Chapitre II : Arrivé chez le Maître
« Où sommes-nous Maître ? »
Son regard devint furieux, puis se radoucit.
« Nous sommes en Angleterre si cela peut t'aider mais je doute que tu ne saches ne serait-ce que lire, siffle-t-il méchamment. »
Je baisse les yeux et m'enfonce sur moi-même. Comment pourrais-je prétendre le contraire ? Je sens les larmes me monter aux yeux, je le haïssais, mon Dieu, pourquoi fallait-il qu'il soit mon Maître ? Je m'attends au pire tandis que le chemin de terre défile à toute allure devant mes yeux embués.
Il ferme les rideaux.
- C'est pour le suspense, annonça-t-il. Bon pour commencer je vais répéter une règle que je t'ai déjà annoncée : Lorsque nous sommes tout les deux, et uniquement à cette condition, tu as la permission de t'exprimer plus ou moins librement, autrement si je ne te donne pas la permission de parler, même si on te parle, tu n'as pas le droit de répondre, j'insiste et je te conseille de ne pas déroger à cette règle.
- Cela veut dire que je ne pourrais plus parler à personne d'autre que vous Maître, murmurai-je
- Non, cela veut dire que tu ne pourras pas leur parler sans ma permission
Il me regarde, soupire et sourit. Je ne sais pas quoi penser, il sourit et l'instant d'après il me poignarde des yeux. J'aurais aimé qu'il me laisse voir toute la route, je commence à penser à fuir, mais pour aller où ? Je m'étais déjà sauvé, je saurais me débrouiller ! Une petite voix dans ma tête me rappela soudain que j'avais toujours été rattrapée, j'espère que cette fois-ci ce sera différent.
La calèche s'arrête.
Mon martyre me met un collier de fer et tire sur la chaîne qui y est suspendu. C'est ainsi que je trébuche de nouveau en descendant. À genoux, je me redresse et regarde « la modeste demeure » c'est magnifique, l'allée qui y mène est bordée de chaque côté par du gazon d'un vert éclatant et des haies d'aubépine qui sont taillées de façon très régulière. Je suis éblouie, tout est parfait, les pierres sont sculptées finement, on voit presque un regard dans certaines statues dressées sur le chemin qu'il me fait parcourir, je traîne contre la laisse, il tire sèchement et ma légère carcasse vole devant lui et retombe lourdement à ses pieds, mes membres tremble, pourquoi ne suis-je qu'un objet ?
Il me laisse enfin me relever et je le suis à l'intérieur, magnifique intérieure, j'en ai marre, pensai-je subitement, tout est magnifique, j'ai l'impression que tout ça n'est que pour mieux me détruire à la fin, je tremble, d'autres larmes montent à mes yeux, je respire, pas maintenant, il y aura bien un moment.
Il me fait visiter ses appartements. Sa chambre est immense, au milieu trône un somptueux lit à baldaquin blanc, des draps noirs en soie, une pièce sombre et froide, une vue a coupé le souffle et… Il y a mon « panier » aux pieds de son lit, je suis au bord des larmes, résiste chuchote mon esprit. « La, c'est la salle de bains, dont tu es autorisé à te servir souffle-t-il » en me regardant de haut en bas. Je ne pus empêcher de sourire quand il parlait, je n'avais pas pris de douche depuis, des jours ? Non, semaines plutôt…
« Oui va te laver j'ai des affaires a réglés alors tu restes ici, profite en pour prendre ton temps »
Il sors et claque la porte, je fis alors face à celle-ci et dis-je « Il ne m'aura jamais tant plu de vous servir » en mimant une courbette et fonçait dans l'eau.
Je me lave tout de même assez vite car s'il arrive pendant ma douche… Non n'y pense pas, profite, en me séchant je vois qu'il a prévu des vêtements, une robe, genoux, manche longue, chaude et… Neuve !
