v Chapitre 2 :
Harry était un enfant vif, légèrement plus timide que du blond auprès duquel il grandissait, mais ne se laissant pas pour autant marcher sur les pieds. Monsieur Malfoy avait le souci de ne pas laisser l'un des enfants en arrière, leur inculpant à tous deux les règles strictes des familles sorcières. Harry et Drago avait déjà fait preuve de capacités magiques avant de devenir frères adoptifs, mais à partir du moment où ils vécurent ensemble, les choses s'intensifièrent. Harry semblait particulièrement doué, et cela effrayait parfois Narcissa qui avait l'impression que Drago allait en subir les frais si une dispute s'élevait entre les deux bébés encore inconscients de leurs actes. Mais, à l'inverse, le brun semblait faire preuve d'une tendresse profonde pour le vrai Malfoy, et sa magie s'élevait toujours pour le protéger.
Un jour, alors que les deux enfants apprenaient à cette période à marcher, Drago se dirigea à l'insu de ses parents vers un coin du jardin de la propriété qui était dangereux pour lui puisqu'un trou profond y avait été creusé dernièrement. Harry le suivait tant bien que mal, ses petits pas encore hésitants.
-Daco… Daco !
Il appelait ainsi son frère, pour que celui-ci se retourne. Les premiers mots des deux garçons avaient été le prénom –légèrement déformé certes– de l'autre.
Drago se retourna légèrement et sourit de toutes ses petites dents à Harry.
-Riri ! Beau !
Il désignait de sa main potelée les belles fleurs de l'autre côté du trou. Il s'approcha dangereusement du trou et, alors que, beaucoup trop tard, les parents se rendaient compte de l'horreur qui s'apprêtait à arriver sous leurs yeux écarquillés d'effroi, Drago mit un pied chancelant au bord du gouffre et glissa. Soudain, Lucius et Narcissa, qui n'avaient pas eu le temps de sortir leurs baguettes, virent la magie d'Harry s'étendre autour de lui et glisser jusqu'au blond. Ils virent leur cher petit ange réapparaître du trou et voleter jusqu'à l'autre enfant, pour se poser juste à côté de lui. Les adultes coururent jusqu'à eux et les prirent dans leur bras, pleurant des larmes joyeuses et remerciant le Survivant d'avoir sauvé son frère adoptif. Harry affichait un air boudeur et, Narcissa le remarquant, elle lui demanda pourquoi. Il répondit alors :
-Daco pas gentil ! Pas attend'e moi…
Les parents rirent et rentrèrent avec les bébés. Juste avant cela, Lucius se fustigea de n'avoir pas pensé à mettre de protection autour du chantier et éleva sa baguette pour lancer un sort de barrière tout autour du terrain dangereux.
Drago aussi était protecteur envers le garçon du même âge que lui.
Un jour, alors qu'Harry, à trois ans, avait fait une bêtise, il s'interposa entre son père qui le grondait et le brun, mit ses petits poings sur ses hanches et regarda l'adulte d'un air décidé.
-Drago pousse toi ! Cela ne te concerne pas. Harry a fait une bêtise et il doit apprendre à assumer ses erreurs.
Drago secoua la tête et répondit :
-Non. Harry est pas méchant. Il est gentil Riri ! Faut pas gronder Riri !
Monsieur Malfoy, bien que fier de son fils qui n'hésitait pas à se dresser pour ce qu'il pensait juste, savait qu'il ne devait pas se laisser attendrir et n'acceptait pas que son fils contredise son autorité. Il punit les deux enfants. Cependant, Drago souriait dans sa punition, car au moins, il pouvait partager la punition du brun.
Ainsi, les deux enfants grandissaient dans une éducation incontestable, mais aussi dans une atmosphère de perpétuelle rivalité. Ils avaient beau se défendre et se protéger l'un l'autre, ils avaient beau s'aimer comme des frères le feraient, cette pointe de confrontation semblait ne jamais vouloir disparaître. C'était à qui aurait le droit de monter en premier sur le balais à bascule qu'ils avaient reçu, à qui apporterait en premier sa preuve qu'il contrôlé sa magie lors d'une émotion un peu trop forte, à qui serait le plus implacable avec les elfes de maison les servant. Cependant, sur ce dernier point, Harry n'était jamais le premier. Contre toute sa bonne volonté, il n'arrivait pas à être aussi sec que l'était Drago face à Dobby, l'elfe aux yeux globuleux qui était chargé de le surveiller lorsque les Malfoy devaient partir pour une réunion de famille.
