Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, nous nous contentons simplement de les emprunter.

Merci à tous ceux et celles qui suivent cette histoire !


CHAPITRE II

Hiroshi tira une cigarette grise de son paquet de Black Devil. Si Suguru avait fumé, ç'aurait incontestablement été celles-ci, bien que lui-même préférât les noires, à la vanille. Ce petit week-end en célibataire avait été très agréable. Oh il ne regrettait pas d'avoir un petit ami, d'autant qu'il était loin d'être envahissant, mais il ne s'était pas senti coupable de pratiquer des activités que Suguru n'aurait de toute manière pas partagées. Le samedi matin il était allé en salle de sport ; même s'il fumait beaucoup, il se maintenait en forme par la pratique régulière de la boxe et des haltères. Il ne souhaitait aucunement ressembler à Hulk Hogan mais il avait à cœur d'entretenir son physique. Plus tard, il avait rejoint des amis pour un foot et la soirée s'était finie dans un bar. Il était rentré chez lui avec le lever du soleil et avait passé toute la matinée et une partie de l'après-midi au lit.

Le lendemain, Suguru semblait fébrile (un bien grand mot certes, mais pour quelqu'un d'observateur, il était évident que le jeune garçon était agité : si son visage était neutre, ses yeux pétillaient de malice) mais il n'avait visiblement pas envie de lui dire pourquoi, et Hiroshi savait qu'il serait vain d'essayer de lui tirer les vers du nez. Ils se saluèrent brièvement sur le parvis de l'immeuble N-G et le claviériste rentra s'entretenir avec Sakano, qui se trouvait dans le hall. Le reste de la scène lui échappa car bien sûr les vitres étaient teintées. Quand Nakano rentra à son tour, le hall était désert. Ils devaient sans doute être montés au Studio 3.

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« Voilà, monsieur Sakano, c'est de ceci dont je vous ai parlé », dit Suguru en tendant le texte et la partition à son producteur qui les examina attentivement.

« Effectivement c'est très joli, mais pour des questions juridiques nous devons d'abord procéder à des recherches. Si l'auteur compositeur, l'éditeur, le producteur, l'artiste principal ou les interprètes musiciens sont encore en vie et se manifestent, nous risquons un procès pour plagiat. S'ils sont d'accord pour l'utilisation d'un sample, alors nous en parlerons à monsieur Seguchi et nous pourrons négocier. Je vais faire le travail nécessaire et je te tiendrai au courant, Fujisaki. Bonjour, Nakano.

« Bonjour, le salua en retour le guitariste en prenant place sur la banquette en attendant l'arrivée de Shuichi.

- Nous avons de bonnes nouvelles concernant Takeshi's Castle.

- Ah ? C'est annulé finalement ? espéra Suguru à voix haute.

- Au contraire ! Le réalisateur accepte de tourner une émission spéciale et rouvre exceptionnellement les studios. Tout devrait être réaménagé d'ici la semaine prochaine… pour la Saint-Valentin !

- Donc, résuma Suguru, comme si le jeu n'était pas déjà assez dangereux, nous y participons en hiver. Comme ça, si par un heureux hasard nous ne nous blessons pas, nous tomberons malades. C'est très réfléchi tout ça.

- On ne peut pas vivre dans une bulle aseptisée tout le temps. Il faut parfois prendre des risques », argua Hiroshi.

Suguru se mordit la langue jusqu'au sang : s'il parlait, il allait le regretter.

« En attendant que monsieur Shindo daigne arriver, nous ferions mieux d'étudier le texte dont vous m'avez parlé vendredi », dit-il à la place.

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« Ça n'a pas l'air d'aller Hiro, Tu ne me cacherais pas quelque chose ? ronronna Sobi en versant du thé chaud dans d'élégants bols en céramique noire, fabriqués selon la technique réputée du raku-yaki.

- Bien sûr que non. Je ne te cache jamais rien.

- Pas même une petite amie ou un petit copain mystère ?

- Si c'était le cas, je ferais une tête un peu plus radieuse, non ?

- Pas nécessairement. Si ça se passait mal, tu pourrais justement avoir cette tête.

