Chapitre 2 : Nouvelles rencontres.
Daran fulminait: comment avait il pu se laisser prendre aussi facilement?
Le voyage avait plutôt bien commencé. Pendant une semaine, ils avaient chevauché sans arrêt (enfin Daran avait chevauché, sa compagne étant plongé dans une sorte de sommeil, lui laissant tout le loisir de penser a autre chose). Et puis il avait été inattentif (ou plutôt endormi) quelques minutes et voilà le résultat...Il était attaché, on lui avait pris ses armes et cela sans qu'il puisse rien faire. Il était vraiment en colère. Se laisser prendre par des marchands d'esclaves qui plus est pitoyables ce n'était pas son style.
Evidemment sa « chère » Déesse avait disparu de la circulation. Il se demanda comment il allait se sortir de cette situation. Il avait déjà tenté une fuite et avait été in extremis rattrapé (ils étaient bien plus nombreux qu'il l'avait d'abord pensé) et rattaché mais cette fois ci, ses liens ne lui permettaient aucun mouvement. A un moment, un des « guerriers » se rapprocha de lui:
- Alors, on fait moins le malin mon gars?
- Je n'ai jamais fait le malin.
- T'as essayé de t'enfuir. (il se tourne vers un de ses amis) A mon avis on en tirera un bon prix. Il a l'air plutôt en forme et puis il a l'air plutôt doué pour le combat non?
- Ouai, t'as bien vu toutes les armes qu'il portait. Il doit bien savoir s'en servir…Il va nous rapporter une petite fortune.
- Probablement. Ca nous changera de d'habitude.
- Je ne crois pas que vous tirerez quoi que ce soit de moi les gars. Je ne compte pas rester.
Les gens qui l'entouraient partir d'un rire plutôt effrayant ce qui loin de lui faire peur, énerva encore plus Daran. Il se tortilla pour essayer de se détacher sans succès. Il soupira de frustration.
- Il faudrait peut être qu'on lui coupe la langue tu crois pas? Sinon, il pourrait dire des choses qui ne nous plairaient pas et qui feraient baisser son prix.
- T'as p'être raison, vieux.
Daran leva les yeux au ciel. La il ne voyait vraiment pas comment s'en sortir. « Eh, Divine, ce serait bien que t'interviennes la, j'ai pas envi de devenir muet ».
Alors que les deux marchands se rapprochaient dangereusement de lui, Daran entendit un bruit étrange. Quelques secondes plus tard, plusieurs cris s'élevèrent dans le camp. Les deux marchands se retournèrent. Les tentes de fortunes étaient en flammes. Daran soupira intérieurement. Sa chance semblait enfin tourner. Il tenta encore de défaire ses liens. Puis, au bout de quelques secondes, il abandonna et se mit à regarder les flammes consumer rapidement le campement. Les marchands ne semblaient pas avoir la bonne technique pour arrêter la progression des flammes.
C'est alors qu'une silhouette atterrit au milieu des occupant du camp. En quelques bonds, le nouvel arrivant mit chaos plusieurs de ses geôliers. Daran observa le style de combat de son allié inattendu. L'allié en question ne dégaina aucune arme. Il virevoltait entre ses assaillants en donnant coups de pieds et coups de poings. Le combat était dès le départ inégal. Le nouveau venu avait une expérience nettement supérieur à celle des marchand et même quand certains d'entre eux essayèrent de la frapper avec des armes, l'inconnu ne se laissa pas démonter et frappa sans pitié ses adversaires mais ne sorti d'armes a aucun moment du combat. En quelques minutes, les marchands étaient quasiment tous sur le sol et le peu qui pouvait tenir debout s'enfuit à toutes jambes.
Le nouvel arrivant observa le résultat de ses acrobaties. Puis, il se retourna.
- On dirait que je suis arrivée au bon moment, dit une voix féminine.
Daran eut un sourire plutôt ironique. La femme se pencha vers lui et défit ses liens. Il se leva difficilement.
- On dirait en effet. Même si je pense que j'y serais arrivé seul.
- Ca j'en doute. J'ai remarqué qu'il t'arrivais toujours plein de truc quand je n'étais pas là.
