Je voudrais tout d'abord remercier tout ceux qui m'ont laissé une rewiew. Je dois avouer que ça m'a vraiment fait un choc de voir que mon histoire plaisait autant. Et ça a pas mal boosté ma plume pour écrire.

J'espère que ce chapitre sera à la hauteur des attentes mais je dois prévenir que le rating est présent pour une raison et que si vous avez le coeur sensible, vous feriez peut-être mieux d'y réfléchir à deux fois avant de lire.

Ceci étant dit, je rappelle que je ne suis toujours toujours pas J.K. Rowling et que, par conséquent, je ne fais ça que pour mon propre plaisir et, je l'espère, le votre.

Bonne lecture!

Memento! Après lecture des rewiews sur ce chapitre, j'ai décidé de faire quelques modifications car je pense que je n'ai pas réussi à faire passer ce que je voulais au niveau des capacités d'Harry et même si je devais le développer plus tard, je pense qu'il est nécessaire de faire quelques corrections.


Chapitre 2

Sans espoir


Harry 7 ans.

Harry ne comprend pas ce qui est arrivé mais il sait que c'est quelque chose de mauvais. C'est mauvais signe. Sa Tante est très fâchée. Plus que d'habitude, s'entend. Elle a les mains serrées sur les anses de son sac à main et le sourire forcé qui étirent ses lèvres pincées ne laissent aucun doute sur son état. Harry sait qu'il va avoir de gros ennuis. Mais il ne comprend vraiment pas ce qu'il s'est passé. Juré ! La maîtresse avait demandé à ce que chaque élève colorie les animaux ovipares et vivipares du livre d'une couleur différente et pour être sûre qu'il n'y ait pas de tricherie, elle avait attribué des paires de couleurs différentes à chaque élève. Pour Harry, c'était bleu pour les animaux ovipares et laissé blanc pour les vivipares. Sauf que, quand elle était venue corriger, elle avait dit qu'il s'était trompé, qu'il avait inversé les couleurs et qu'il allait donc avoir une très mauvaise note. Comme d'habitude. Ça n'aurait pas dû le bouleverser et pourtant…

Dudley avait ricané et les autres avaient suivi.

C'était tellement injuste ! Il savait qu'il avait fait ce qu'elle lui avait demandé et que c'était elle qui avait confondue en lui donnant ses couleurs. Pour une fois, il avait décidé de se révolter. Mauvaise décision. Il lui avait dit que ce n'était pas de sa faute et que c'était elle qui s'était trompée. Elle n'était pas contente et avait répliqué qu'il irait au coin pour son insolence. Tout le monde avait commencé à chuchoter : « il est vraiment stupide, même pas capable d'utiliser des couleurs comme il faut », « franchement, il n'avait qu'à écouter, il est toujours en train de rêver », « il nous fait perdre du temps, de toute façon, qu'est-ce que ça change s'il a une mauvaise note, il en a toujours », « il est vraiment bête »… Il avait envie d'hurler. Il n'était pas bête ! Il n'était pas stupide, il comprenait toujours tout, tout de suite, et s'il avait de mauvaises notes, c'est seulement pour ne pas qu'Oncle Vernon et Tante Pétunia soient fâchés et le privent de manger. C'était bleu ! Elle lui avait demandé de les colorier en bleu ses fichues bestioles !

La maîtresse lui avait saisi le bras pour l'emmener au coin et il s'était mis à se débattre. Elle lui faisait mal. Puis, soudain, la classe s'était faite silencieuse. Il avait levé les yeux sur sa maîtresse qui l'avait lâché. Elle regardait une des mèches qui s'était échappée de son chignon. La mèche était bleue. Comme le reste de ses cheveux. Elle l'avait regardé bizarrement. Elle l'accusait silencieusement, lui, d'avoir fait ça. Mais ce n'était pas possible, n'est-ce pas ? Ce n'était pas juste qu'il soit puni pour ça. Elle l'avait emmené chez la Directrice et la Directrice avait appelé sa Tante. Il avait été puni très fortement. D'abord par sa Tante puis par son Oncle. Il n'avait pas mangé jusqu'à son retour à l'école deux jours plus tard, pour le petit-déjeuner avant de partir. Avec les restes avant qu'ils n'aillent à la poubelle. Il avait craint le retour et les chuchotements sur ses bizarreries mais personne n'avait rien dit. Curieusement, tout le monde semblait avoir oublié l'incident. Sauf ses relatifs, évidemment.

Harry, lui, avait suffisamment mal partout pour s'en rappeler. Il avait essayé d'expliquer qu'il ne savait pas ce qui s'était passé, il avait juste voulu faire entendre son point de vue, qu'elle sache qu'il avait bien fait son travail, qu'il avait bien écouté et il n'avait pas supporté qu'on lui dise – encore – qu'il n'était qu'un menteur. Il avait réfléchi ensuite à ce qui s'était passé. Pourquoi tout le monde, sauf Dudley, son Oncle et sa Tante ne se rappelait de rien ? Comme si c'était quelque chose qu'il fallait cacher. Un secret qu'il fallait dissimuler. Comment c'était arrivé ? Ce n'était pas la première fois qu'un tel incident se produisait. Il y avait eu l'affreux pull que sa Tante avait voulu lui faire enfiler, un jour. Il avait rétréci jusqu'à devenir de la taille d'une poupée. Sa Tante avait juste bredouillé qu'il avait dû rétrécir en machine et l'avait laissé partir. Ça, c'était bizarre en soi mais il n'avait pas attendu qu'elle change d'avis. Une fois, il avait atterri sur le toit de la cantine – c'était du temps de Melle Crawley – parce que Dudley et son gang le chassait. Et puis, le pire souvenir de Harry, c'était quand sa Tante avait voulu lui « couper » les cheveux et lui avait rasé la moitié de la tête. Il avait vraiment angoissé cette fois-là. On se moquait déjà tellement de lui. Il n'aurait pas pu supporter encore une autre humiliation. Sa Tante était restée bouche-bée quand elle avait constaté que ses cheveux avait repoussé dans la nuit. Elle n'avait rien dit et n'avait plus jamais tenté de lui couper les cheveux. Mais il y avait toujours cette lueur dans son regard. De la peur ? Mais pourquoi ?

Il y avait sûrement un point commun à tout ça.

