Chapitre 1 : Mémoire de l'apprentissage
Huit ans plus tard...
J'esquivai un coup de faux en roulant de côté, puis je plantai ma hallebarde dans une cuisse, avant de reculer d'un pas pour esquiver un arc de cercle destiné à me décapiter. Je plantai une dernière fois ma hallebarde dans son ventre, et l'homme connu sous le nom du Faucheur s'effondra dans une mare de sang. Une mission de plus achevée. L'affiche annonçait mort ou vif, je n'aurai donc aucun problème avec les autorités lorsque j'irai récupérer les récompenses.
Cela faisait cinq ans maintenant que je travaillais comme chasseur de primes. Le métier était plutôt mal vu par les citoyens, mais la paye était bonne, et je faisais en sorte de ne choisir que les missions qui ne s'opposaient pas à mes principes, c'est à dire que j'évitais les assassinats d'innocents et les chasses de monstre inutiles. En somme, je préférais laisser le sale boulot à ceux qui avaient moins de scrupules que moi. J'avais abandonné la chasse lorsque j'avais été quitté l'école de chasse, c'est à dire lorsque j'avais été banni du village, après la disparition de Ljana. Ljana... Je pensais encore souvent à elle, mais j'étais convaincu de sa mort après toutes ces années sans nouvelles. Je savais que je ne la reverrai jamais, et une douleur lancinante me transperçait la poitrine chaque fois que je me remémorai cet instant, l'envol du Rathalos, le cri strident, le dernier regard qu'elle m'avait lancé... Je me remémorai les circonstances qui m'avaient mené à ce travail...
Après avoir été banni du village, sans aucune possession, j'avais erré sans but pendant quelques mois. J'étais certain de mourir bientôt, dans le froid, solitaire. Je n'avais plus aucune raison de vivre, lorsque j'étais tombé sur les traces récentes d'un combat. On pouvait observer des traces de sang éparses, ainsi que le cadavre d'un Velociprey. J'avais autrefois chassé ces reptiles, mais je n'avais aujourd'hui ni mon arme, ni la moindre volonté de combattre. Les traces étant encore fraîches, je décidai de me retirer discrètement, mais il était trop tard.
Le Velocidrome se jeta sur moi, mais j'eus le réflexe de rouler sur le côté pour esquiver. Le Velocidrome est pour ainsi dire l'Alpha d'une meute de Velociprey, mesurant deux fois leur taille et possédant une crête rouge vif sur le sommet du crâne. Le reptile décédé était probablement l'un de ses sous-fifres et ils avaient du faire face à des chasseurs, vu les blessures au niveau de sa gorge et de son flanc gauche. Je plongeai à nouveau sur le côté, évitant ainsi un rapide coup de griffes, tout mes réflexes apparemment retrouvés. Je me contentai d'esquiver les coups pendant une trentaine de secondes, puis je trouvai enfin la solution. J'attendis l'attaque du Velocidrome, puis plongeai vers le Velociprey décédé. Lors de mon bannissement, je n'avais pu emporter mon arme, mais j'avais réussi à cacher mon couteau de dépeçage dans ma tunique. Il n'était pas assez trancher pour la peau épaisse d'un Alpha, mais il le serait suffisamment pour découper la griffe principale d'un de ses sous-fifres, du moins l'espérai-je...