Daran sourit. Son allié inattendu fit tomber sa capuche, laissant apercevoir le visage de l'amie d'enfance de Daran. Elianadora était comme dans son souvenir, ses longs cheveux roux tombaient en cascade bouclée dans son dos et ses yeux verts étincelaient de malice. Sa cape recouvrait son corps mais il devina la présence de plusieurs dagues à sa ceinture. Il l'examina attentivement. Elle avait perdue son attitude réservée qu'elle arborait en présence des « hauts dignitaires » de leur pays pour laisser place a son maintient royal et fier qu'il avait toujours adoré. Sa présence lui redonna du baume au coeur.
- Et bien ce n'est pas trop tôt!
Les deux jeunes gens se retournèrent d'un bloc pour faire face à la déesse. Eli ouvrit de grands yeux, la reconnu tout de suite et s'empressa de faire le salut rituel avant de se mettre a genoux.
- Arrête cela tout de suite Elianadora, j'ai toujours détesté les génuflexions.
Eli se releva.
- Il est temps de partir si nous ne voulons pas que d'autres arrivent.
- Oui Divine.
Ils remontèrent en selle et s'empressèrent de mettre leurs montures au galop. Ce n'est que quelques lieux plus loin qu'ils commencèrent à ralentir. La Déesse était replongée dans un état léthargique et Daran eut tout le temps nécessaire pour questionner son amie.
- Alors raconte moi tout. Pourquoi es tu ici?
- Pourquoi? Tu ne croyais tout de même pas sérieusement que j'allais te laisser vivre ça tout seul? Que j'allais te laisser t'amuser ici pendant que je ruminais au temple?
- Je vois. Comment ça c'est passé?
- J'ai été initié. Puis j'ai eut une sorte de rêve. La Déesse me demandait de faire un choix: te rejoindre et me battre ou bien rester la bas et me marier et tout. Tu imagines que je n'ais pas beaucoup hésité.
Eli arbora une grimace de dégoût.
- Bien sur le fait que je ne désire pas me marier a beaucoup aidé. Donc je suis parti en pleine nuit, j'ai emprunté une embarcation et j'ai accosté il y a quelques semaines. Je me suis précipité au Surda mais c'était trop tard, tu étais parti. Alors j'ai suivis vos trace et me voilà.
- C'est une bonne chose que tu sois la. A nous deux, on sera plus fort.
Eli le regarda un instant pour voir si cette remarque était sérieuse, puis elle haussa les épaules.
- Oui. Et la on va où?
- Je ne sais pas, Elle refuse de me le dire.
-D'accord, c'est charmant. Et toi alors...racontes.
- J'ai rencontrée ma mère. Elle est tellement...différentes d'Aniara. Je suis sur que tu l'adorerais!
- Je n'en doute pas.
- Elle m'a raconté quelques petites choses mais le principal, je l'ignore, elle a été plutôt floue.
Eli hésita avant de reprendre.
- Et ton père?
Daran eu un regard noir puis il haussa les épaules.
- Il est mort.
Eli ferma les yeux et inspira. Elle eut une moue de déception.
- Je suis désolé.
Daran la regarda un instant puis haussa les épaules de nouveau, d'un air désintéressé.
- Quelle importance?
Eli secoua la tête mais préféra en rester la. Le silence se fit entre eux quelques instants puis, n'y tenant plus, Daran commença à lui raconter l'histoire de l'Alagaësia. Les retrouvailles avec son amie lui redonnait le sourire et il se fit de plus en plus loquace, n'ayant parlé avec personne depuis plus d'une semaine (enfin a par ses geôliers), et il agrémenta son récit de remarques personnelles et de critiques qui paraissaient de mise.
Leur voyage continua tranquillement, la déesse leur fournissait quelques indications et se rendormait ensuite.
Quelques jours après, quand il eut fini son « Histoire de l'Alagaësia », Eli commença à le questionner sur les Dragonnier, sujet qu'elle trouvait visiblement intéressant. Daran reprit toutes les informations qu'il avait lu dessus et tenta de satisfaire la curiosité de son amie.
Quand elle sut à peu près tout ce qui est à savoir, Eli entreprit de reprendre toute l'histoire des Dragonnier à sa manière.
Quand elle proposa cette activité a Daran, il commença par trouver cela d'une stupidité a tout casser, mais cela ne démonta pas Eli qui commença a délirer toute seule (il faut peut être préciser que la jeune fille en question ne peut rester plus de 10 minutes sans parlez). Puis, voyant que de toutes façons, il n'y couperait pas, il se joint a elle. Ensemble, ils inventaires des aventures rocambolesque a ces héros.
