Disclaimer: Maître Oda est le seul qui peut faire faire des conneries monumentales à ses personnages ET en vivre.
Rating: T
Pairing: ZoSan - SanZo
Le mot de l'auteur: Hello les kiwis ! Voilà un petit mois qui est passé entre le prologue et l'arrivée du chapitre 1, j'ai un peu honte... Je voulais tous vous remercier pour vos chaleureux commentaires, ils m'ont fait super plaisir, vous êtes des anges ! J'espère que vous ne regretterez pas de me suivre sur ce chemin très biscornu. Tout est ficelé et quasiment écrit, les réponses viendront dans le suivant et dernier chapitre !
ENJOY IT ! :)
Chapitre 1: Troublante arrivée
On a toujours en tête ce cliché bien précis. Lequel veut que, lorsqu'il se passe quelque chose, quand on assiste à un moment tragique, le ciel soit en accord avec celui-ci. Il devient soudainement noir de nuages et la pluie se met à tomber sans discontinu, comme si les cieux étaient en résonance avec la tristesse et le déchirement que l'on ressent sur le coup.
Mais ce n'est qu'une connerie phénoménale qui n'a sa place que dans les films.
1
Un soleil affreusement radieux trônait trop fièrement au milieu de l'azur presque irréel lorsqu'il est arrivé ici. Il aurait cru se faire narguer par le temps. Tellement stupide...
Ébloui par les raies vives et chaudes de cet astre qu'il n'avait plus l'habitude d'admirer, il protégea sa vision de sa main et resta ainsi à regarder fixement les rares nuages itinérants, sans bouger ne serait-ce qu'un doigt de plus. Alors c'était cela ? Ce monde de vide, cet espace réservé aux parias, il ressemblait à cela. Une petite bourgade tranquille et ensoleillée.
Rabattant finalement sa paume contre ses yeux, il se prit à ricaner. Ses épaules se soulevaient rapidement, presque nerveusement et convulsivement. Puis se fut bientôt au tour de sa poitrine, et il partit en un éclat de rire fou et incontrôlable. Alors, il rit, il rit, inlassablement. Sa situation était tellement risible, après tout. Il était si pathétique ! Il venait d'atterrir dans le pire endroit de la terre et tout ce à quoi il pensait était cette foutu boule de lumière suspendue dans le ciel ! Ah si on le voyait ainsi..
Un éclair passa sous les paupières mi-closes de l'homme blessé et allongé au milieu de la rue déserte. Des visages familiers, tous plus souriant les uns que les autres. Ses amis, sa famille, son village. Et son rire démentiel se mua en un cri de rage tandis qu'il éclata avec force le poing qu'il avait devant les yeux sur les pavés de cette petite rue.
Il avait tout perdu. Absolument tout. Son combat, ses proches, sa fierté et son monde entier. Il se retrouvait maintenant dans l'entre-monde. Il n'avait pas cessé de vivre, pourtant il n'était plus vraiment vivant. Il était passé de «l'autre côté», celui des oubliés, celui de l'autre mort.
Il grinça des dents. Comment pourrait-il les aider maintenant ? Comment pourrait-il les retrouver ? Ce devait être possible. Aussi abominable qu'on disait cet endroit, il existait forcément un moyen de s'en échapper. Tous les livres qui en parlaient, toutes les légendes qui s'étaient fondées sur son existence s'étaient visiblement plantées sur toute la ligne. Il était bien loin le néant qui vous dévore et ce sentiment béant de solitude qui tue peu à peu votre raison. Ce n'était qu'un petit village désert, aux maisons à colombages bleus bien entretenues, décorées généreusement de géranium de toutes les gammes de rouges. Ça sentait le soleil et les fleurs, où étaient toutes ces macabres promesses de douleur et de déraison ?
Avec un peu de chance, il avait évité ce lieu tristement fameux qu'était l'entre-monde et avait atterri il ne savait trop où. Cela voudrait alors dire qu'il pourrait retrouver les siens. Qu'il pourrait retourner se battre à leurs côtés et vaincre ce seigneur de misère qui mettait à mal l'école de celui qu'il considérait comme son père spirituel.