Après le coup du toit, il avait quand même essayé de s'excuser auprès d'Oncle Vernon, en disant qu'il avait juste atterri comme ça, comme par magie. Grosse erreur. Le mot avec un « M » était interdit chez les Dursleys tout comme les contes de fées et autres « sornettes » comme disait sa Tante et son Oncle. Il avait été battu pour avoir osé prononcer le mot interdit, pour lui ôter « cette chose » du corps comme disait si bien Oncle Vernon. Harry ne savait pas de quoi il s'agissait à ce moment-là mais il aurait bien aimé que son Oncle réussisse et le laisse enfin tranquille pour le coup. Mais ça n'avait jamais marché jusqu'à présent. Pourtant, son Oncle essayait souvent. Il a beaucoup de volonté, son Oncle. Il réfléchit. La Magie. Le mot tabou. Est-ce que ça expliquerait ce qu'il se passait ? Ça se tenait, quand on y pensait.

On n'arrêtait pas de lui dire qu'il était différent et Harry se sentait différent. Bien sûr, il y avait la question des vieux vêtements de Dudley et qu'il ne soit autorisé à prendre qu'une douche expresse seulement à trois reprises dans la semaine – parfois quatre quand il était chanceux – et aussi qu'il comprenne et retienne tellement vite les leçons en classe qu'il s'y ennuyait. Seulement, il y avait quelque chose en lui qu'il ressentait. Lui-même trouvait ça bizarre alors il n'avait pas voulu s'appesantir dessus puisqu'on n'arrêtait pas de lui reprocher son anormalité. Mais finalement, qu'est-ce que ça lui coûtait d'essayer ? Il en avait assez de chercher à gagner l'affection de sa famille. Il était toujours seul, il n'avait pas d'amis à part les livres qu'il lisait pendant les récréations et à la bibliothèque du quartier, quand sa Tante lui disait d'aller s'occuper ailleurs parce qu'elle ne voulait pas qu'il traîne dans ses pieds alors qu'il avait fait toutes ses corvées. Pour qu'elle puisse recevoir les commères du voisinage "en paix" comme elle disait.

C'est vrai, il lui fallait environ deux heures et demi pour ranger la maison (chambre de Dudley incluse), passer l'aspirateur, nettoyer la salle de bain et la cuisine. L'habitude. Il rentrait plus tôt que Dudley de l'école puisque son cousin faisait parti du club de jeux et que lui ne pouvait pas y participer. Le jardin ne requérait que peu d'entretien car il le faisait très régulièrement pour que les plates-bandes de Tante Pétunia restent parfaites et cela ne lui prenait qu'une demi-heure (en hiver, il était dispensés sauf à ramasser les feuilles). Les week-ends et le soir, si tout allait bien et qu'il n'avait pas d'imprévu (comme une grosse colère de Dudley qui cassait quelque chose ou refusait que Harry sorte pour l'aider (c'est à dire faire) ses devoirs, sa Tante le mettait dehors et refusait de le voir rentrer avant l'heure des repas. Il en profitait pour dévorer tous les livres qu'il pouvait. Notamment, la catégorie histoire et sciences.

On en revenait ainsi à la magie.

Et si c'était réel ? S'il était un… un magicien ? Il a pris sur lui de rechercher des références à sa « nature » dans le domaine des sciences et de l'histoire pour appuyer sa théorie. Parce que ça expliquerait tellement de choses. D'abord, l'aversion générale et absolue de ses relatifs envers lui. C'était la raison qu'il avait toujours désiré connaître. Pour comprendre. Pendant un court instant cependant, il rêva. Il songea à ce que ce serait pour lui s'il n'avait pas été « comme ça ». Si ces relatifs l'avaient accepté et accueilli au sein de leur famille s'il avait été comme eux : normal. Qu'il ne les rende plus furieux contre lui tout le temps et pour n'importe quelle raison et le traite décemment. Il secoua la tête. Le moment était passé et c'était fini. Définitivement. Ce jour-là, il décida que trop c'était trop. Il avait toujours fait des efforts pour être à la hauteur de leurs attentes sans jamais avoir une seule chance de réussir. Il n'a jamais reçu que haine et mépris de leur part, mais aussi de la part de l'école et même du voisinage. Pour rien. Il y avait ces choses étranges autour de lui quand il était en colère ou bouleversé mais il ne pouvait rien y faire. Il ne pouvait pas contrôler ce qui lui arrivait dans ces moments-là. Et c'est mieux ainsi, finalement, décida t'il. Il a essayé d'être ce qu'il n'est pas et regardez les résultats. Il n'a jamais trouvé sa place. Alors peut-être qu'il ne veut plus se mentir. Peut-être qu'il est temps d'accepter la vérité. De l'embrasser.

Il y a de la magie en lui. Il doit y en avoir.

Mais comment en être sûr ?

Il décida de faire un test. Dans son placard, il se concentra sur la douleur de son bras. Un « cadeau » d'Oncle Vernon. Autant pratiquer de façon utile. Il voulait qu'elle disparaisse. Il avait vraiment mal mais pas plus que d'habitude après une « correction ». Mais il voulait y arriver. Il le voulait désespérément. Pas pour la douleur mais pour prouver sa théorie, pour avoir quelque chose à quoi se raccrocher. Il transpira sous l'effort mais il était déterminé à réussir. Pour prouver qu'il avait raison. Pour trouver une raison. Tout simplement. Soudain, alors qu'il commençait à ne plus y croire et que la perspective terrifiante de s'être trompé pointait, il sentit le changement, l'élancement se calma, son bras devint plus léger presque. Il craignit de regarder de plus près, d'éprouver ses muscles de crainte de réveiller le mal. Doucement, il étendit son bras qu'il avait recroquevillé contre sa poitrine. Rien. Il bougea ses doigts. Rien. Il appuya dessus et serra un peu avec son autre bras. Rien. Il souleva sa manche pour l'examiner. Il y avait encore des bleus mais ils étaient plus jaunes que violets. Bien sûr, les cicatrices persistaient mais c'était déjà une amélioration.

Et c'était lui qui avait fait ça. Parce qu'il l'avait voulu.

Il y a quelque temps maintenant qu'Harry avait mis des mots sur le traitement que les Dursleys lui font subir et ces mots ne sont pas beaux. Ils ne sont ni justes ni mérités. Ils se contentent d'exister. Sans qu'il n'y ait quoi que ce soit qui puisse y remédier. Il avait juste commencé à étudier le droit, les siens en l'occurrence, mais c'est plein de mots complexes qu'il comprend difficilement et auxquels il a du mal à donner un sens car les tournures sont étranges. Il s'accroche pourtant. Il utilise le dictionnaire et décortique tout, lentement, mais il persévère. Il veut savoir pourquoi le système ne le protège pas, pourquoi personne ne fait rien. Il cherche une issue. Mais il n'en trouve pas, à part sans doute l'orphelinat mais ça, ça ne le tente vraiment pas. Comment être sûr que ça ne sera pas pire là-bas ? Les Dursleys, au moins, il connaît. Alors la magie, c'est peut-être un début de solution. Cependant, Harry n'avait pas le temps d'examiner sa découverte et ses potentialités.