Les histoires d'Eli mettait toujours en scène Vrael chef de la Confrérie (visiblement son personnage préféré) qui était malheureusement entouré soit d'incapables, soit d'imbéciles soit de fainéants. Son bras droit n'avait qu'un seul but dans la vie: manger le plus possible.
Les Dragonniers s'attiraient toujours toutes sortes d'ennuies (la plupart du temps orchestrés par deux comploteurs désirants prendre la place de Vrael) qui étaient toujours résolu de la même manière: Vrael arrivait sur son dragon et tuait tous les méchant. S'en suivait un buffet géant et une fête extraordinaire.
Dans l'une des histoires, les deux comploteurs empoisonnaient Vrael avec des champignons hallucinogènes et celui ci effectuait une danse de la victoire (reproduite intégralement par Eli). Tous les Dragonniers se moquèrent de lui jusqu'au moment ou il décréta que dorénavant, chaque Dragonnier devrait effectuer cette danse après sa victoire. Il passa la moitié de la nuit à leur apprendre avant d'être satisfait.
Daran et Eli restèrent plié en deux plusieurs minutes quand ils inventèrent cette histoire et ce n'est que lorsque la petite fille qui les accompagnait se réveilla qu'ils reprirent leur sérieux. Elle se leva et alla inspecter les alentours.
- Vous arriverez a Uru'baen dans environ une semaine. Je dois partir voir un ami et je reviendrais vous indiquer quoi faire.
- Quel ami ? demanda Eli. LA déesse ne répondit rien et regarda le ciel.
- On va a Uru'baen? Dit Daran.
- Oui.
- Mais tu veux nous tuer ou quoi?
- Non Daran. Bien sur que non. Mais il faut que nous y allions c'est tout.
- Très bien Ô Divine!
- Une fois la bas, vous irez trouver la maison du guérisseur dont ta mère t'as parler.
- Pas de problème, Ô divine.
Elle leva les yeux aux ciel et disparu.
- bien savoir faire cela...
- Oui, ça serait utile.
- Certes.
Ils remontèrent en selle. Une semaine plus tard, ils arrivaient dans une forêt, et alors, il commença à pleuvoir ce qui ne manqua pas d'énerver Eli, déjà pas franchement jouasse. Après s'être pris une énième branche dans la figure, elle lança un juron sonore. Daran se retourna vers elle avec un regard interrogateur. Ils étaient tremper jusqu'au os et visiblement Eli tremblait de froid. Sa voix par contre, ne tremblait pas.
- Franchement Daran, j'en ai marre. Ca doit faire cinq heures qu'on se traîne dans cette forêt. Et cette foutu pluie qui n'arrête pas !
- Je commence a en avoir assez aussi Eli, mais on ne peut pas faire autrement.
- Je croyais que c'était une petite forêt?
- Très drôle.
- Si tu m'avais laissé regarder cette foutu carte aussi. Mais non! Tu sais pourtant que tu n'as pas le sens de l'orientation développer non? Eh ben c'est pas trop tôt ! (elle eut un regard mauvais en direction du ciel qui s'emblait se dégager. La pluie cessa de tomber°).
- Eh ben tu vois, il faut pas désespérer (il sourit). De toutes façon, on n'est pas perdu. On devrait arriver en ville avant la nuit ce serait mieux.
Eli acquiesça, elle se calma un peu.
- Oui, prendre un bain et dormir dans un lit ne serait pas du luxe. dit elle en secouant sa longue chevelure rousse qui était également trempée.
- Tu te ramollis. Enfin, d'après la carte, la ville devrait être en vu dès qu'on sortira de cette forêt.
Elle haussa les sourcils. Ils en revenaient à son thème préféré.
- Sauf si on s'est perdu.
- J'en doute. Si c'était le cas, Elle serait apparu et aurait dit genre (il pris une voix de fillette exaspérée) « tu es un incapable Daran! Comment as tu pu te perdre alors que cette ville est si facile à trouver! Nous n'avons pas le temps pour ses enfantillages »
Sa compagne éclata d'un rire cristallin.
- Si elle savait que tu l'imites ainsi, elle te tuerait!