Il avait fait sa vie dans un village sans histoire, sur une île un peu oubliée, mais pas perdue pour autant. Il s'était consacré, et il aurait voulu l'être jusqu'à son dernier souffle, au maniement du sabre, aux côtés de sa presque sœur et son maître. Cet homme, pourtant si jeune, avait livré des batailles qu'on ne pouvait imaginer, il avait été marqué de la pire des manières par ses luttes incessantes pour aider les siens une blessure, qui aurait pourtant du lui être fatale, s'il n'était pas ce gaillard robuste et entraîné, ornée son torse dans son intégralité. Elle lui avait fait souffrir mille maux, mais il en tirait une fierté que seuls ceux ayant lutté dans des combats pareils aux siens pouvaient comprendre. Il avait traversé ce que peu de gens de son jeune âge avait eut à traverser.
Il était au début d'une vie déjà bien marquée, mais le destin avait voulu qu'elle cesse ce jour-là. Ce jour où sa route croisa, les peureux diraient malheureusement, lui et sa famille meurtrie diraient qu'il s'agissait d'une chance inconsidérée, celle du meilleur bretteur de son monde. Sa témérité l'avait poussé à aller de l'avant, face à une mort que tous pensaient certaine, mais qui ne l'avait aucunement effrayé. Il avait sorti ses armes, le torse droit et fier. Il n'avait pas failli un seul instant, même lorsque la lame d'ébène de son adversaire glissa sur son visage et lui ôta la vision du côté gauche. Pas un cri, juste une grimace et un grognement, à peine audible au milieu des éclats des sabres s'entrechoquant et de la pluie battante qui fouettait sa peau. Rien de plus, pas même une malédiction à l'encontre de son ennemi qui venait de le priver de son œil. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même de n'avoir pas su se protéger et laisser cette opportunité à son rival.
Rival... Non, il ne l'était pas. Cet homme était loin, très loin de lui. Il ne pouvait utiliser ce mot pour le qualifier, lui qui n'était qu'une pierre sur la route de l'épéiste le plus émérite de son pays. Il n'avait pas réussi à lui causer ne serait-ce qu'une égratignure. Cela avait été avec toute la peine du monde qu'il avait seulement trancher un pan de sa cape. Et il restait encore certain que ce n'était que par le bon vouloir de son adversaire qu'il avait réussi.
Ce devait être là son plus grand regret. Plus encore que d'avoir été forcé de laisser sa famille livrée à elle-même (quelque part, il savait qu'elle pouvait se défendre seule), son remord le plus vif était de ne pas avoir réussi à battre cet homme, qu'il s'était pourtant juré de surpasser. Ce même homme qui l'avait précipité ici. Tout s'était passé très vite, après sa blessure au visage. La douleur, vive sur le coup, l'avait fait reculé de quelques pas et il avait, le plus bêtement du monde, fini par tomber dans un trou dont il ne connaissait pas l'existence sur le terrain du dojo. Il avait juste eu le temps de s'accrocher aux parois de l'orifice pour essayer de s'en sortir, mais déjà il s'était senti étrangement aspiré vers le fond infini sous ses pieds. Il put à peine voir sa presque sœur accourir vers lui avant de lâcher prise.
Elle avait dû oublier son combat pour venir vers lui, elle avait certainement dû devenir une cible facile. Cette idiote, elle faisait toujours passer les autres avant elle-même. C'était noble, et tout à son honneur, mais il se souvenait du nombre incalculable de fois où elle s'était mise dans une situation dangereuse par pure inquiétude à son sujet. Bon sang...Il fallait qu'il trouve impérativement le moyen de revenir d'où il arrivait. Qu'il s'assure qu'elle aille bien, que son maître était sauf, que son monde était encore debout.
Mais alors qu'il cogitait, il ne sentit presque pas la terre tournoyer autour de lui et sa conscience le quitter.
2
Dans un quartier voisin, celui où le canal, traversé par de trop rares bateaux, coupait en deux ce petit coin paisible, un bruit d'eau et des éclats de rire résonnèrent soudainement. Une bande d'amis traversait les arches maintenant le pont au dessus du chemin aquatique, lorsque l'un d'eux eut l'idée délirante de pousser son compagnon dans l'eau verte et couverte d'algue. L'hilarité avait frappé tout le monde, excepté la victime de cette farce qui les regardait, toute boudeuse.
Il leur en fallait peu pour rire à ces idiots.
