LE DESTIN RETROUVE
Un grand merci à tous de m'avoir lu, et pour vos commentaires ! Voici la suite ! J'espère qu'elle vous plaira, qu'elle éclairera quelques choses, et voilà. Je vous souhaite une bonne lecture et attends vos avis. Bises, Bergère
Le pont de courgette
Elle rouvrit les yeux. Un gros mal de crâne, qui semblait avoir le pouvoir de se diffuser partout en elle, au moindre mouvement, lui tambourinait le front. Elle avait très soif, et remua vaguement les lèvres en essayant d'appeler quelqu'un, en tentant de ne plus bouger, même pour analyser son environnement.
« - Oh Hermione… Elle s'est réveillée ! braya la voix de Ron. »
On lui fit prendre un grand vers d'eau, et la douleur se calma un petit peu. Peut-être était-ce une potion, après tout. Elle se redressa un peu, tout cela était très vague. Cette fois, elle se souvenait de comment elle avait atterri là… mais se força à ne pas se concentrer dessus, puisque la dernière fois elle avait replongé la tête la première. Ron la fixait d'un air franchement inquiet, et une médicomage se tenait à côté de lui, prenant quelques notes avec une plume qui courait toute seule sur un bloc-note flottant. Tout cela paraissait très normal, en comparaison de ce qui venait de se passer.
« - Quelle heure est-il ? demanda-t-elle en constatant que sa montre n'était plus à son poignet.
- Quel jour tu veux dire ! Tu as été dans ce coma pendant deux jours ma chérie…
- Comment ? s'exclama-t-elle.
- Du calme, marmonna la médicomage d'une voix monotone.
- Pardon… Et alors, que m'arrive-t-il ? demanda-t-elle en se tournant avec une lenteur exagérée vers la femme en question.
- Vous plongez dans les pommes alors que votre esprit est apparemment soumis à des visions, puis votre corps reste dans une sorte de coma après coup.
- D'accord… Mais pourquoi ?
- Ça, votre patronne n'a pas voulu nous le dire, secret des dieux visiblement, une histoire d'objet magique…
- Et donc vous ne savez pas si ça va recommencer ?
- A mon avis oui, mais c'est plus mon opinion que mon diagnostic médical… »
La bonne femme haussa les épaules, visiblement occupée à des choses bien plus importantes, et se dirigea vers la sortie. Ron déposa un baiser sur son front avec une douceur qui ne lui était pas accoutumée, il s'était visiblement inquiété, et précisa à voix basse :
« - Ta boss vient régulièrement. Elle ne me dit rien à moi non plus, mais à mon avis ce n'est pas fini.
- Oh…
- Mais bon, elle n'a pas l'air fondamentalement inquiétée. »
Hermione secoua les épaules d'un air un peu vague, tentant de paraître soulagée. Véronique n'avait vraiment jamais l'air inquiète, ce n'était pas franchement un indicateur. Cependant, elle aurait beaucoup aimé que l'autre soit là pour lui expliquer, précisément, ce qui avait lieu.
« - Mais qu'est-ce qui ce passe, tu as des visions… ?
- Plus ou moins, marmonna-t-elle, bizarrement gênée. C'est comme si je repartais dans le passé, mais un monde parallèle, tu vois.
- Comme une pensine ?
- Vaguement… »
Les images lui revenaient. C'était vivace. Beaucoup trop vivace. Le plus étrange, c'était de ressentir cette appréhension, cette excitation, toutes ses sensations comme si elles étaient réellement les siennes. Elle se sentit partir, et tenta de résister, agrippant la main de Ron et, d'abord, cela sembla fonctionner. Mais très vite, elle commença à tout sentir tourner. A peine entendit-elle la voix tonitruante de Véronique hurler sur Ron qu'elle lui avait pourtant bien dit de lui envoyer immédiatement un patronus quand elle se réveillerait, et déjà elle tourbillonnait. Cette fois, elle se concentra sur rester consciente d'elle-même, sur ne pas se laisser entièrement manger par ce que ressentait son autre elle et de savoir faire la différence, à tout instant.
.
Elle atterrit à nouveau dans ce petit corps d'enfant. Il faisait chaud et bon, Hermione dévorait du regard la forme d'un garçon, de loin. Cet endroit, pensa-t-elle, devait être la salle commune de Gryffondor. Certaines choses y étaient familières, cette grande tapisserie contre le mur par exemple ; mais apparemment les filles et les garçons se tenaient bien plus séparés que par le passé, c'était comme s'il y avait tacitement deux salons différents. Une fille se tenait au milieu des garçons, sans doute une fille de septième année, et Josepha-Marie chuchota à son oreille :
« - Il paraît que ce n'est pas vraiment une fille bien, elle est tout le temps avec les garçons. »
Hermione haussa les épaules, et la plus âgée se trouva d'accord avec son autre elle-même pour décider que cette fille était gentille, mais aussi une vraie commère. Franchement, qu'en avait-elle à faire ? Ce qu'elle regardait de toute façon jusque-là, ce n'était pas elle : c'était Albus Dumbledore, ce garçon aux yeux très bleus. La peur qu'elle avait eu de lui commençait à s'éteindre un peu, pour laisser place à de la jalousie. Ce type devait être un génie, en tous cas il était brillantissime. Tout le monde le disait. Les professeurs les premiers. Les élèves semblaient tous avoir accepté qu'il serait le meilleur, pour toute l'année et probablement aussi les suivantes. Mais pas Hermione.
