Petite note de l'auteur : quand une lettre seule est entre parenthèses cela indique les pensées du personnage.

Exemple : (r) = pensées de Reina.

Chapitre 2

Je me tournais et me retournais encore dans mon lit, plus moyen de dormir, je n'avais d'autre choix que de me lever… (r)"Quelle heure est-il ?" … 6h 45, une fois de plus je me levais bien avant que mon réveil ne sonne, ça devenait une habitude… Qu'allais-je faire ? Comme les autres jours, attendre bêtement qu'il sonne pour recommencer une journée des plus ordinaires et ennuyeuse…

7h00, mon réveil sonnait enfin, mais ce n'était pas avec enthousiasme que je sortais de mon lit, je savais ce qui m'attendait… Encore et toujours la même rengaine, se lever, s'habiller, manger, aller au lycée, suivre les cours, manger pendant la pause de midi, reprise des cours, activités choisies en fin d'après midi, rentrer, manger, se laver, terminer les travaux à rendre, aller dormir pour recommencer la même chose le lendemain. Ma vie était aussi monotone que cela. Je m'en serais volontiers contenté si je n'étais pas si différente des autres et si cela n'avait aucune conséquence sur leur comportement face à moi.

En effet, j'étais différente, aussi bien dans ma manière de penser que physiquement. Je n'étais ni grande, ni petite, plutôt fine, longs cheveux noir ébène, une peau très pale… Jusque là rien d'extraordinaire, mais si on y rajoutait des oreilles allongées et légèrement pointues, semblables à celles des elfes, des yeux vairons, une fâcheuse manie de toujours se réfugier en hauteur et encore d'autres détails, là oui, nous sortions de l'ordinaire. Encore fallait-il rajouter ma préférence pour les habits sombres et vous aviez le portrait type du genre à éviter en tant que jeune lycéenne dans un monde gris et sans fantaisie.

Un monde où les gens se ressemblent tous, les mêmes coupes de cheveux, les mêmes habits, mêmes habitudes, bref un véritable ennui.

Je devais me contenter de cela, je n'avais aucune autre possibilité… 7h 25, je démarrais de chez moi, direction l'école en passant devant la maison de Lucas, mon meilleur ami.

Le ciel était dégagé, pas un nuage à l'horizon, l'été n'était plus très loin. (r)"Tien, pour une fois, il est déjà dehors… Euh non, rectification, il s'est enfermé dehors…"

(reina) - Te voila bien matinal, Lucas.

(lucas) - Ah, Rain, euh… Oui, je suis tombé du lit va-t-on dire… Euh…

(reina) - Je croyais t'avoir déjà dit de ne pas m'appeler ainsi…

(lucas) - Ah bon ? T'es sur ? Quand me l'as-tu dis déjà ?

(reina) - Pas plus tard qu'hier et tout les autres jours de cette stupide existence qu'est la mienne…

(lucas) - Toujours aussi joyeuse à ce que je vois.

(reina) - Pourquoi changer, de toute façon, même si j'essayais, je me retrouverai aussitôt avec un bac d'eau qui me tombe dessus…

(lucas) - Ca changera pas grand-chose, elles te font le coup tous les jours…

(reina) - Oui, mais maintenant que j'ai vu où elles le disposaient, je ne passe plus en dessous et c'est elles qui finissent par le recevoir…

(lucas) - T'as pas tord… Mais t'as pas peur qu'elles trouvent un autre endroit ?

(reina) - Non, elles sont trop bêtes pour ça. Mais dis moi, tu comptes aller au lycée en pyjamas ?

(lucas) - Euh, non bien sur, mais ma mère n'a pas encore capté que j'étais enfermé dehors…

A peine avait-il fini sa phrase que sa mère ouvrit la porte et l'engueulait car il risquait, encore une fois, de nous mettre en retard.

(lucas) - Tu es au courant ?

(reina) - De quoi ?

(lucas) - Allons Rain, c'est affiché partout !

(reina) - De quoi me parles-tu ? Et arrête de faire comme si c'était un scandale que je ne sache pas ce qui se passe dans ta petite tête.

(lucas) - Hey ! Bon d'accord… C'est aujourd'hui que le bahut organise le concours d'uniforme.