Je crois que c'est la première fois que je porte un vêtement neuf. C'est étonnant qu'il veuille que je porte un si beau vêtement, ce n'est peut-être une bêtise. Après tout il ne ma pas dis clairement que je vais la porter. Allez tant pis. Je sens les larmes couler et je me met à pleurer, c'est bizarre, j'ai beau savoir que tout allait recommencer, que ce ne serait que fois de plus la même chose, les mêmes méchancetés, c'est, toujours aussi dur.
J'attends qu'il arrive, les larmes coulent par flots, j'essaie de me calmer, je ne veux pas qu'il me voie si faible. C'est bien sûr lors d'un sanglot qui me fit trembler jusque dans mes intestins que Maître Assura choisis d'entrée. Il me regarde, je suis pathétique, si petite face à lui, il me fait me sentir tellement nulle. Un nouveau sanglot éclate malgré mes tentatives vaines de le contrer.
« Bon quand tu auras fini avec les larmes de crocodile rejoins moi, annonce-t-il d'un ton sec. »
Il ferme la porte, mes larmes se stoppent d'un coup, je suis choquée mais je n'ai rien à dire, rien à faire, je me calme. Puis je le rejoins tremblante, mes larmes pourraient avoir des conséquences. Il est assis sur le lit, je m'approche aussi doucement que possible, je sens son regard brûlant sur moi. Il m'explique mon emploi du temps sans me parler une seule fois de mon accès de tristesses, à 7 heures je dois lui apporter son déjeuner et le réveiller, je dois chaque jour nettoyer ses appartements et préparer les repas lorsqu'il ne mange pas avec son frère. Pour le reste, je reste avec lui, il me promit alors, sourire carnassier aux lèvres, que je n'aurais pas le temps de m'ennuyer. Le soir pointe déjà à l'immense baie vitrée de sa chambre, je lui demande alors si je dois préparer le repas, mais non ce soir il mange avec son frère, je ferais donc le service. En attendant le repas je m'attelle à différentes tâches telles que la cheminée, magnifique cheminée que je n'eus qu'a nettoyé, heureusement car je ne sais même pas allumer un feu, de temps à autre je jette un coup d'œil à mon Maître qui est plongé dans un livre dont je ne sus lire ne serait-ce que le titre, j'aimerais savoir lire, mais femme et esclave ne font pas bon ménage.
« Shuday ? »
« Oui ? Oui Maître ? » J'avais sursauté.
« Va te préparer, tu dois être impeccable et la, tu es peut être propre, mais tu ne ressembles a rien, essaie de faire quelque chose, avec, ça. Il montra alors l'ensemble de mon corps.
Je suis vexé. Mais il dit vrai, mes cheveux sont en bataille, mes mains marquées par le travail, mon dos par le fouet. Je regarde dans l'armoire ou M. le Maître m'a indiqué qu'il s'y trouvait « tout ce qu'il fallait ». Je choisis de mettre une robe vert sombre, plutôt courte, la manche est longue mais mes épaules dénudées, tu veux qu'il te saute dessus ! Cria une petite voix. Après avoir fait le tour des vêtements je découvre que les autres robes ne sont guère plus longues, la seule tombant sur mes genoux était ma tenue de travail déjà pleine de suie. Ce fut ensuite la bataille avec mes cheveux qui par miracle se laisseraient coiffer en un chignon un peu défait, je sors de la salle de bains. Je souris à la vue son regard, il est en feu, « il veut te sauter dessus » répéta une fois de plus mini-moi ! Je rougis mais je me tenais bien droite.
« Hum… Passable »
Passable ! Menteur ! Je garde bien sûr ma remarque pour moi. Maître Assura ne m'a pas encore frappée.
Il descend pour le dîner, je le suis, silencieusement, whaou, gigantesque, je crois n'avoir jamais vu de telles richesses. La table pouvait contenir au moins 20 convives mais il n'y en a que deux ce soir, chacun a l'extrémité de la table ce faisant face.
« Shuday, le vin ! »
J'approche donc de mon Maître qui me tendit une bouteille, le majordome à côté de celui qui j'imagine être Aniel s'approcha pour me l'ouvrir et recula près de la porte menant à la cuisine.