- J'en doute. Elle m'aime trop. En plus, je suppose qu'elle a besoin de nous pour quelque chose de très précis sinon, elle ne nous aurait pas fait traverser la moitié du pays, alors je ne pense pas qu'elle me fera quelque chose avant.
- C'est pas faux. Mais j'espère qu'elle sait ce qu'elle fait. Nous envoyer comme ça dans la gueule du loup, c'est tout de même un peu fou.
- Tu blasphèmes la Eli.
Elle ne répondit pas. C'était inutile. A ce moment la, la foret se dispersa et ils eurent une vue plongeante sur la capitale.
- Ah tu vois! Je savais bien qu'on y était presque!
- Oui, et bah si tu veux qu'on entre, il faudrait peut être se bouger un peu non?
Elle mit son cheval au galop. Daran fit de même. Il allaient au plus vite, ils savaient que la ville fermerait dès la nuit tombée et cette heure approchait rapidement.
Le vent commençait à se lever et le capuchon d'Eli tomba laissant sa chevelure rousse à l'air libre. Daran fit accélérer sa monture. Il fallait qu'ils y arrivent, il ne se voyait pas dormir dehors cette nuit, surtout qu'il faisait assez froid.
Enfin, les quelques lieux qui les séparaient des portes furent derrière eux et Daran vit les gardes attendre qu'ils entrent. Il remercia la déesse. Ils firent ralentirent leur montrent, Eli replaça son capuchon pendant que Daran s'arrêtait a hauteur d'un soldat.
- Merci beaucoup. Savez vous où il y a une bonne auberge?
- A deux rues d'ici, vous ne pouvez pas la louper.
- Merci. Dit il en donnant quelques pièces à l'homme.
Ils se dirigèrent ensuite vers l'auberge indiquée et prirent une chambre pour la nuit. Eli réalisa son rêve le plus cher et ils purent manger un vrai repas chaud.
Le lendemain, ils se dirigèrent tout deux vers la maison du guérisseur.
- On nous a dit que vous pourriez nous héberger quelques temps.
- Qui vous a dit cela?
- Ma mère.
- Et qui est ce?
- Elle s'appelle Angela.
- Angela?
- Oui.
Le vieil homme les laissa passer et ils entrèrent dans le salon. Il semblait abasourdit.
- Angela est toujours en vie?
- Bien sur!
- Je croyais que...enfin...comme elle est partit sans prévenir, sans dire ou elle allait...elle n'est jamais revenu...je pensais...comment va t elle?
- Elle va bien. Elle est au Surda.
- Evidemment. Elle aime être ou il se passe des choses. Vous avez dit que vous étiez son fils.
- Oui. Je m'appelle Daran. Voici Elianadora, mon amie.
- Qui est votre père?
- Pourquoi cette question?
- Pour savoir qui a trouver grâce au yeux de votre mère. Brom et moi lui avions proposé plusieurs bons partis et elle a toujours refusé. Soit disant qu'elle ne voulait pas se marier.
Daran avait tressaillit au nom de son père. Il tenta de reprendre son emprise sur lui même, le guérisseur ne remarqua rien, Eli, qui le connaissait très bien, si.
- Elle ne s'est jamais mariée.
- Ah bon?
Il le regarda d'un air désapprobateur. Eli savait a quelle point le fait qu'il était un enfant illégitime travaillait Daran aussi vola t elle a son secours.
- Et alors qu'elle importance? De toute façon ce qui est fait est fait. Et puis Dame Angela n'a pas le droit de se marier. Elle a respecté ses voeux, même si elle a fait une petite entorse. Qui peut dire ce que l'on aurait fait à sa place, alors qu'on aurait été banni et que tout ceux que l'on aimait nous avaient été enlevés. Le principal, c'est que nous sommes la.
- C'est vrai. Alors qui est votre père?
Eli regarda Daran d'un air suspicieux, mais celui ci haussa les épaules.
- Brom.
- Quoi? C'est impossible!
- Et pourquoi?
- Parce que...
Le vieil homme sembla réfléchir un instant puis fit un geste désespéré.
- C'est juste que ça ne lui ressemble pas.
Daran et Eli se regardèrent. Elle avait envi d'en savoir plus. Elle avait toujours manifesté un intérêt particulier pour les origines de Daran et sa curiosité était piquée au vif. Pourtant, elle se garda de poser la question qu'elle souhaitait.
