Désinhibition
Chapitre 2
Le lendemain, le réveil fut très difficile aussi bien pour Cheyenne que pour John. Tout deux n'ayant dormi que par intermittence réveillés par des rêves un peu trop explicites, concernant pour la plupart l'un l'autre.
Après une douche froide qui ne fit pas grand chose pour le réveiller mis qui eut au moins le mérite de le débarrasser de son petit problème matinal, les yeux à peine ouverts, John se dirigea vers le mess. En chemin, il percuta Ronon qui venait de sortir de ses quartiers. Après lui avoir grogné ce qui semblait être un bonjour, il reprit sa marche vers le Mess, accompagné de Ronon.
"Vous avez l'air de quelqu'un qui n'a pas fermé l'œil de la nuit", lui fit remarquer le Satedan.
"Ouais, grogna John. On ne peut pas dire que ma nuit a été de tout repos."
Ronon lui jeta un regard amusé, les muscles de son visage se tendant, remontant légèrement sa lèvre du côté droit en ce qui pourrait être pris comme un sourire moqueur, et dit, d'un air entendu :
"Comment elle s'appelle ?"
"Quoi ? Non… vous n'y êtes pas du tout", commença Sheppard, soudainement alerte. "J'étais seul. C'était un rêve, qui avait l'air très réel..."
Sheppard se tut soudainement, très conscient de sa situation : comment lui avouer que bien que c'était un rêve, la personne qui l'avait empêché de dormir était Cheyenne O'Bannon ? Surtout à Ronon ? Et depuis quand avait-il ce genre de conversation avec le colosse ?
Le Satedan le regarda, et ce regard en disait long sur l'amusement que lui inspirait la situation du colonel. John grogna à nouveau. Il n'était pas assez en forme pour débattre avec Ronon. Celui-ci lui dit :
"C'est ce qui arrive quand on passe trois ans sans avoir une seule relation."
Sheppard lança un regard noir au Satedan avant d'accélérer le pas, laissant Ronon seul dans le couloir, à quelques pas de l'entrée du mess, sans voir le regard amusé qu lui lançait Ronon, alors que celui-ci reprenait sa marche vers le mess.
Sheppard entra dans le mess, d'un pas décidé, sans même un coup d'oeil pour la salle, se dirigeant immédiatement vers la file d'attente pour se préparer un petit déjeuner caféïné. Ronon suivit le colonel d'un air amusé, alors que du coin de l'œil, il pouvait voir Cheyenne affalée sur une table, la tête dans le creux de ses bras, et Teyla à ses côtés, essayant de savoir ce qu'il n'allait pas, tandis que Rodney montait des théories entre deux bouchées de ses oeufs au bacon. Ronon retourna ses yeux sur le colonel, un petit sourire mesquin sur les lèvres, et lui demanda :
"Vous êtes sûr que vous étiez seul ?"
Sheppard se retourna d'un geste brusque renversant son café sur son plateau, et ses yeux tombèrent immédiatement sur le major, affalée sur la table, Teyla une main sur son dos, semblant essayer de la rassurer.
Même si d'un certain côté, Ronon était dans le vrai – Sheppard avait bien passé la nuit avec Cheyenne, mais en rêve seulement – John le fusilla du regard ; ce qui resta totalement sans effet sur le Satedan, dont le sourire sarcastique ne fit que s'élargir, comme s'il savait quelque chose que le colonel ne savait pas.
Sheppard fixa Cheyenne des yeux et il devait avouer que le fait que Cheyenne ait l'air aussi fatiguée que lui, ajouté à son comportement étrange de la veille, l'intriguait beaucoup. Pourrait-elle avoir fait le même rêve que lui ? Faisant fi des regards intrigués des militaires et scientifiques présents dans le mess, Sheppard se dirigea vers la table occupée par son équipe, son café glissant d'un côté puis de l'autre de son plateau. Lorsqu'il posa celui-ci sur la table, il se rendit compte des dégâts causés par sa précipitation, et soupirant, prit sa tasse et alla la remplir à nouveau. Cheyenne le suivit du regard, et quand Sheppard revint vers son équipe, il s'en aperçut, et ce fut les yeux fixés dans ceux de son major qu'il regagna la table. Il s'assit, toujours sans la quitter du regard.