Elle avait toujours été la meilleure. La meilleure en tout. En leçon de français que son père lui faisait donner à domicile. En italien, qu'elle avait commencé toute seule. En couture. En lecture. En géographie. Jusque-là, elle n'était pas allée à l'école : elle était une fille, et le statut de ses parents permettaient une gouvernante, oui, mais pas un grand collège. En apprenant qu'elle était une sorcière, elle avait lu tout ce qu'elle avait pu, sur tout, déterminée à être la meilleure. L'absolue meilleure. Et voilà que non. Elle avait souvent les mêmes notes que lui, oui, mais les notes étaient rare. Par contre, il finissait avant, y arrivait le premier, était félicité, apportait des points à Gryffondor. Maintenant, elle s'était mise à l'observer, déterminée à trouver, en lui, ce qui faisait cette insupportable petite supériorité. Mais le fixer en classe ne semblait pas suffire. Cela tournait à l'obsession, elle en avait bien conscience. Hermione constata avec une certaine satisfaction personnelle un peu idiote qu'elle était capable de prendre du recul sur la situation : elle n'avait jamais été vraiment dans cette situation à Poudlard, à part quand Harry avait eu le livre de Rogue, et elle l'avait toujours très mal supporté… ce comportement d'enfant lui semblait presque attendrissant, et elle porta plus attention à ce que cette enveloppe corporelle était en train d'observer.
Il avait l'air d'un garçon assez normal, comme cela. Cet air rêveur qu'elle avait déjà observé, qui ne semblait pas choquer son double tant que cela, était bien là. Sans doute réfléchissait-il à bien des choses, avec cette intelligence débordante dont elle savait maintenant combien elle avait produit. Combien de potentiel y avait-il exactement dans ce garçon ? Comment en était-il arrivé, petit à petit, à devenir ce qu'il était ensuite devenu ? Elle se trouva en train de l'observer encore plus fortement que ne le faisait la petite, et s'agaça du regard un peu vague de celle-ci. Avait-elle été envoyée ici pour pouvoir connaître le secret de l'intelligence de Dumbledore ? cela n'avait aucun sens.
Un garçon plus âgé passa dans le couloir, et prononça en passant à côté de Dumbledore, d'une voix juste assez forte pour être audible avant de s'en aller : lézard, il aurait sa place à Serpentard ! Son champ de vision tourna, Josepha-Marie hochait la tête d'un air approbateur.
« - Attends, s'entendit-elle chuchoter, c'est son père, pas lui !
- Quand même. Tu as vu toute la magie qu'il connait, je suis sûre que c'est de la magie noire…
- Mais pas ce qu'on fait en classe, fit-elle en fronçant les sourcils. Voyons, on ne fait pas de magie noire.
- Non mais chez lui, insista l'autre.
- Franchement, je n'y crois pas. Il est brillant, mais il n'a pas l'air méchant. »
Elle sentit que la version plus jeune d'elle-même avait beaucoup de mal à admettre aussi clairement la grande capacité de Dumbledore, mais pour sa part elle se trouva rassurée que, dans cette univers alternatif, il n'y avait pas apparence qu'elle se trouverait en situation antagoniste avec le grand homme. Même à 11 ans, il la battait à plate couture, elle et sa magie de fille de 11 ans – sur laquelle, en plus, elle n'avait pas de vraie maîtrise. Même, elle se prit à souhaiter entrer en contact avec lui. Bien sûr, y assister impuissante serait sans doute très étrange… mais pour l'amour de Merlin, échanger avec un Dumbledore jeune, quelle chance ! quel honneur !
« - Tu penses ce que tu veux, moi je n'accroche pas à ce garçon-là…, conclut son amie. »
.
Hermione cligna les yeux, il y eut comme un moment de planage, elle se sentit fondre ailleurs encore et, en atterrissant en elle-même, sa conscience lui échappa comme elle l'avait déjà vécu. Le professeur de Charmes était un peu lent, à son goût. Il expliquait tout tant de fois… Pour sa part, elle avait fini depuis longtemps de faire découper son légume en tranche en enchantant un couteau. Quant à cet Albus Dumbledore… comme d'habitude, il avait entièrement fini, lui aussi. Ah ! Trop concentrée sur son propre travail, elle ne l'avait pas regardé faire, une fois encore. Quelle imbécile. Elle voulait absolument savoir ce qui faisait la différence, ce qui faisait sa supériorité. Mais elle n'allait sûrement pas le lui demander ! D'abord, elle ne lui avait jamais parlé. Jamais, du tout. Elle ne se voyait pas partir comme cela, sans personne pour la présenter, sans passer par un intermédiaire, et s'adresser à lui. C'était peut-être stupide. Mais surtout, elle se serait sentie profondément humiliée d'aller demander des conseils au meilleur de la classe, comme si elle n'en était pas elle-même capable.
