépareillée alors on ne voit pas comment il aurait pu se rendre compte que Miles avait un comportement différent…
Edgeworth se redressa sur son lit, et tourna la tête vers son armoire… La lettre… Il l'avait complètement oubliée ! Les mains dans les poches de sa chemise blanche, il se releva, et se rapprocha de l'armoire dont il ouvrit les portes. Miles était face à trois vestes pourpres semblables, une rangée de Chemises pliées, une autre de pantalons faits sur mesures, un tiroir rempli de broches précieuses, et un tiroir plus grand que les autres, fermé à clé. Miles dut plonger sa main deux fois de suite dans deux vestes différentes avant de tomber sur la bonne, qui contenait l'enveloppe jaunâtre.
Il la déposa sur sa table de chevet, ouvrit le tiroir et en tira un nécessaire à lettres. Il se saisit d'un coupe-papier en argent orné d'une fleur de lys. Une fois l'enveloppe ouverte convenablement, il plongea sa main à l'intérieur et en extirpa un bout de feuille blanche plié et froissé. Avant de la déplier, il eut une petite grimace. L'expéditeur aurait pu faire un effort de goût en choisissant son papier à lettre, certes. Mais ce qui le fit grimacer est l'idée qui lui était passé par la tête… Et si la lettre était en fait… une lettre d'amour ? Miles était pour la poésie, la littérature, il appréciait la délicatesse… Mais recevoir le courrier du cœur ? Non merci. L'intention aurait été gentille. Plus jeune, il lui est arrivé d'en recevoir, mais il se focalisait plus sur les fautes de grammaire et d'orthographes que contenait les lettres plutôt que les beaux sentiments que ces mots portaient, et il n'avait que de la pitié pour cette pauvre lettre défigurée, et en oubliait, qu'il était quand même assez rare de recevoir des lettre d'amours, et ne s'en réjouissait donc pas. En vieillissant, les femmes, ayant gagné en maturité et ayant dépassé le stade des crises hormonales, Miles pensait que ces dernières ne devait plus sauter sur le premier venue et donc qu'elles ne s'intéressaient pas à lui. Edgeworth ne pensait pas être un « tombeur de ces dames », de toute façon, il ne se penchait pas plus sur les femmes non plus… Pour en revenir à notre lettre, Miles n'espérait qu'une chose, que l'expéditeur ne soit pas une certaine femme âgée qui perdait la tête, tout comme la vue…
Il fut étonné en découvrant qu'aucun signe ne présageait que cette lettre soit une lettre d'amour, ou une lettre écrite par une femme. Il n'y avait que quelques lignes brèves, écrites d'une main tremblante apparemment,…
Edgeworth tira une petite paire de lunettes en demi-lunes de la poche de sa chemise, et lut…
« Mr. Edgeworth
Vous ne vous souvenez peut-être pas de moi, vous étiez si jeune quand tout est arrivé. J'étais l'avocat de la défense dans l'affaire DL6. Affaire que vous n'avez sûrement pas oubliée, elle.
J'ai des choses très importantes à vous dire à propos de l'affaire, c'est urgent.
Retrouvons-nous le 24 Décembre vers minuit au lac gourd, près des barques à louer.
Je sais que vous viendrez.
Robert Hammond."
Une goutte tomba sur la lettre, faisant couler l'encre encore fraîche. La main de Miles tremblait, et ses doigts se crispèrent sur le papier. Il resta figé, les yeux écarquillés, le souffle coupé par ce qu'il venait de lire. Ses yeux étaient maintenant rouges et s'emplissaient de larmes que le jeune homme ne contrôlait pas, et ne pouvait arrêter. Il resta ainsi, sans mot, sans qu'aucun sanglot ne dépasse le seuil de sa bouche. Un chaos intérieur régnait en lui, alors que la chambre restait silencieuse comme un cimetière. Dehors le ciel se teintait de rose, le soleil se couchait. Pesu allait bientôt rentrer, mais ça Miles n'y pensait pas. Il en oubliait Pesu, il en oubliait le temps qui passait, il en oubliait le sifflement de sa théière qui se faisait entendre de la cuisine, il en oubliait la lettre noyée par ses larmes, il en oubliait sa lèvre qui saignait, mordue par ses dents, il en oubliait les procès, Lana, Gumshoe, Phoenix… Il en oubliait le monde.
Il revenait 15ans en arrière, ne pensait qu'au principal mot de cette lettre… DL6…
« Toc ! Toc ! Toc ! »
-Monsieur Edgeworth j'ai vu que vous étiez rentré ! J'ai votre Pesu ! La belle était toute excitée en voyant votre voiture dans le parking ! »
« Woof ! Woof !
-…
-…
« Toc ! Toc ! Toc ! » « Woof ! Woof ! » « Doucement ma grande… »
-Monsieur ? Vous êtes là ? Monsieur ?
« Toc ! Toc ! Toc….. »
…Un seul bruit résonnait dans sa tête… « PAN ! »
-Flashforward-
Le 25 Décembre 10h32
L'agent se rapprocha du jeune homme assis sur le banc poussiéreux et lui secoua l'épaule, d'abord doucement.
-Mr Edgeworth, je crois que vous ne m'avez pas entendu, vous avez de la visite.
Miles ne bougeait toujours pas, il ne se rendait pas compte de la présence de l'agent, et encore moins de sa main posée sur son épaule. Il murmurait des mots incompréhensibles, son regard était vide et avait perdu de son éclat.
-Monsieur ! Vous m'entendez ?
L'agent dut secouer le détenu un peu plus fort. Ce dernier ce retourna enfin vers lui, et lui destina son regard le plus noir, où fatigue et anxiété se reflétaient. L'agent eu un mouvement de recul assez vif ; il connaissait la colère du procureur de réputation et préféra ne pas abuser de son self-control.
-Je-Je… Quelqu'un est venu vous voir.
-Qui est-ce ?
-Je-Je ne le connais p-pas, je crois que c'est un a-avocat, monsieur…
Quelqu'un avait enfin accepté son affaire ? Quelqu'un avait enfin décidé de le défendre ? Edgeworth n'y croyait pas vraiment. C'était inattendu, incroyable… Il était pourtant persuadé que personne n'accepterai… Personne… Miles voulu vite savoir, « qui » ?
A suivre….