Il s'était déjà endormi, épuisé par le tout premier usage conscient de sa magie.

Au matin, il a l'esprit plus clair et déterminé que jamais. Il n'est pas un Dursley, il ne fait pas parti de cette famille et il n'en fera jamais parti. Pas de regrets au final car il n'y avait jamais eu d'espoir en premier lieu1. Il n'est pas vraiment un Potter non plus parce qu'il est le seul et que ça ne représente rien à ses yeux. Il n'a pas de souvenirs de cette époque. Il est différent. Ça, c'est la seule certitude, la seule vérité. Et c'est pour cela qu'ils le détestent. Alors Harry décide qu'il n'en veut pas de leur amour et de leur affection. Il n'en a pas besoin, c'est ce qu'il veut croire. Il veut être fier de ce qu'il est. Différent, spécial, unique. Il s'en fiche d'être rejeté maintenant. Il ne les laissera plus lui faire du mal. Il ne les laissera plus l'atteindre. Ni eux, ni personne. Il va étudier, travailler très dur, sans se soucier du reste. Il va patienter. Il va trouver un moyen d'utiliser cette magie et s'entraîner. Il va vivre pour lui et garder profil bas en attendant le jour où, quand il sera plus grand, il pourra leur montrer à tous. Il leur prouvera qu'il vaut mieux qu'eux. Il leur fera regretter la manière dont ils l'ont traité. Il ne sait pas encore comment mais ils le sauront.

Et il leur fera payer.


Harry, 7 ans et demi.

Harry a faim. Harry a froid.

Il est dehors, sous la pluie. Ce n'est pas la première fois mais ce qui change cette fois c'est qu'il ne sait pas ce qu'il a fait pour mériter ça ou du moins l'excuse inventée pour le punir comme ça. Il n'a pas fait de « bizarreries » comme disent les Dusleys, il a fait toutes ses corvées et il a même aidé Dudley pour ses devoirs, c'est à dire qu'il les a tous fait. Harry se tait et fait tout ce qui doit être fait sans faire d'histoire à présent. Il est une ombre dans la maison. Mais Oncle Vernon est rentré, de mauvaise humeur. Ça arrive fréquemment à présent. Il a raté une importante affaire aujourd'hui et il était en colère. Et il avait bu. Harry sait qu'il vaut mieux qu'il se fasse encore plus discret dans ces cas-là. Ces cas-là arrivent d'ailleurs de plus en plus souvent en ce moment. Sa Tante est énervée par l'infortune de son mari, comme si une affaire perdue remettait en cause la stabilité de son foyer se moque mentalement Harry. Les Dursleys sont pourtant loin de manquer d'argent. Elle marmonne sur les factures et les traites de la maison à payer en plus du « fardeau » qu'il faut élever. Harry sait qu'elle parle de lui et il se fait tout petit. Harry connaît bien sa Tante et les lèvres plissées et le front soucieux qu'elle arbore sont plus significatifs pour lui que le reste. Garder la tête baissée, ne pas leur donner de raisons de frapper.

Il a fait le repas, une nouvelle fois. En fait, il aime bien ça, ça le détend et personne ne l'embête pendant ce temps-là. Le repas, c'est sacré pour les Dursleys. Il fait bien attention à ne pas lésiner sur les portions en espérant en mettre un peu de côté pour lui cette fois. Mais juste avant de servir, son Oncle l'a attrapé et l'a mis dehors en persiflant que lui et son anormalité avait amené le malheur sur sa famille et qu'il avait intérêt à arrêter de le provoquer s'il voulait pouvoir rentrer. Il avait ajouté qu'il était temps pour lui de comprendre la chance qu'il avait que lui et sa Tante ait bien voulu lui donner un toit et de la nourriture car personne d'autre ne voudrait de lui. Après tout, on l'avait bien abandonné sur leur palier.

Comme un paquet dont on veut se débarrasser.

Le petit garçon se colla le plus possible contre le mur de l'entrée pour profiter du mince rebord offert par la toiture avant de renoncer car le vent soufflait de travers, rendant ses efforts négligeables. Et la remise était fermée à clef. Il fallait patienter. Les voisins ne prêtèrent pas attention au futur délinquant qui constituait son voisinage, bien renseignés sur les « méfaits » de celui-ci pour s'en soucier, effrayés par les relations et le pouvoir des Dursleys pour s'y frotter ou simplement se disant que ce n'était pas à eux de s'en mêler, préférant détourner lâchement les yeux. Trop d'efforts et que des ennuis en perspective. Ça n'en valait pas la peine, n'est-ce pas ?

Il n'en valait pas la peine, soufflait cette petite voix insidieuse qu'il fit taire aussitôt.

Il renifla de dédain. Il sait qu'il ne devrait pas être traité comme ça. Que ce n'est ni bien ni normal. C'est parce qu'il est différent, magique. Mais personne ne fait et ne fera rien. Et Harry sait pertinemment que personne n'ira à l'encontre du nouveau directeur de Grunnings, l'homme influent qui a même des accointances avec de hauts membres du Comité du Surrey. Alors qu'est-ce que ça peut faire si un enfant est un peu « malmené », n'est-ce pas ? Après tout, qui ça intéresse ? Ce n'est pas comme si c'était vraiment grave, l'enfant sort de la maison, va à l'école alors ce n'est pas comme si il y avait vraiment matière… Il est peut-être un peu petit pour son âge et un peu maigre mais comparativement à son cousin, ce n'est pas une référence et de plus, il a le type maladif. Pétunia Dursley le leur a confirmé, la pauvre. C'est dur de devoir s'occuper d'un enfant si pénible et si peu reconnaissant. Harry sait bien que c'est ce que se disent les voisins. C'est pratique comme excuse pour se voiler la vérité et faire comme si personne ne savait.

Il a vraiment très faim maintenant.

