Chapitre 2
Chapitre 2 - Déconnexion
Ziva était bien là, assise par terre, le dos appuyé au mur de béton brut.
Et Abby vit quelle était l'origine du bruit. Ziva frappait régulièrement, et fortement, sa tête contre la paroi, comme pour marquer chaque seconde qui passait. Son regard était perdu dans le vide. Elle ressemblait à ces enfants autistes qui passent leur temps à se balancer d'avant en arrière, sans interruption. Elle semblait respirer avec peine.
Abby fut alarmée lorsqu'elle aperçut un mince filet de sang coulant de l'arrière du cou de Ziva. Elle s'était ouvert le cuir chevelu, et ne semblait même pas s'en rendre compte.
Abby se retourna vers McGee qui venait de la rejoindre.
« Vite, dis à Gibbs et Ducky de venir » dit-elle à voix basse. McGee fit demi-tour à toute vitesse.
Abby s'approcha prudemment de son amie.
« Hey, Ziva, c'est moi, Abby. Tu veux bien me regarder, s'il te plaît ? »
Seul le bruit de la tête de Ziva sur le béton lui répondit.
Abby entendit du bruit dans l'escalier. Gibbs, suivi de Ducky, Palmer et McGee, arrivèrent sur le palier.
« Gibbs, Ducky, elle ne répond pas, et elle saigne de la tête, faites quelque chose !
- Shhht, Abby, ne t'inquiètes pas, on s'en occupe. Ecarte-toi s'il te plaît, pour que Ducky puisse l'examiner » lui demanda doucement Gibbs.
Abby fit comme demandé, et alla se réfugier dans les bras de Tim, en contrebas.
« Dr Mallard, est-ce que je peux faire quelque chose ? demanda Jimmy à voix basse.
- Oui, Jimmy, je te remercie. Peux-tu avoir l'obligeance de préparer une perfusion de chlorure de sodium à 0.9, dans la salle de soins ? » répondit Ducky sur le même ton.
Palmer tourna les talons aussitôt.
Gibbs s'approcha tout près de Ziva et très lentement, pour ne pas la surprendre, mit sa main gauche devant les yeux de la jeune femme, tel un bandeau. Il plaça sa main droite à l'arrière de sa tête, pour l'empêcher de se blesser davantage. Il sentit sa paume être immédiatement couverte de sang.
Ducky ouvrit sa sacoche et lui tendit une large compresse qu'il s'empressa d'appliquer sur le crâne de la jeune femme.
Puis Gibbs commença à parler très doucement à l'oreille de Ziva.
« Shhh shhh shhh, calme-toi, Ziva, ce n'est rien, ne crains rien, tout va bien aller, maintenant, je suis là, on est tous là, Shhhhhhhhh »
Elle arrêta de frapper sa tête, et la main de Gibbs par la même occasion, contre le mur, mais son corps était toujours tendu, sa respiration saccadée.
Gibbs fit un signe de tête à Ducky, lui indiquant qu'il pouvait commencer à s'occuper de Ziva, ce qu'il fit en vérifiant d'abord le rythme cardiaque de la jeune femme. Le battement du cœur de Ziva était beaucoup trop rapide à son goût. Puis il prit sa tension. Ducky fit une grimace à la lecture du résultat : 20/11. Il fallait absolument la faire baisser.
Ducky sortit de sa sacoche une seringue qu'il remplit d'une dose d'Ativan, demanda à McGee de tenir la seringue pendant qu'il remontait la manche de Ziva, désinfectait la saignée de son coude gauche, et lui posait un garrot. Il reprit la seringue à McGee et lui fit comprendre de tenir fermement le bras de son amie.
McGee s'acquitta de sa tâche. Ducky enfonça l'aiguille biseautée, injecta lentement le produit, et relâcha le garrot. Mais les précautions prises furent inutiles, Ziva ne bougea pas d'un pouce pendant la procédure.