- Nous ne resterons pas longtemps. On attend des consignes et quand on aura fini, on partira.
- Le vieil homme acquiesça. Puis, il y eut un bruit de porte et quelqu'un entra. Le guérisseur alla voir.
Eli alla faire le tour de la propriété en silence, laissant Daran seul dans le salon. Il s'assit sur un fauteuil.
Un jeune homme entra au coté du guérisseur.
- Je passais pour vous remercier de ce que vous avez fait pour moi. J'ai été très pris, je n'ai pas pu venir avant. Je tenais à vous dédommager.
- Je vous en pris Seigneur Murtagh. Rester ici, je vais chercher quelque chose à boire.
Daran avait relevé la tête au nom de Murtagh. Il savait qui il était évidemment. Il se leva pour saluer le nouveau Parjure, tout en essayant de cacher l'expression de dégoût qu'il lui inspirait.
Tout expression déserta son visage et il observa plus attentivement Murtagh. Il était beaucoup plus jeune qu'il ne l'avait imaginé, il devait avoir que quelques années de plus que Daran et il arborait une expression de profonde tristesse mêlée au désarroi. Ce qui n'empêcha pas Daran d'avoir envie de le frapper, chose qu'il s'abstint de faire. Murtagh avait un pouvoir que lui n'avait pas et il ne devait pas compromettre la mission sans aucune raison valable (subir les foudres de son supérieur n'était pas dans ses projets). L'ironie de la situation ne lui échappa pas : il avait devant lui le fils du pire ennemi de son père et eux même étaient ennemis. Il ne pu retenir un sourire.
Murtagh avait obéit à une impulsion soudaine. Même maintenant, il se demandait ce qu'il faisait ici, dans la maison du guérisseur, en présence d'un envoyé de Nasuada (ou quelque chose du genre) qui devait être la pour une mission bien précise. Il se mettait lui même en danger en venant ici. Et pourtant, il était entré. Il observa le jeune homme qui lui faisait face. Il était plus jeune que lui et il s'était attendu à un homme dans la force de l'age.
Cependant, Murtagh se dit qu'il ne valait mieux pas le sou estimé, qui pouvait savoir de quoi il était capable ? Si on l'avait envoyé ici, c'est qu'il y avait une raison. Il l'observa encore. Il remarqua qu'il portait un sabre à la ceinture ainsi qu'une dague et un couteau dans une de ses bottes. Il était grand, avait un visage déterminé et qui ne laissait rien transparaître de ses pensées. Il essaya de pénétrer dans son esprit mais il fut repoussé par un mur de feu. Murtagh comprit que cet homme savait qui il était. Il comprit aussi qu'il devait penser qu'il était comme son père. Mais à ce moment, il eut un sourire fugace qui encouragea Murtagh et il s'avança.
- Je suis Murtagh.
- Daran.
Le jeune homme avait une voix chaude et grave qui inspirait confiance, instinctivement, Murtagh senti qu'il n'y aurait aucun combat ici.
- Vous venez d'arriver en ville?
- Hier soir.
Murtagh hocha la tête et regarda autour de lui. Au moins, il ne mentait pas. Il n'y avait aucun signe du deuxième cavalier.
- Vous comptez rester longtemps?
- Pas vraiment non.
- Comment avez vous connu le guérisseur?
- Un ami de ma mère. Et vous?
- Pareil, il m'a sauvé quand j'étais jeune.
- Sauvé? Dit Daran en haussant les sourcils.
- Une petite altercation avec l'épée de mon père.
Daran ouvrit de grands yeux. Murtagh comprit qu'il en avait trop dit.
- Un accident?
- On pourrait dire ça, si mon père ne l'avait pas lancé délibérément sur moi. Murtagh se maudit intérieurement. Comment avait il pu dire cela a un étranger? Mais en même temps, cet aveu lui avait fait du bien, comme si il lui permettait de se justifier devant lui. Il se demanda pourquoi il voulait se justifier, après tout, ils étaient ennemis et ne se connaissait pas. .