Sa Tante ne lui donne plus autant à manger qu'avant, ce qui n'était déjà pas grand chose, et son ventre proteste. Il a du mal à tenir debout. Alors il fait ce qu'il faut pour survivre. Il s'avance sous la pluie. De toute façon, il est déjà trempé, qu'est-ce que ça pourrait bien changer ? Il sera sans doute malade demain, il le sent bien. Tant pis. Il réfléchit aux opportunités qui s'offrent à lui. Il est déterminé. Il ne les laissera pas gagner. Il a des projets à mener. Tout en marchant, il réfléchit. La fille des Anderson est anorexique et elle met souvent ses repas discrètement à la poubelle. Harry le sait, il l'a surpris plus d'une fois. Il en profite parfois, quand il peut récupérer le tout sans se faire remarquer. Il chasse les chats de gouttière qui tentent d'ouvrir la poubelle. Lui, il sait où chercher. Dans les petits sachets marron qu'elle jette par le balcon avant de proposer de sortir les poubelles pour les y ajouter. Elle joue avec sa vie. Mais pour Harry, c'est un repas gratuit alors il s'en fiche de ce qu'elle fait. Ça l'arrange bien. Il n'a rien dit. Après tout, on ne se soucie pas de lui alors pourquoi se soucier des autres ? Et puis, elle fait bien ce qu'elle veut après tout. Il y a un petit morceau de poulet froid et quelques légumes. Il fait la moue mais ça devra suffire. Peut-être qu'il devrait voir la poubelle de Mr Gastenberg ? Il ne mange quasiment plus depuis que sa femme est morte.

Il se cache dans un buisson et mange lentement. Il faut qu'il prenne son temps pour ne pas avoir trop vite à nouveau faim. Et puis, il n'est jamais sûr de ce qu'il va trouver ou quand il aura l'opportunité de fouiller à nouveau dans les déchets sans se faire prendre. Enfin, il faut qu'il retourne auprès des Dursleys. Ils seraient capables de le laisser dehors s'ils ne le voyaient pas venir au moment de l'appeler. Et il sait qu'il n'y aura nul part où aller. A part peut-être la remise des Finley ? Mr Finley est parfois distrait et oublie souvent de refermer son atelier. Ou chez Mrs Figg mais il n'aime pas la façon dont elle le regarde parfois. Avec une sorte de pitié indifférente. Ça lui donne envie de la frapper. Ce n'est pas comme si ça la décidait à agir, elle fait toujours comme si de rien n'était. Non, Harry sait qu'il vaut mieux tenter de rentrer dans les bonnes grâces des Dursleys.

Pour le moment.

Pas qu'elles soient vraiment à portée, en fait. Mais Harry n'essaye plus de les satisfaire ou du moins, fait-il seulement le minimum requis. Harry sait, déjà depuis longtemps, avec une effroyable lucidité, alors qu'il grelotte dans ses vêtements trempés, qu'il n'y a personne qui se soucie de lui. Il n'y prête plus grande attention pourtant. Ça n'aurait rien changé de toute façon. Patienter jusqu'à ce qu'on veuille bien le faire rentrer. Accepter qu'il se fasse disputer pour avoir mouillé l'entrée. Accepter que personne ne s'occupe qu'il soit frigorifié. Accepter simplement qu'il n'y ait personne pour lui. Il ne remet pas en question la chose. C'est un fait. Un simple fait. Mais une vérité dure à apprendre. Harry n'est pas fait pour être aimé, il le sait. Il est seul et tout le monde s'en fiche.

Et il les déteste pour ça, tous autant qu'ils sont.


Harry, 8 ans.

Harry ne sait plus rire. Harry ne sait plus sourire. Il n'a pas suffisamment pratiqué pour s'en rappeler. Harry ne parle presque plus mais ce n'est pas comme s'il avait quelqu'un avec qui parler de toute façon. Harry a appris à retenir ses cris et ses larmes quand viennent les coups. Harry est devenu vraiment très doué pour tout ça. Harry s'en fiche qu'on ne lui prête pas attention ou que l'on rie de lui. C'est sa vie. Il semble presque indifférent et ça le rend effrayant. Il n'a pas de parents. Il n'a pas d'amis. Mais il survit. Il fait exprès de ne pas avoir de bonnes notes à l'école sinon sa Tante le punit et tant pis si on lui dit qu'il est bête. Mais à côté il étudie à la bibliothèque ou bien le soir, dans son placard, quand tout le monde est couché, avec la lampe de poche qu'il a volée. Parce qu'il aime ça. Il s'en fiche de se faire attraper. Il n'est plus à une raclée près. Même sans ça, il se fait régulièrement corriger mais c'est à cause de son « anormalité » il parait. Harry s'en fiche, il aime sa magie et si ça peut faire chier les Dursleys, tant mieux.

Il les hait.

Harry ne se rappelle plus ce que c'est d'être heureux alors il regarde les autres l'être. Il regarde discrètement sa Tante Pétunia embrasser un Dudley qui proteste qu'il est trop grand pour ça tout en se laissant quand même faire. Le visage chevalin de sa Tante devient presque beau alors que ses yeux de mère s'illuminent de tendresse. Avant, Harry aurait eu envie aussi qu'on le regarde ainsi. Maintenant, il a compris que ça n'arriverait jamais alors il fait comme si ça n'avait pas d'intérêt. Parfois, il regarde les enfants qui jouent dans le parc quand il rentre de l'épicerie où l'a envoyé sa Tante. Il les voit s'amuser entre eux et avant, il aurait aimé faire parti de leurs jeux. Mais plus maintenant. Il ne saurait pas comment se comporter. Il a l'impression d'évoluer dans un autre monde qu'eux. Ils sont tellement insouciants. Harry a perdu cette étincelle depuis longtemps. Il se sent vieux.

Mais Harry a ses livres et ses carnets d'études. Il les a, la plupart du temps, « empruntés » dès que la bibliothécaire ou la maîtresse avaient le dos tournés. Il est très habile pour ça, il ne s'est jamais fait prendre jusqu'à maintenant. Il sait comment ne pas se faire remarquer, faire comme s'il n'était pas là. C'est une des règles des Dursleys et elle est très pratique de ce point de vue là. Harry sait se faire oublier. Il prend ce dont il a besoin et il ne voit pas où se trouve le mal. Personne ne le privera de ça. Il en a besoin pour se prouver qu'il n'est pas si stupide. C'est juste qu'il doit garder ça secret pour l'instant. Il ne sait pas encore jusque quand. Il doit apprendre. Vite. Et comprendre rapidement car personne n'ira se soucier de vérifier ou de lui expliquer. C'est tout. Il n'est pas stupide. C'est juste des mensonges.