Ce point était une douleur sourde dans la poitrine du jeune garçon qu'il avait vite du apprendre à refouler. Il faisait partie de la famille, même s'il savait qu'il était adopté, et il se savait apprécier par les membres de celle-ci, mais il n'avait jamais été convié aux réunions familiales et il s'était toujours demandé pourquoi. Drago lui assurait qu'il ne manquait rien, et qu'à part son parrain, Severus, qui était gentil avec lui, tous les autres adultes étaient sans intérêt pour lui.
Ce n'est que tard qu'il rencontra enfin le fameux parrain de son frère de lait. Jusqu'à ce jour, à chaque fois que le maître de potion était venu au manoir Malfoy, Narcissa avait demandé à Harry de monter jouer dans sa chambre, ou de ne pas se montrer en tout cas. Pourquoi ? Pourquoi lui interdisait-on la plupart du temps de rencontrer d'autres sorciers ? Pourquoi n'avait-il pas le droit de flemmarder dans les rues du chemin de Traverse ? Pourquoi les garçons avec qui lui et Drago jouaient –les fils Goyle et Crabe– avaient eu un mouvement de recul en découvrant sa cicatrice, puis avait finalement semblés oublier ce détail ?
Et surtout, pourquoi, à partir de ses neuf ans, Drago avait semblé lui-même plus sensible à cette cicatrice, la regardant de travers, presque hautainement, le soir de son anniversaire ?
Bien assez vite, Harry en découvrit la raison. Le jour de son neuvième anniversaire, à lui aussi, Lucius Malfoy entraîna son fils adoptif dans le jardin, à l'écart, pour lui parler.
-Harry… Tu sais que dans deux ans tu recevras ta lettre pour aller à Poudlard. Mais il y a pleins de choses sur ton passé, même si nous t'en avons déjà parlé sans que tu t'en rendes vraiment compte, que tu dois savoir.
En effet, les Malfoy n'avaient jamais cachés à leurs fils leur ancienne nature de mangemorts (dont ils gardaient une certaine fierté teintée d'amertume), le passé relié à l'existence de Voldemort, ses idéologies et tout le reste qui s'approchait de plus ou moins loin aux contextes historique, social et politique de l'Angleterre sorcière.
Harry savait donc que celui que ses parents avaient suivis durant toute une période de leur vie avait disparu. Il savait aussi que c'était grâce à un unique survivant à l'Avakedavra ? Cependant il ne savait pas encore que c'était lui. Il n'en avait pas conscience. Lorsque l'adulte le lui révéla, le choc fut tel que Harry rejeta tout en bloc et nia, avant de s'enfuir en courant et de s'enfermer dans sa chambre. C'est ce soir-là qu'il rencontra Severus pour la première fois. Depuis des années, Rogue était au courant pour l'adoption du Survivant, il avait même était présent à de nombreuses reprises lorsque les deux garçons n'étaient encore que des bébés, et cela avait pourtant été dur pour lui. Mais, cependant, plus le brun grandissait et plus cela avait été dur pour Severus. Il avait donc était décidé qu'il s'éloignerait jusqu'à ce qu'Harry sache toute la vérité. Lucius avait jugé, à juste titre, que Severus serait certainement le mieux placé pour réussir à dérider Harry et le faire sortir de sa chambre.
Harry ne pleurait plus depuis plusieurs minutes voir heures déjà, mais son regard était vide, plongé sur ce qu'il restait du champ de bataille qu'il avait créé dans sa chambre, en proie à la colère. Colère contre lui-même pour ne pas être le digne fils des Malfoy, colère contre eux pour lui avoir caché la vérité, contre le monde sorcier qui donc, comme le lui avait dit son père, le voyait comme un héros, mais aussi incompréhension. Comment cette avait pu l'accueillir alors que c'était à cause de lui que leur maître avait disparu ? Monsieur Malfoy avait laissé sous-entendre que depuis que le mage noir était mort leurs idéologies n'étaient plus aussi virulentes, mais s'il avait appris à ne respecter que les sangs purs et à mépriser tous les traitres à leurs sangs ou les sangs impurs, c'était bien Lucius et Narcissa qui lui avaient enseigné tout ça.
Le garçon n'entendit pas les trois coups frappés à sa porte et ne fit pas attention à celle-ci lorsqu'elle s'ouvrit. Ce n'est que lorsqu'il sentit le lit grincer sous lui et un poids s'ajouter à ses côtés qu'il se ressaisit. Il releva la tête et découvrit le regard sombre d'un homme aux cheveux noirs encadrant son visage diaphane, légèrement cireux. Il resta hébété devant cette apparition, cherchant à mettre un nom sur ce visage que son frère lui avait très certainement déjà décrit.