On ne ma rien appris concernant les arts de la table et du service, je tremble en servant le vin, puis je repose la bouteille sur la table et rejoins le majordome. Il avait encore une fois son obscur regard.
"Sers mon frère et mes la bouteille dans le seau, lâcha-t-il froidement"
Tout mon corps tremble, un pas après l'autre, je récupère la bouteille et me dirige vers Maître Aniel. Il ressemble à son frère comme deux gouttes d'eau et pourtant son visage n'est pas du tout le même, je croise son regard, ses yeux… D'un vert très profond, sombre, comme ma robe ! Je me demande s'ils ont les mêmes yeux. Mince il m'a vue ! Je baisse immédiatement les yeux et sers son verre, bien sûr j'en renverse sur lui. Je tremble, je me mets à pleurer, incapable de réagir, il va me tuer. Maître Assura se lève, m'attrape par le col, m'emmène à mon panier, attache la chaîne, sors.
J'ai froid, j'ai peur. La porte s'ouvre, c'est le majordome, il me tend quelque chose et met le doigt sur sa bouche, du pain ! Je dévore le morceau puis m'endors dans un sommeil agité.
Au matin je suis tirée du sommeil par le majordome, il détache la chaîne puis me fait signe de le suivre. Je m'exécute immédiatement, je jette un coup d'œil sur mon Maître, il dort, je suis heureuse de ne pas avoir a l'affronter au réveil. Le majordome ne dit pas un mot, ni sur le chemin de la cuisine, ni dans la cuisine. Il me tend un morceau de pain. Je le prends sans un mot, fichu règle du silence ! Même quand tout le monde dort, ils respectent les règles ! Oui car dans la cuisine il y a la cuisinière, le majordome, et une autre servante. Tout ça pour deux personnes ?
Personne ne fait attention à moi, c'est mieux je crois. La cuisinière me fourre alors un plateau dans les mains et me met à la porte de la cuisine. Je l'apporte à l'étage, je pense bien sûr que ce serait une opportunité en or pour prendre la fuite mais il est trop tôt, je dois être surveillée.
7 heures je le réveille, je lui pose son petit-déjeuner sur la table près de la fenêtre, j'ouvre les rideaux ainsi que la fenêtre. Sans m'adresser un mot il va à table.
« Bonjour Maitre, dis-je d'une voix forte » Je ne sais pas vraiment pourquoi mais j'avais vraiment envie de le tester.
Il ne tourna même pas la tête !
« Avez vous passer une bonne nuit ? »
Pas de réponse, je m'approche de lui.
« Maitre… »
« Pourquoi tu insistes ! « Il se lève fait les cent pas, reviens vers moi, me regarde, refait les cent pas et reviens. Je ne lui laissai pas le temps de dire un mot : « Vous m'avez défendu de parler à qui que ce soit, et vous, la seule personne a qui j'ai le droit de parler ne dites pas un mot… » Mon ton est assez suppliant.
« Écoute, je n'ai pas que ça a faire, il reste silencieux puis ajoute mais le matin je n'ai pas vraiment besoin de toi alors fait ce que tu veux mais ne reste pas dans mes pattes. »
« Oui Maitre, merci Maitre ! » C'est trop beau pour être vrai, je souris
Par contre tu restes à l'intérieur, compris ? » J'acquiesce puis fonce loin de lui. Je visite alors pour de vrai le palais, des pièces partout, la plupart vide… En fait très peu de salles sont utilisées, les appartements des maîtres, la chambre d'amis des parents, quelques autres chambres, celle des serviteurs et les salles de bains, la cuisine et le grand salon. Certaine sont fermés à clé, je n'insiste pas et continue mon exploration. Au fond d'un couloir je franchis alors une porte et découvris une bibliothèque ! Bon OK je ne devrais pas être si contente mais les livres m'ont toujours intriguée. Je prends un livre et m'assois sur un confortable fauteuil. J'ai l'impression de faire une bêtise, je me sens comme une enfant ! Je tente alors vainement de déchiffrer le livre, en vain.
C'est alors que la porte s'ouvre.
