Note : J'avais commencé à écrire cette fic avant qu'on sache que Michael était revenu sur Roswell à l'âge de 11 ans. Donc, ici, il ne vit pas dans une famille de religieux fondamentaux détraqués mais chez un homme alcoolique et violent comme dans la série initiale.
OOO Lundi après-midi OOO
D'une allure qui se veut décontractée, Michael entre au CrashDown pour rejoindre Max et Isobel. Il essaie de ne pas penser au fait qu'il porte les mêmes vêtements depuis vendredi. Il n'est pas rentré chez lui après son face à face avec Hank. Il n'en avait pas la force, et encore moins le courage. Michael se sent minable d'avoir si peur de lui. Hank n'est qu'un être humain, et il pourrait le pulvériser rien qu'en y pensant. Seulement, Michael est un moins que rien. On lui répéte depuis son enfance.
En ce début de semaine, Michael a une appréhension. Il voudrait ne pas entendre la petite voix dans sa tête qui lui murmure que quelque chose cloche. Il n'a croisé ni Max, ni Isobel. Le bahut de Roswell n'est pas si grand et il faut le vouloir pour manquer quelqu'un. Tout le monde se connait, ce qui est parfois difficile quand il faut faire face à des rumeurs. Michael sait qu'on parle de lui. Il a parfois honte de traîner avec Max et Isobel, à cause du tort qu'il pourrait leur apporter. Leurs parents sont des gens aisés, rien ne devrait les rassembler. Alors, Michael se prépare au jour où ils se détourneront de lui.
Peut-être aujourd'hui. Il pue la sueur et la crasse. Franchement, même un cabot ne voudrait pas être son ami.
Michael se paralyse sur place. Il inspire et il essaie de se rassurer. Ça ne dure qu'un bref instant. Il a appris à gérer ses angoisses au fil des placements miteux.
Il ne fait pas partie de la famille Evans, mais Ils sont un trio inséparable.
Presque…
Michael inspire et expire encore. Parfois, il a du mal à chasser ses idées noires et ça le renvoie à ce gamin perdu dans le désert, angoissé et apeuré. Il ne veut plus l'être.
Il y a un nœud à la place de son estomac. Peut-être la faim ? Michael a très peu mangé ce weekend. Hank, son père adoptif n'est pas du genre à faire la cuisine. Au contraire, il exige que ce soit Michael qui s'applique à cette tâche, et avec ce qu'il y a dans les placards, les repas sont rarement complets. En son absence, Hank aura probablement comblé sa faim avec de l'alcool et un peu compagnie.
Michael a toujours la nausée quand il pense à Hank, et il est presque soulagé en devinant ce à quoi il a échappé ce weekend.
Michael a l'impression de pouvoir respirer à nouveau quand il aperçoit Max et Isobel. Ensuite, il balaie rapidement la salle du regard. Son cœur trébuche sur Alex.
Alex est assis à la même table que Maria, Liz et Rosa. Il croise le regard de Michael au moment où il entre, et ils échangent tous les deux un sourire timide mais complice.
Maria remarque l'échange et elle donne un petit coup d'épaule à son ami en rigolant.
Si le trio extraterrestre est inconnu pour le commun des mortels, ce n'est pas le cas pour ceux-là. Ils savent tout, et ils sont un solide groupe d'amis sur lequel ils peuvent s'appuyer.
_Salut.
La voix de Max ramène Michael sur terre.
_Salut.
Michael s'installe et presque immédiatement, il ressent un malaise. Il y a une force qui l'écrase. Il ne se sent pas à sa place.
Isobel est silencieuse et elle observe Max avec intensité en ignorant sciemment Michael. Ils sont occupés à se disputer sous son nez par télépathie et Michael est presque certain que c'est lui le problème.
Il gâche toujours tout. Ça va recommencer, et Il sera à nouveau seul et perdu.
Sans eux.
Michael sent son estomac se tordre.
_Qu'est-ce que j'ai fait ? Bougonne Michael nonchalance.
Quelque chose cloche chez lui. Forcément. Il est passé entre tellement de mains qui le détestaient tous. Les coups sont devenus une évidence, parfois un soulagement. Personne ne s'attache à lui, ou jamais longtemps. Max et Isobel ne seront pas l'exception.
Isobel décide de terminer l'aparté avec son frère pour baisser les yeux sur la table sans répondre à la question de Michael.
_Isobel… ? La voix de Michael est tendue.
Isobel garde les yeux vissés sur la table, la mâchoire crispée. Alors Michael se tourne vers Max.
_C'est quoi le problème ? veut savoir Michael. Son estomac se tort à nouveau, et Michael ne sait pas si c'est de faim ou de peur.
_Vendredi…Dit simplement Isobel.
Michael ne peut empêcher la projection d'images dans le fond de son crâne. Elles le paralysent durant un instant, et il ne sait plus respirer. Il ouvre la bouche pour dire quelque chose, n'importe quoi, mais rien ne sort. Il n'y a que ces images.
_Un dégénéré comme toi. Sois reconnaissant.
Michael ne peut pas leurs expliquer. Ils ne supporteraient pas la vérité. Ils ne comprendraient pas. Michael préfère boire de l'acétone pour diluer la douleur en attendant que les bleus disparaissent plutôt que de leur avouer ce qu'il subit. Plutôt que de leurs dévoiler à quel point il est pathétique.
_Je ne pouvais pas venir...
Michael ne ment pas. Il n'aurait pas su venir. Pas avec l'enfer que lui a fait vivre Hank.
Isobel renâcle et Michael n'a pas besoin d'avoir un lien psychique avec elle pour deviner ce qu'elle pense. Elle est très en colère contre lui.
_Parceque tu crois qu'on avait envie d'y aller ? On l'a fait pour toi. Juste pour toi. Tu passes la majeure partie du temps à ruminer sur notre ancienne vie, et quand on se décide finalement à aller les voir, tu nous plante sans prévenir ?! Lui balance Isobel avec colère.
Michael encaisse sans rien dire. Il voulait vraiment revoir les capsules. Il n'aurait manqué ça pour rien au monde. Il pensait que Max et Isobel le savaient.
Ce soir-là, Hank Guerin était ivre d'un mauvais alcool, et ça s'est mal passé. Très mal passé.
_Vas-y. Frotte en remuant ton cul comme tu sais si bien le faire. Se moque Hank en observant avec amusement son fils adoptif gratter le sol avec une éponge.
Michael porte des vêtements féminins, ceux que Hank l'oblige à porter juste pour l'humilier.
Il y a comme un courant d'air à l'intérieur de Michael. Une colère sourde qui voudrait tout exploser autour de lui. Personne ne doit savoir. Instinctivement, il tourne la tête vers celui qui en sait le plus. Voir Alex le réconforte un peu mais ça n'efface pas la honte et la colère qui rugissent en lui. Il pourrait crever maintenant pour que personne ne sache.
_T'es qu'un égoïste. Tu ne mérites pas qu'on se soucie de toi. Crache Isobel avec colère. Ses paroles dépassent sa pensée mais c'est trop tard.
La remarque d'Isobel est violente, plus que les coups que Michael peut recevoir. Michael est un moins que rien qui ne mérite pas qu'on s'inquiète pour lui.
Max n'a pas l'opportunité d'intervenir pour apaiser les choses, Michael le devance.
_Tu as raison. On n'est pas une famille. Rétorque Michael au même moment où des salières explosent sur les tables voisines.
Max et Isobel sursautent.
Michael se sent déchiré en deux, pourtant il parvient à se lever, et profitant du carnage que provoque les salières, Michael finit par sortir.
OOO