-Bonsoir Harry…
La voix était profonde, presque enrouée par l'émotion. L'enfant se redressa et s'adossa à ses coussins. Il murmura quelques formules de politesse puis se tut et contempla ce nouveau venu. Il le trouvait intimidant.
-Sais-tu qui je suis ?
Harry fronça les sourcils et réfléchit. L'homme le scrutait du regard comme s'il recherchait quelque chose en lui, comme s'il hésitait entre lui montrer de l'affection ou de la répulsion. Il se rappela de ce qu'un jour, Drago avait dit à propos de son parrain : « Il est bizarre quand on lui parle de toi ».
-Je… Vous êtes Severus Rogue, le parrain de Drago ?
Le plus âgé acquiesça et sourit doucement.
-Je présume que tu ne te souviens pas de moi. La dernière fois que tu m'as vu tu ne devais pas avoir plus de quatre ans. Déjà à cet époque tu leur…
Il s'arrêta brusquement, écarquillant les yeux face à l'erreur qu'il s'était apprêté à dire. Harry ne semblait pas avoir remarqué sa gêne mais s'interrogeait sur le début de phrase.
-Lorsque je leur quoi ? Vous parlez de père et mère ? Qu'est-ce que je faisais à cette époque ?
Severus se détendit et balaya la question d'un geste de la main.
-Rien d'important Harry. Si je suis là, ce n'est pas pour parler de cette période-là du passé. Je voudrais que tu sache que tu n'es pas responsable de ce qui a pu advenir. Ce que tu dois garder en tête c'est que désormais cette famille te considère comme un membre à part entière d'elle, et que tu n'as pas à avoir honte d'avoir libérer notre pays d'un homme aux ambitions peut-être trop virulentes.
Devant l'air surpris du petit il ajouta :
-Oui Harry. Ce n'est pas parce que je partage certaines de ses idées et que j'ai été un de ses plus proches fidèles que je ne peux pas reconnaître qu'il n'avait pas raison sur tout. Tu ne dois seulement penser que le monde tourne autour des sangs purs, mais que les autres en font aussi partis. Ta vraie mère par exemple, était une née moldue…
-QUOI !?
Le cri dégouté d'Harry interrompit Severus, qui laissa son vis-à-vis dire ce qu'il avait sur le cœur.
-Mais c'est révoltant ! Un sale sang-de-bourbe ? Je suis de sang impur ? Non ! Non c'est impossible ! Et puis mes parents sont les Malfoy. Ils ne m'ont peut-être pas mis au monde mais c'est EUX qui m'ont éduqué ! Personne d'autre !
Harry s'était redressé, révolté. Il frissonna de dégoût et décida de redescendre auprès de sa famille d'adoption. Il trouva Narcissa assise sur un fauteuil près d'une cheminée réchauffant la grande salle, et Lucius debout derrière elle, les mains posées sur ses épaules pour la réconforter. Drago était dans un coin, l'air inquiet, attristé.
Harry se rapprocha du couple de mangemorts et se tint bien droit.
-Père, mère.
Ils se tournèrent vers lui et le brun put remarquer les larmes poindre au bord des yeux de la femme. Il comprit alors qu'elle s'était réellement attachée à lui et cela le rassura.
-Je… Mon passé ne me permet pas d'être votre digne fils, mais j'ai compris que je ne pouvais pas le changer, et j'espère que vous me pardonnerez cela. Je suis bien décidé à devenir un sorcier parfait, et de mériter mon nom de famille d'adoption.
Narcissa sourit et lui ouvrit les bras. N'ayant jamais été des parents trop démonstratifs d'affection et préférant la relation parent-enfant d'autorité, cela représentait beaucoup et Harry le comprit. Il se réfugia dans l'étreinte de la jeune femme et se laissa aller contre son cœur. Elle le serra fortement et lui chantonna une berceuse pour le consoler.
Aussitôt, Drago traversa la salle et se jeta à son tour dans les bras de sa mère, serrant son frère adoptif contre lui, pleurant à chaudes larmes. Il répétait sans cesse le prénom du brun, ajoutant parfois des « frérot » émus. Monsieur Malfoy regardait cette scène touchant avoir un léger sourire aux lèvres, bien que gêné par tant d'effusion. Rogue entra dans la pièce et rendit un regard inquiet à son meilleur ami… Qu'allait-il advenir plus tard, lorsque le monde sorcier saurait comment avait évolué le jeune héros de toute une génération ?