Le Velocidrome observa mon manège une dizaine de secondes, puis dut comprendre ce qui se passait, ou alors tomba-t-il à court de patience. En tout cas, il me bondit dessus au moment exact où je détachai la griffe de son ancien propriétaire, un coup du sort que je bénirai toute ma vie. J'eus à peine le temps de rouler sur le côté qu'il planta ses griffes, découpant au passage une partie de ma tunique et ouvrant une estafilade au niveau de mon flanc droit. La vue du sang sembla le revigorer, et il se dressa de toute sa hauteur avant de lancer une sorte d'aboiement, gueule ouverte vers le ciel. À voir tous les reptiles rappliquant quasiment instantanément, ce devait être une sorte de cri de ralliement, probablement commun à la meute. Je me retrouvai donc au milieu d'un cercle constitué d'une demi-douzaine de Velocipreys ainsi que de leur Alpha, lorsqu'un sifflement retentit, annonciateur d'une flèche qui se ficha dans la gorge d'un des reptiles qui s'effondra aussitôt. Le Velocidrome réagit instantanément, me plongeant dessus, tandis que ses sous-fifres étaient décimés les uns après les autres. Je roulai sur le côté pour esquiver, mais l'Alpha de la meute me suivait de près, comme s'il sentait que rester proche de moi le protégerait des flèches. Ce qui, somme toute, n'était pas faux, puisqu'un chasseur humain ne se risquerait jamais à tirer sur un autre humain. Cela signifiait que j'avais donc pour l'instant à me débrouiller seul. Plutôt que de m'écarter de lui comme à l'accoutumée, j'esquivai le coup de griffes suivant en plongeant sous son corps, et en profitai pour porter un coup de mon arme improvisée dans son ventre, avant de me retrouver en toute sécurité de l'autre côté. Le coup sembla le surprendre, puisqu'il recula de deux pas, ce qui me fit me retrouver à nouveau sous son ventre pour porter trois nouveaux coups avant qu'il ne s'éloigne de deux pas, initiative gratifiée d'une flèche dans les côtes. L'archer préférait sans doute s'abstenir de viser près de moi, mais il s'en donnait à cœur joie sur les cibles plus éloignées, comme en témoignaient les corps des six Velocipreys alentours. Ainsi l'Alpha se rapprocha-t-il à nouveau pour échapper aux tirs, et notre ballet mortel reprit. Nous nous lassâmes rapidement de ce petit jeu, nos esquives se faisant plus lentes et nos frappes plus lourdes. Une griffe me frappa dans le dos, et je répliquai d'un puissant coup dans la mâchoire qui le fit chanceler. Nous étions tous les deux à bout de forces, et je savais que chaque coup pouvait être le dernier. Le reptile se leva pour donner un coup de griffes, et je plaçai une frappe dans son ventre. Le coup brisa les écailles affaiblies précédemment et la pointe transperça la chair, occasionnant des dommages irréversibles à certains organes vitaux. Dans le même temps, ses griffes frappèrent mon torse, ouvrant une large plaie au dessus du cœur. Je m'effondrai, et le lézard agonisant se leva de toute sa hauteur, probablement décidé à emmener son ennemi dans la tombe. Je fermai les yeux, presque heureux de pouvoir enfin retrouver Ljana...
La flèche frappa l'Alpha entre les deux yeux et toucha le cerveau. Le reptile chuta et ne se releva pas, des mares de sang se formant au niveau de son crâne et de son ventre.
- Tu m'entends ?
Une voix féminine résonna dans ma tête, et j'ouvrai les yeux pour voir de longs cheveux blonds encadrant un joli visage. J'avais presque l'impression d'être au paradis, mais la douleur au niveau de mon cœur me tira de ma rêverie. Une jeune fille se tenait à mes côtés, et sortait de sa sacoche des herbes qu'elle mâcha rapidement, avant de les étaler sur ma plaie. Un arc et un carquois pendaient à son flanc droit.
- C'est toi qui m'a sauvé ? articulai-je rauquement.
Elle acquiesça rapidement.
- Je te conseille d'éviter de parler. Tu es gravement blessé, je vais essayer de te ramener rapidement à Jumbo.
Je ne savais pas où se situait Jumbo, et j'aurais voulu poser quelques questions, mais mes yeux se fermèrent, et je sombrai dans un profond coma.
Je me réveillai dans un lit assez confortable, avec trois couvertures chaudes sur moi et une serviette humide sur le front.
- Enfin réveillé, à ce que je vois.
La fille qui m'avait sauvé était assise sur une chaise au bord du lit. Elle semblait avoir environ mon âge, peut-être un an de plus, je n'en savais rien.
- Tu veux un peu d'eau ? questionna-t-elle.