Sa Tante a refusé de l'inscrire à la bibliothèque. Pourquoi dépenser de l'argent pour le fardeau qu'il est, n'est-ce pas ? Mais Harry a compris que s'il veut quelque chose, il ne faut compter que sur lui. ET, il aime lire donc, il continue à prendre les livres, sans demander la permission. Il les rend après les avoir lu de toute façon. Généralement. Il y en a qu'il aime vraiment et il les garde (et les cache). Il aime l'histoire. D'abord celle de son pays, puis il a commencé à étudier celle du monde entier : l'Europe, les Etats-Unis, la Chine… Il étudie l'histoire mais aussi ce qui l'a précédé, il remonte jusqu'aux temps anciens du paléolithique, des premiers hommes et se tient à jour des nouvelles découvertes. Il veut en savoir toujours plus sur les autres et d'où ils viennent. Il a cherché dans ces grands livres quelque chose qui lui expliquerait d'où il vient, lui, l'anomalie. Mais à part quelques obscures histoires de chasse aux sorcières et de cultes chamaniques, il n'a pas appris grand chose d'utile. Alors il s'est aussi tourné vers les mécanismes économiques et politiques parce que c'est entouré de secrets, de vraies-fausses informations et il adore essayer de déchiffrer et de percer ces mystères.

Il adore les énigmes et les mystères. Il aime les jeux de réflexion notamment les casse-têtes chinois aux formes variées qui lui offrent toujours de nouveaux défis. Il faut juste trouver la bonne combinaison et penser logiquement. Cela lui donné le goût pour les mathématiques. Il aime les chiffres et leur logique absolue. Si on applique la bonne méthode, on obtient toujours un résultat fixe. Les régles sont claires. Addition, soustraction, multiplication et division. Il les adore. Mais ce n'est pas suffisant alors il a commencé à en vouloir plus. Il essaie de se créer ses propres problèmes mathématiques, pour les résoudre. Cela lui a également donné le goût des sciences. Il adore les expériences de chimie effectuée à l'école. Mélanger différents composants et voir ce qui en résulte. C'est fascinant. Ainsi, il a pris sur lui de lire différentes revues de vulgarisation scientifique. C'est tout simplement passionnant. Mais ce qu'Harry aime surtout c'est le fait qu'il apprend comme il veut, à son rythme et comme il l'entend. Il n'y a personne pour lui dire quoi faire ou comment faire, il peut changer de matière quand il le souhaite, passer de l'histoire à l'économie puis aux sciences sans que personne ne vienne le réprimander ou lui interdire quoique ce soit. C'est la liberté!

Il s'isole dans cet univers et cette routine qu'il s'est créé. Parfois, il est frustré de ne pas comprendre quelque chose mais il n'abandonne pas et cherche jusqu'à trouver les réponses dans d'autres livres, d'autres dictionnaires. Et il ne supporte pas quand il ne trouve pas. La colère cependant doit être réprimée. Il n'a pas intérêt à se faire repérer. Il n'ose pas demander car il sait qu'il est à peine tolérer. La libraire l'a à l'oeil, il le sait. Pourtant, il prend bien soin des livres. Pas comme Dudley. Mais comme c'est lui qu'on a accusé... Et puis, aussi, à la librairie, il voit les gens défiler et il prend le temps de les observer, discrètement, sans se faire remarquer. c'est un de ses loisirs favoris. Décoder les attitudes, les gestes et identifier les tons de voix, ce qu'ils disent et ne disent pas. Cela lui donne des outils contre les Durlseys et même contre tous les autres.

Observer les autres est fascinant. Et les adultes encore plus clairement.

Leurs voix disent des choses et leur corps en disent d'autres. Les adultes racontent beaucoup de mensonges. Harry le sait. Mme Tompson ment presque toujours à sa Tante lorsqu'elle vient lui faire la démonstration de ses produits de beauté et que sa Tante lui demande si telle couleur de rouge à lèvres ou de fond de teint lui vont bien. Comme si quelque chose pouvait arranger la face chevaline de sa Tante se dit Harry. Elle arbore un sourire faux et sa tête penche alors légèrement sur le côté tandis que sa main droite vient frotter le coin de la lèvre qui sourit un peu trop largement pour être naturel. Mais ce qui est le plus intéressant selon Harry, c'est que tout le monde se trahit toujours à peu près de la même façon.

Il se demande comment personne ne s'en rend compte.

Et cela le rend fier d'être le seul à connaître tous ces petits secrets.

Et leurs voix changent aussi. Et leurs mots aussi. C'est tout un ensemble de réaction que Harry se passionne à essayer de comprendre et de capter avec ses yeux, en aiguisant sa concentration, pour suivre les processus et l'évolution des attitudes et leurs significations. C'est presque de l'intuition. La voix onctueuse de Tante Pétunia quand elle répond au téléphone avant que le timbre ne se modifie quasi-imperceptiblement en fonction de la personne au bout du fil. Et elle n'use pas le même langage suivant la personne avec qui elle parle. Son Oncle aussi et toutes les personnes qui entourent Harry ont un comportement qui se modifient en fonction des personnes, de leur humeur et de leur environnement. C'est incroyablement complexe et passionnant.

Le sens de l'observation de l'enfant s'aiguise toujours plus mais ne lui permet pas toujours d'échapper à la colère de son Oncle ou de sa Tante ou aux « blagues » de Dudley, cependant, cela lui permet parfois d'avoir un répit. Pas qu'il espère que son sort va s'améliorer ou qu'on viendra le chercher pour l'emmener loin d'ici. Ça fait longtemps qu'il ne croit plus aux contes de fées même s'il aime toujours autant les légendes qui parlent de dragons, d'enchanteurs et de potions magiques tout en s'en voulant de s'attacher à quelque chose d'aussi trivial. Il ne pense pas non plus que son comportement ou ses talents, qu'il cache soigneusement, va changer les sentiments que lui porte sa famille. Il ne fait ça que par intérêt et par commodité.

Il a pris sur lui de se discipliner. Il a repéré les signes qu'il fallait montrer aux Dursleys : soumission, obéissance et gratitude. Il lui fallait gommer tout signe, même inconscient, de rébellion, d'irrespect et de mépris. Et Dieu sait que c'était difficile. Ça avait été un long apprentissage pour apprendre à maîtriser les réactions naturelles de son corps. Mais ça avait fini par payer. Il n'était plus qu'un petit imbécile servile aux yeux de tous. Il s'en foutait. Un jour, il se dévoilerait. Patience. Comme ça au moins il a plus de temps pour lui. Moins on le remarque, plus il se sent bien, presque en sécurité.

