Rating : M
Note : La lalaaaaaa~ J'ai totalement oublié de poter hier. Mais alors totalement. Et puis j'ai eu des soucis avec mon ordi, c'était génial... Bref : voici le chapitre 2 avec seulement un jour de retard !
Irréparable
Enfin !... Il était parcouru par cette sensation dont sa mémoire n'avait plus conservé que le nom depuis des années. La chaleur. Encore un effort. Il était conscient du paradoxe qu'il s'imposait lui-même.
La danseuse se laissait totalement choir dans sa forme humaine, comme si elle avait été subitement plongée dans l'inconscience, puis finalement se dissipa. Pas de la manière dont on meurt, mais de celle qu'ont les choses irréelles de disparaitre jusqu'à leur prochaine apparition. Le globe tombait sur la terre. Roxas ne pouvait pas laisser faire ça. C'était son devoir de protéger l'Empire, sa responsabilité si à présent il courait un danger. Il se laissa lui aussi tomber sur la terre. Il n'y avait plus à réfléchir, il fallait réparer son erreur monstrueuse. Il profita d'une averse quelques kilomètres plus loin et, cachant au maximum ses anneaux de vent, s'abattit comme une pluie sauvage sur la terre brûlante, malgré l'indécence totale de sa forme élémentaire. Il récupéra son seul vêtement, son yukata gris et léger, complètement trempé, et marcha pied nu sur une terre déserte dont les vestiges d'une matière qui n'était pas de la pierre continuaient encore de s'écrouler. Les restes de l'Ancienne Civilisation, ces hautes colonnes dont les sommets étaient si loin de la terre et si bas par rapport au ciel. Roxas avait cru que ceux de la terre avaient rasé leur demeure, qu'il n'en restait plus qu'un immense tas de sang et de chair du monde. Mais il y avait les ruines.
Dommage qu'il n'ait pas le temps d'y songer. Suivre la trace du globe, son pouvoir purement du ciel, en bas du monde, était une chose facile. L'air de la terre était trop chaud. Roxas n'était pas un guerrier ni même un militaire. Il était le grand Empereur du Ciel. Il n'avait pas l'habitude de prendre sur lui et de repousser ses limites. Pourtant il s'accrocha désespérément à ce fin filet d'énergie du ciel et le suivit de toutes ses forces, pieds nus sur la terre trop chaude. Au loin coulaient des veines du monde, chargées d'un magma épais et lent, luminescent. C'était beau, plus que ce qu'on lui avait raconté.
Roxas poursuivit le globe longtemps, durant plusieurs heures. Il ne comprenait pas qui était cette jeune femme mais il s'était fait ensorceler. C'était un crime, une agression. Pourtant, peu lui importait. Une guerre aurait été stupide et dangereuse - bien au-delà de tout ce qu'il avait pu prévoir de faire de stupide et dangereux - et si en récupérant le globe et en remontant simplement, sans exiger quoi que ce soit en réparation, il pouvait l'éviter…
Et du reste, était-il vraiment en droit d'exiger quoique ce soit ? C'était leur roi dans cette prison minuscule et vide. Leur héritier. Depuis 20 longues années. Plus que le temps qu'il avait vécu. Comment cela pouvait-il être ? D'être arraché à une vie à peine commencée pour se voir condamné pour un crime qui n'est pas de son fait ? Tout ce temps passé loin de sa nature, dans une cage faite de celle qui le détruisait.
Qu'est-ce qui était la bonne chose à faire ? Reprendre le globe ? Vraiment ?
Il finit par arriver à ce qui était probablement l'équivalent de la Cité Interdite pour ceux de la terre. Une forteresse s'élevant au dessus de quelques veines du monde, encerclée par des bâtiments inconnus à l'Empereur. Il y avait de grandes circonvolutions de verre et de métal, tout semblait couler comme de l'eau mais figé dans la pierre. Roxas ne sut pas comment s'y introduire. Mais que pouvait-il faire ? Que fallait-il faire d'autre que reprendre la prison des mains de ceux à qui elle revenait légitimement, leur arracher ce qu'ils avaient attendu durant 20 ans, condamner à nouveau un innocent après l'avoir laissé espérer la fin d'un martyr insondable ? Le fallait-il pour le l'Empire du Ciel ? Et qui était-il pour en décider ? Pour choisir ?... Avait-il seulement le choix, par ailleurs ?