J'acquiesçai doucement, et elle sortit de la pièce. J'en profitai pour observer les murs, recouverts pour la plupart d'affiches sur lesquelles on pouvait voir des visage, ainsi que des prix juste en dessous.
- En effet, je suis chasseuse de primes.
Ma sauveuse venait de revenir et m'observait avec un regard intéressé.
- En fait, le terme de mercenaire est plus exact. J'effectue tous types de missions, que ce soit la capture de bandits, comme ceux dont tu as pu voir les portraits sur les murs, ou bien la chasse de monstres, comme le Velocidrome que tu as combattu il y a trois jours, continua-t-elle.
Trois jours que je dormais. Je jetai un regard sur la blessure au niveau de mon cœur elle avait presque disparu.
- J'ai fait de mon mieux en peu de temps. Tu t'es bien débrouillé pour un adolescent se baladant sans rien dans une forêt remplie de carnivores, ajouta-t-elle. D'où est-ce que tu viens ? m'interrogea-t-elle.
J'aurais préféré esquiver le sujet, mais je me voyais mal mentir à celle qui m'avait sauvé la vie.
- J'ai été banni du village de Minegarde.
Elle sembla surprise.
- Pour quelles raisons ?
- Pour avoir aidé un monstre, répondis-je.
- Quel type d'aide ?
- Je l'ai protégé contre un groupe de chasseurs.
- Ça ne me semble pas une raison suffisante pour un bannissement, même si je trouve cela particulièrement stupide.
- Ma meilleure amie a été emportée par des monstres dans l'action, par la faute du chasseur.
Elle m'observa quelques secondes, puis un étrange sourire se dessina sur ses lèvres.
- Je pense connaître l'individu responsable, ajouta-t-elle de manière énigmatique. Il se nomme Boron, n'est-ce pas ?
À mon tour d'être surpris.
- Vous le connaissez ? questionnai-je.
Elle balaya la question d'un revers de la main.
- Peu importe. Tu dois boire et manger, sinon ton état ne s'améliorera pas. Et te reposer, aussi, ajouta-t-elle. J'ai nettoyé ta blessure du mieux que je pouvais, et il ne devrait rester qu'une mince cicatrice si tu y fais attention, c'est à dire si tu restes allongé pour le moment.
Je me rendis bien compte qu'elle avait esquivé ma question, mais elle semblait réellement soucieuse de mon état, aussi mangeai-je et bus-je, avant de replonger dans le sommeil.
- Bien dormi ?
- Parfaitement.
Par la fenêtre, on pouvait voir se lever le soleil.
- J'ai fait quelques recherches, commença la fille, afin de vérifier si tu ne m'avais pas menti.
Je n'étais pas le moins du monde surpris. Après tout, m'héberger et me nourrir sans poser de questions était déjà une rétribution largement suffisante et chaleureuse. Il me paraissait logique de sa part d'au moins vérifier qui j'étais, ou du moins si je n'étais pas un criminel recherché.
- Et tes explications sont plausibles. Il y a un peu plus de sept mois, un jeune garçon à été banni de Minegarde, un garçon correspondant à ta description, pas de nom donné. Je vais donc partir du principe que tu es ce garçon, sourit-elle, et t'héberger tant que tu le désires. J'ai une certaine empathie pour les jeunes bannis, et une certaine aversion pour Boron.
Elle respira longuement, puis reprit.
- As-tu déjà chassé ?
Je hochai la tête.
- J'ai fait l'école de chasse à Minegarde.
- Ça me semblait logique, vu la manière dont tu as combattu le Velocidrome. À vrai dire, j'ai un petit boulot à te proposer.
Nouvelle surprise.
- Quel type de boulot ?
- Comme je te l'ai déjà expliqué, je travaille en tant que mercenaire, c'est à dire que j'effectue de nombreuses missions de tous types. J'ai toujours pensé à prendre un apprenti, et … Tu sembles étonné ?
- Vous n'avez pas vraiment l'air d'avoir l'âge de prendre un apprenti.