«C'est pas drôle les gars, sérieux ! Ça pue et s'est rempli de vase ! » se plaignit le jeune homme, au nez particulièrement long, ne faisant pourtant pas cesser les exclamations hilares de ses amis.
«Tu devrais voir ta tête, Usopp, c'est trop marrant ! Cria un garçon, un peu plus petit que les autres, qui riait à gorge déployée en se tenant les côtes.
- Luffy ! Aide-moi, abruti ! »
Le susnommé, sous les réprimandes de celui qui avait subit les conséquences de sa blague, essaya de contenir ses ricanements, sans réussir à empêcher ses épaules de se secouer convulsivement. Il s'approcha alors du bord et tendit ses bras vers l'infortuné baigneur, un grand sourire un peu moqueur sur les lèvres.
Et alors que l'autre se saisissait de l'aide ainsi offerte, tirant sur les poignets de son ami pour s'extirper de la vase, un souffle de vent vint geler son torse trempé de l'eau froide du canal. Puis en un instant, à peine le temps de battre des cils, Usopp se retrouva à nouveau immergé entre les algues.
Luffy lui, s'était entièrement redressé et avait le nez pointé vers le ciel qu'il semblait fixer avec quelques suspicions. Et, tandis que le garçon au long nez s'agaçait d'avantage encore, il le coupa net et s'exclama : «Il est arrivé ! » avant de partir à vive allure vers une destination connue de lui seul. Ses amis restèrent perplexes, se contentant de s'interroger silencieusement du regard.
Luffy était un jeune homme très actif, qui courait partout et s'emportait pour un rien. La moindre petite nouvelle était susceptible de lui donner un élan inimaginable, parfois pour pas grand chose. Ses excès d'énergie étaient parfois très impressionnant, mais on s'en accoutumait vite. On ne s'étonnait plus de ses réactions bien plus que vives, qui donnaient presque l'impression qu'il surjouait pour égayer ses amis. On s'inquiétait juste de sa nouvelle destination.
Et soudain, ils eurent la réponse à leur interrogation ce genre particulier d'élan ne voulait dire qu'une seule chose. Du moins, certains d'entre ces amis, les plus vieux, avaient compris, à force de l'observer, qu'il avait toujours rapport à la même affaire. Les autres s'étaient laissés dire par les premiers de quoi il s'agissait.
Les plus vieux de cette petite bande se nommaient Nami et Sanji. Quoique la notion de vieux est incorrect puisque le temps ne s'écoule plus ici. Le jour a l'air de durer cent ans et la nuit cent autre années. L'on y meurt à dix-neuf ans comme à quatre-vingt dix. Nous dirons qu'ils étaient ceux présents dans cet endroit étrange depuis le plus longtemps. Ils avaient vu arriver ici Usopp et Vivi.
Personne ne se souciait de cette absence de temps, que l'on ne remarquait même pas du reste. Ils savouraient leur semblant de vie du mieux qu'ils pouvaient. Ils faisaient fi de ce qui n'était plus utile ici. Leur existence passée n'était plus qu'un lointain souvenir, lorsqu'elle n'avait pas totalement disparu des mémoires.
Nami avait entièrement oublié son ancienne condition, sa captivité particulière et la haine qu'elle vouait au seigneur des terres qu'elle habitait. Elle avait omit la rébellion qu'elle avait mené face à lui, qui avait coûté la vie à la moitié de son village et qui lui avait valut son arrivée ici. Elle avait effacé de sa mémoire le nom de sa sœur Nojiko et de la femme qui les avait élevées avec tout l'amour qu'il était possible d'offrir à deux gamines abandonnées par des parents irresponsables.
Bien sûr, cela n'avait jamais été le souhait de cette jolie rousse, et cela c'était fait à ses dépends. Il ne lui restait maintenant plus que la sensation d'être née hors de cette ville, rien de plus et rien de moins. Pour autant, elle n'en souffre aucun mal, tout cela c'est fait très naturellement et, entourée de compagnons, elle est la plus radieuse des créatures.