- (X : x : X) -
Elle réapparaissait, par intermittence. Comme l'écho d'un son. Son image battait comme un cœur, elle bougeait, intangible et sans voix, elle s'agitait autour du globe et des élémentaires qui s'échinaient à l'ouvrir. Et quand elle revenait, on lui parlait, on la questionnait, comme si elle avait les réponses. Elle ne savait rien, elle n'était rien. Rien de plus que ce que lui en avait fait. Elle était un souvenir estompé, un souvenir blessant et douloureux, une simple expression de tout son pouvoir et toute sa souffrance.
Ça avait commencé par la simple envie de sortir. Ça avait donc commencé très très vite. Il n'avait que 4 ans à l'époque, mais on ne lui avait pas caché la vérité. Son père, le Roi, avait engendré une créature immonde : un être hybride. Avec une femme tombée du Ciel. On ne lui avait pas montré le cadavre de la femme car il avait été plongé dans une veine du monde, il s'y était dissipé. Mais on n'avait pas pu dissiper l'enfant, la petite fille. A cause de sa nature, elle ne craignait ni le Ciel ni la Terre. Elle était de l'orage. Alors on l'avait décapitée. Ce n'était pas sa tête qu'on lui avait montrée, à lui, le petit Prince héritier. C'était le corps. Elle avait la peau brune. Elle lui avait rappelé quelqu'un, et il avait su à ce moment qui cette demi-sœur qui ne vivrait jamais aurait du devenir.
Et puis son père lui avait confié un secret. Et puis un homme du Ciel était arrivé. La Fin avait commencé comme ça. Sauf que ça n'avait pas été la fin. Ç'avait été tellement pire. Au début, il n'y avait eu que l'effroi et le chagrin. La douleur n'était pas arrivée tout de suite. Il avait fallu quelques mois. Quelque mois avant que l'absence de feu et de terre ne commence, lentement, à le faire suffoquer. A l'étouffer. Il avait hurlé. Il avait frappé la paroi. Il avait tenté de la brûler, de la faire fondre. Il avait pleuré de larmes de métal liquide. Il avait supplié, prié, appelé. Rien.
Puis il avait souhaité sortir, de toutes ses forces. Il l'avait souhaité si fort qu'une image, sa chambre, lui était apparue. C'était comme ça que ça avait commencé. Avec les années, le pouvoir de son corps s'était presque éteint, assez pour le faire atrocement souffrir mais pas pour le tuer. Seul celui de son esprit lui avait permis de s'évader. Il avait su dès le début que cette forme de lui à l'extérieur de sa tête avait son apparence, l'apparence de cette petite sœur décédée parce que déclarée immonde de nature. Au début, elle n'avait pas été capable de parler. Elle ne subsistait qu'une fraction de seconde. Mais il s'était entrainé. Il avait eu tout le temps pour ça. Il n'y avait eu que ça à faire pour échapper à son calvaire. Elle avait rapidement pu courir dans les veines du monde, et danser dans les nuages d'orages.
Et alors que son esprit était devenu aussi puissant que son corps faible, celui de l'Empereur du Ciel, quand après tout ce temps il l'avait trouvé, avait été faible et fragile comme de l'or. Si malléable et si manipulable. Jouer avec lui pendant des mois avait été presque jouissif.
Surtout pour en arriver à cette conclusion. Ils n'avaient pas vraiment pris la peine d'entrer dans la Citadelle, ils étaient dans la ville basse, une foule rouge se bousculait autours d'eux. Ils étaient sur le point de…
Roxas tentait de se cacher dans cette foule. Il ne savait pas quoi tenter, si on le remarquait il était perdu. On le poussait, le bousculait, lui faisait subir un rude traitement pour un empereur. Mais il s'en fichait, car comme tout le monde il n'avait d'yeux que pour le globe, lévitant au milieu des élémentaires du royaume. Parfois la danseuse apparaissait. Il avait compris à présent. Ils s'étaient parlé tous les deux. Et le Roi de la Terre portait un immense pouvoir. Mais que faire ? Il essayait de s'approcher, même s'il savait que récupérer la prison et retourner dans le ciel, retraverser la Frontière, serait désormais impossible. Il n'avait plus d'yeux que pour les scellés qui tombaient les uns après les autres.
