Merci pour vos reviews, je vous aurais bien répondu, mais je n'ai pas encore trop compris comment ça fonctionnait… En tous cas, ça motive pour la suite… !

Chapitre 2

A seulement vingt-huit ans, Mondingus Fletcher en était déjà à sa troisième incarcération à la prison d'Azkaban.

La première fois, il n'avait que dix-huit ans, et il avait été attrapé pour cambriolage. Il avait récidivé trois ans après, pour un braquage qui avait mal tourné. Il écopait actuellement d'une peine de deux ans, pour recel de marchandises moldues volées.

Mondingus avait appris à composer avec la prison. Il savait comment s'attirer les bonnes grâces des gardiens, se garder des détenus les plus dangereux, et surtout – surtout ! – faire abstraction des Détraqueurs qui relayaient les humains, la nuit, dans les couloirs de la prison.

C'était cela, le plus dur. Ignorer le froid subit qui vous envahissait et menaçait de vous submerger, de faire basculer votre santé mentale. Et les pensées, toutes plus morbides les unes que les autres, qui vous assaillaient alors.

Il avait vu nombre de prisonniers arrogants et bagarreurs se refermer brusquement sur eux-mêmes, après quelques nuits à côtoyer ces horreurs, tandis que des hommes d'apparence plus fragiles résistaient avec plus d'efficacité à la pression psychologique exercée sur eux.

Il semblait, à Mondingus, que son jeune compagnon de cellule fraîchement débarqué appartenait plutôt au second groupe.

Finnigan Fox l'intriguait. D'abord, parce qu'il n'avait pas ce regard perdu qu'il croisait habituellement chez les nouveaux détenus. Ensuite, parce qu'il semblait avoir excessivement bien réagi à sa première nuit parmi les Détraqueurs. Il ne l'avait pas trouvé roulé en boule, à moitié pleurant, terrassé par d'indicibles cauchemars, comme il s'y attendait, après la première nuit à partager sa cellule. Non. Finnigan Fox s'était simplement redressé sur sa couche, s'était étiré un rien langoureusement, comme s'il avait passé la nuit dans quelque bon lit, et non dans la sordide prison d'Azkaban, et lui avait rendu son salut d'un vague signe de tête.

La cohabitation allait sans doute s'avérer intéressante.

Mais pour le moment, Mondingus ne savait pas par quel bout le prendre, et ses quelques tentatives pour lier conversation étaient restées lettre morte. Tout ce qu'il savait, c'était que le jeune homme avait été emprisonné pour vol.

Sans doute lui fallait-il un peu plus de temps pour se familiariser avec lui.

La porte du cachot se referma dans un claquement sec, et Mondingus se redressa sur sa couche. Finnigan Fox rejoignit sa propre couchette, sous la sienne, sans un mot, alors que le gardien qui l'avait escorté s'éloignait à nouveau.

«C'était qui ? demanda Fletcher, bien décidé à briser le mutisme exaspérant de son compagnon. La personne qui t'a rendu visite ? Quelqu'un de ta famille ?
- Non.
- Une femme ?
- Un ami.
- Ah… Un bon ami, sans doute, pour qu'il ait accepté de venir te rendre visite dans ce trou à rats ! »

Le jeune Finnigan esquissa un sourire. Mondingus se laissa tomber à bas de son lit et dévisagea son vis-à-vis sans retenue. Autant lui poser directement les questions qui le titillaient: il n'aimait pas trop partager son quotidien avec quelqu'un dont il ignorait tout. Surtout en prison.

«Un copain de mauvais coup…? » suggéra-t-il.

Finnigan éclata franchement de rire. C'était étrange, d'entendre cela, dans un endroit comme celui-ci.

« S'il t'entendait… Non. Il m'a passé un savon pour ce que j'ai fait.
- Et tu as fait quoi, au juste ?
- J'ai essayé de cambrioler Gringott's. »

Mondingus lui lança un regard incrédule. « C'était vraiment stupide !
- Je sais.
- Tu devais vraiment être à bout, pour faire une chose pareille ! »

Finnigan ne répondit pas. Il se laissa aller en arrière et s'allongea sur la couchette. Mondingus n'insista pas. Pour une fois, il était parvenu à échanger plus de deux mots avec lui, il n'allait pas pousser le bouchon trop loin. Mais il ne pouvait se défaire de l'impression que quelque-chose sonnait faux, chez Finnigan. Le garçon lui semblait trop fin pour avoir fait quelque-chose d'aussi bête que de s'en prendre aux gobelins de Gringott's…

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Les lumières s'éteignirent une à une, plongeant les cellules dans les ténèbres. Bientôt, les Détraqueurs effectueraient leur première patrouille de la nuit.

Allongé dans son lit, Regulus faisait le bilan de sa journée. Le fait que Severus ait répondu présent à son appel était un énorme soulagement. Au moins avait-il un allié à l'extérieur ! Car ce n'était pas le tout, de sortir. Une fois dehors, il leur faudrait échapper aux Aurors, et trouver une bonne cachette.