Gibbs n'avait pas cessé de parler doucement à Ziva. Au bout de quelques secondes, le corps de la jeune femme se relâcha. Elle ferma les yeux, et sombra dans l'inconscience.
Gibbs la prit dans ses bras, pendant que Ducky, après avoir jeté un coup d'œil à la blessure, se chargeait de tenir la compresse appuyée contre le crâne de Ziva. Tout le monde redescendit les quelques marches qui les séparaient de la salle d'autopsie.
Au moment où Abby et McGee sortirent de la cage d'escalier, ils tombèrent sur Tony qui sortait de l'ascenseur.
« Hey, où étiez-vous, je vous cherch… »
La phrase mourut dans sa gorge, lorsqu'il vit Gibbs sortir également de l'escalier, portant une Ziva inconsciente dans les bras, avec Ducky maintenant une compresse tachée de sang contre la tête de la jeune femme.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! s'écria-t-il
- Tu te soucies de Ziva, maintenant ? lui rétorqua Abby avec colère.
- Fiche le camp, DiNozzo ! ». Le ton furieux utilisé par McGee le surprit plus que tout.
Quant à Gibbs et Ducky, le regard noir que les deux hommes lui jetèrent le cloua sur place, et il resta à l'extérieur, dans le couloir, regardant Gibbs emmener Ziva vers une pièce tout au fond de la salle d'autopsie.
C'était une petite pièce sans fenêtre, meublée d'un lit tout simple, d'un fauteuil en plastique, d'un tabouret, d'un plateau roulant, et d'un petit placard vitré contenant du matériel médical.
Abby et McGee n'étaient jamais venus dans ce local, qu'ils pensaient être un débarras, car il était situé après le cabinet de toilette et la réserve de fournitures.
Palmer avait suspendu une poche en plastique de 250 ml du produit demandé à un pied à sérum, et était en train de raccorder la poche à un cathéter.
Il avait également disposé des serviettes à la place de l'oreiller, et avait repoussé le drap et la couverture vers le pied du lit.
La pièce étant vraiment petite, Abby et McGee restèrent dans l'embrasure de la porte, Abby se blottissant dans les bras de McGee.
Gibbs déposa doucement Ziva sur le lit.
Ducky vérifia à l'aide d'un stylo lumineux la réactivité des pupilles de Ziva, pour s'assurer qu'elle n'avait pas de commotion cérébrale. Rassuré sur ce point, il injecta une nouvelle dose d'Ativan dans la poche de la perfusion, et dit à Gibbs :
« Elle va être inconsciente pendant plusieurs heures, il faut la dévêtir, elle sera plus à l'aise ». Il déboutonna et enleva la chemise en jean qu'elle portait, lui laissant le t-shirt qu'elle avait en dessous. Il lui enleva aussi sa montre, mais se garda bien de lui ôter la chaîne avec l'étoile de David qu'elle portait autour du cou.
Gibbs enleva les chaussures de Ziva, enleva le holster garni d'une arme qu'elle portait à la cheville droite, déboutonna son jean, puis eut la pudeur de rabattre le drap et la couverture sur elle avant de tirer sur le bas des jambières pour retirer le pantalon.
« Gibbs, aide-moi à la tourner sur le côté, que je puisse la recoudre » demanda Ducky
Gibbs aida Ducky à la mettre en position latérale, mais il dut pour ce faire passer ses mains sous le drap pour saisir la hanche et la cuisse de Ziva, et il fut quelque peu troublé du contact avec la peau soyeuse de la jeune femme.
Palmer sortit du placard tout le matériel dont aurait besoin Ducky, et le disposa sur la plateau roulant.
Ducky prit place sur le tabouret et s'attela à la tâche, avec l'aide de Palmer, qui s'occupait d'écarter avec précaution les cheveux de Ziva, pour éviter d'avoir à raser la zone. Il n'était pas question pour lui de sacrifier ne serait-ce qu'une petite partie de cette magnifique chevelure. Surtout par peur de représailles douloureuses de la part de Ziva.