Jusqu'au moment où le globe se sépara en deux hémisphères. Où une puissance immense en jaillit. Car à ce moment là, Roxas n'eut plus d'yeux que pour l'être mince et nu qui s'en échappa. Sa peau était de cette pâleur qui n'afflige que les malades, trop claire, comme s'il avait vécu ces 20 ans sans lumière. Il semblait trop mince, épuisé, et pourtant son visage tourné vers le ciel, sa tête renversée en arrière, sa bouche ouverte comme s'il inspirait pour la première fois, tout en lui était serein et soulagé. Il avait les yeux fermés, et sur ses joues les traces laissées par des larmes noires qu'on n'avait pas lavées lui donnaient une expression de profonde tristesse. Sa crinière sauvage et flamboyante accrochait le vent chaud comme en jouant avec lui. Il était beau, mais ce qu'il dégageait était confus. Lui qui avait tout perdu et pour qui le monde avait changé totalement, lui qui maintenant sortait et se retrouvait à la fois seul et entouré d'inconnus, qui savait quelles pensées pouvaient traverser son esprit ? Surtout avec un tel visage.
Il se tenait debout, la tête en arrière, les bras légèrement écartés, et il était incroyablement, divinement beau. Il tourna la tête, et ses yeux d'un vert tranchant transpercèrent l'Empereur du Ciel immédiatement.
- Toi, dit-il d'une voix éraillée et sifflante, mais avec un sourire cruel et moqueur aux lèvres. Tu es bien loin de chez toi.
Tous les regards se tournèrent vers Roxas. Mais lui ne regardait que celui qui détruirait le Ciel et ne répondit rien.
- Etait-ce ton père ? Il m'a fait payer pour le mien. C'est notre tour à présent. Je vais te faire payer, pour ce qui s'est passé avant toi.
Roxas, perdu sur la terre, seul, sans avoir prévenu qui sue ce soit, savait qu'il ne reverrait pas son empire.
- Si c'est la loi de la terre, je m'y plierai.
- Tu n'as pas l'air de comprendre… Je te ferai souffrir et pleurer, je te condamnerai aux pires supplices, je t'humilierai devant tous les miens… Je ferai de ta vie un enfer, et tu ne t'y plieras pas, non : dans tout l'effroi qu'il te sera possible de vivre, tu le subiras.
On attrapa brutalement Roxas. Le Roi de la Terre le suivit des yeux, et l'Empereur y accrocha les siens. Il n'y avait rien de plus à faire. C'était trop tard à présent. Quelqu'un devait rembourser. C'était la loi de l'hérédité.
- Je suis Axel, l'héritier du trône de la Terre, dit-il avec son visage épuisé et son expression mordante. Dis-moi ton nom, Empereur du Ciel.
- Je m'appelle… Roxas…
- Parfait, Roxas. N'oublie jamais ce jour. Il marque la fin de ton règne et le début du mien. Je me suis servi de toi et de tes faiblesses d'enfant gâté. Et je me suis beaucoup amusé.
- (X : x : X) -
Plusieurs semaines s'étaient écoulées. Plusieurs semaines de fêtes dans tout le Royaume de la Terre, de célébration folle et passionnée au nom du retour du Roi. Plusieurs semaines d'enfermement total sans eau ni vent au fond des geôles souterraines. Sa nature manquait à Roxas. L'ennui qu'il avait tant voulu fuir l'avait rattrapé. Axel le savait sans doute. Il s'était moqué de lui. Il l'avait manipulé sans scrupule, lui, son esprit, sa volonté, tout. Il avait utilisé ce qui n'était, en définitive, qu'un enfant, et ça avait été si simple. Quelques mois plus tard, il était libre, il renversait la balance.