(reina) - … Et ?

(lucas) - Comment ça "et ?" ! Cela ne t'intéresse pas savoir quel uniforme on va devoir porter ?

(reina) - Non, pas trop, je laisse ça aux pimbêches de la classe. De toute façon, vu les uniformes qu'ils proposent chaque année, y aura pas tellement de changement.

(lucas) - …. Ouais, vu comme ça… Mais y a quand même un point positif qu'il ne faut pas oublier… Voire même deux !

(reina) - Lesquels ?

(lucas) - Bah, déjà on à pas cours après midi et les activités sont annulées.

(reina) - Et ? Te connaissant, je sens un truc pas net…

(lucas) - Hey ! Ca fait deux fois !

(reina) - Et c'est qu'un début… Bon vas-y dit.

(lucas) - Ouais…. Bah on va sans doute pouvoir voir les filles les plus jolies du bahut… A part toi bien sur.

(reina) - Arrête avec ça, je suis pas ce qu'on pourrais appeler "jolie"… Je dirais plutôt sinistre… Mais bon… Si tu dis ça c'est parce que tu espères voir sous les jupes des filles en te mettant au premier rang…

(lucas) - …. Ouais bon j'avoue, ça aussi…

(reina) - … Bon on se dépêcherai pas ? On va encore arriver en retard sinon…

(lucas) - Bah, ça changera pas des autres jours…

(reina) - Et c'est moi la pessimiste…

Les cours du matin passèrent assez vite nous permettant de déguster la pause de midi. Etrangement aujourd'hui, je n'avais pas encore eu droit à un regard ou une parole blessante, le concours devait vraiment beaucoup compter pour rater une telle occasion de me dénigrer. Nous avions trouvé refuge sur le toit du bâtiment afin de manger en paix et au frai.

(lucas) - Pfouaa, quelle chaleur en classe aujourd'hui.

(reina) - C'est une des raisons pour laquelle j'aime cet endroit.

(lucas) - Tu parles ! C'est surtout car c'est en hauteur.

(reina) - Aussi.

(lucas) - T'as quoi à manger aujourd'hui ?

(reina) - Comme toujours, bento préparé la veille. Riz, crevettes, maki, œufs et sauce accompagnatrice.

(lucas) - Quelle chance… Moi c'est encore le même sandwich… Un jour faudra que tu m'en prépares un, de bento.

(reina) - Ouais, un jour…

La discussion dura encore quelques minutes, stoppée par la sonnerie monocorde signalant la reprise des cours, nous laissant à peine assez de temps pour descendre dans la grande salle pour l'évènement de la journée : le concours d'uniforme. Les filles étaient toutes surexcitées, ça bavardait tellement que les profs avaient du mal à calmer l'enthousiasme général. Deux places étaient encore libre dans la première rangée, parfait selon Lucas, beaucoup moins pour moi. Le calme arriva enfin et le défilé commença, avec les commentaires du présentateur et les murmures de la salle. Au beau milieu du défilé, l'une des "mannequins" rata son entrée, s'étalant sur scène lamentablement. Elle se releva sous les rires du public hilare et je pus mieux la détailler.

De cours cheveux noirs, assez petite, le visage rond, de grosses lunettes rondes devant ses yeux couleur émeraude. Son visage rouge de honte, les mains crispées, elle retourna en coulisse en ayant à peine présenté son modèle pourtant bien pensé. Le défilé continua ainsi jusqu'au rappel final où tous les candidats remontèrent sur scène pour un dernier coup d'œil.

La binoclarde était au milieu, légèrement en retrait mais son uniforme néanmoins assez visible. Une jupe rouge sombre, brodée d'une fine ligne blanche, surplombant de longs bas de même couleur et brodés eux aussi ; un chemisier blanc à courtes manches pour l'été, sans doute longues en hiver, surmonté d'un gilet bordeaux et d'une cravate noire. Son uniforme, très intéressant, attira quasi l'unanimité des votes.

Le changement d'uniforme se ferait la semaine prochaine et aucune autre tenue ne serait tolérée après le délai imposé d'une semaine. La journée se terminait ainsi, nous laissant retourner chez nous en prenant au passage le nouvel uniforme dont je pris deux exemplaires.