- Je… Je suis juste un peu contrarié pour le boulot. »

En soi, ce n'était pas un mensonge. Avant de sortir avec Suguru, le jeune homme avait mûrement réfléchi aux conséquences que leur relation pourrait avoir sur Bad Luck, aussi avait-il envisagé que les tensions au sein de leur couple puissent se répercuter sur le groupe, et vice versa. Pourtant, à son corps défendant, il était en train de subir une de ces conséquences. Il était conscient que le nouvel album n'avait pas vraiment avancé et que le groupe se consacrait trop à son image mais n'était-ce pas nécessaire ? Les plus grands groupes sortaient difficilement plus d'un album par an alors pourquoi eux devaient-ils en faire plus ?

« Le nouvel album est au point mort, continua-t-il.

- Et Takeshi's Castle ? Comment ça s'est passé ? Quand est-ce que l'émission doit passer, histoire que je rigole un bon coup en vous voyant ?

- Ça passera jeudi, pour la Saint-Valentin. C'était super, je me suis franchement marré ! »

Ce qui n'avait pas été le cas pour tous les membres de Bad Luck. À commencer par Suguru, qui avait été éliminé dès la première épreuve Toc, toc, toc. Comme si être obligé de participer à l'émission n'avait pas été pénible en soi, au lieu de tomber dans un filet, il s'était reçu dans une flaque de boue, ce qui n'avait en rien arrangé son humeur. Il avait enfilé ses vêtements de rechange et avait attendu dans les loges jusqu'à la fin de l'émission. Ses deux compagnons avaient poursuivi l'aventure mais Shuichi avait lui aussi fini dans la boue à l'issue de l'épreuve du Curling mental. Des trois, seul Hiroshi avait accédé à l'étape finale. Il y avait retrouvé Sasori Nishido (un acteur de drama), Rei Tokizaki (une star de break dance), Mari Hitawa (une jeune présentatrice), Saeko Sone (une jolie top-model), Tashiro Yamaguchi (un autre acteur de drama) et Kintaro Noda (un chanteur). Comme la tradition l'exigeait, aucun d'eux n'avait gagné contre Takeshi Kitano mais les gains étant proportionnels au nombre d'épreuves accomplies, ils avaient amassé une jolie somme. En plus de se faire sortir du jeu dès le début, Suguru avait vu d'un très mauvais œil que son petit ami flirte ostensiblement avec les autres finalistes. À croire qu'il ne savait que faire ça. En dépit de la tendresse sincère dont Nakano faisait preuve envers lui, le claviériste sentait un fossé persistant entre eux. Hiroshi ne se donnait jamais entièrement, il restait parfois distant et ce constat l'exaspérait.

« Que fais-tu pour la Saint-Valentin, justement ?

- Je pensais dîner… »

Mais Hiroshi s'interrompit. Il avait baissé sa garde et en avait trop dit.

« Je le savais ! Si tu dînes quelque part, c'est forcément en galante compagnie et si c'est le soir de la Saint-Valentin, alors, c'est sérieux.

- Non, non, je n'ai pas fini. Je pensais dîner chez moi, avec mon chat.

- Tu me prends vraiment pour un abruti, ma parole. Mais peu importe. Comme je suis narcissique, tes histoires ne m'intéressent pas. Je dois m'absenter quelques jours et j'aurais besoin que tu passes chez moi récupérer le courrier et arroser les plantes.

- Tu vas où ?

- Je te le dirai quand tu me parleras de ta relation, sourit Sobi.

- Je pourrais dormir chez toi ? »

Alors qu'ils arrangeaient les détails de la garde de l'appartement, une idée germa dans la tête d'Hiroshi.

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Suguru était à nouveau en train de discuter avec Sakano quand Hiroshi entra dans la salle ; aussitôt, la discussion mourut. Le jeune homme s'efforça de ne pas se froisser, mais ces derniers temps, producteur et claviériste étaient excessivement secrets. Quoi, faire partie d'un groupe signifiait aussi partager, non ?

« Fujisaki, je vais fumer, tu peux venir avec moi ? On en profitera pour parler de la mise en musique de Twilight Love. »

Quelque peu à contrecœur, le jeune garçon accepta. Nakano et lui ne s'étaient pas retrouvés seuls depuis l'enregistrement de Takeshi's Castle. C'est dans un silence un peu emprunté qu'ils prirent l'ascenseur jusqu'au dernier étage et, de là, montèrent sur le toit. Il faisait froid mais la vue sur Tokyo était superbe. D'ordinaire, Hiroshi allait fumer sur la terrasse de la cafétéria mais il lui arrivait parfois de se rendre au sommet de la tour pour s'abîmer dans la contemplation de la mégalopole se déployant à perte de vue.