Sanji lui, avait gardé quelques bribes de sa vie passée, car il est arrivé ici bien après Nami. Mais elles étaient infimes à l'échelle de toute une existence. Il ne lui restait que la certitude d'avoir été cuisinier sur un bateau de croisière aussi grand qu'une île et une silhouette noircie dont il peinait à se rappeler. Cependant, cet endroit lui avait retiré tout souvenir à revisiter la nuit. A lui non plus cela ne pesait pas plus qu'il ne fallait, les idioties de ses amis suffisaient à distraire son esprit, il s'occupait en les grondant, mais les aimait bien.
Seulement, Sanji ne savait pas que bientôt, la brèche de son ancienne existence allait s'ouvrir à nouveau.
Pour l'instant, après un regard entendu vers ses camarades d'infortune, et avoir sorti Usopp de la vase dans laquelle il trempait, il s'élança en leur compagnie à la suite de Luffy. Ce fut sans trop de mal qu'il le rattrapa, quelques rues plus loin, mais ce ne fut que lorsque le jeune homme cessa sa course qu'il put arriver à sa hauteur.
«Hé, regardez, regardez ! » s'écria joyeusement l'adolescent en sautillant autour de sa trouvaille.
Puis, cessant de s'agiter ainsi, il laissa à ses amis la place pour venir et voir de plus près ce visage qui allait à présent faire parti de leur vie d'oubliés. C'était un jeune homme, comme chacun d'eux, à croire que les malheurs du monde ne frappaient que les nouvelles générations, il avait d'étonnant cheveux verts.
Et alors que tous s'approchèrent pour l'observer mieux, poussé par leur curiosité qui les forçait à se poser mille questions à son sujet, Sanji fut le seul qui recula de quelques pas.
«Il est encore vivant, vous croyez ? demanda Usopp.
- Vu ses blessures, ça va peut-être pas durer. » fit remarquer Vivi qui pointait l'oeil totalement ensanglanté du nouvel arrivant.
La petite bande le considéra un instant silencieusement en plissant le nez, jusqu'à ce que le blessé ne grogne dans son inconscience.
«Il va bientôt se réveiller, il vaut mieux le transporter à l'abri et s'occuper de ça.»
Nami, les mains sur les hanches, donnait les ordres, comme elle le faisait très souvent depuis qu'elle était ici.
«Sanji, appela-t-elle en se tournant vers le blond qui fumait à quelques pas, tu le transportes.»
Ce dernier, qui était resté en retrait depuis le début, ne protesta pas le moins du monde. Un sourire bien heureux vint se former sur ses traits alors qu'il tapait dans ses mains.
«Tout ce que tu veux, ma chère Nami.»
Mais même le ton le plus gai du monde ne put cacher son manque d'enthousiasme. Ce n'était pas contre Nami, loin de là. Il l'adorait, parfois plus que de raison, comme il aimait Vivi et toutes les femmes. Le blond vivait pour elles et les choyait, autant qu'il était humainement possible de choyer une femme. Usopp disait qu'il devait certainement être un satyre dans une autre vie. Mais c'était une autre histoire et si son trouble ne provenait pas de la rousse, Sanji le portait actuellement sur son dos.
3
Ils arrivèrent alors à leur petit abri. C'était un appartement modeste, on aurait pu dire en piteux état. Mais c'est bien souvent dans les lieux les plus délabrés que règne l'ambiance la plus chaleureuse et celui-ci ne dérogeait pas à la règle.
Il y avait une cuisine et une grande pièce à vivre, coupée en deux parties par une moitié de mur. La première partie ressemblait vaguement à un salon, il y avait un canapé sur lequel, en s'asseyant, on pouvait sentir les ressorts usés, et une télé qui semble n'avoir jamais fonctionné. La deuxième moitié ne ressemble à pas grand chose, une table, quelques chaises branlante et des murs contre lesquels reposaient de grands matelas que cette famille recomposée mettait à terre la nuit pour dormir.
L'endroit ne comptait qu'une chambre, qui appartenait à Luffy, mais il n'y dormait que rarement et seulement avec une seule personne, qu'il désignait lui-même. Personne d'autre n'entrait. Le reste des nuits, il les passait avec tous ses compagnons, sur les matelas au sol.
Il existait bien une autre pièce dans ce petit appartement, mais elle était un peu oubliée, car dissimulée entre quelques éléments de cuisine bancals et n'avait pour fonction que celle de débarras. C'était pourtant une mine à trésor que l'un des habitants de ce triste lieu avait commencé à explorer à l'insu des autres.