(lucas) - Pourquoi tu le prends maintenant ? On a encore le temps, non ?

(reina) - Oui, mais comme ça je suis pas emmerdée par l'absence des tailles qu'il me faut.

(lucas) - Mais a quoi ça te sert de faire ça ?

BAF

(lucas) - Aaaiee ! Mais qu'est-ce que j'ai fait ?!

(reina) - Tu sais très bien !

(lucas) - Non, je ne sais pas…

(reina) - …. Tu m'énerve a poser des questions débiles, je vais le retoucher, comme d'habitude.

(lucas) - Ahhhh… Pourquoi je pensais qu'il te plaisait ?

(reina) - C'est le cas, mais tu sais très bien que j'aime pas faire comme les autres.

(lucas) - Ah oui, je vois…

(reina) - …. Je te jure, t'es vraiment bête des fois…

(lucas) - On m'a toujours dit qu'il fallait toujours un plus bête que soit pour constater qu'on est intelligent !

(reina) - Surtout pour se foutre de sa gueule, oui.

(lucas) - … M'étonne pas de toi, ça… Toujours négative…

(reina) - Non, réaliste.

(lucas) - ….

Une fois à la grille du lycée, la première remarque de la journée m'arrêta, (r)"je me disais aussi que c'était pas normal". Trois grandes asperges blondes, yeux bleus ou lentilles de couleur azur, jupes courtes, chemisier moulant pour le peu de formes qu'elles avaient, avancèrent vers nous. La plus petite des trois, Leslie, la "chef", le "cerveau" du groupe me toisa avant de relever la tête. Les deux autres suivaient le mouvement sans réfléchir, ah moutons de panurge…

(leslie) - Alors la moche ? Tu vas être contente cette fois, tu vas pouvoir porter un uniforme qui sera aussi moche que toi.

(reina) - …

(fille1) - Tu dis rien ? T'as perdu ta langue ?

(fille2) - Ouais je suis sure qu'elle a déjà honte de le porter.

(reina) - ... Non, je vous imaginais dans cet uniforme et je me disais que je le trouvais encore mieux sur des baguettes.

(leslie) - Quoi ?!

(fille1) - Comment ose-tu ?!

(lucas) - Pourquoi des baguettes ?

(reina) - C'est mieux que des planches à pain.

Le trio vira au rouge, comprenant sans doute pour une fois que c'étaient elles que je qualifiais de planche à pain. Elles se retournèrent brusquement et partirent le nez en l'air.

(lucas) - Elles vont finir pas se prendre un poteau en marchant comme ça.

(reina) - Ouais, pauvre poteau…

(lucas) - Pourquoi ?

(reina) - Me faire rentrer dedans par de telles idiotes…

(lucas) - Ha ha ha ha !

Quelques secondes plus tard, la meneuse se prit le dit poteau de plein fouet s'écroulant sur le sol en une masse informe et parfaitement ridicule. Ses deux acolytes la relevèrent tant bien que mal et toutes trois se retournèrent vers nous, le regard noir et le rouge aux joues.

(lucas) - Aie, ça sent les représailles.

(reina) - Elles vont encore m'accuser de leur avoir jeter un sort ou une autre connerie dans le genre.

(lucas) - Sans doute, oui. Et tu en profiteras pour jouer les sorcières après.

(reina) - Peut être.

(lucas) - Au fait, t'as prévu quelque chose maintenant ?

(reina) - … Pourquoi ?

(lucas) - Bah…. En partant, j'ai oublié mes clés et ma mère rentre tard ce soir…

(reina) - Et la porte de derrière ?

(lucas) - Fermée de l'intérieur…

(reina) - …. En gros t'es dehors et tu veux t'incruster chez moi.

(lucas) - Euh… Ca te dérange ?

(reina) - A ton avis…

Arrivé chez moi, Lucas se jeta sur le canapé et alluma la télé. (r)"Comme d'habitude quoi". Je montais dans ma chambre me changer, cet uniforme gris délavé me dégoûtait. Je lançais mes affaires sur mon lit, remerciant le fait que les rideaux étaient ouverts, dans le cas échéant j'aurais du tout raccrocher. Ma chambre était la seule partie de la maison à être vraiment décorée. Le reste était simplement meublé pour le peu d'habitants qui y rodaient. C'est-à-dire, moi, ma mère adoptive, les rares fois où elle rentrait de ses voyages d'affaires, et Lucas quand il souhaitait échapper à quelques corvées, quand il oubliait ses clés ou encore un tas de raisons qui le poussait à venir ici.