« J'ai… Ce soir tu fais quoi ? » demanda-t-il au bout d'un moment.

Tout le monde savait quel jour c'était. Le 14 février. Fujisaki balaya le paysage du regard.

« J'ai deux places pour le Salon du Chocolat. Nous pourrions y aller après le travail et après… J'ai pensé que nous pourrions dîner ensemble chez moi. Enfin, chez mon ami Sobi, je dors chez lui pendant son absence, je m'occupe de son appartement. »

Et son immeuble possède une piscine chauffée, un petit bain de minuit après le dîner sera le bienvenu, songea Nakano, un léger sourire aux lèvres.

Il exhala de la fumée vanillée. Il se sentait maladroit face à son petit ami. Compte tenu de son physique gracile, il avait d'abord pensé qu'il était une petite chose fragile mais très vite, il s'était rendu compte que c'était loin d'être le cas : le garçon avait un sacré tempérament et rien n'était jamais acquis avec lui, aussi pouvait-il fort bien refuser son invitation.

De son côté, Suguru réprima un élan de tendresse. Il aurait voulu sourire radieusement et se lover contre Hiroshi mais une étrange pudeur le retenait, même au vingt-cinquième étage d'un immeuble. Bien sûr il était encore en colère contre leur participation à l'émission (même si K, dans sa grande mansuétude, leur avait épargné les costumes ridicules) mais son petit ami n'en était de toute façon pas responsable et ils n'avaient pas eu de moments à eux depuis longtemps. Cependant, c'était surtout la perspective d'engloutir des kilos de chocolat qui le ravissait.

De ces sentiments, il ne laissa rien paraître et accepta les invitations avec un petit sourire poli.

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À l'instant qu'il franchit les portes du grand magasin Isetan, où se tenait le Salon du chocolat de Tôkyo, Suguru eut l'impression de pénétrer au Pays des Merveilles. Chaque mètre carré de surface était consacré au chocolat ; des stands de marques prestigieuses, dont la simple vue émoustillait les sens, à l'espace design où étaient exposés des modèles de haute couture tout en chocolat, tout interpellait la vue, l'odorat et le goût, et même le toucher sous la forme d'ateliers de cuisine. Une odeur de cacao embaumait les allées encore très populeuses bien que la journée touchât sous peu à sa fin et que la plupart des animations soient terminées.

S'appuyant sur Shuichi, qui tenait à offrir « un cadeau très spécial à Yuki » et souhaitait rentrer chez lui un peu plus tôt, Hiroshi avait obtenu que la répétition se termine une demi-heure en avance ; ce qui leur laissait deux heures avant la fermeture des portes, mais pour faire le tour des stands c'était bien assez.

« Alors ? Heureux ? s'enquit le jeune homme d'un air amusé en regardant Suguru qui affichait l'air émerveillé d'un enfant dans un magasin de jouets en période de Noël.

- Oh oui ! Vous avez eu là une idée fantastique, monsieur Nakano. Cet endroit… c'est le Paradis ! répondit le claviériste, les yeux pétillants. Dépêchons-nous de faire le tour des stands ! »

Le Salon du chocolat était un événement qui remportait un succès croissant auprès du public et des chocolatiers réputés venus du monde entier étaient représentés ; Belges, Suisses, Français et d'autres Européens, mais les Japonais étaient aussi au rendez-vous pour présenter leurs créations, et il fallait se montrer audacieux pour espérer se démarquer car la concurrence était rude. Les visiteurs, eux, y trouvaient pleinement leur compte !

« Je trouve étonnant que tu ne sois jamais venu ici, étant donné ton amour du chocolat.

- Manque de temps… Et puis, c'est un peu triste de venir ici tout seul, non ? »

Avisant la foule, un peu plus clairsemée en cette fin d'après-midi, Hiroshi remarqua un grand nombre de couples – compréhensible un jour de Saint-Valentin – mais aussi des familles accompagnées d'enfants et des groupes d'amis ou de professionnels, reconnaissables à leurs tenues strictes. Peu de personnes seules, en effet. Le chocolat était toujours meilleur partagé.

« Oh ! Monsieur Nakano ! Un stand Neuhaus ! Il faut absolument que vous y goûtiez, c'est un pur régal ! Venez ! »

Des gens se pressaient devant la banque de présentation sur laquelle étaient soigneusement alignées des confiseries plus qu'appétissantes ; un peu plus loin, des boîtes d'assortiments de toutes tailles et de toutes formes attendaient un acquéreur. Saint-Valentin oblige, les boîtes en forme de cœur étaient les plus demandées.