"J'ai rêvé de vous", dirent les deux militaires, en chœur.
En se rendant compte de ce qu'ils venaient de dire, le colonel et le major rougirent violemment, et semblèrent soudainement fortement intéressés par leurs cafés. Ronon leur adressa un petit sourire en coin qui semblait dire : « Je sais ce que vous avez fait ». Teyla clignait des yeux, un peu perturbée par ce comportement inattendu de la part de ses deux collègues : Certes, elle savait qu'ils étaient attirés l'un par l'autre... mais de là, à être déjà passés à la vitesse supérieure ! Quant à Rodney, il abandonna son PDA pour une fraction de seconde, le temps de jeter un regard inquisiteur aux militaires rougissants, se demandant clairement ce qui pouvait bien se passer... En fin de compte, peu lui importait, il classa l'incident dans un coin de sa mémoire ayant l'intention de s'en resservir ultérieurement, puis retourna à ses calculs, engloutissant ses beignets et son café comme si de rien était. Il ne remarqua même pas lorsque Cheyenne se leva et alla se servir un autre café. Rodney ne releva la tête que pour la voir s'asseoir son mug de café à la main :
« A ce rythme là, pensa-t-il, elle va boire la cafetière à elle toute seule. »
Quoique, un coup d'œil vers John lui indiqua que lui aussi allait avoir sacrément besoin de caféine.
McKay fut sortit de ses pensées par l'irritante voix de l'un de ses « assistants » -plus que l'assister ils avaient la mauvaise habitude de toujours traîner dans ses pattes, d'ailleurs il ne faisait même pas l'effort de se souvenir de leur nom- lui demandant de se rendre immédiatement dans son laboratoire. Rodney se leva de sa chaise, engloutissant ce qui lui restait de son petit-déjeuner se brûlant la langue avec son café et manquant d'en renverser la moitié sur son uniforme. Il se dirigea avec un long soupir vers la sortie replaçant son précieux PDA à sa ceinture. Soudain, il s'arrêta net en passant devant le major, qui était allé se chercher une ration de bacon grillé, et resta immobile un moment les yeux écarquillés, une expression choquée sur le visage, raide comme un piquet. Il tourna lentement la tête vers sa droite passant sa langue sur ses lèvres sèches. Non, ce n'était pas son imagination qui lui avait joué des tours. Ses joues rosirent d'indignation. Il se retourna pour faire face au major ; elle semblait tout aussi choquée que lui, sa bouche ouverte et ses yeux écarquillés emplis de surprise, sa main ouverte toujours tendue devant elle. Elle semblait ne pas comprendre le pourquoi de ce geste des plus déplacés : elle venait de lui pincer les fesses !
En voyant cela, Sheppard se dirigea vers eux, prit Cheyenne par le bras, et dit :
"McKay, allez dans votre labo. (il regarda son major) Quant à vous, je crois qu'il faut qu'on parle."
Il entraîna Cheyenne toujours léthargique avec lui, hors du mess.
"C'est pas vrai…" murmura-t-elle. "J'ai pincé les fesses de McKay !"
Elle plissa ses yeux clos se mordillant la lèvre inférieure espérant en vain qu'elle allait se rendre compte que tout cela n'était qu'un autre de ses rêves bizarres.
"Je vous remercie, j'ai vu", grimaça John. "On peut savoir ce qui vous a pris ?"
La voix de son colonel résonant dans le couloir brisa tous ses espoirs, et non, ce n'était pas un rêve mais bel et bien la réalité.
"J'en sais rien !" répondit-elle en évitant de regarder le colonel dans les yeux. "Je me sens bizarre depuis hier. Depuis le débriefing, en fait. Et puis... Cette nuit... J'ai fait un rêve… (elle leva les yeux vers le colonel et les baissa immédiatement) Laissez tomber…" reprit-elle dans un murmure. "C'est pas important... ce n'était qu'un rêve après tout même si... il avait l'air très réel. Et puis…"
Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle se retrouva plaquée contre un mur, le colonel collé contre elle. Il l'avait soudainement poussée contre le mur du couloir désert dans lequel ils se trouvaient, et s'était emparé de sa bouche en un baiser fougueux, sa langue exigeante réclamant la sienne. Bien qu'une petite voix dans sa tête lui criait de le repousser, elle lui rendit son baiser, une main dans ses cheveux, et l'autre dans son dos, pour le serrer un peu plus contre elle alors que Sheppard, lui, laissait ses mains vagabonder sur sa taille fine et ses hanches.
