- Tu ne viens pas au festin ? me demanda Félix d'un ton glacial lorsque je le frôlai.
Cela faisait près de trois semaines que je ne m'étais pas nourrie et je ne pouvais plus le cacher. Mes yeux étaient d'un noir d'encre qui ne laissait pas de place au doute. Et mes cernes étaient plus marqués que jamais. J'étais affamée.
- Pas aujourd'hui. répondis-je simplement.
J'aurais voulu être agressive – j'étais particulièrement à cran lorsque j'avais faim – mais il se serait fait un plaisir de rapporter une fois encore à Aro oh combien j'étais louche. Ils pensaient tous que c'était le signe que je n'étais pas totalement intégrée à leur clan. Que j'avais toujours des envies de rébellion. C'était faux. Cela faisait longtemps que j'avais abandonné tout espoir.
Jane apparu au détour du couloir.
- Aro nous demande. Tous. annonça t-elle sans même s'arrêter ou nous regarder.
Je pestais intérieurement tout en faisant demi-tour. Ce n'était pas mon jour. Lorsqu'il rassemblait son clan, c'était soit pour résoudre une affaire vampirique sans réelle importance, soit pour une visite qui représentait un danger. Dans les deux cas, je n'aimais pas y assister. C'était souvent trop long, dû au fait que Aro avait un goût prononcé pour les mondanités. Et dans la plupart des cas, notre présence ne servait qu'à afficher la puissance de son clan. Il n'y avait jamais de confrontation directe. Cela arrivait plutôt lorsqu'on était contraint de se déplacer hors de Volterra pour régler un conflit. En vain. Nous étions trop puissants.
Nous arrivâmes dans la « salle du trône », comme j'aimais à l'appeler. Aro posa aussitôt son regard sur moi. Il affichait son sourire habituel. Mais aujourd'hui, il semblait particulièrement excité. Je pouvais le voir dans ses yeux pourpres. Nous nous positionnâmes de chaque côté des trois trônes des vampires fondateurs. J'étais entourée par Félix et Santiago. Il y a quelques années, ils me faisaient office de chiens de garde. Aro avait fini par les décharger de cette mission, mais ils continuaient de manière implicite à me coller aux basques lorsque j'étais en leur présence.
- Parfait ! s'exclama Aro en se levant. Nous attendons l'arrivée imminente de vieux amis.
Il s'était posté devant nous. Il nous regarda un à un avec le même sourire. Je l'ignorai avec application.
- Ce n'est qu'une visite de courtoisie, je compte sur vous pour nous faire honneur.
Il avait beau avoir un air tout à fait joyeux, nous avions tous compris qu'il ne valait mieux pas le décevoir. Visiblement, nous n'allions pas assister à une audience. Je m'ennuyais déjà. Les autres n'étaient pas très affables non plus.
J'entendais déjà leurs pas au loin, bien qu'ils fussent aussi silencieux que les miens. Ils étaient nombreux. Il n'était pas commun de rencontrer un clan de vampires. Du moins, un qui dépassait deux ou trois membres. Aro se tourna vers l'entrée de la salle, ses mains jointes derrière son dos. Je fixais le sol devant moi, gris. Tout était trop gris ici.
Et puis les vieux amis de Aro entrèrent dans la salle. Je ne les regardai pas tout de suite. A vrai dire, je fini par lever la tête uniquement parce que Félix émit un petit rire, ce qui était suffisant pour m'intriguer.
Je ne su pas ce que je ressenti alors en les voyant là, à une bonne cinquantaine de mètres de moi, tous les sept. Ils me fixaient. J'étais presque surprise qu'ils m'eus reconnu. Je n'avais été que de passage dans leur très longue existence, après tout. Et j'avais bien changé. Mais vu leurs mines interloquées, je n'avais visiblement pas été totalement oubliée.
Des tas d'émotions m'envahirent mais j'eu du mal à toutes les définir. C'était comme sortir brutalement d'un très long sommeil. Une douleur aigüe. De la colère. Et, bizarrement, de la honte. Je ne voulais pas qu'ils me voient ici, chez les Volturis. Je ne voulais pas qu'ils voient mes yeux d'un rouge presque noir et qu'ils comprennent. Je les baissais immédiatement. Le contact n'avait duré qu'une seconde. Je n'avais regardé que Jasper et Emmett car ils étaient placés pile en face de moi. Mais c'était déjà trop. J'avais aperçu sa silhouette dans mon champ de vision périphérique. Si j'avais été humaine, j'aurais eu les jambes tremblantes tant j'étais secouée. Tant j'étais mal.
- Carlisle ! Bienvenue à Volterra ! A toi et à ta charmante… famille. s'écria Aro, très enthousiaste. Tu as enfin pu te libérer !
Je pouvais deviner la silhouette de Carlisle s'avancer vers le vieux vampire.
- Merci Aro. Nous ne pouvions décemment décliner ton invitation une fois de plus. fit-il sur le ton de l'humour.
Cette phrase semblait lourde de sens. Ils n'étaient visiblement pas très enchantés de venir ici. Mais qui l'était ?
- C'est un plaisir de te voir après tout ce temps ! répondit-il.
Et il lui prit la main. Je jetai un rapide coup d'œil à Aro. Je vis son sourire s'étirer au point qu'il en fut totalement inhumain.
- Mais quelle impolitesse de notre part ! Faisons les présentations.
Il avait lâché la main de Carlisle et s'était avancé vers le reste de la famille Cullen qui n'avait pas bougé d'un pouce. La situation me paraissait ridicule. Il venait de visualiser la vie entière de Carlisle, mais tenais tout de même à faire les présentations.
- Je te présente Alice, Esmée, Edward, Rosalie, Jasper et Emmett.
A l'entente de son prénom, je me sentis encore plus fébrile. Je voulais que le sol s'ouvre sous mes pieds afin de disparaître pour l'éternité.
- C'est un plaisir, un plaisiiir.
Aro se retourna dans ma direction.
- Je vois que vous connaissez déjà ma pièce maîtresse ! s'exclama t-il.
J'étais un bloc de glace. Esquisser le moindre geste aurait rendu cette scène bien trop réelle. La colère affluait de plus en plus en moi, mais cette fois-ci à cause de Aro. Il avait l'habitude de m'appeler ainsi devant nos nombreux visiteurs, mais aujourd'hui, cela me fit l'effet d'un couteau dans le ventre.
- Bella, tu ne dis pas bonjour ? demanda le vampire fondateur avec taquinerie.
Je levai alors les yeux.