« Tenez ! Essayez ça. » Suguru tendit une truffe à son petit ami et en enfourna une lui-même. Hiroshi n'était pas un amateur forcené de chocolat mais force était de reconnaître que celui-ci était particulièrement savoureux.

« En effet, ils sont délicieux », approuva-t-il, mais son petit ami était déjà passé à un autre stand, le français Bernachon. S'assurant d'un coup d'œil que le garçon ne le regardait pas – trop occupé à tester les produits en dégustation – il acheta un coffret d'assortiments appelé « Goût du chocolat » présenté dans une élégante boîte noire. Un petit cadeau qui serait sans doute fort apprécié.

Après avoir fait le tour des boutiques et admiré la collection de vêtements et accessoires de luxe tout en chocolat, les deux garçons revinrent lentement vers la sortie. Les visiteurs commençaient à refluer, dans moins de dix minutes le salon fermait ses portes. Saturé mais nullement écoeuré, chargé d'achats, Suguru s'arrêta une dernière fois devant le stand d'un chocolatier japonais, 100% Chocolate Café.

« Tu vas mourir et si tu avales un chocolat de plus, plaisanta Hiroshi.

- Non, je veux simplement prendre leur plaquette… J'ai entendu beaucoup de bien de ce café. On n'y sert que des consommations à base de chocolat, vous imaginez ? »

« Souhaitez-vous déguster une de nos spécialités, monsieur ? l'interpella poliment un jeune homme, désignant une soucoupe garnie d'un napperon en papier contenant des petits carrés de chocolat enveloppés de papier de couleur vive. Nous proposons une palette de cinquante-six saveurs. Je suis certain que vous y trouverez votre bonheur.

- Hé bien, avec plaisir », céda aussitôt Suguru qui, de l'avis d'Hiroshi, n'avait pas besoin de sollicitation supplémentaire après tout ce qu'il avait ingurgité ; si lui avait suivi le même régime, il y a longtemps qu'il aurait rendu tripes et boyaux.

« Pardonnez-moi si je me trompe mais… votre visage me dit quelque chose. Ne seriez-vous pas Suguru Fujisaki, le clavier du groupe Bad Luck ? »

Le jeune garçon, la bouche pleine, hocha la tête.

« Oui, c'est bien moi. Et voici mon collègue, le guitariste Nakano, répondit-il en désignant son petit ami qui attendait à quelques pas.

- Je suis vraiment ravi de faire votre connaissance. J'aime beaucoup ce que vous faites. Oh, mais je ne me suis pas présenté ; je m'appelle Akira Mori et je travaille au 100% Chocolate Café à Kyôbashi. J'avais entendu dire que vous étiez fan de chocolat.

- Hé bien… J'imagine qu'à présent c'est de notoriété publique. » Suguru tendit instinctivement la main vers la soucoupe. « Celui-ci est délicieux, en effet.

- Je vous en prie, prenez ceux qui restent, dit Akira avec un sourire chaleureux. Nous fermons, de toute manière. Je vois que vous avez pris une plaquette ? N'hésitez pas à venir nous faire une petite visite, monsieur Fujisaki. Je serais ravi de vous revoir, par la même occasion.

- C'est très gentil à vous, merci ! Et vous pouvez compter sur moi, je passerai certainement. Je dois y aller maintenant. Au revoir. »

Hiroshi salua aussi et quitta l'Isetan en compagnie d'un Suguru repu et euphorique. Les affaires semblaient reprendre en douceur pour son petit ami qui, même s'il se montrait mystérieux depuis quelques temps, de même que Sakano, paraissait nettement plus détendu à présent que l'enregistrement de l'émission spéciale de Takeshi's Castle était passé. Si tout se poursuivait ainsi, la soirée promettait d'être chaude…

Elle le fut, en effet, car en dépit des quantités effarantes de chocolat que le claviériste avait englouties, il lui restait un peu de place pour un repas commandé tout spécialement chez le traiteur et un peu d'énergie aussi pour profiter pleinement du bain de minuit.