Ma chambre, étant l'endroit où je passais le plus clair de mon temps, avait été aménagé pour mon confort et mon bien être. C'est d'ailleurs le seul endroit où je me sentais bien. Une assez grande pièce, meublée comme je l'entendais même si j'avais du faire avec les contraintes des fenêtres et de la porte. Mon bureau et ma commode dans le coin nord-est surplombé par une étagère au dessus du bureau où étaient disposés plusieurs livres en tous genres et quelques figurines de jeux vidéo. A vrai dire, c'est Lucas qui me les avait offertes celles-là, j'en avais quelques unes que j'avais faite moi-même en terre et peinte mais elles étaient toutes pour la plupart dans un coffre au grenier, attendant d'avoir sans doute le temps de les terminer et/ou de les placer. Le miroir de ma commode cachait un peu la fenêtre mais pas assez pour ne plus laisser passer la lumière. Celle-ci entrait dans la pièce en entourant le miroir ovale d'un halo argenté, sans doute du au métal qui l'entourait. En face, mon armoire, un grand meuble en bois noir et d'aspect ancien dont le dessus était assailli de boites en tout genre contenant quelques babioles et souvenirs de mon enfance. Enfin, mon grand lit à baldaquin trônait fièrement dans le coin sud-est avec ses longs rideaux de velours pourpres.

J'ouvrais ma garde-robe pour prendre une de mes tenues d'intérieur, une robe noire, courte avec un col ample et manches longues et amples elles aussi. Le haut de la robe légèrement transparent laissait apercevoir mes dessous noir tandis que le bas faisait plus penser à une jupe plissée courte surmontée d'une blouse. Je descendais ensuite au salon où Lucas était toujours affalé.

(reina) - Sans gène.

(lucas) - Comme toujours.

(reina) - Tu manges ici, je suppose ?

(lucas) - Bah je pense, oui. Ma mère rentre pas avant 23h. On mange quoi ?

(reina) - … J'en sais rien…

(lucas) - Dis tu peux me faire un bento pour demain ?

(reina) - T'es au courant qu'on est en fin de semaine et que demain y a pas cours ?

(lucas) - Ah merde… C'est pas aujourd'hui que j'aurai un bento… En plus tu cuisines siiiiii bieeeeeeen…

(reina) - J'ai pas trop le choix de cuisiner et de me faire des bento, je suis la plupart du temps toute seule… T'as envie de quoi ?

(lucas) - Je sais, ça doit être dur quand même parfois… Bonne question, tu me proposes quoi ?

(reina) - Nan, j'ai toujours été seule donc… Des nouilles ?

(lucas) - Ouais, va pour les nouilles mais tu les fais comment ?

(reina) - Comme il faut.

(lucas) - … Je voulais dire à quelle sauce ?

(reina) - Bah t'as pas trop le choix, c'est crevette, curry, thaï ou nature.

(lucas) - Thaï pour moi !

(reina) - Viens pas te plaindre que c'est trop épicé et que t'en a mal au bide après.

(lucas) - T'inquiète pas.

(reina) - Je te connais…

Je fis bouillir de l'eau, préparais les bols et couverts, mis la table tandis que monsieur passait de chaînes en chaînes à la recherche d'un programme intéressant. Tombant sur le JT, il stoppa sa démarche et écouta les nouvelles. Les infos habituelles, autant de morts dans tels ou tels pays, dégâts dû aux intempéries ailleurs… Comme d'habitude… Sentant l'odeur qui se dégageait des fourneaux, il daigna enfin se lever pour venir s'asseoir à table. A la fin du repas, Lucas se plaignait déjà de maux de ventre. Les plats épicés lui étaient déconseillés mais il n'en faisait toujours qu'à sa tête… Vers 22h le téléphone sonna, sa mère était rentrée plus tôt que prévu et l'attendait.

