Note d'auteur : Un immense merci à Firenze-Snape, debralovelove et Yasmine238 pour leurs reviews, j'y réponds le plus vite possible c'est promis ! :D J'espère que ce chapitre vous plaira, on se retrouve en bas. :)
C'est le premier jour de neige de la saison. Les flocons tourbillonnent un long moment dans le ciel noir avant de rejoindre le trottoir humide et de le recouvrir d'une fine couche de poudreuse. Ils dansent dans la lumière des lampadaires, s'écrasent sur les pare-brises des voitures et se posent en douceur sur les épaules d'une silhouette immobile.
Le regard fixé sur la maison silencieuse, Drago hésite toujours. Il est là depuis suffisamment longtemps pour les avoir vu dîner et assister au coucher du bébé. Cela fait maintenant plus d'une heure et demie qu'il la contemple à travers la fenêtre illuminée. Elle prétend lire un livre, mais même d'ici, il peut voir son regard vide. Ça lui laisse un trou dans le cœur qu'il ne comprend pas.
Finalement, Drago prend son courage à deux mains et traverse le petit jardin recouvert de neige. Ses doigts pâles hésitent encore un instant, tremblants, avant de saisir le heurtoir en bois. Les deux coups semblent résonner dans la maison endormie. Il entend de l'agitation de l'autre côté du battant. Une chaîne qu'on ôte, un verrou qui se tourne, puis enfin, le grincement des gonds.
Et soudain elle le regarde, le visage inexpressif.
— Bonsoir, murmure-t-il, un nuage de buée s'échappant de sa bouche. Désolé de vous déranger à cette heure. Je suis Drago Malefoy. Votre neveu.
Elle ne répond rien. Elle se contente de le fixer. Mal à l'aise, il ouvre la bouche pour combler ce silence gênant. Mais avant qu'il ne puisse dire un mot, elle s'écarte et lui fait signe d'entrer. Surpris, il finit cependant par la suivre jusque dans le salon vide, où crépite un feu ronflant.
— Un peu de thé ? propose-t-elle.
— Non, merci.
— Whisky ?
Il accepte après un instant de silence. Quelques secondes plus tard, il a son verre d'alcool à la main et il se tient au milieu de la pièce avec embarras, tout aussi incertain que quelques instants plus tôt dans la rue enneigée.
— C'est elle qui t'envoie, n'est-ce pas ?
La question d'Andromeda le surprend. Il met quelques secondes à comprendre de qui elle parle.
— Non, finit-il par dire. Elle ne sait pas que je suis ici.
Il ne parvient pas à savoir si elle le croit tant son visage reste impénétrable. Il détourne le regard, incapable de soutenir le sien plus longtemps. Ses traits, bien que plus doux et moins hautains, lui rappellent immanquablement Bellatrix, et le simple souvenir de sa tante lui donne des nausées. Ses yeux se fixent sur un pan de mur nu et il s'éclaircit la gorge. Il doit le dire. S'il ne le fait pas ce soir, il ne le fera jamais.
— A vrai dire, elle ne voulait pas que je vienne. Mais je pense que c'est la honte qui parle plus que la fierté. Elle se sent coupable pour votre fille.
— Elle se sent coupable ? Ou toi ?
— Les deux, je crois, souffle-t-il.
Il ose enfin tourner la tête et la regarder. Ses lèvres tremblent et ses yeux sont remplis de larmes qui ne coulent pas. Il avance d'un pas vers elle, le bras tendu, avant de s'immobiliser.
— Je… Je suis désolé pour Nymphadora.
Sa voix n'est qu'un murmure, mais il sait qu'elle l'a entendu car elle secoue la tête, les paupières closes, comme pour chasser ce qu'il vient de dire de son esprit.
— C'est Bellatrix qui m'a arraché ma fille, laisse-t-elle échapper entre ses dents serrées d'une voix douloureuse. Pas toi. Alors pourquoi est-ce que tu es réellement là ?
— Je ne suis pas celui qui a lancé le sort, mais… j'étais de leur côté.
— Et qu'est-ce que tu attends de moi ? L'absolution ? Le pardon ?
Drago se tait, incapable d'avouer qu'au fond de lui, c'est ce qu'il espère. Que quelqu'un lui pardonne. Que quelqu'un le soulage de ce poids qu'il porte sur ses épaules depuis la fin de la guerre. Le poids de la culpabilité que n'a pas réussi à effacer la sentence du Magenmagot. Il a été acquitté et est à présent innocent aux yeux de tous, mais au fond de son cœur il sait qu'il est coupable.
Et depuis que sa mère lui a avoué à demi-mots la vérité à propos de sa sœur reniée, peu après la bataille, elle hante ses pensées et ses cauchemars. Andromeda, cette femme qui a tout perdu, son mari, sa fille, son gendre, arrachés par la guerre, une guerre à laquelle il a lui-même pris part. Malgré tout ce qu'elle peut dire, il se sait en partie responsable de ses malheurs. Et ça le tourmente tant qu'il a décidé de venir jusqu'ici. Pour chasser ses démons. Faire la paix avec cette partie de sa famille qu'il n'a jamais connu. Pour remplir ce trou vide dans son cœur.
— Je n'ai pris que des mauvaises décisions, ces dernières années, chuchote-t-il, la gorge serrée. Mais venir ici n'en est pas une. Je sais que ma mère et vous ne vous parlez plus depuis longtemps. Que nous étions du mauvais côté dans cette guerre. Je le sais. J'assume mes responsabilités et les conséquences de mes actes. Je ne peux pas renier ou effacer ce qui est arrivé. Mais vous faites partie de ma famille. Il y a déjà assez de personnes dans ce pays qui me haïssent pour la Marque sur mon bras pour que je vous ajoute vous aussi à cette liste.
Il se tait et les dernières notes de sa voix suppliante s'éteignent dans le silence. Il se dit avec amertume qu'il est loin le petit con arrogant de Poudlard, plein d'idées, de préjugés et empli d'insolence. La guerre, le procès, le rejet de ses pairs l'ont changé, et ce changement le frappe de plein fouet en cet instant. Si son père le voyait…
— Commence d'abord par me tutoyer, finit par dire Andromeda, mettant fin à son supplice. On verra ensuite.
Drago pousse un discret soupir, soulagé. Un poids s'ôte de ses épaules. Il pensait que cela serait plus difficile. Il lève son verre en direction de sa tante, comme pour boire à sa santé. Puis il le vide d'un geste. Cul sec. Pour se redonner du courage.
Note de fin : Merci pour votre lecture ! Une review me ferait immensément plaisir. :)
On se retrouve lundi prochain pour le chapitre trois ! Bonne fin de semaine à tous ! :D