Elle sourit.
- Merci du compliment, mais j'ai vingt-six ans, largement l'âge de faire profiter à d'autres mes enseignements. Pour reprendre, je te propose de devenir un mercenaire, tout simplement. Ne fais pas cette tête, les mercenaires ne sont pas tous des assassins dénués de scrupules, bien que certains possèdent ces capacités. Les missions sont très variées, et tu n'es pas obligé de suivre mon enseignement jusqu'à la fin si il ne te convient pas. Qu'en dis-tu ?
À vrai dire, cela me convenait parfaitement. Depuis mon départ de mon village natal, j'avais survécu plus que je n'avais vécu, et trouver enfin une activité me permettrait de libérer mon esprit, chose que je souhaitais et que je redoutais.
- J'accepte, souris-je.
- Alors je pense qu'il est temps de commencer ton entraînement. Suis-moi, s'il te plaît.
- Heu... Comment dois-je vous appeler ? questionnai-je.
Elle se retourna.
- Appelle-moi Akae. Pas de ''maître'' qui tienne, sourit-elle. Allez, suis-moi.
Elle sortit de la maison, et je la suivis.
Dehors, je découvris le village de Jumbo. Un village constitué de quelques petites maisons, un village plutôt porté sur la chasse d'après la présence d'un marchand d'armes, d'un armurier, ou encore d'une sorte d'épicier, spécialisé dans les articles utiles à la chasse, par exemple des munitions pour fusarbalètes ou des manuels dédiés aux monstres. Une vieille dame nous héla.
- Akae ! Qui est donc ce jeune garçon qui t'accompagne ?
- Il s'agit d'un jeune garçon que j'ai recueilli, sourit ma sauveuse, et de mon nouvel apprenti accessoirement.
La vieille dame sourit.
- Ravi de te rencontrer, mon garçon. Je suis la chef de ce village. Quel est ton nom ?
- Kishin, répondis-je.
- Un nom assez rare, ajouta énigmatiquement Akae. Je dois vous laisser, chef, afin d'entamer l'entraînement de ce garçon.
- Vous allez en faire un mercenaire ? Quel dommage, il me semble qu'il aurait été plus adapté à devenir un chasseur.
- Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ? questionnai-je, intéressé.
Elle m'observa attentivement.
- Tes yeux, répondit-elle enfin.
Elle se tourna vers Akae.
- Je ne vous dérangerai pas plus longtemps, Akae. J'ai confiance en vous pour gérer son entraînement, sourit-elle avant de s'éloigner.
La jeune femme observa la chef à son tour, puis attendit qu'elle sorte de notre champ de vision avant de reprendre la parole.
- Une dame énigmatique, n'est-ce pas ? À vrai dire, elle semble avoir un don pour deviner les choses, mais elle ne s'exprime jamais très clairement. Bref, je vais t'expliquer en quoi ton entraînement va constituer, et tu me diras ensuite si il te convient ou non.
Je m'assis en tailleur pour écouter attentivement.
- Tu dois sûrement t'attendre à un entraînement intensif, mais le début ne le sera en aucun cas. Tu commenceras par apprendre la théorie avant de t'attaquer à la pratique.
Je dois admettre que, en effet, je m'étais attendu à un entraînement acharné du début à la fin.
- Qu'est-ce vous voulez dire par théorie ? questionnai-je. Je veux dire, comme mercenaire, tout s'apprend par la pratique, non ?
Elle secoua la tête.
- Faux. En fait, même si l'apprentissage passe par la pratique, comment réussir à bien faire si on n'a rien appris ? C'est pour ça qu'il faudra que tu apprennes d'abord tout sur la façon dont tu dois aborder chacune de tes missions. Parce que chaque mission est différente, tu dois d'abord apprendre à t'adapter à chaque situation, et cela passe principalement par l'apprentissage théorique, évidemment. J'espère qu'au moins cela te paraît logique ? sourit-elle.