Daran resta sans voix. Il avait conscience de la cruauté de Morzan mais tout de même! Il fut pris d'un sentiment de pitié pour le jeune Dragonnier tout en conservant ses sentiments précédents : en d'autres temps et d'autres lieux, peut être auraient ils pu s'apprécier mais la, a ce moment, c'était hors de question, et lui même ne se permettrait pas une telle faiblesse, surtout en sachant que dans un futur proche, ils seraient certainement amener a se battre l'un contre l'autre.
Une voix féminine s'éleva dans le couloir.
- Je n'aime pas cet endroit ma Dame, c'est malsain. J'espère que se ne sera pas long.
Une voix autoritaire lui répondit.
- Je ne pense pas. Mais de toutes façons, tu verras bien quand je t'aurais expliqué.
Eli entra dans la salle. Elle fut surprise d'y trouver un homme avec Daran. Elle se demanda si il l'avait entendu. Elle eut un regard pour Daran, se tourna vers le nouveau venu et l'observa en silence et analysa la situation. C'était sans doute un seigneur de la Cours au vu de ses vêtements. Il portait une épée à la ceinture. Il inspirait une sorte de respect. En détaillant son visage, elle se rendit compte qu'il devait être a peine plus âgé qu'eux et pourtant, il semblait avoir vécu une expérience qui avait durcit ses traits.
Murtagh regarda la fille entrée. Il resta scotché sur place quand il la vit. Elle était vraiment belle; ses cheveux semblaient la faire briller dans la pièce et ses beaux yeux verts étincelaient. Elle regarda son ami et se retourna vers Murtagh en souriant. Il eut l'impression que son coeur faisait un bon. La jeune femme avait un sourire irrésistible qui semblait communicatif car il sentit qu'il souriait malgré lui. Daran eut un regard effaré en direction de son amie et s'approcha d'elle.
- Elianadora, voici le Seigneur Murtagh.
Elle sourit de plus belle mais quand elle parla, il y avait comme de l'ironie dans sa voix.
- Je suis enchanté Monseigneur.
Murtagh ne répondit rien. Il était encore suffoqué par l'entrée de la jeune fille et n'avait pas remarqué la petite fille à coté d'elle. Dans un effort ultime, il s'efforça de diriger son attention sur elle. Quand il y parvint, il eut l'impression de retrouver toutes ses facultés. La petite fille souriait, mais ses yeux frappèrent Daran de plein fouet. Il la sentit qu'elle entrait en lui. Il essaya de l'en empêcher.
Jusqu'à présent, il y était toujours arrivé. Personne n'était arrivé à pénétrer dans son esprit. Il n'y parvint pas. Il sentit la fillette entrer comme si elle avait toujours été la. Il sentit la chaleur l'envahir. Il avait l'impression que cette gamine essayait d'analyser toute sa vie. Elle la fit défiler à une vitesse folle. Il revit chaque période, de sa blessure mortelle infliger par Morzan sous les yeux de sa mère impuissante, à la naissance de Thorn dans le château du roi. Elle s'arrêta sur les serments en ancien langage qu'il avait du prononcer, puis sur la révélation qu'il avait faite a son frère. Elle analysa ses rapports avec Eragon, ses sentiments envers lui. Et bien sur les événements les plus récents que le roi lui avait fait subir. Il observait tout cela d'un œil détaché mais elle semblait intéressé par tout.
Il sentit la compassion qu'elle éprouvait pour lui, mais c'est l'amour qui le frappa le plus fort et d'un coup, il se sentit bien. Il oublia tout, il n'y avait plus que lui et cette fille, cette fille qui l'aimait malgré tout ce qu'il avait fait. Son cœur se gonfla d'amour et il eut l'impression que le reste n'avait plus d'importance. Alors, une voix s'éleva dans son esprit.
« Un jour, tu pourras être libre Murtagh, mais ce sera a toi de décider si tu le veux vraiment » puis elle ne fut plus la.
Il secoua la tête pour reprendre ses esprits. Il se demanda si il n'avait pas rêvé mais le sourire entendu qui s'affichait sur le visage de la fillette en disait plus long qu'un discours. Il se recula. Le guérisseur entra à ce moment précis avec un plateau. Il vit le regard perdu de Murtagh. Celui ci recula encore. Il évita de rencontrer de nouveau le regard de la fille et celui de la jeune femme rousse.
- Je...je dois partir...
- Mais vous venez d'arriver
- J'ai..j'ai des choses à faire...
Il sortit en trombe de la maison. Daran regarda la déesse d'un air désapprobateur.