Car Harry n'attend plus qu'on lui dise qu'il est précieux, qu'on le borde ou qu'on le réconforte. Il n'a pas besoin de ça. Il en est sûr. Il vaut mieux que ça. Il se construira son propre destin. Et il rêve. Les lectures de récits fantastiques ont un délicieux goût d'interdit qui lui permette de s'évader de la réalité, dans le monde qu'il s'est lui-même créé. Alors, quand il revient, c'est plus facile de relativiser. De toute façon, il a ses propres outils désormais. Il fait ce qu'on lui demande même si ce n'est jamais assez mais cela lui a appris à observer les autres parce qu'il a cherché longtemps dans leurs comportements ce qui faisait défaut dans le sien pour se faire aimer. Chose qui s'était révélée hautement improductive. Et puis, il y avait eu ce jour où il avait décidé d'abandonner. C'était il y a longtemps maintenant, lui semble t'il. Il a cessé de chercher. Il a cessé d'espérer stupidement. Mais il a continué à observer, pour se distraire mais surtout par utilité. Ses perceptions sont réellement affinées maintenant.

Décoder les attitudes de sa famille, de ses professeurs, des voisins lui a permis d'éviter les « ennuis » à plusieurs reprises même si ça ne marche pas à tous les coups. Sa famille n'agit pas toujours de façon logique alors ce n'est pas toujours facile de les comprendre et ils changent souvent d'humeur très vite. Mais Harry continue à regarder. Il sait qu'il ne pourra jamais éviter toutes les raclées ou les mots cruels qui lui sont jetés. Les Dursleys aiment trop le tourmenter, avoir un pouvoir sur lui et le contrôler. Mais Harry apprend vite et il se raccroche à ses projets. Il a appris à lire le pas lourd de son Oncle quand il a bu, la façon dont le front de sa Tante se plisse quand elle est énervée. Il a aussi appris à devancer les plans de Dudley quand il prépare un mauvais coup contre lui. Mais il ne s'est pas limité à eux. Et il comprend de mieux en mieux le pourquoi de leurs agissements.

Il a fouillé dans le grenier lors des congés où les Durleys le laissent seuls à la maison avec à peine de quoi survivre et la consigne de ne pas se faire remarquer en ne sortant pas de la maison, l'y enfermant à clef. Il a trouvé de vieux albums photos qui n'avaient pas été ouverts depuis longtemps. Il y avait vu des photos de ce qui devaient être ses grands-parents avec deux enfants à leurs côtés. Il avait aisément reconnu sa Tante avec son air revêche déjà imprimé sur sa face et le regard de jalousie envieuse qu'elle jetait au second enfant de la photo. Harry ne pouvait voir de qui il s'agissait car quelqu'un avait méticuleusement découpé la silhouette de ce second enfant sur chacune des photos des albums. Harry avait compris qu'il devait s'agir de sa mère et il avait haï sa Tante pour ce qu'elle avait fait. Il ne pouvait qu'essayer de deviner par rapport à ce qu'il restait sur les photographies découpées. Mais il n'avait réussi qu'à se frustrer. Sa Tante avait bien fait son travail.

Néanmoins, il avait appris plusieurs choses : Tante Pétunia avait détesté sa mère autant qu'elle l'avait envié. Pour son père, elle ne savait pas d'où cela venait mais il pouvait objectivement supposer qu'il devait sûrement représenter un nouvel élément qui avait rappelé à Pétunia qu'elle était moins bien dotée que sa sœur ou quelque chose dans ce goût là. Et forcément, avec un tel arriéré de haine, elle l'avait transmise à son Oncle. Celui-ci étant son mari, il avait évidemment pris son parti sans en chercher les raisons. Oncle Vernon n'était pas franchement du genre à réfléchir et puis, cela lui donnait une excuse pour s'emporter et reporter la faute de son mauvais caractère sur une tierce personne. Harry en l'occurrence. Et Dudley ne faisait que copier.

Mais Harry a son refuge, son lieu où on lui fiche la paix. Ce n'est qu'une illusion bien sûr mais dans son placard, il se sent comme chez lui. C'est chez lui d'ailleurs. La Chambre de Harry. On vient rarement regarder dedans, il peut cacher ce qu'il veut. Il y a tout ses carnets et ses livres préférés. Tout son « trésor », ses crayons cassés, les cahiers abandonnés par Dudley aux pages arrachées ou à moitié déchirées. Les pages de l'imprimante du bureau de la secrétaire de l'école et tout ce qu'il a pu amasser un peu partout. Il a toutefois cessé d'accrocher des dessins aux murs de sa « chambre ». Une fois, sa Tante a ouvert le placard, sans doute pour l'aérer un peu à cause de l'odeur de sang séché, probablement pour ne pas incommoder le cercle des amies à venir pour le thé et elle les a tous arraché. Après, il a compris qu'il valait mieux s'en passer. Et nettoyer régulièrement la place avec l'accord de sa Tante. En classe, il n'a pas le choix que d'être encore plus mauvais que Dudley mais il s'obstine à vouloir apprendre et comprendre. Et il recopie dans ses carnets tout ce qu'il ne veut pas oublier. Il y a beaucoup de choses alors il doit s'exercer pour ne rien laisser s'oblitérer.

Son corps grandit mais moins que celui de Dudley qui prend autant en largeur qu'en grandeur. Il déteste son corps. Il ne se regarde dans le miroir que pour constater l'étendue de ses blessures, et encore. Il est trop laid pour supporter de se scruter. Il a les cheveux qui poussent dans tous les sens, il est petit et malingre. Il est faible et ne sait pas se tenir comme il faudrait. La seule chose qu'il supporte à peu près, ce sont ses yeux mais même ça, ce n'est pas une bonne chose. Ils lui mangent le visage, on ne voit que ça. Ils brillent trop, comme ceux d'un crapaud. Ils ne font qu'accentuer sa laideur à son avis. Il est moche mais il n'est pas bête. Du moins, moins que Dudley mais ça n'est pas vraiment une comparaison. C'est ce qui le console un peu quand même. Ça et ses talents d'observation. Il les cultive jusqu'à l'obsession.

Il n'a pas besoin de beaucoup de sommeil alors il travaille souvent pendant la nuit. Quand il n'est pas trop blessé, évidemment. Sa Tante n'aime pas que les voisins voient sa figure quand Oncle Vernon n'a pas pu se retenir. Quand il a été vraiment mauvais ou même quand il n'a rien fait. Harry ne cherche plus à esquiver ni à comprendre le pourquoi de sa raclée. Ce n'est pas comme s'il y avait une raison à trouver. C'est juste quelque chose qu'il a appris à accepter et à tolérer en attendant de pouvoir répliquer. C'est juste que son Oncle aime se défouler, il le sait. Il profite de la main leste de son Oncle et a appris à en jouer. Il feint un peu parfois pour gagner du temps, seul dans son placard. Pas que ça marche bien souvent mais ça ne l'empêche pas de le faire pourtant. Il a bien appris à jouer la comédie. A donner à voir l'image que l'on attend de lui.

