Deuxième chapitre : Ai-lin a terminé, non sans mal, de soigner Nnoitra :)


Ai-lin quitta les quartiers de son maître en poussant un soupir. Il avait, une fois de plus, passé sa rancoeur sur elle. Encore une fois, elle s'était relevée sans se plaindre malgré les côtes cassées. Mais elle s'endurcissait, elle avait de moins en moins mal. Si cela pouvait soulager Nnoitra-sama, tant mieux, mais elle savait que toute cette violence ne pourrait rien résoudre... Elle encaissait les coups, docile, en attendant de trouver un moyen pour le sauver de cette douleur qui le rongeait.

- Ai-lin-san !

- Oh ! Dame Nelliel...

Nelliel était toujours chaleureuse avec Ai-lin, sûrement par compassion féminine, parce qu'elle était désolée de voir ce que Nnoitra faisait subir à sa fraccion. Elle se sentait coupable car la majorité des blessures qu'il lui infligeait résultaient de l'humiliation accumulée après ses défaites cuisantes contre elle, la Tercera Espada.

- Oh, je t'en prie ! Je t'ai déjà dit que tu pouvais m'appeler Nel !

- Jamais je n'oserai, Madame...

- Haha, tu es bien respectueuse, ce pauvre Nnoitra ne se rend pas compte de la chance qu'il a.

En entendant cela, Ai-lin baissa la tête. Dame Nelliel utilisait toujours des mots péjoratifs pour désigner son maître, pauvre Nnoitra, cet idiot de Nnoitra, Nnoitra n'est qu'un enfant, immature, irréfléchi... Elle le regardait de haut, le traitait avec arrogance et mépris, peut-être sans s'en rendre compte parfois. Cela faisait de la peine à sa fraccion, elle savait qu'il valait mieux que ça.

Et, plus elle passait du temps à se lamenter face au bourreau de son maître, plus ses côtes cassées et organes endommagés la faisaient souffrir.

- Ai-lin, tout va bien ?

- O-oui, Dame Nelliel, je dois juste... y aller... Nnoitra-sama m'a demandé de... heu... Excusez-moi...

Alors qu'elle s'apprêtait à prendre congé, la Tercera Espada la retint par le bras avec un regard dur, lourd de sens.

- Il t'a encore frappée, n'est-ce pas ?

- N-non...

- Me respectes-tu si peu pour oser me mentir ?

- Dame Nelliel...

Ai-lin était horrifiée. Elle avait menti à Dame Nelliel qu'elle admirait pourtant au plus haut point. Mais après tout, ce n'était pas son problème, ce que son maître faisait à ses fracciones. Elle avait choisi de le suivre, elle assumerait jusqu'au bout. Elle se dégagea d'un brusque mouvement de bras qui secoua tout son être et lui arracha un cri de douleur alors que la Tercera Espada lui lançait un regard plein de pitié. Ce même regard qu'elle avait lorsqu'elle regardait Nnoitra-sama. Ce regard qu'elle détestait.

- Bonne journée, Dame Nelliel.

- Ai-lin-san, je suis désolée...

Mais elle lui avait déjà tourné le dos, détalant vers l'infirmerie. Son état actuel l'empêchait d'utiliser le Sonido, elle était encore trop faible et se maudissait intérieurement pour cela. Elle entendit seulement Nelliel soupirer et marmonner que c'était sa faute, mais elle n'y fit pas attention. Elle espérait juste qu'elle n'irait pas en parler à son maître, cela ne ferait qu'attiser sa colère qu'il déverserait ensuite sur elle. C'était arrivé une fois... Elle y avait échappé de justesse.

Perdue dans ses pensées, elle pénétra dans l'infirmerie et s'allongea sur le premier lit qu'elle trouva, sans se poser de questions. Ils étaient habitués, de toute manière, elle venait si souvent.

- Oh, Ai-lin-chan !

Elle sursauta en entendant cette voix, provenant du lit à sa droite. Cette voix de pervers cinglé... ça n'aurait pas pu être pire.

- Bonjour, Grimmjow-sama...

- T'en fais, une tête ! Ce crétin de Nnoitra t'a encore tabassée ? Viens donc faire un câlin à tonton Grimmjow !

- Je me dois de refuser cette proposition, Grimmjow-sama.

- Oh, toi alors, toujours aussi froide !

Ricanant intérieurement, Ai-lin fixa le plafond dans l'espoir que quelqu'un vienne la sauver de cette situation embarrassante ou que l'inspiration lui vienne pour qu'elle puisse enfin clouer le bec de ce chaton obsédé. Il faisait une fixette sur elle, elle ne savait pas pourquoi, ne se trouvant pas si attirante que ça, sincèrement... Elle était trop préoccupée pour s'intéresser à l'effet qu'elle pouvait avoir sur certains Arrancars masculins. Elle adoptait un comportement courtois mais glacial avec le Sexta, tout l'opposé de sa façon d'agir avec son maître. Pourtant, il n'abandonnait jamais...

- Nnoitra ne te mérite pas ! Si tu deviens ma fraccion, je m'occuperai bien de toi...

- Je suis allergique aux poils de chats, Grimmjow-sama.