Mais il y avait cette chose, ridicule, stupide, à laquelle le roi n'avait pas songé. Il ne savait rien, ni de comment régner, ni de qui écouter, et encore moins de toutes ces choses auxquelles il s'était vu confronté. Un soir, alors qu'à la cour la fête faisait rage, il invita une femme. Par curiosité, parce qu'il sentait qu'il ne parviendrait pas à trouver un certain nombre de réponses tout seul. Ç'avait été facile, il était le Roi Prodigue après tout. Le Martyr de la Terre. Tout son royaume l'adulait. Elle l'avait suivi docilement jusqu'à ses appartements, auxquels il n'était pas vraiment habitué, et lui avait montré des choses. Dans la mémoire d'Axel, elle n'avait ni nom ni voix ni visage, seulement un corps, avec lequel elle donnait du plaisir au sien. C'était dur de réaliser qu'il avait l'expérience d'un enfant de 4 ans seulement. Tout ce en quoi il avait cru, des valeurs ingénues que les enfants s'imaginent immuables et solides, disparaissait, devenait friable, s'évaporait doucement. Qui était-il ? Quel âge avait-il ? Il la fit revenir, souvent. Après ce qu'elle qualifiait d'amour - elle parlait de « faire l'amour », très exactement - souvent ils discutaient. Au détour de ces conversations, elle lui apprenait beaucoup. Elle soulageait son inquiétude quant à des phénomènes physiologiques inexpliqués. Un soir, alors que par la fenêtre ouverte on entendait la musique se prolonger une fois de plus toute la nuit, elle lui murmura une chose totalement saugrenue : elle disait que deux femmes, ou bien deux hommes, pouvaient entre eux avoir des rapports sexuels. Il fallait qu'Axel voie ça. L'homosexualité féminine le désintéressa très vite, ne pouvant pas y prendre part - il subissait encore, il en était conscient, des schémas très arrêtés, très peu nuancés, car les enfants réfléchissent ainsi. Cependant il fit venir un homme pour ça. Lui non plus n'avait ni nom ni voix ni visage, seulement un corps qu'Axel utilisa pour découvrir tout ce que sa curiosité le poussait à chercher.
Les rares nuits qu'il passait seul, Axel ne dormait presque pas. Car son sommeil était agité de cauchemars monstrueux, de suffocation et d'étroitesse, d'inconnu et d'obscurité. Ça lui rappelait qu'il avait un empereur au fond des geôles qui devait supporter très mal la terre et la chaleur. Quelle honte devait-il éprouver d'être traité de la sorte. Comme ce devait être pénible pour ce tout petit garçon droit tombé d'un monde vaste et posé à ses pieds, d'être à présent traité comme le dernier des prisonniers. Axel avait, durant toutes ces nuits, parfaitement compris l'aspect avilissant que pouvait avoir un acte sexuel. Il avait songé à plusieurs façons de procéder. Et puis il était terriblement curieux et avide de vengeance.
C'est ainsi qu'un après midi, vêtu simplement d'un kimono de la couleur emblématique des siens, le rouge, il descendit au cœur de la Citadelle, dans les plus profondes catacombes, pour y trouver, dans le noir total, un empereur détruit, mais pas encore assez. Il lui avait fait l'honneur de se déplacer avec une torche enflammée, pour, le temps de sa présence, lui offrir un peu de lumière. L'empereur n'en avait plus l'air, le bleu de ses yeux éteint par les larmes et l'or de ses cheveux changé par la lumière rougeâtre de la torche. Il leva son visage vers lui et le fixa avec ce qui lui restait de haine. Axel la lui rendit en un sourire moqueur.
- Tu sembles bien jeune, dit le Roi, pour engager une conversation factice avant de le plonger dans l'horreur.
- Et vous donc.
Axel redressa la tête avec orgueil et colère.
- Ça, oui, je le suis. Je l'étais beaucoup trop ! J'ai pu constater que la cruauté ne se perd pas avec les ans, dans le Ciel !
Roxas détourna la tête.
- Tu veux de ma pitié ?
- Non.
- Ça tombe bien.
Roxas essuya ses yeux. Oh… Axel aurait-il raté ses sanglots de peu ? Dommage.
- Qui… qui était la danseuse ?
- Pourquoi, t'a-elle tapé dans l'œil ?
- Je voudrais savoir qui a été assez doué pour me piéger.
Le Roi de la Terre haussa les épaules et baissa les yeux sur sa droite. En même temps apparaissait la danseuse, accroupie par terre, aux yeux d'un noir insondable et aux cheveux de nuit marbrés par des reflets de feu. Puis elle s'estompa, comme un souvenir halluciné, comme un nuage que le vent aurait soufflé.
- C'était moi. Je me suis servi de toi en pénétrant dans ta tête et en violant tes pensées.
- J'ignorais que vous dansiez si bien.
Axel posa calmement la torche, ouvrit la porte de la cellule, entra, ferma derrière lui, s'approcha de Roxas et, posant une main sur son épaule pour le redresser, le frappa. Si fort que le blond se retrouva projeté au sol.
- Tu ne devrais pas me provoquer.
- Pourquoi pas ? Me tuerez-vous plus vite ?
Axel pouffa, puis se laissa entrainer dans un petit rire qui dévoilait ses dents dans un sourire inquiétant.
- Non. Oh, non.