Elle se demandait aussi, parfois, pourquoi il n'était pas à Serdaigle, tout simplement. Si talentueux, visiblement si intelligent – elle avait voulu croire qu'il apprenait tout par cœur, au début, que c'était un chanceux, mais il n'avait pas de lacunes et connaissaient encore plus de réponses aux questions qu'elle – il aurait dû atterrir dans cette maison des travailleurs. Sans doute. Mais tout n'est pas toujours logique, n'est-ce pas. Il se tourna, alors qu'elle regardait dans le vide, en sa direction, et croisa son regard. Ses yeux étaient très bleus, s'en était presque effrayant.
Il balaya sa table d'un regard qui paraissait assez neutre, et revint à son propre bureau. Visiblement, il s'ennuyait. Hermione le regarda se saisit de sa baguette et la pointer vers ses carrés parfaits de courgette crue : lentement, ils s'entassèrent les uns sur les autres, avec une sorte de spirale qui rendait, au départ, la chose un peu surprenante. Puis tout se calma, atterrit, il venait de faire une parfaite tour médiévale, avec créneaux, de ses morceaux de légumes utilisés comme des briques. La bouche manqua lui en tomber. Elle avait lu sur ce genre d'opérations : cela demandait une immense concentration, une vision totale des choses et, normalement, des années d'entrainement. Et lui faisait cela avec une telle aisance de mouvement, une telle délicatesse. Visiblement peu satisfait du résultat, ou toujours ennuyé, il agita encore sa baguette et créa un pont avec lesdits morceaux. Le professeur frappa alors dans ses mains pour signifier qu'il fallait ranger et, d'un coup de baguette elle envoya le tout à la poubelle ; il avait déjà fait de même lorsqu'elle releva les yeux. Il lui semblait avoir parfaitement compris pourquoi il était si totalement génial. Ce n'était pas ce qu'il savait faire : avec de l'entrainement, elle était certaine de pouvoir y parvenir elle aussi. Non, c'était sa manière. Il avait une si incroyable aisance ! La manière dont sa magie faisait bouger les choses, sa manière de penser l'ensemble de son sort était… toute jalousie, pendant un instant, fut oubliée. Elle était en admiration, et revoyait les petits cubes se déplacer et former la tour comme naturellement.
« - Enchanté, Albus Dumbledore. »
Elle sursauta. Il s'était arrêté juste à côté d'elle et lui tendait la main. Sans y penser, encore perdue dans ses pensées, elle la serra de façon un peu molle en évitant malgré elle son regard.
« - Hermione Granger, répondit-elle.
- Enchanté, fit-il à nouveau. Très jolis carrés, tout à l'heure.
- Oh, merci, lâcha-t-elle un peu surprise du compliment. Ce n'était, euh, rien de spécial.
- A côté de ce qu'on fait les autres, rit-il. »
Il fit un mouvement, commençant à s'en aller. Elle venait d'agir comme une idiote. Non mais alors, elle avait du cran elle aussi, elle n'allait pas faire la jeune fille effarouchée ! Elle lança donc, alors qu'il se tournait :
« - Joli pont ! »
Il tourna la tête vers elle une dernière fois, et lui fit un petit sourire en coin assez bizarre avant de s'éloigner pour de bon. Elle se sentit très fière, soudainement, qu'il ait remarqué sa magie. Et cela, d'ailleurs, alimenta son envie de parvenir à le dépasser. Seulement, avec la pointe d'admiration qu'elle ressentait maintenant, il y avait plus que du challenge et de l'envie d'être la meilleure. L'idée d'être en compétition avec quelqu'un d'aussi doué que lui venait de rendre la perspective de toute sa scolarité soudain beaucoup plus excitante. Elle se sentit rougir de surexcitation en prenant la direction de la bibliothèque, et la sensation était si forte qu'elle secoua quelque chose. Hermione parvint à se détacher des sensations de la gamine de onze ans, se sentant perdue. L'intensité de cette excitation, de cette admiration, lui secouait l'âme comme s'ils étaient vraiment à elle. Il lui semblait l'avoir vraiment vécu. Son autre elle cligna les yeux, elle sentit qu'elle allait encore changer de lieu, changer de scène. Elle se concentra, la nausée vint avant qu'elle ne puisse commencer à tourner, retrouver son propre corps. Alors qu'elle était encore consciente, elle se redemanda pour la première fois depuis qu'elle était replongée dans cette année 1892, pourquoi et comment elle était là.