(lucas) - Ohhh….. Moi qui espérais qu'elle aille se coucher sans vérifier si j'étais bien dans mon lit…

(reina) - Rentre tout de suite, si tu veux pas te faire tuer et lui dis pas pour ton estomac.

(lucas) - Tu tiens donc à moi ?!

(reina) - Un peu, histoire de pas me faire chier toute seule au lycée…

(lucas) - Snif, moi qui croyais que tu m'aimais…

(reina) - Pas à ce point là. Mon cœur est mort t'as oublier ?

(lucas) - Même pas vrai ! T'es capable de ressentir les choses mieux que les autres. Alors dis pas ça.

(reina) - Si tu veux. Maintenant rentre, je sens que ta mère va t'arracher la tête sinon.

Il parti finalement au bout d'une demi heure, prétextant mille et unes excuses à sa mère qui téléphonait toutes les dix minutes. Une fois ce profiteur dehors, je fermais la porte à double tour éteignant les lumières et la télé derrière moi pour monter dans ma chambre. Une fois la porte fermée et les allogènes allumées je me mis devant mon pc à mon bureau. Surfant au hasard sur le net, je tombais sur un des forums sur lesquels j'étais inscrite et où les internautes y racontaient leurs rêves. Beaucoup y cherchaient quelqu'un pouvant les interpréter mais je me contentais de les lire pour parfois les illustrer. Ils me connaissaient surtout grâce aux dessins que je faisais et aux conseils que je donnais quelques fois.

L'un d'eux parlait justement d'un rêve qu'il avait fait la veille. Un rêve où un être cruel et abominable menaçait le monde qu'il croyait sien en hurlant qu'il tuerait les descendants d'un héros du temps. L'internaute se faisait ridiculisé par les autres, sans doute qu'à force d'être accro aux jeux vidéo et aux films de science-fiction il avait finit par en rêver. Plus il clamait le contraire, plus il était brimé. Son attitude me rappela, bizarrement, la fille qui était tombé lors du défilé, j'ignorais pourquoi mais je l'imaginais très bien derrière ce rêve. Intriguée, je cherchais son profil et les informations disponibles sur ce membre sans trouver grand-chose, aucune donnée utile mis à part un pseudonyme ridicule, "wood's princess". Je laissais tomber et alla ouvrir ma fenêtre donnant sur la rue, me posant sur mon lit en ouvrant les rideaux qui masquaient l'ouverture vers l'extérieur. Les étoiles brillaient déjà, je jetais un regard à mon réveil, 23h 45. Je restais là à regarder le ciel quand un étrange point rouge et brillant se manifesta. Aussitôt et sans vraiment comprendre pourquoi, je saisissais ma caméra et immortalisait l'instant.

Le point lumineux devint plus gros, traversant le ciel de part en part pour finir sa route au beau milieu de la forêt un peu plus loin.

(reina) - C'est quoi ça ?!

J'empoignais mon téléphone et appelais Lucas qui ne décrocha qu'à la troisième sonnerie.

(reina) - T'as vu ça ?

(lucas) - De quoi tu parles, Rain ?

(reina) - T'as pas regardé par la fenêtr minutes ?

(lucas) - Non, pourquoi ?

(reina) - T'as raté quelque chose. Quelque chose est tombé du ciel.

(lucas) - Arrête, je te croix pas.

(reina) - Attend je t'envoie la vidéo, je l'ai filmé. Connecte-toi.

(lucas) - Ouais d'accord….

(reina) - …...

(lucas) - Voila je suis là. Vas-y envoie.

(reina) - C'est ça….. Alors ?

(lucas) - Wow, c'est quoi ce truc, un montage ?

(reina) - Non, banane, je viens de le filmer, quel intérêt aurai-je a faire ça ?

(lucas) - Aucuns venant de toi... Tu crois que c'est quoi ?

(reina) - Un météorite ou quelque chose comme ça peut être…

(lucas) - Possible mais rien n'étais prévu et pour l'instant personne n'en parle, attendons pour voir.

(reina) - Attendre ? J'aurais jamais cru entendre ça de toi…

(lucas) - Euh… Bah c'est que….

(reina) - Ah ouais ta mère t'empêcherait de sortir. C'est con.