Roxas se redressa, se rassit. Il n'y avait pas si longtemps, il était assis sur son trône entouré de ces maudites épouses, au centre d'une attention à laquelle il faisait tout pour échapper. Et maintenant ? Il était oublié de tous au fond de la terre. Axel regarda le plafond de la cellule, qui n'était en définitive qu'un cube parfait taillé dans la pierre et scellé par une porte d'arabesques de métal noir si étroites qu'elles en devenaient une trame, une grille. Il semblait songeur, rêveur même. Les traces sombres sur ses joues n'avaient pas disparu. Elles s'étaient estompées cependant. Le sillon de ses larmes. Ses yeux verts, avivés par le contrejour de la torche derrière lui, semblaient briller, émettre de la lumière. Il était beau. Et monstrueux à la fois. Peut-être était-ce simplement le lot de ceux qui avaient trop subi. Mais Roxas ne parvenait plus à éprouver la moindre compassion désormais.
- J'ai pensé à plusieurs choses. Je serais curieux de voir comment tu l'encaisseras.
- De quoi parlez-vous ?...
- Je suppose que tu ne te déshabilleras pas si je te l'ordonne, hum ?
Roxas lui jeta un regard haineux, entre la peur et la rage.
- Nous sommes d'accord, y répondit Axel en serrant une main autour de son cou et en le plaquant brutalement au sol.
- Lach…
Le roux serrait trop fort pour que Roxas puisse parler. Rapidement la circulation du vent en lui fut gênée, et il commença à suffoquer. Mais il gardait une trop bonne conscience de l'autre main d'Axel qui, sans une once de douceur ou d'attention, défaisait son yukata gris et abimé.
- Que faîtes-vous ? Parvint-il à souffler.
- Tu n'en as aucune idée ? Vraiment ?
Outre la honte immonde d'être vu nu qui venait s'ajouter à tout le reste, toute la peur, toute la rancune, toute la douleur, non, Roxas n'en avait aucune idée. Axel lui resservit son sourire mesquin, railleur.
- Pauvre de toi, on n'apprend rien, dans le Ciel. Je vais te violer.
Les yeux de Roxas s'écarquillèrent d'horreur, lentement, à mesure que les mots du roux se mettaient à correspondre avec ce qui semblait être en train de se produire. Mais… Entre deux hommes, comment… Il ne prit pas vraiment la peine de se poser la question, il se débattit comme un diable.
- Jamais !
- Tu ne m'en empêcheras pas.
- Je suis l'Empereur du Ciel !...
- Et moi le Roi de la Terre.
Le corps de Roxas se crispa d'angoisse, tant qu'il en trembla violemment, entre spasmes et sanglots. Il allait crier à nouveau mais Axel le gifla du revers de la main avant de recommencer à se battre avec son obi. Il le maintenait toujours plaqué au sol, sa main écrasant sa gorge. Puis quand il l'eut dénudé à sa convenance, il le força, toujours par la gorge, à se relever, et le fit se heurter le visage contre le mur du fond. De tous ces coups, Roxas était trop sonné, il ne parvint plus à bouger, même si l'effroi résonnait dans tout son être comme un cri monstrueux et continuait de le faire trembler. Il tenait à peine debout, Axel le maintenant par la nuque. Il étranglait avec le obi gris. Roxas n'eut plus de réaction durant toutes les longues secondes que son ravisseur passa à de déshabiller lui-même. Jusqu'à ce que cette déchirante intrusion, cette pénétration qui lui arracha un long hurlement écorché..
Rien, rien n'était comparable à cette atrocité et ne le serait jamais. Il n'y avait pas que la douleur qui le lacérait. Ce traitement abject, le plaisir vil qu'Axel tirait de sa souffrance, son acte ignoble et son but infâme, tout ça était presque pire que l'acte lui-même. Roxas, malgré tout ce qu'il criait d'une voix meurtrie, aurait juré l'entendre rire sous cape, là, juste au creux de sa nuque, entre sa mâchoire et son épaule, comme si, satisfait de lui-même, il ne pouvait contenir sa joie. Comme si c'était de cette manière qu'il attrapait son bonheur. Il sentait presque contre sa peau son sourire sordide. Avec ses hanches, il accomplissait un geste ordurier et intolérable seulement pour se gausser de lui. Roxas, cambré de douleur, griffait le mur contre lequel Axel l'écrasait. A force de crier, Roxas ne cria plus, et se laissa percuter le mur du fond de la geôle, parfaitement lisse, à chacun des coups de reins répugnants et ignominieux du Roi de la Terre.
Priant simplement pour que ça s'arrête ou pour mourir immédiatement.