- Qu'est ce que tu lui a fait?
- Rien du tout. Je voulais le connaître c'est tout.
- Le connaître? Mais quelle importance?
- Il a un rôle important dans la guerre. Je voulais savoir certaine choses c'est tout.
Eli réagit:
- Quel rôle? Daran l'observa. Elle ne savait pas qui était Murtagh.
- C'est le suppôt de Galbatorix. Le nouveau Dragonnier. Le fils de Morzan.
- Morzan? Le...
- Lui même
- Ah bon? Il est plutôt mignon pour un méchant non?
Daran leva les yeux au ciel.
- On est pas la pour ça les enfants. Je suis venu vous dire ce que j'attends de vous.
- Mais qui êtes vous?
La déesse regarda le guérisseur. Elle ne tint pas compte de sa réplique.
- Je vous ais envoyé ici pour une simple et bonne raison: il faut voler le dernier oeuf. Maintenant.
- Pourquoi nous?
- Parce que c'est comme ça. En plus vous êtes les meilleurs de mes enfants.
- Pourquoi n'y vas tu pas toi même?
- Parce que je n'ai pas le droit imbécile. Je ne peux agir directement sur ce genre de chose. Pourquoi crois tu que j'ai envoyer ta mère ici? D'ailleurs, je ne vous ais jamais remercier d'avoir pris soin d'elle tout ce temps.
- Quoi???
- Donc il faut voler l'oeuf. Au plus vite.
- Et ensuite?
- Débrouillez vous. Je ne pourrais vous aider mais pas beaucoup.
- Quand?
- Demain.
- Demain?
- Evidemment, pas dans 100 ans.
- Mais tu veux nous tuer?
- Mais non Daran. Il ne vous arrivera rien. Quand vous aurez l'oeuf, allez à Kuasta. Ta mère vous y attendra. Je vous aiderai à y aller plus vite.
- Et comment? Tu comptes arrêter le temps?
- Quelque chose comme ça oui.
Il y eut un bruit étrange et elle disparut. Eli s'affala sur le siège.
- On est fichu d'avance. C'est impossible d'entrer dans le château.
Daran pris place à ses coté.
- C'est clair. On va se faire tuer. Elle est devenue folle!!
Un bruit attira leur attention et ils se retournèrent vers le guérisseur qui avait lâché son plateau. Il avait l'air ahuri.
- Que c'est il passé exactement?
Daran et Eli se regardèrent en souriant.
De son côté, Murtagh se rua dans ses appartements et s'enferma à double tour, puis il s'adossa contre la porte et se laissa glisser sur le sol. L'expérience qu'il avait vécue avait été éprouvante. La voix résonnait toujours à ses oreilles. Il n'arrivait pas à se débarrasser de ces paroles. Thorn s'approcha silencieusement. Il sentait les émotions contradictoires qui fusaient en Murtagh. Il sentait également la présence de la fillette en lui, il n'avait pas réussi à l'empêcher de passer.
« Que c'est il passé? »
Il fallu plusieurs minutes à Murtagh pour reprendre son calme.
« Je ne sais pas. C'était tellement étrange »
« C'était bon. »
« Quoi? »
« Ce qu'elle a transmit. Je me sentais tellement bien »
« Moi aussi ».
Il lui raconta en détail son entrevu avec les deux cavaliers de la veille;
« Ca aurait pu être dangereux Murtagh. Tu n'aurais pas du y aller. »
« Il ne m'est rien arrivé. Ils avaient l'air plutôt sympathique. »
« Il ne faut pas se fier aux apparences Murtagh. »
« Je ne sais toujours pas pourquoi ils sont ici. Peut être devrais je y retourner. »
« Sûrement pas. Tu ne sais même pas qui ils sont. Ce serait irresponsable. Tu veux te faire tuer? Ce sont sûrement nos ennemis. »
Murtagh réfléchit un instant. Thorn avait raison. Il n'avait pas le droit de se mettre en danger lui même de la sorte. Il soupira et se releva.
« Tu as sans doute raison Thorn. »
« Comme toujours. »
Murtagh perçu l'amusement dans la voix de son dragon et sourit. Malgré tout, ses pensées restaient fixées sur la fille rousse et la fillette si étrange. Qui pouvait elle être pour avoir un tel pouvoir?