A condition que Sirius soit en état de le suivre.

La dernière remarque de Severus l'avait troublé. Il avait beau avoir clamé haut et fort que Sirius était assez fort pour endurer sans dommages neuf mois d'incarcération dans les quartiers de Haute Sécurité, il n'en était pas véritablement sûr. Après tout, le Sirius qui avait été emprisonné avait été rudement ébranlé par la perte de son meilleur ami. Et Regulus n'avait pas la moindre idée du potentiel de résistance de son frère face aux Détraqueurs.

Et si Severus avait raison ? Et si Sirius était dans l'incapacité de le suivre ?

Ses projets s'appuyaient sur la certitude que Sirius était suffisamment vaillant pour prendre part à son évasion. Que ferait-il, si tel n'était pas le cas ? Regulus laissa échapper un imperceptible soupir. Il ne serait fixé que lorsqu'il aurait vu Sirius. Et pour cela, il devait suivre à la lettre le plan qu'il s'était fixé.

Pensif, il passa sa main sur son bras droit, là où se nichait les premiers éléments de son évasion.

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Les détenus d'Azkaban avaient droit à une douche par semaine, le dimanche matin. Avant de se rendre au réfectoire, tous les prisonniers devaient y passer, par groupes de dix, escortés par les gardiens. Finnigan suivit son compagnon de cellule, sans un mot, sans inquiétude. Mondingus n'en était pas surpris. Comment le jeune homme pouvait-il savoir qu'il jouait sa réputation future sur cet unique instant ?

Du coin de l'œil, Mondingus vit Floyd se fendre d'un large sourire, les yeux posés sur le nouveau. Cela s'annonçait mal. Mais il ne tenait qu'à lui de réagir, d'empêcher l'affrontement d'avoir lieu. Il pesa le pour et le contre, rapidement. S'il avait mal jaugé son compagnon de cellule, peut-être qu'il aurait à pâtir d'une mauvaise décision. Il jeta un regard à Finnigan, impassible, derrière lui.

Un garçon si jeune. La vingtaine, pas plus.

Mais un garçon qui ne bronchait pas lorsque les Détraqueurs passaient devant sa cellule.

Il ralentit le pas, de façon à le heurter légèrement. Le brusque mouvement de tension qu'il sentit chez Finnigan lui confirma que sa nonchalance n'était qu'une façade: le jeune homme était sur ses gardes. Très bien, pensa-t-il, sa décision brusquement prise.

« Tu vois ce type, celui qui a de la barbe…? » murmura-t-il rapidement. Finnigan releva la tête rapidement pour regarder et acquiesça. « Il serait mieux que tu fasses en sorte de ne pas te doucher devant lui…» continua Fletcher.

Si le jeune homme avait été surpris par ses propos, il n'en montra rien. Il se contenta d'un nouveau hochement de tête. Mondingus esquissa un sourire. « Reste près de moi, ajouta-t-il. Je vais faire en sorte qu'on ne soit pas dans le même groupe que lui…»

Finnigan sur ses talons, Mondingus s'arrêta devant un gardien, tandis que le reste des détenus se pressaient vers les douches. « Mon nouveau co-détenu, dit-il, pointant le pouce sur Regulus. J'aimerais autant lui éviter qu'il fasse la connaissance de certains… » Le gardien hésita. « Je ne me mêle pas de vos histoires, le Dingo…
- Je sais, tu es neutre. Laisse-nous juste deux minutes… Le temps de parler du temps qu'il fait, quoi…! Il fait quel temps, dehors, au fait ?
- Le même qu'hier, Dingo… Le même temps qu'il fait toujours sur cette île pourrie. Mais de l'autre côté de la mer, il fait beau.
- Ah ouais… Même le soleil fuit les Détraqueurs…
- Avance, Fletcher…
- Ouais, merci, chef…»

Saisissant Finnigan par le coude, il l'entraîna à sa suite vers un vestiaire. « C'est bon, on peut y aller, il est dans l'autre ! Il doit être vert…! gloussa-t-il.
- Tu m'as aidé. Pourquoi ? »

Que Finnigan lui pose d'emblée une telle question le prit au dépourvu. Il s'attendait plutôt à ce qu'il l'interroge sur son agresseur potentiel, Ademius Floyd. Il se gratta la tête, considérant la question un moment. Que lui dire ? Qu'il avait vu là un moyen de se rapprocher suffisamment de lui pour satisfaire sa curiosité à son endroit ?

«On va partager la même cellule pendant un bout de temps, répondit-il. Autant faire en sorte qu'on s'entende bien… Non ?
- Tu as raison. Merci. »

Mondingus commença à se dévêtir, abandonnant son uniforme de prisonnier sur l'un des bancs du vestiaire, le seul mobilier mis à disposition des détenus. Beaucoup plus lentement, comme hésitant, Finnigan l'imita. « Tu peux y aller franchement, lui lança-t-il avec un sourire. Le seul violeur potentiel n'est pas là ! » Finnigan lui adressa un vague sourire avant de laisser son uniforme glisser sur ses épaules, dévoilant les dessins qui couvraient chaque parcelle de sa peau.