Axel continua à s'amuser de ce jeu cruel et innommable jusqu'à se lasser. Alors il se retira et laissa Roxas s'écrouler, se rhabillant pour sortir de la cellule, refermant la magnifique porte d'arabesques métalliques derrière lui. Le métal. C'était une chose qui dégageait beaucoup d'énergie, et qui n'existait pas dans le Ciel. Pour Axel, toucher du métal, mais plus encore cette grille-ci en particulier, avait quelque chose de réconfortant, de réjouissant. Il chercha un court instant le regard de Roxas pour l'achever, mais le visage de celui-ci était caché par son corps supplicié qui tressautait nerveusement d'horreur, choqué, définitivement marqué par un traumatisme qui, Axel venait de le décider, ne serait pas le dernier.
- Peu importe à combien s'élève ton crime, dit-il tout de même avant de partir, dans le but de plonger Roxas encore plus profondément dans son calvaire. Mon châtiment sera toujours pire que tout ce que tu pourras imaginer.
Il était bien conscient que le blond était, tout comme il l'avait été, une victime innocente. Mais il s'en fichait. Il en riait même. Ce sentiment jouissif, jubilatoire, de trouver sur quoi déchainer toute la rage, le chagrin, la frustration et la souffrance, le simple fait de se dire que le mal qu'on lui avait fait ne resterait pas impuni, voilà qui était une compensation bien suffisante à sa cruauté. Pas besoin de justice ou d'équité, pas avec lui.
- (X : x : X) -
- C'est inadmissible !
- Mais personne n'a rien vu, nous ne pouvons pas—
- De quoi parlez-vous ?! Songez-vous un seul instant que l'Empereur se soit désisté ?! Durant presque un mois ?!
- Allons, nous savons tous qu'il est bien jeune…
Le silence tomba sur la salle du conseil. Personne ne savait rien. On avait interrogé les épouses, peine perdue. L'Empereur s'était volatilisé. Et le globe également.
- Partout dans le Royaume de la Terre se déchainent des célébrations, résonna la voix de Havâ Atlas, l'un des conseillers.
La famille Atlas était très importante à la cour de l'Empereur. L'une des dernières filles nées était même sa quatrième épouse. Ils étaient connus pour leur virulence et leur vindicte envers la terre. Personne ne lui répondit.
- De plus, continua-t-il cependant, le médecin de l'Empereur avait diagnostiqué un grave empoisonnement.
Une rumeur choquée s'éleva parmi les hommes du conseil. Un empoisonnement ? Alors ceux de la terre s'en étaient pris à l'Empereur ? Et le retenaient désormais captif, avaient également détruit le globe et libéré le Roi de la Terre.
- Nous courons droit à la catastrophe ! Paniqua-t-on tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
- C'est exact, poursuivit calmement Atlas. C'est pour cela qu'il nous faut réagir immédiatement. Frapper un grand coup, puis exiger la libération de l'Empereur.
- Attaquer la terre ?! Vous n'y songez pas !
- Non, ce serait du suicide ! Avec le Roi de la Terre en liberté…
- …il a les moyens de traverser la Frontière du Ciel et de la Terre, désormais !
- Nous ne pouvons pas le provoquer ! Essayons de parlementer pacifiquement.
Atlas se leva et frappa sur l'immense table de glace autour de laquelle ils siégeaient tous.
- Parlementer ?! Avec qui ! Ce roi n'est qu'un enfant dans un corps à peine adulte, il ne voudra que se venger, que nous l'attaquions ou non ! Il faut agir m—
- S'il avait voulu nous défaire, traverser la Frontière et détruire l'Empire, mon cher, nous ne serions plus là pour nous poser la question.
Une nouvelle fois on ne souffla plus mot. On le disait depuis longtemps dans tous les textes, les mots étaient dans toutes les mémoires : celui de la terre qui traverserait la Frontière ferait du sommet du monde un toit de feu.
- Alors quoi ? reprit Atlas
- Alors rien. Nous n'allons pas lancer une offensive contre le Royaume.
- Oui, dépêchons un messager.
- Mais non, il sera tué !
Ainsi se poursuivit le conseil sans qu'Atlas n'y participe plus. Il avait son idée quant à la marche à suivre : il fallait attaquer. Il aurait préféré avoir l'appui du conseil. Cependant s'il n'en bénéficiait pas, il ne stopperait pas son projet pour autant. En comité plus réduit que prévu, il comptait bel et bien attaquer la terre.