Mais pour le moment, Sanji avait déposé l'infirme sur le vieux canapé vert sombre du salon et Luffy avait bondi sur le dossier pour mieux rester auprès de lui. Les autres étaient également dans la pièce, trousse de secours en main.
C'est Vivi qui fut désignée pour donner les soins. Nami préférant largement avoir en main une poêle à frire que des bandages, car après tout, on ne savait pas vraiment quel genre de personne pouvait atterrir ici.
«Tu devrais te détendre, suggéra Usopp qui la trouvait largement trop crispée, tu risques rien.
- Il a l'air louche, t'as vu toutes les blessures qu'il a ? Si ça se trouve dans son monde, c'était un mercenaire sanguinaire. Elle ne le lâchait pas des yeux.
- Mais il n'a même plus d'arme ! Il nous fera rien.
- T'as vu les pectoraux qu'il a ?! Il pourrait te faire voler à travers l'appart rien qu'en te mettant une baffe.
- T'es folle. Et parano. Y'a aucun risque. Dis-lui, Sanji, implora le jeune homme.
- Il a raison. » répondit-il mollement.
Il n'était pas dans la conversation et, à dire vrai, il n'avait pas l'air d'être là du tout. Adossé contre le mur, le blond ressassait ses pensées, les yeux rivés sur l'invité.
Ni Usopp, ni Vivi n'avaient plongé Sanji dans un tel trouble à leur arrivée. Aucun d'eux n'avait secoué sa mémoire car il les avait associés à des visages de son passé. Mais cet homme allongé là, il lui semblait le connaître. Etait-ce possible ? Sur toutes les personnes que l'on envoyait ici, combien avait la chance d'atterrir dans cette ville ? Et de combien étaient alors les probabilités que deux personnes d'un même monde aient cette même chance ? C'était tout à fait impossible.
Un flash passa sous ses paupières mi-closes et le fit grimacer imperceptiblement. Un morceau de sa vie passée qu'il croyait avoir totalement perdu.
L'intervention de Vivi, qui se redressa après avoir bandé l'oeil du blessé, l'empêcha de se plonger trop profondément dans des souvenirs qui resurgissaient et il l'en remercia silencieusement. Luffy sauta du dossier sur le sol.
«Sa blessure n'est pas très grave, il devrait s'en tirer. Il fera certainement de la fièvre pendant quelques jours, il vaudrait mieux qu'il reste alité. expliqua la médecin improvisée, avant de se faire saisir vivement par les épaules par Luffy.
- Tu gères, Vivi ! Il va bientôt se réveiller ?
- J-Je ne sais pas trop. Il a l'air solide, alors je dirais oui. balbutia la bleuté, le rouge aux joues.»
La réponse ravit le jeune maître des lieux qui sautilla sur place, égayé encore d'avantage par la nouvelle.
«Je vais rester là alors, j'vous sonne quand il ouvre les yeux.
- Aucun soucis, on sera à côté. s'empressa de répondre Nami en se saisissant du bras d'Usopp. Viens avec moi, toi. Y'a une partie de Poker qui nous attend.»
Le pauvre n'eut pas le temps de protester qu'il se trouva entraîner par son amie, Vivi sur leurs talons, non sans un regard par dessus son épaule vers le petit brun.
Cela avait toujours été comme cela. Lorsqu'ils accueillaient un nouveau compagnon, ils laissaient toujours Luffy seul pour son réveil. Il en avait été ainsi pour chacun d'entre eux et personne n'avait cherché à aller contre cette règle que ce gamin si énergique avait réussi à instaurer avec un grand naturel.
C'était Luffy qui leur apprenait à chacun où est-ce qu'ils se trouvaient, ce qu'ils allaient devenir. Il parlait pendant un long moment avant de faire les présentations au reste du groupe. On ne savait pas s'il discutait toujours des mêmes choses ou si chaque échange était unique. Ils ne conversaient pas de cela ensemble. Ils préféraient ne pas évoquer qu'ils avaient tous dépérit dans cet endroit.
On ne parlait pas des malheurs, ou seulement avec Luffy, qui avait l'extraordinaire force de les écouter avec le plus grand sourire du monde et de leur montrer qu'ils pouvaient relativiser.
Mais cette fois-ci dérogera à la règle.