Ça l'était. Ainsi commença mon entraînement pour devenir mercenaire. Bien qu'au départ j'ai été peu emballé par l'idée d'un apprentissage théorique, Akae réussissait à rendre celui-ci efficace et intéressant. Les premières semaines furent consacrées à des explications techniques sur le fonctionnement des armes, ou encore à des leçons sur la discrétion ou même le commerce, en cas de problèmes avec un commanditaire.
- La plupart des commanditaires de tes missions ne te poseront aucun problème, et te donneront la récompense sans sourciller. Mais il arrive que certains tentent de t'arnaquer. Dans ce genre de cas, il faut évaluer le rapport de forces. Si tu sais que le rapport de force est en ta faveur, alors fais en sorte qu'il te donne l'argent immédiatement, par la force si nécessaire. En revanche, si tu sens que le moment n'est pas venu de te frotter à lui, mieux vaut le laisser croire qu'il t'a arnaqué et revenir plus tard, à un moment où il se sentira en sécurité, et lui extorquer l'argent à ce moment. En tout cas, je te conseille de ne jamais laisser un contrat impayé trop longtemps, sans quoi ta réputation risque de te causer de nombreux soucis. Fais-toi respecter et tout ira bien.
Je dois avouer que, sur le moment, cette remarque ne m'a pas paru des plus importantes, mais elle m'a ensuite servi un nombre incalculable de fois. En fait, l'entraînement théorique dans sa totalité me parut une perte de temps immense, mais je pense qu'il m'a aussi sauvé de nombreuses fois.
Environ trois mois après le début de mon entraînement, Akae décida qu'il était temps de passer à la pratique.
- Tu t'es bien débrouillé avec la théorie, et je pense que, maintenant que tu connais les bases du métier, il est temps pour toi de les mettre en pratique.
J'étais ravi. L'apprentissage théorique avait beau être intéressant, la simple idée de mettre celui-ci en pratique m'emplissait de joie.
- Je dois toutefois te prévenir que ce ne sera pas une partie de plaisir, continua la jeune femme. L'apprentissage du métier n'est pas chose facile, surtout dans le cas de celui de mercenaire, alors il faudrait mieux que tu sois préparé. Te sens-tu prêt ?
Je l'étais, du moins en avais-je l'impression.
L'entraînement débuta par le maniement des armes. En fait, Akae m'avait parfaitement expliqué leur fonctionnement, j'aurais donc du les maîtriser parfaitement, en tout cas cela semblait logique dans ma tête. Lorsque mon maître commença par m'entraîner au maniement des armes à distance, je me retins de rire lorsqu'elle me mit au défi de toucher une cible à dix mètres. Cela semblait tellement simple que j'échouai lamentablement durant une journée entière avant que la jeune femme ne daigne m'expliquer les raisons de mon échec.
- Arrête de réfléchir, tout simplement. Tu sais comment l'utiliser mais tu te focalises trop sur ce que tu penses savoir. Le plus simple est de tirer de la manière dont tu le sens, m'expliqua-t-elle durant mon entraînement au maniement de l'arc.
L'entraînement au combat à mains nues fut, en revanche, beaucoup plus simple, du moins au début. À vrai dire, j'avais étudié les arts martiaux à l'école de chasse, aussi les mouvement me venaient-ils naturellement.
- À ce que je vois, sourit mon mentor pendant que je répétais des frappes sur un mannequin, tu connais déjà les bases du combat à mains nues, alors pourquoi ne pas passer à l'entraînement avancé ?
Ainsi s'enchaînèrent les longues et longues heures d'entraînement, et des progrès se firent rapidement voir. À vrai dire, les entraînements théoriques se firent de moins en moins nombreux à mesure que je progressais, preuve qu'ils étaient de moins en moins nécessaire. Et vient le jour, évident, où Akae, après un combat à mains nues particulièrement ardu pour nous deux, se posa, essoufflée sur un banc. Je m'assis à ses côtés.
- Je crois qu'il n'y a plus rien que je puisse t'apprendre, souffla la jeune femme.