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Si l'écriture du nouvel album de Bad Luck n'avançait pas particulièrement vite, le blocage imputable à des raisons diverses mais toutes survenues en même temps paraissait surmonté. Les trois garçons avaient fini par se mettre d'accord sur une orchestration définitive de Twilight love et K les pressait de répéter, évoquant déjà l'éventualité d'une interprétation en direct dans Count Rank TV, une émission musicale à la mode. Shuichi travaillait même sur deux textes en parallèle, inspirés, disait-il, par une réflexion que lui avait fait Yuki. Tout allait donc très bien.

Une seule petite chose préoccupait Suguru ; encore que le mot fût trop fort pour désigner ce qui était plutôt une vive impatience teintée d'une légère d'anxiété. Bien qu'il ait su que la recherche des ayants droit du texte et de la partition trouvés par Narumi risquait de se révéler très longue, il avait hâte qu'elle aboutisse. Il en anticipait et redoutait à la fois le résultat, car si le texte ne collait pas du tout au répertoire de Bad Luck, en dépit de sa qualité stylistique, ce qu'il supposait être son accompagnement musical l'inspirait nettement plus. Avant de remettre la partition à Sakano, il en avait fait une copie et avait même déjà commencé à en faire des adaptations à ses moments perdus. Il espérait donc que personne ne viendrait réclamer son dû.

En dehors de cela, tout allait pour le mieux. Il s'était même rendu au 100% Chocolate Café, un établissement aux lignes modernes et épurées mais étrangement chaleureuses et y avait revu Akira Mori, qui assurait à mi-temps la vente et le service, en plus de la fabrication, en compagnie d'une jeune femme. Celui-ci s'était montré sincèrement réjoui de le revoir et ils avaient passé un petit moment à bavarder, entre deux clients, de musique et… de chocolat. Akira, avait-il appris, avait vingt-trois ans et était pâtissier de formation mais avait poursuivi sa formation dans la chocolaterie. Il jouait du piano à ses heures – très mal selon lui – et se déclarait vivement impressionné par Tohma Seguchi et son illustre cousin. Bad Luck, disait-il, faisait de bonnes choses mais c'étaient les arrangements de Suguru qui donnaient une dimension supérieure à leurs compositions.

Suguru était reparti avec une boîte de vingt des cinquante-six saveurs proposées par la marque en se promettant de revenir. Akira était très sympathique et, il fallait le reconnaître, il était agréable de rencontrer un fan de Bad Luck qui, pour une fois, s'intéressait à lui plutôt qu'à Shindo ou Nakano.

Le mois de mars touchait à sa fin quand Sakano l'informa un matin que ses recherches pour retrouver les ayants droits du texte et de la partition avaient été infructueuses. Bénéficiant des moyens et des réseaux de N-G Productions, il avait travaillé sans relâche jour et nuit – et le connaissant, il ne s'agissait pas d'une image mais sans nul doute de l'entière vérité – mais personne ne s'était manifesté. L'identité du ou des auteurs demeurerait un mystère.

« J'ai rendez-vous avec monsieur le directeur à 10 heures pour parler de tout cela. Suivant ce qu'il en dira, je pense que vous pourrez vous mettre au travail sous peu. »

Comme à son habitude, Suguru demeura relativement impassible mais intérieurement, il exultait.

A suivre...


Black Devil : cigarette de marque japonaise aromatisée. Les noires sont à la vanille et les grises au chocolat.
Hulk Hogan : catcheur américain.
Toc Toc Toc : située généralement au début du jeu, cette épreuve consiste en plusieurs séries de portes que les candidats doivent traverser le plus vite possible et qui sont généralement en carton, sachant que certaines sont fausses (en bois), tandis que d'autres donnent sur un filet ou une flaque de boue.
Curling mental : alors qu'ils sont propulsés par deux "adversaires", les candidats doivent lire un calcul dont ils doivent donner la réponse à un "professeur" situé à la fin du parcours, sous peine de se voir tomber dans la boue.
Le 100% Chocolate Café est un établissement qui existe réellement, à Kyobashi. C'est une émanation de chocolaterie Meiji dont il propose les produits.
Raku-yaki : Le raku est le résultat d'une technique d'émaillage d'origine coréenne qui s'est développée dans le Japon du XVIe siècle. Il est lié essentiellement à la fabrication de bols pour la cérémonie du thé. La technique du raku est un procédé de cuisson : les pièces incandescentes peuvent être enfumées, trempées dans l'eau, brûlées ou laissées à l'air libre. La multitude des paramètres mis en jeu permet d'obtenir des résultats variant à l'infini, ce qui confère à la pièce, entièrement réalisée manuellement, la qualité d'objet unique.