Il guérit vite grâce à la magie. Il a du mal à la canaliser cependant. Il se concentre sur des petits objets, pour les faire bouger. Ça prend du temps et c'est épuisant. Et son corps doit garder toute son énergie pour ne pas faillir. Il y arrive de plus en plus facilement mais il manque de confiance en ses capacités pour les user sur sa famille mais il se rassure en se disant qu'il a le temps. Le temps de se perfectionner. Il sait être patient. Il essaie avec des objets plus lourds, réduisant méthodiquement le temps pour réussir à les faire bouger, à les déplacer ou même à les soulever. Il pense qu'il pourrait faire plus de choses s'il n'était pas constamment épuisé par les corvées et le manque de nourriture mais il tient bon. Il n'y a que ça à faire de toute façon.

La magie est vraiment fabuleuse sinon. Elle le rend spécial et il aime être différent. C'est quelque chose que Dudley ou son Oncle et sa Tante ne peuvent pas lui prendre, quelque chose qui n'appartient qu'à lui et s'il se souvenait de ce que c'était qu'être heureux, il dirait probablement que sa magie le rend ainsi. Celle-ci est même parfois très utile et surprenante. Il y a quelques temps, Mrs Strugberg, la bibliothécaire du quartier, l'a surpris avec un livre caché sous le tee-shirt trois fois trop grand de Dudley au moment où il allait sortir et l'avait attrapé par le bras. Il avait été profondément effrayé. Il ne voulait pas qu'elle alerte sa Tante, ou pire, son Oncle. Il ne pourrait plus revenir à la librairie, il ne pourrait plus emprunter des livres et oublier le reste du monde.

Il ne voulait pas. Il ne le supporterait pas.

Il l'avait regardé droit dans les yeux et souhaité de toutes ses forces que la vieille fille revêche le laisse juste partir, ne dise rien et oublie à propos du livre dissimulé sous les vieux habits de son cousin. A sa grande surprise, la bibliothécaire avait un instant semblée confuse, troublée puis, quand elle avait constaté qu'elle le tenait par le bras, elle l'avait lâché avant de lui dire sèchement de s'en aller et de retourner à son bureau. Ça avait donné de nouvelles perspectives à Harry. Il lui fallait juste s'entraîner. Pas sur les humains, non, il se ferait remarquer. Et il pourrait échouer. Alors il s'essaie avec les animaux, pour les soumettre à sa volonté. Molaire, le chien adoré de la très chère Tante Marge, en a fait bientôt les frais. Son premier succès. C'est vraiment dommage cet accident de voiture, se dit Harry. Il le détestait tellement ce sale cabot. Il n'a eu que ce qu'il méritait. Ce n'était pas de la cruauté, c'était juste une question de se tester et peut-être aussi, pour se venger de toutes les fois où il avait dû grimper aux arbres et y rester planquer durant des heures en attendant qu'on rappelle le corniaud. Juste retour des choses en fait. Harry attend impatiemment le moment où il pourra en faire autant sur les gens.

Sur sa « famille », plus particulièrement.


Harry, 8 ans et ¾.

Harry est inquiet. Son Oncle le regarde étrangement ces derniers temps. Il lui dit qu'il devient grand mais ça ne ressemble pas à un compliment. Et il le croise souvent dans la salle de bain quand il a le droit de se laver. Oncle Vernon a même demandé à ce qu'il puisse se laver plus souvent. Il a dit que c'était pour éviter les questions des gens. Il y a ces moments où Tante Pétunia s'en va et où il est seul avec Oncle Vernon car Dudley est chez Piers ou un autre de ses amis et Harry n'aime pas ce que fait son Oncle. Il se met devant la télévision et lui demande de s'asseoir à côté de lui. Il met un DVD dans le lecteur, un de ces disques qu'il cache derrière les livres jamais ouverts de la bibliothèque. Il pose ses doigts sur sa cuisse, la caresse, et l'autre… Harry n'aime pas regarder les films d'Oncle Vernon. Et il n'aime pas regarder Oncle Vernon quand il regarde ces films.

Il y a des garçons dans les films d'Oncle Vernon. Ils sont toujours nus. Et il y a ces hommes. Oncle Vernon les aime beaucoup, ces films. Il passe sa main dans son pantalon et sa face finit toujours par être rouge, comme s'il allait faire un malaise. Après, il aime bien passer ses mains sur ses épaules et parfois ses larges mains s'attardent sur les fesses de Harry et aussi… là. Ça le met mal à l'aise, il n'aime pas ça mais il ne sait pas comment réagir. Elles sont toujours moites, les mains de son Oncle. Et il lui demande parfois d'enlever son tee-shirt pour pouvoir passer sa main sur son ventre et son torse mais il ne demande pas à Harry de faire ce que font les autres garçons dans les films. Pas encore, souffle la petite voix dans sa tête.

D'ailleurs, Harry ne veut pas savoir ce qu'ils font, il pose toujours ces yeux ailleurs quand la télévision s'allume et qu'Oncle Vernon commence à respirer bruyamment. Il ne veut pas savoir. Il sent que c'est quelque chose de mal. Aujourd'hui, il est rentré tôt et Harry sent qu'il a encore bu. C'est mauvais signe, Harry le sait. Tante Pétunia n'aime pas ça et prend ce prétexte pour emmener Dudley à l'épicerie pour aller chercher une glace en attendant que son « ivrogne de mari dessaoule ». Elle est très en colère et les mots fusent. Tante Pétunia finit par en avoir assez et elle s'en va en claquant la porte. Oncle Vernon boit vraiment trop et trop souvent ces derniers temps.

Ils se disputent tout autant. Et Oncle Vernon regardent beaucoup ses films.

Aussitôt qu'elle est partie, Oncle Vernon demande à Harry de venir. Il est complètement saoul et il se dirige automatiquement vers le bar pour se servir avant de saisir directement la bouteille et de s'affaler dans le canapé aux motifs fleuris. Il lui aboie de se déshabiller. Il est fâché et son Oncle est dangereux quand il cumule son état colérique et la boisson. Harry est trop surpris pour réagir. Son Oncle saisit alors son tee-shirt et le déchire avant d'aboyer à Harry d'enlever son pantalon. Harry s'exécute, apeuré. Il n'a jamais vu son Oncle comme ça et ne sait comment il doit agir. Il réfléchit à une stratégie pour pouvoir s'en aller sans trop de dommage mais ne trouve rien. Son esprit est vide.