Ils se séparèrent aussi soudainement qu'ils s'étaient jetés dans les bras l'un de l'autre. John recula d'un pas passant sa langue sur ses lèvres et laissant échapper un soupir de contentement. Le souffle court, ils se regardèrent un moment, aussi surpris l'un que l'autre, chacun essayant de reprendre son souffle et ses esprits.
"Qu'est-ce qui ne va pas, chez nous ?" demanda finalement Cheyenne, les yeux fixés sur les lèvres de son colonel, rejouant sans cesse les mouvement de ses douces lèvres contre les siennes.
"Il faut qu'on aille voir Beckett", annonça le colonel essayant de reprendre possession de ses moyens. "Si ça se trouve, on a ramené la même saloperie qui a tué les habitants de M4-221."
Ils allaient prendre la direction de l'infirmerie, mais Sheppard ajouta :
"Je crois que le mieux, c'est de ne pas marcher trop près l'un de l'autre. Vous longez ce mur, et moi, je vais longer le mur opposé, d'accord ?"
Cheyenne acquiesça, et ce fut donc chacun collé à un mur du couloir qu'ils se dirigèrent vers l'infirmerie. Et même arrivés là-bas, ils se mirent chacun à l'opposé l'un de l'autre néanmoins leur yeux ne se lâchaient pas. Fronçant les sourcils, Beckett leur demanda :
"Vous allez bien ?"
"Non", répondirent-ils d'une même voix tournant leur regard simultanément sur le petit Docteur.
"Où en êtes-vous de vos analyses ?" ajouta John.
"Et bien... vu le nombre d'échantillons qu'on m'a rapporté... ça va me prendre un moment pour tout analyser", commença Beckett en retournant à ses microscopes.
"Vous feriez mieux de vous dépêcher, Doc", intervint Cheyenne. "Ou vous allez bientôt avoir deux corps de plus à autopsier."
"Pardon ?"
Beckett releva la tête de son microscope, les sourcils froncés.
"Il se peut qu'on ait été infectés par ce qui a tué tous ces gens", expliqua John.
"Très bien, colonel", dit Beckett alarmé. "Je vais refaire des analyses."
Il appela via radio le reste de l'équipe de Sheppard. Quelque minutes plus tard, Teyla et Ronon arrivèrent suivis d'un Rodney qui semblait plutôt mécontent d'avoir été de nouveau dérangé dans ses calculs. Carson, essayant d'ignorer les plaintes incessantes de McKay, leur donna le peu d'informations qu'il possédait et leur indiqua qu'il souhaitait prélever de nouveaux échantillons de sang.
Rodney gémit alors :
"Je croyais que nos analyses étaient normales…"
"Il se peut que ce qui vous a infecté ne soit détectable qu'après plusieurs heures", lui répondit Beckett calmement.
Le visage défait, McKay fit la moue, murmurant :
"Je déteste les piqûres…"
Ronon, Cheyenne et Sheppard levèrent les yeux au ciel. Tandis que Teyla essayait de convaincre le docteur récalcitrant de se plier à cette certes désagréable mais somme toute très courte mésaventure. Si jamais il s'avérait qu'ils étaient tous infectés, ils n'avaient pas fini de l'entendre se plaindre.
Sartre a écrit un jour « l'enfer, c'est les autres », mais pour l'équipe de Sheppard, l'enfer c'était McKay, surtout quand il était de mauvaise humeur, ou confronté à une situation qu'il jugeait effrayante… Comme par exemple, de se retrouver en face d'un panier rempli de citrons. Il éprouvait alors le besoin irrépressible de se plaindre à voix haute, et de geindre pendant des heures.