Sanji n'avait pas suivit le petit groupe pour leur partie de cartes. Il était resté adossé contre le mur et regardait le brun, qui lui s'était assis en tailleur près du canapé, dans les yeux.
«Je peux te parler ? demanda le blond.
- Qu'est ce qu'il y a ? Tu sais le frigo, c'est pas moi qui l'ait vidé, promis ! Quand je le vide, je le remplis juste après, c'est vrai !»
Il avait débité cela à une vitesse ahurissante en brandissant ses bras entre lui et son ami, comme s'il craignait de se prendre son coup de pied ravageur. Le responsable de la cuisine se décolla du mur en ricanant. Non, ce n'était pas de cela qu'il voulait parler. Il avait remarqué depuis longtemps déjà que le frigo devait être en quelque sorte magique, puisqu'il suffisait d'une nuit pour qu'il soit à nouveau plein de tout ce dont cette jolie bande de bras cassés avait besoin.
Maintenant, il savait que c'était l'oeuvre de Luffy. Mais comment il s'y prenait était un tout autre mystère. Il n'y avait aucune épicerie dans cette ville.
Sanji s'assit à son tour par terre.
«J'ai une faveur à te demander.»
Le petit chef de bande plissa le front et pencha la tête de côté, il ne voyait absolument pas ce que son ami pouvait bien lui demander et encore moins ce qui le troublait. Il fallait dire que, de toute les personnes qu'il avait vu ici, le blond était l'une des plus étranges et imprévisibles. Il était même sûr qu'il ne réagissait pas de la même manière à cet endroit.
Devant le mutisme de son interlocuteur, le plus vieux s'autorisa à continuer. Il détacha alors son regard de celui d'ébène du garçon pour le poser sur l'inconscient allongé.
«J'aimerais que tu me laisses m'occuper de son cas. »
La perplexité s'en alla, et se fut au tour de la surprise de peindre les traits de Luffy. C'était bien la première fois qu'on voulait prendre sa place comme ça. Il laissa son regard faire des aller-retours entre son ami et le nouvel arrivant. Pourquoi ? c'était la question qui le turlupinait, mais qu'il se retint de poser. En fait, en y réfléchissant, cela pouvait être une drôle d'expérience. Il allait certainement bien en rire. Et puis, il y avait cette lueur si vive dans les yeux du blond qui lui intimait qu'il pouvait bien lui laisser son rôle.
«Tu le connais ? demanda le plus jeune.
- Non. Mais j'ai un pressentiment. »
Ses yeux ne se détachaient pas un instant de l'infirme, qui semblait presque l'hypnotiser. Le brun n'attendit pas, il haussa les épaules, comme si tout cela lui fut égal et il se redressa alors.
Sanji avait toute sa confiance, il avait ce quelque chose de spécial par rapport aux autres, qui glissait à l'oreille de Luffy qu'il pouvait -et même qu'il devait- le laisser faire. Il était de ces gens très rares qu'il lui était arrivé de rencontrer bien avant et avec lesquelles il avait toujours lié quelque de plus particulier.
Un large sourire aux lèvres, l'adolescent s'étira de tout son long avant de tourner les talons.
«Je te le laisse, alors. J'suis à côté si tu as besoin.» dit-il avant de galoper joyeusement vers ses amis, dans la pièce suivante, hurlant qu'il voulait une place pour jouer aussi.
Sanji attendit qu'il soit hors de son champ de vision pour soupirer longuement et s'allumer une cigarette. D'ordinaire, jamais il ne fumait dans le salon, et par extension, très rarement à l'intérieur, seulement, cette journée n'avait rien des autres, alors autant continuer les anomalies.
Recrachant un nuage de fumée dans l'air, le blond repensa à la demande qu'il venait de formuler et, lorsqu'il se dit qu'il n'avait peut-être pas fait la bonne chose, le souvenir d'une silhouette floue, de quelques murmures échangés lui revint et le fit frissonner. Ses yeux, qui avaient suivit le chemin de la fumée qu'il soufflait se posèrent alors sur l'homme allongé sur le canapé.