(lucas) - C'est pas juste, tu te moques encore de moi…

(reina) - Comme toujours. Elle va bientôt se coucher ?

(lucas) - Ouais…..

(reina) - Ok, dans une demi heure devant l'entrée du village ?

(lucas) - Ouais, c'est parfait !

(reina) - Ciao.

Je raccrochais et regardais encore une fois les messages du forum. Curieusement, dans son récit wood's princess parlait d'une lumière rouge tombée du ciel en pleine forêt avant de se corriger et d'annoncer qu'il s'agissait d'une étrange créature. C'était assez confus et peu fiable pourtant je présentais qu'elle disait sans doute vrai. Etrange. J'éteignis le pc, montais au grenier prendre quelques batteries et lampes torches et redescendais en bas. Mes bottes enfilées, j'attrapais ma cape en coton noir avec la grande capuche et accrochais à ma ceinture ma petite sacoche contenant les batteries entre les nombreuses têtes de mort et chaînes. Entièrement prête, je sortis et remarquais la lumière à la fenêtre du grenier chez la voisine d'en face, peut être avait-elle vu ça elle aussi. Mon meilleur ami ne me rejoignit que vingt minutes plus tard, à l'entrée du village. En route, la discussion allait bon train, et ne sachant pas ce qu'on allait découvrir, Lucas m'inventait plein d'histoires farfelues. Arrivé à mi-chemin, le ciel se couvrit soudainement de gros nuages noir.

(reina) - Tien ça se couvre. T'as prévu quelque chose j'espère.

(lucas) - Ouais, bien sur, avec les 28°C qu'on a eu on peut être certain qu'on va avoir un bon orage cette nuit. Et toi ?

(reina) - Ma cape, c'est quoi ?!

(lucas) - Pas con. Tien c'est bizarre, le tonnerre gronde mais pas de pluie.

(reina) - Tu rigoles, c'est pas le tonnerre, c'est ton ventre.

(lucas) - Même pas vrai, j'ai mangé trois assiettes de pâtes avec ma mère.

(reina) - Espèce d'estomac sur pattes !

(lucas) - Et fier de l'être. Mais si ce n'est pas le tonnerre, c'est quoi ?

(reina) - T'as peur ?

(lucas) - Pas du tout !

(reina) - Menteur, t'as les mains qui tremblent.

(lucas) - Rien à voir, bon t'as une lampe torche ? On voit quasi rien…

Les lampes torches rapidement allumée dans nos mains prodiguaient juste assez de lumière pour éclairer nos pas. Nous avancions lentement et prudemment, non sans quelques chutes du côté de mon ami. Au bout d'un long moment, nous trouvions enfin l'endroit où est tombé la "lumière rouge". Un gros cratère défigurait une petite clairière avec en son centre, une masse informe et inerte. Une étrange sensation de danger s'empara de moi et je demandais à Lucas, qui s'était avancé, de reculer juste à temps. La chose se redressa soudainement, nous toisant du regard. Elle paraissait humaine par sa forme mais je me doutais bien que ça n'était pas le cas. Tout ceci devenait absurde, comme dans un mauvais film d'horreur, je me surprenais même à penser que trois petites têtes blondes surgiraient de derrière les arbres en criant "On vous a bien eu !" mais rien ne se produisit. Lucas prit la fuite le premier tandis que je restais tétanisée sur place et que la créature avançait vers moi. Il tenta de m'appeler mais je n'entendais déjà plus rien, la silhouette de la chose se matérialisa devant moi et mes yeux ne purent s'en détacher.

Grand, une forte carrure, les cheveux d'un rouge flamboyant, une étrange pierre rouge orangée sur le front, la peau foncée, des yeux couleur de lave et une aura maléfique… Je le voyais se rapprocher avec un sourire sadique et cruel sur les lèvres, sans pouvoir bouger, comme si mon corps ne m'appartenait plus, comme paralysée. Sa main se posa sur mon visage, écartant la mèche qui cachait mon œil rouge, son sourire s'étira encore plus tandis que quelque chose coulait le long de ma joue, quelque chose de chaud…

La voix de Lucas, une violente lumière puis les ténèbres.

Je cru l'avoir entendu prononcer un mot avant l'arrivé de cet abruti… "Sheikah"…