Je m'y attendais. En fait, cela faisait quelques semaines que je sentais ce moment venir, depuis que les entraînements, au lieu de s'intensifier, semblaient plus ou moins stagner.
- Je t'ai appris environ tout ce que je sais, continua-t-elle. Analyser ton adversaire, savoir s'adapter à toutes les situations, tout cela, c'est ce que je sais et que je t'ai appris. Il est temps que tu t'envoles, Kishin.
Je souris doucement.
- Merci à vous, professeur. Pour tout ce que vous m'avez appris, pour m'avoir sauvé il y a des années, pour avoir donné un sens à celle-ci... Merci pour tout, Akae, conclus-je.
La jeune femme essuya une larme sur sa joue en souriant.
- J'ai aussi beaucoup appris grâce à toi, répliqua-t-elle. J'ai appris ce que c'était d'apprendre, et c'est une chose que je n'oublierai pas. Merci.
Le lendemain, je quittai à nouveau mon village, de mon plein gré cette fois.
C'est ainsi que, cinq ans après la fin de cet enseignement, je me retrouvai chasseurs de primes reconnu, bien que cela ne soit pas toujours une reconnaissance qui attire la bienveillance. À vrai dire, mon statut de mercenaire m'avait valu bien des ennuis avec des citoyens qui semblaient tous nous grouper dans un même panier assez sale. J'arrivais néanmoins à gagner ma vie plutôt honnêtement, et j'arrivais même parfois à oublier que j'avais été banni et sali par un homme qui m'avait enlevé celle que j'aimais alors que je n'étais qu'un enfant. Une vie plutôt normale, somme toute. Le cadavre du Faucheur dans ma charrette, je repartis en direction de la capitale, Dondruma.
Rien de spécial dans la ville, tout semblait calme. Normal, certes, mais il fallait mieux s'attendre à tout à Dondruma, car la ville avait été de nombreuses fois attaquée par de grands dragons et était aujourd'hui fortifiée en conséquences. Je me dirigeai directement vers le Hall de la Guilde, dans lequel on trouvait tous types de quêtes, autant pour chasseurs de monstres que pour chasseurs de primes.
- Alors, Kishin, tout s'est bien passé ?
- Aucun problème, encore une fois, répliquai-je.
L'homme qui m'avait questionné avait une quarantaine d'années et était un vétéran du métier, une sorte de mentor sur lequel on pouvait se reposer en cas de besoin. Je me dirigeai vers le comptoir des quêtes de mercenariat.
- Je viens pour le Faucheur.
La jeune femme leva les yeux de son livre.
- Mort ou vif ?
La question habituelle dans ce métier, mais non nécessaire dans le cas de cette quête.
- Mort.
- Le corps ?
- Dans la charrette à l'extérieur. Vous voulez vérifier ?
- Évidemment.
La jeune femme me suivit hors du hall, et je l'emmenai au niveau de la charrette, sur laquelle elle se pencha afin d'observer le corps plus précisément, tout en le comparant avec l'affiche.
- Celui semble bien être lui.
- Évidemment, souris-je.
Bien qu'elles soient nécessaires afin d'éviter toute fraude, ces vérifications successives me portaient sur les nerfs.
- Parfait, sourit à son tour la jeune femme. Venez à l'intérieur afin de récupérer votre récompense.
2 000 zennies, la monnaie nationale, une récompense correcte pour une quête somme toute assez simple. J'étais sur le point de quitter le hall, lorsqu'une affiche attira mon attention.
RECHERCHE MORTE OU VIVE
SURNOMMÉE ''LA TRAQUEUSE''
POUR ASSASSINAT, COMPLICITÉ DE MONSTRES, VOL, COUPS ET BLESSURES
PRIME : 20 000z
La prime était énorme pour un chasseur de primes, et j'hésitais devant l'affiche. La prime était belle, la quête serait sûrement compliquée. Soudain, le visage sombre de femme dessiné sur l'affiche me parut familier, et je pris l'affiche sans réfléchir, avant de la porter au comptoir.