« Wouah ! s'exclama Mondingus, le regardant avec des yeux ronds. Impressionnant, ton truc ! Il y en a, des tatoués, enfermés ici – oui, enfin, surtout en Haute Sécurité – mais je crois que tu les bats tous ! »

Finnigan acheva de se dévêtir et laissa ses affaires sur le banc, près de celles de Fletcher. Celui-ci fit un pas vers lui pour mieux voir. « C'est pas un tatouage sorcier, ça… remarqua-t-il, dubitatif.
- Non, effectivement. C'est moldu.
- Tu as un truc tatoué par un Moldu sur le corps ?! » Finnigan releva un sourcil en guise d'interrogation. « Tu es d'origine moldue ? Un sang-mêlé ? insista Mondingus.
- Pourquoi cette question ? Tu as quelque-chose contre les Moldus ?
- Non, je fais pas mal de business avec eux, c'est juste…» Il fronça les sourcils, tentant d'éclaircir ses pensées. Finnigan et Moldu, cela lui paraissait bizarre, mis ensemble.

« T'as rien d'un Moldu ! dit-il finalement. En fait, je parierais même que tu es un sang-pur !
- Ah oui ? fit Finnigan, sans se démonter. Et à quoi tu vois ça ?
- A ta façon de te tenir ! Tu as beau faire, tu sens ton aristo à des lieux ! Les mecs qui ont reçu une éducation dans la tradition, ça se voit.
- Si tu le dis… Mais mon tatouage est moldu.
- Ouais…»

Mondingus se gratta la nuque, un peu perplexe. « Pourtant, je vois mal un sang-pur trifouiller des trucs pareils avec les Moldus…!
- Tous les Sang-pur ne sont pas adeptes de V… Tu-Sais-Qui…
- Alors tu en es un ?
- De quoi?
- Un sang-pur !
- Est-ce que c'est important ?
- Non, admit Mondingus. Je suppose que non. Ici, on est tous logé à la même enseigne, de toute façon. Et puis, tu as raison. Tous les Sang-pur ne sont pas des Mangemorts…»

Pris d'un doute subit, Mondingus loucha vers le bras gauche de son co-détenu. Avec soulagement, il constata que celui-ci ne portait pas la marque des Ténèbres. A sa place, un énorme dragon vert enroulait ses écailles autour d'un chevalier en armure.

Finnigan suivit son regard vers son bras sans marquer le moindre sentiment, mais il ne répondit pas au sourire vaguement gêné que Mondingus lui adressa.

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L'eau chaude arracha un soupir de bien-être à Regulus. Il était agréable de pouvoir enfin se laver convenablement, après cinq jours de toilette sommaire au-dessus du petit lavabo de sa cellule. A ses côtés, Mondingus se frictionnait vigoureusement le corps avec du savon.

Regulus jeta un rapide regard au reste des détenus. Si quelques-uns le regardaient avec curiosité, aucun ne louchait sur son bras gauche avec une insistance suspecte. Seul Fletcher, apparemment, s'était inquiété de ce que pouvait dissimuler son tatouage.

Il résista à la tentation de poser la main sur son avant-bras. Après tout, le tatoueur moldu qui avait modifié sa marque avait fait de l'excellent travail, gravant à l'encre sur le tatouage préexistant. Regulus était sûr qu'aucune méthode sorcière n'aurait pu l'effacer. Le plus simple avait été de dessiner par-dessus, d'utiliser les lignes déjà présentes pour faire du serpent un dragon, et du crâne un chevalier au heaume d'acier. Et de le rendre le plus voyant possible, toute tentative de dissimulation ne pouvant être que suspecte.

Pourquoi s'arrêter au tatouage de son avant-bras, quand il n'était qu'une partie de l'énorme dessin qui se déroulait sur son torse, son dos, ses épaules ?

Regulus prit le savon que lui tendait son compagnon de cellule. Il avait passé ces cinq premiers jours à le jauger. Regulus était naturellement méfiant. Et ces dernières années n'avaient fait qu'accentuer ce trait de caractère. Après tout, on ne survivait pas une condamnation à mort de Voldemort sans un minimum de paranoïa. Et la prison n'était pas le lieu idéal pour accorder sa confiance aveuglément.

Regulus savait qu'il ne pourrait pas se dissimuler longtemps aux yeux d'un homme qui partagerait son quotidien jour après jour. Surtout que Fletcher, sans doute aussi méfiant que lui, se posait bon nombre de questions à son endroit.

Il a pris mon parti, tout-à-l'heure, songea Regulus. Et il ne semble pas être pro-Mangemort…

Mais il lui fallait plus qu'une impression; il avait besoin de certitudes.

Il était temps de faire quelques pas en direction de son compagnon de cellule. Pour voir où cela le mènerait.

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Le cadre étant posé, on va pouvoir entrer dans le vif du sujet au chapitre suivant !