Chapitre 2
Kyo ne reprit le livre que le soir, il avait mangé, avait marché, reproduisant le schéma qu'avait décrit l'homme des années plus tôt. Ses yeux s'étaient parfois égarés sur les deux ouvrages posés sur la table, et la curiosité le dévorait. Il voulait savoir ce qui était arrivé a l'homme, ce qu'il avait fait, ce qu'il avait pensé. Et cette curiosité était une bonne chose. Elle lui montrait qu'il pouvait encore s'intéresser a quelque chose.
Alors il l'avait laissé grandir jusqu'au soir, jusqu'à ce que le soleil disparaisse et qu'il ne doive rallumer l'ampoule. Et il s'était enfin assis auprès de la petite table, avait saisit le livre a la couverture cornée et l'avait ouvert.
J'ai dormi, cette nuit. Je crois qu'avoir écrit quelques lignes hier m'a apaisé. Et mon esprit est devenu plus clair. Malgré tout, je suis toujours fatigué, et j'essaie de ne pas penser, de ne pas réfléchir, ce qui est une tâche des plus ardues lorsque c'est tout ce qui est a notre portée. Personne n'est venu. Je ne sais pas a quoi je m'attendais, après tout, personne ne m'avait jamais approché. Mais je ne peux m'empêcher de le regretter. J'aimerai tant pouvoir voir quelqu'un, pouvoir entendre une voix, même si elle ne proférerait qu'insultes. J'aimerai avoir une preuve qu'il y a toujours quelqu'un, au dehors. Que je ne suis pas si seul.
Je suis encore naïf, finalement, malgré tout ce que j'ai vécu, enduré, j'aimerai encore croire que tout n'est pas si noir, que tous ne peuvent pas haïr a ce point pour une simple apparence. Une simple malédiction.
La première page s'arrêtait là. Kyo était plus que tenté de la tourner, et de continuer sa lecture, mais il se retint a nouveau. Autant prendre son temps. Alors il se laissa tomber en arrière jusqu'à être allongé sur le sol froid et posa le livre sur son torse, les yeux perdus sur le plafond. Cet homme semblait avoir vécu plus seul encore que lui. Lui avait eu Kazuma, puis Kagura, Tohru, et quelques maudits. Ils avaient finalement cessé de se comporter comme la plupart des Sohma et l'avaient approché, lui avaient parlé.
Pourtant aucun n'était venu. Peut être parce qu'Akito le leur avait interdit. Peut être parce qu'ils ne le voulaient pas. Après tout, ils étaient enfin débarrassés de lui, ils devaient en être heureux, non ? Sûrement.
Mais finalement, peu importait. Un abandon de plus ou de moins, une trahison de plus ou de moins... Ça ne le touchait plus. Il pouvait repenser aux quelques moments heureux qu'il avait vécus avec eux, et ça lui suffisait. C'était bien plus que ce qu'avait eu cet homme.
Lui pouvait se rattacher aux sourires auxquels il avait eu droit, aux rires qu'il avait partagés. Et imaginer la vie que ceux qu'il avait pu appeler « amis » vivaient aujourd'hui, loin de lui.
Et Kyo s'endormit, bercé par ses souvenirs et ses rêveries, le livre serré contre lui.
...
-Kisa, arrête, c'est une mauvaise idée.
-Je veux juste savoir comment il va, ne t'inquiète pas.
C'était une très mauvaise idée, Hiro en était persuadé. Ils ne devaient pas s'aventurer par ici, encore moins pour aller le voir. Si quelqu'un s'en rendait compte, les conséquences seraient sûrement douloureuses. Et sanglantes.
Mais il ne pouvait pas la laisser seule, alors il la suivait entre les buissons jusqu'à la faible lumière qui passait entre des barreaux épais. Kisa vérifia que personne ne pouvait les voir, et se précipita a la fenêtre. Kyo était là, allongé a même le sol, il y avait un livre posé sur son torse, et il semblait dormir. Kisa soupira de soulagement en le voyant respirer presque paisiblement, et resta quelques minutes a l'observer avant qu'Hiro, a coté d'elle, ne la prenne par la main et qu'ils repartent vers les autres maisons.
Ils ne lui avaient pas parlé, mais ils l'avaient vu, et Kisa était rassurée.
Ils n'avaient jamais été proches, en fait, Hiro et elle étaient jeunes, et avaient encore a l'esprit les légendes sur le monstre qu'était le chat que leur famille leur racontait. Mais depuis que Tohru était arrivée, ils avaient pu se rapprocher un peu de lui et Kisa l'avait trouvé amusant, gentil, même. Et si elle était trop jeune pour se soucier véritablement de son état psychologique, elle avait eu peur qu'il ne soit blessé, mort même. Mais elle était rassurée maintenant.
Il allait bien.
Fin de ce second chapitre, plus court encore que le premier, et je m'en excuse.
J'espère que vous aimez, et si oui, n'oubliez pas de laisser un petit mot ! ^^