Harry prend peur, vraiment peur. Ça le paralyse et il ne peut plus bouger. Il n'arrive pas à se concentrer sur sa magie, elle le fuit. Le trahit. Au moment où il en avait le plus besoin, il n'y a plus rien. Oncle Vernon descend le caleçon qui fut autrefois celui de Dudley. Et il halète. Bruyamment. Et il transpire. Tellement. Ses gros doigts boudinés passent sur ses fesses, sur son torse et aussi… là. Harry essaie de reculer mais la poigne de son Oncle est trop forte, plus forte que lui. Il utilise son autre main pour détacher sa ceinture mais cette fois, ce n'est pas pour frapper Harry. Il baisse son pantalon qui lui tombe sur ses chevilles puis vient le tour de son propre caleçon.

Son sexe est horrible, tout droit et tout gonflé. Si laid.

- Suce-moi.

Harry ne veut pas mais la poigne de fer de son Oncle le force à approcher de cette… chose rougeoyante et dure.

- Tu n'as pas intérêt à essayer de mordre ou t'échapper, garçon, sinon, je pourrais vraiment me… fâcher.

Harry sait qu'Oncle Vernon ne plaisante pas et qu'il n'a plus le choix.

oOo

Tante Pétunia est rentrée avec Dudley et c'est comme si rien ne s'était passé. Oncle Vernon est de bonne humeur maintenant et il se réconcilie facilement avec sa femme en l'invitant au théâtre le lendemain. Sa Tante n'apprécie pas qu'il soit toujours en état d'ivresse mais l'occasion de sortir la réconcilie quand même avec son mari. Comme si rien n'avait changé. Mais Harry, lui, il sait. Il n'arrête pas d'y penser même s'il fait tout ce qu'il peut pour s'en empêcher. Harry, lui, est enfermé dans son placard et il essaie de ne pas vomir ce que son Oncle l'a forcé à avaler. Même s'il en a très envie. Il s'efforce d'oublier ces doigts qui l'ont fouillé, souillé à l'intérieur et cette main qui l'a caressé à des endroits où elle n'aurait jamais dû être. Maintenant, Harry sait ce qu'il y a dans les films d'Oncle Vernon. Et surtout, il essaie d'oublier ce qui se serait passé si Tante Pétunia n'était pas rentrée plus tôt que prévu, si Oncle Vernon n'avait pas entendu la voiture remonter l'allée, s'il n'avait pas dû s'arrêter… Il se sent dégoutant, faible et impuissant. Terrorisé, paralysé.

Et Sale. Tellement sale.

oOo

Cela fait une semaine que Harry met tout son talent à éviter de se retrouver seul avec Oncle Vernon et il sent que cela énerve l'homme. Il a même fait attention à se faire battre en présence de sa Tante. Il se fait pitié. Harry est tellement inquiet qu'il n'arrive plus à se concentrer sur ses corvées ou à étudier sans que ses mains tremblent. Il a peur de son Oncle comme jamais auparavant. Les corrections, les hurlements et les insultes, il peut y faire face, il a l'habitude. Mais ça… Pourtant, ce matin-là, Oncle Vernon semble de bonne humeur, joyeux même. L'enfant ne saura pas pourquoi avant que sa Tante ne vienne lui ordonner de préparer les bagages de Dudley car ils vont rendre visite à Tante Marge dès ce week-end avant de partir en vacances.

Vernon doit rester car il a « d'importantes affaires à traiter » avant de les rejoindre dimanche matin dit-elle distraitement, ne notant pas que le garçon s'est figé. Elle lui précise qu'elle lui a laissé de quoi se nourrir pendant leur absence, ce qui se limite à quelques conserves et une miche de pain déjà à moitié rassie. Son ton se fait plus froid lorsqu'elle lui dit qu'il a intérêt à ne pas se faire remarquer. Et à faire toutes les corvées pour leur retour. Oncle Vernon est parti en sifflotant ce matin-là en demandant à Harry de lui amener son attaché-case pour pouvoir lui glisser à l'oreille qu'ils pourraient reprendre très bientôt « là où ils s'en étaient arrêté la dernière fois, sans crainte d'être dérangés ».

Son Oncle souriait sinistrement en disant cela et Harry prit une décision.

oOo

Il a mis les valises dans le coffre de la voiture et les a regardés partir en ce samedi matin. Son Oncle l'a appelé de l'intérieur mais il n'a pas l'intention d'y aller. Harry, à défaut de pouvoir exprimer ses émotions, a compensé cela par un incroyable sens de l'observation et de perception et une compréhension presque effrayante de logique et de rationalité vis-à-vis de son monde. Il ne sait pas si c'est bien ou si c'est mal. C'est juste comme ça. Il sait qu'il n'a nul part où aller et il sait que personne ne le croira ou serait impuissant si c'était le cas. Melle Crawley a voulu l'aider. Mais Oncle Vernon et Tante Pétunia étaient plus fort qu'elle et ils ont gagné. Et les autres ont fait comme si rien n'était. Il n'y a personne sur qui compter. Même sa magie l'a abandonné. Il sait aussi qu'il ne pourra pas échapper indéfiniment à son Oncle et que, même s'il s'échappe, on finira par le retrouver. Et le ramener. Pour qu'Oncle Vernon puisse terminer ce qu'il a commencé « sans qu'on vienne le déranger ». Pour que ce sourire horrible soit sur son visage. Pour qu'Harry soit obligé de faire comme dans les films. Il est conscient qu'il n'a que huit ans et qu'il ne peut pas survivre seul mais il ne veut pas rentrer et accepter ça.

Il ne peut pas. Il ne veut pas. Il ne le fera pas.

Il récupère le petit baluchon qu'il a préparé discrètement et a caché dans les talus. Il y a les choses les plus précieuses pour lui dedans. En même temps, il ne possède que ça. Il le jettera dès qu'il le pourra mais il ne voulait pas laisser ce qui lui appartenait chez les Durleys. Tant pis s'il ne les revoit jamais, ça restera son secret. A personne d'autre. Il s'en va en courant, passant par des jardins sans se faire remarquer pour être hors de vue de son Oncle qu'il entend s'époumoner contre lui. Il ne reviendra pas. Il ne les laissera pas gagner. Il atteint l'arrêt de bus et paie un ticket pour Londres avec le peu d'argent qu'il possède ou plutôt qu'il a pris dans le sac de sa Tante quand elle ne regardait pas.

Il fait gris mais il s'en fiche. Il veut en profiter. Car ce jour sera le dernier.


1 "Qui n'a plus d'espoir n'aura plus de regrets." Citation de William Shakespeare.


Voilà!

Fin du prologue. Nous retrouverons notre cher Maître des Potions à partir du prochain chapitre dans environ 2 semaines.

Je rappelle que je réponds aux rewiews anonymes sur ma page de profil.

N'hésitez pas à me faire connaître votre opinion, ça ne fera que booster ma motivation.