Beckett débuta gaiement ce qui était devenu sa routine : d'abord prise de sang, ensuite scanner pour tous. Le plus dur était d'ignorer les jérémiades de Rodney ; le point positif, s'il en n'était, c'était que, d'une fois sur l'autre, le discours ne variait que très peu et devenait ainsi plus facile à ignorer. Le point négatif, en tout cas, pour cette fois-ci, c'était qu'il ne pouvait pas se permettre de les consigner dans leurs quartiers pendant qu'il faisait les analyses et qu'il devait supporter le brouhaha de McKay, le regard noir de Ronon, la curiosité de Teyla et la tension qui régnait entre le Colonel et son major, tout en faisant les examens. Il soupira, ce qui d'ordinaire ne lui prenait qu'une heure, deux au maximum, allait lui voler toute sa journée.
Plusieurs heures plus tard, alors que Ronon était passé de appuyé contre le mur à assis sur une chaise, puis d'assis sur une chaise à allongé sur un lit, et enfin de allongé sur un lit à de nouveau appuyé contre le mur son regard noir toujours fixé sur le dos de Beckett, au rythme des plaintes incessantes de McKay sur le retard considérable que prenaient ses travaux et sur la lenteur quasi « pathologique » de Beckett, le docteur Beckett revint avec leurs résultats. Aussitôt, tous se levèrent, les yeux fixés sur Carson, espérant qu'il allait les libérer.
"J'ai de bonnes nouvelles, et de mauvaises nouvelles", dit le médecin.
"Commencez par les bonnes", interrompit rudement Rodney.
"D'accord. Vous, Teyla et Ronon allez très bien. Vos examens sont tous revenus négatifs ; commença le docteur, puis ils se tourna vers les deux militaires qui se trouvaient toujours l'un face à l'autre isolé chacun à un bout de la pièce. En revanche, ceux du colonel et du major sont plus préoccupants. Votre taux d'adrénaline est légèrement supérieur à la normale, et j'ai trouvé une substance que je n'avais encore jamais vue dans votre sang. Je vais avoir besoin de tout savoir. Est-ce que vous avez des symptômes particuliers ?"
"Et bien, ça a commencé hier, pendant le débriefing", commença Cheyenne repoussant le mur du pied et avançant vers le docteur. "J'étais complètement déconcentrée. Ensuite, il y a eu ce rêve que j'ai fait cette nuit... qui avait l'air si réel que j'ai été obligée de prendre une douche froide... Et puis, depuis ce matin, je dis et fais ce qui me passe par la tête, et je me rends compte de ce que j'ai fait une fois que c'est fait."
"Ouais, mes fesses s'en souviennent…" persifla McKay.
Cheyenne lui jeta un regard noir, tandis que Sheppard sentait monter en lui, sans comprendre pourquoi, une bouffée de jalousie, à l'évocation de cet incident ; il réagissait comme un amant jaloux.
"Pas la peine de me rappeler cet épisode", lâcha Cheyenne tournant un regard noir vers le scientifique. "C'est quelque chose que je préfèrerai oublier. Mais, puisqu'on en est à parler de vos fesses, vous devriez vous mettre au sport, elles seraient plus fermes et plus agréables à peloter. Ou alors, arrêtez les beignets !"
Vexé, Rodney se palpa les fesses, comme pour en vérifier la fermeté. Cheyenne ne fit pas attention à lui, et dit à Beckett :
"C'est comme si mon inconscient régissait mes actes."
"C'est pareil pour moi", confirma John. "Sauf en ce qui concerne les fesses de McKay..."
"Très bien, maintenant, il va falloir que vous me disiez exactement ce qui s'est passé pendant votre mission. Avez-vous touché un cadavre à main nue ?"
Rodney leva un sourcil : « Question Stupide... » marmonna-t-il.
Sheppard lui jeta un regard excédé, puis répondit :
"Non, comme on ne savait pas de quoi ils étaient morts, on a préféré pas les toucher. (John ferma les yeux.) Je portais mes gants quand j'ai vérifié le pouls des victimes dans la première maison..."
"Avez-vous touché quelque chose de particulier ?"
Les deux militaires secouèrent la tête, les yeux rivés sur le sol, perdus dans leurs souvenirs.
"Mangé ou bu quelque chose qui ne faisait pas partie de votre équipement de base ?"