Le médecin légiste n'eût besoin de poser que quatre points de sutures finalement, la coupure ne faisant que trois centimètres de long, et le sang ayant presque cessé de couler. Cependant, Ducky se doutait que Ziva aurait un sérieux mal de tête, à son réveil. Palmer nettoya également Ziva du sang qui tachait ses cheveux et sa peau.
Ducky remit Ziva le dos, et s'occupa ensuite d'insérer le cathéter de la perfusion dans l'une des veines se trouvant sur le dos de la main droite de la jeune femme.
Abby ne put s'empêcher de grimacer en caressant le dos de sa propre main. Cette zone semblait trop sensible pour y insérer une si grosse aiguille.
Pendant tout le temps des soins, Gibbs était resté assis au bout du lit, ne quittant pas Ziva des yeux, et, sa main passée sous le drap, il avait caressé le bas de la jambe droite de Ziva, sans même s'en rendre compte.
« Voilà ! dit le médecin légiste. Il n'y a plus qu'à attendre, maintenant, elle va dormir pendant quatre heures, je pense ».
Les paroles de Ducky tirèrent Gibbs de sa rêverie, et lui firent retirer prestement sa main de la peau, décidément très soyeuse, de la jeune femme.
La scène n'était pas passée inaperçue aux yeux d'Abby.
Ducky poursuivit :
« Je passerai toutes les heures pour vérifier ses constantes, mais j'aimerais cependant que quelqu'un reste avec elle pour la surveiller, au cas où …
- Je m'en charge ! Je peux, dis, Gibbs ? demanda Abby.
- D'accord, Abs » répondit celui-ci. Il se leva et s'approcha pour murmurer quelque chose à l'oreille de Ziva tout en lui caressant furtivement la joue du dos de la main, puis sortit de la pièce en entraînant McGee et Palmer à sa suite.
Avant de s'en aller lui aussi, Ducky fit à Abby ses recommandations:
« Si tu vois qu'elle s'agite trop, préviens moi tout de suite. Je suis à côté, je ne bouge pas.
- D'accord. Mais, dis, Ducky, c'est quoi, cette pièce ? J'ai toujours cru que c'était un débarras.
- C'était bien un débarras, Abby, il y a encore deux, trois ans de cela ». Ducky hésita un peu à poursuivre, mais il en avait déjà trop dit. « Gibbs et moi l'avons aménagé en salle de soins pour Ziva, pour qu'elle puisse se reposer, comme aujourd'hui, lorsqu'elle a une crise d'angoisse ».
Abby était stupéfaite.
« Mais… ça lui arrive souvent ? Pourquoi on ne l'a jamais su ? Est-ce que c'est grave ?
- Calme-toi, Abby, ce n'est, je crois, que la quatrième fois aujourd'hui qu'on utilise cette pièce. Ziva, tu le sais, n'aime pas trop parler de ses problèmes, et lorsqu'elle est soumise à un très fort stress, et qu'en plus elle ne dort plus à cause de ses trop fréquents cauchemars, et bien, il arrive ce qui est arrivé aujourd'hui, même si d'habitude ce n'est pas aussi sérieux, et qu'elle vient toujours me trouver lorsqu'elle sent la crise arriver ».
Abby en était toute retournée. Elle s'assit dans le fauteuil, du côté opposé à la perfusion, se rapprochant au maximum du lit, et prit la main de Ziva dans la sienne.
Ducky lui adressa un triste sourire et sortit lui aussi de la pièce.
Une fois seule, Abby posa son autre main sur la tête de son amie et, avec son pouce, lui caressa doucement le front, en lui murmurant :
« Hey, Ziva, c'est quoi ton parfum de crème glacée favori ? »
A suivre… Prochain chapitre : « Eveil »