Il fallait cependant avouer que, par moments, elle s'amusait beaucoup de cette situation...

- Idiote ! Si tu préfères rester avec un dégonflé qui se venge sur ton petit minois dès qu'il perd un combat, c'est ton problème...

- Exactement, Grimmjow-sama.

- C'est qui, le dégonflé ?

Le sang d'Ai-lin ne fit qu'un tour. Son maître se tenait dans l'embrasure de la porte de l'infirmerie, le regard dur. Il était en colère, elle était complètement amochée... ça y est, elle allait mourir ici, sans avoir réussi à faire évoluer son comportement, après avoir eu à subir les avances du Sexta... Une mort déshonorante. Quelle déception.

Elle s'apprêtait, résignée, à recevoir le coup de grâce mais rien ne vint. Nnoitra s'était arrêté un lit plus tôt et fixait la jambe droite de Grimmjow, salement blessée, avec un sourire sadique. Le Sexta se redressa avec un air de défi dans le regard :

- Qu'est-c'tu regardes, Nnoitra ?

- Oh... Je me disais juste que c'était une toute petite éraflure, ça... Tu veux que je rende ça plus gore ? Santa Teresa s'en chargerait à merveille...

- Attends un peu que je sois rétabli et tu vas voir !

- Voir quoi ?

Sans se départir de son immense sourire, il se retourna et attrapa Ai-lin pour la jeter sur son épaule. La poitrine de la fraccion rencontra si violemment l'os pointu de son maître que le choc lui fit cracher du sang. Quelques goûtes atterrirent dans le dos de Nnoitra et, bien qu'elle fut un peu sonnée, un air d'épouvante se forma immédiatement sur son visage. Elle avait tâché le manteau de son maître... Cette fois, c'était sûr, elle allait mourir...

- N-Nnoi-Nnoitra-sama...

- La ferme, Ai-lin, t'es pas en état de causer !

Elle obéit donc. Ce n'était pas dans ses habitudes de se plier immédiatement aux exigences de son maître sans discuter mais, cette fois, elle était clairement dans de sales draps. Et, malgré les apparences, il était préoccupé par son état. Nnoitra resserra alors son étreinte autour de sa taille frêle avant de lancer un regard venimeux à Grimmjow qui grimaçait en essayant de se relever.

- Si tu parles encore comme ça à ma fraccion, Grimmjow, si tu essaies encore de me la voler, je te promets qu'Aizen-sama devra te trouver un remplaçant.

Si elle avait été en état de bouger, Ai-lin aurait sursauté. Mais elle se contenta de sourire en se laissant tomber sur l'épaule de son maître. Il sortit de l'infirmerie en Sonido, ce qui lui fit penser avec douceur qu'il ne pouvait pas s'empêcher de se faire remarquer. Décidément, son maître n'était pas comme les autres. Parvenu dans ses quartiers en quelques secondes, il la fit tomber sur son lit et la força à rester allongée. C'était assez brutal mais, pour lui, c'était le comble de la délicatesse. En y songeant, elle eut envie de rire mais cela l'aurait froissé et aurait interrompu ce moment. Il lui tendit une bouteille sans la regarder... Une potion de soin...

- Nnoitra-sama... où avez-vous... ?

- Je l'ai piquée à l'infirmerie.

- Vous êtes un délinquant, Nnoitra-sama.

Il s'affala sur le fauteuil près du lit avec un sourire et commença à jouer négligemment avec la chaîne de Santa Teresa.

- Tais-toi et bois.

Elle s'exécuta, le rose lui montant aux joues (en admettant qu'un Arrancar puisse rougir...). Inutile de préciser que son maître n'agissait que très rarement de la sorte. C'était arrivé deux fois, seulement. Comme aujourd'hui, il était venu la chercher à l'infirmerie et s'était occupé d'elle jusqu'à ce qu'elle aille mieux, en prenant bien soin d'afficher un air détaché, de faire comme si elle n'était qu'un misérable insecte pour lui, comme si veiller sur elle était une corvée. Il avait toujours fait la sourde oreille quand elle l'avait remercié. C'était sûrement sa façon à lui de tenter de racheter ses fautes, de se faire pardonner des mauvais traitements qu'il lui infligeait. Sous ses airs de gros dur, il était plus attentionné qu'il en avait l'air... Mais jamais il ne l'avouerait et c'était sans doute mieux comme ça. Son maître était une énigme qu'elle parvenait à déchiffrer un peu plus chaque jour...

Sentant le breuvage faire effet, elle se laissa tomber sur l'oreiller et ferma les yeux en songeant que, non, son maître n'était vraiment pas comme les autres. Il avait un cœur, elle pouvait le voir. Ai-lin s'endormit donc sereinement, certaine qu'à son réveil, il serait là, avec une excuse du genre « J'avais rien de mieux à faire » ou un de ses reproches derrière lesquels il se cachait « T'as dormi longtemps, feignasse ! ». Mais au fond, il suffisait de savoir lire entre les lignes. Elle ne mourrait pas aujourd'hui, finalement...

- Tesla, va porter mon manteau au nettoyage !

Ah, Nnoitra-sama...