«Ils vont bientôt arriver. » Un souffle chaud contre son oreille. Une main serrant une autre et une prière, presque inaudible. «Reste. Juste un peu. » Un sourire. «Parce que tu m'as déjà vu me barrer avant l'heure? » Une étreinte réconfortante, la chaleur des bras d'un être aimé. Il est bien là, il souhaiterait y rester toute sa vie. Mais sa vie s'arrête ici et il n'a aucun moyen de la prolonger. Au moins auprès de lui, il a l'impression que le temps s'écoule plus doucement, goutte par goutte. «Merci, Zoro.» Un baiser, plein de tendresse, plein de tous ces mots qu'ils n'ont plus le temps de se dire, de ces promesses silencieuses et de leurs sentiments. Le dernier.
Comme le nuage autour de lui, Sanji chasse ses souvenirs d'un geste de la main. Son regard n'avait pas quitté l'inconscient et il n'avait pas senti les bribes de son ancienne vie le submerger. Il grinça des dents quand il sentit son cœur, affolé par tous ces surgissements, battre à tout rompre. C'en était presque douloureux.
Il croyait sincèrement que l'homme passionné qu'il avait été dans son autre existence était mort en arrivant ici. Il pensait qu'en ces lieux, les sentiments n'avaient plus leur place. Il l'aurait voulu. Puis il fallut que ce type arrive et qu'il lui rappelle tout ce qu'il avait oublié.
Le blond fronça les sourcils. Ce fut à cet instant qu'il remarqua alors. Pourquoi l'avait-il effacé de sa mémoire ? S'il ne voulait plus de ces sentiments là, il ne s'était jamais dit qu'il mettrait à la trappe tous les souvenirs qui y étaient liés. Mais il n'y avait pas que cela qu'il avait omit de son ancienne vie. Il en existait d'innombrables autres qu'il semblait avoir rayé de sa mémoire sans même s'en rendre compte. Peut-être qu'en fin de compte, c'était vraiment...
Le cours de ses pensées prit fin en même temps que sa cigarette qu'il écrasa contre le sol. Il en avait vu d'autre, ce n'était pas une petite brûlure qui allait se remarquer parmi toutes les traces de vie sur ce parterre.
Sanji se leva. Il jeta un coup d'œil dans la pièce d'à côté. Tous riaient joyeusement en jouant à il ne savait quel jeu. Puis il s'approcha du canapé et se pencha au dessus de son occupant. Sa ressemblance avec la silhouette de ses souvenirs étaient vraiment troublantes. La même carrure, les mêmes cheveux particuliers, les mêmes traits durs et sérieux. Et le même oeil ambre qui à cet instant, semblaient briller de fureur. Hein ?!
Dans la pièce adjacente, un grand rire éclata, couvert bientôt par tout un tas de protestations. Nami venait de gagner la partie pour la dixième fois consécutive, faisant râler ses partenaires de jeu. Heureusement que rien n'était misé, ils auraient tout perdu.
«Tu triches, Nami, c'est pas possible ! » Protesta Luffy, d'une voix criarde d'enfant contrarié.
Mais la rousse ne put rétorquer, et son sourire contenté disparut bien vite lorsqu'elle, comme les trois autres, sentirent le mur vibrer violemment et un des matelas reposant contre, tomber à terre.
«TOI ! »
Un cri de rage acheva de dissiper l'ambiance heureuse qui régnait entre eux et les fit se précipiter vers le salon, d'où venait vraisemblablement toute l'agitation. Cette voix ne leur était pas connue. Et Sanji ne criait pas de cette manière. Cela ne pouvait que signifier que le blessé s'était réveillé.
«Sanji ! » s'écria Vivi en se stoppant net, face à la situation de son ami.
Celui-ci était écrasé contre le mur, retenu à la gorge par la main puissante de ce nouvel arrivant agressif qui le fixait d'un air mauvais.
«Qu'est ce que tu fais ici ?! » pesta l'homme aux cheveux verts.
Voilà pour ce premier chapitre. Je ne suis pas très satisfaite du ressorti de Luffy, mais je n'arrivais pas à faire autrement.. m'enfin ! A la base, il devait se finir bien après cette scène-ci, mais je n'avais pas envie d'un chapitre trop long, alors j'ai revu le plan. En tout cas, j'espère qu'il vous a plut ! C'est encore une entrée en matière si je puis dire, le gros est à venir. Si vous avez des questions (qui n'emmènent pas à du spoil, of course), je suis là !
A tout bientôt :)