John et Cheyenne relevèrent subitement la tête.
"L'eau !" s'écrièrent-ils, en chœur.
"J'ai rempli nos gourdes dans l'eau d'une source, à quelques kilomètres du village", poursuivit Sheppard.
"Je vais faire analyser l'échantillon d'eau qu'on m'a ramené en priorité."
Cheyenne et Sheppard se trouvaient dans la salle d'entraînement, et se battaient l'un contre l'autre. Comme à l'accoutumée, Sheppard se laissait dépasser par sa partenaire qui avait facilement pris le dessus. Mais il ne voulait pas mettre fin au combat. Il ne voulait pas mettre fin à leur corps à corps, même si c'était douloureux pour lui et pour son ego. Il voulait sentir le corps de Cheyenne contre le sien, et visiblement, la jeune femme le voulait autant que lui puisque, contrairement à son habitude, elle privilégiait le combat rapproché. La porte s'ouvrit, et John tourna la tête pour voir Ronon pénétrer dans la salle, manquant complètement le coup de pied retourné que Cheyenne lui décocha, qui l'envoya au tapis lui ouvrant l'arcade sourcilière. Il lâcha un grognement de douleur, et allait se relever dans un vain espoir de venger son ego, mais le Satedan le retint.
"Vous feriez mieux d'aller voir Beckett pour votre arcade", lui dit-il.
"Ecoutez-le, colonel, ce serait dommage d'abîmer un si beau visage !" lança Cheyenne.
Alors que Sheppard et Ronon la regardaient, surpris, la jeune militaire s'empara de sa serviette, et sortit en bredouillant un : « je crois qu'on m'appelle ». Sheppard se dirigea vers l'infirmerie, pour que Beckett lui soigne son arcade ouverte. Quand il rentra dans l'infirmerie déserte, il s'assit sur un brancard, et tandis que Beckett le soignait, demanda :
"Ça avance, vos analyses ?"
"La substance que j'ai trouvée dans votre sang se trouve bien dans l'eau que vous avez bue. J'ai demandé au major Lorne de me ramener des échantillons de plantes poussant au bord de la rivière."
"Et les autopsies, ça donne quoi ? On sait de quoi ils sont morts ?"
"Apparemment, ils ont ingéré la même chose que vous, mais à une dose beaucoup plus élevée. Les effets ont donc été plus rapides. Je dirai qu'ils sont morts en quelques jours. Une semaine, tout au plus."
"Ils sont morts à cause de cette plante qu'ils ont ingérée, n'est-ce pas ?"
"Oui. Il semblerait qu'ils aient fait une crise cardiaque due à l'augmentation de leur taux d'adrénaline. L'adrénaline est une substance qui accélère les battements du cœur. Leur cœur n'a pas résisté."
"Il nous reste combien de temps ?"
"Je ne sais pas. Ça dépend de la quantité que vous avez ingérée."
"J'ai bu une gorgée d'eau, mais le major O'Bannon en a bu plus que moi. (il soupira) C'est dingue, c'est comme si on n'avait plus aucune inhibition."
"Dès que le major Lorne m'aura ramené les échantillons et que j'aurai identifié la plante responsable de votre état, je chercherai un antidote."
"Faites vite. On ne sait pas combien de temps il nous reste."
Quand Beckett eut fini de lui désinfecter sa plaie, et qu'il lui eut posé des Stéristrip, Sheppard quitta l'infirmerie, et se mit en quête de Cheyenne, pour lui relater ce que le médecin lui avait dit. Il passa au hangar à Jumper, et récupéra un détecteur de signes de vie. Il espérait pouvoir repérer Cheyenne, même si l'appareil Ancien ne lui montrait que des points, sans faire de distinction entre eux. Mais, la chance aidant, il vit un point dans les quartiers du major. Se doutant que cela ne pouvait être qu'elle, il partit dans cette direction.
En temps normal, il aurait frappé et attendu qu'elle lui ouvre, mais il passa sa main devant le détecteur, et la porte s'ouvrit. Il entendit le bruit de l'eau qui coulait dans la salle de bain sûrement elle prenait une douche. Il s'assit dans le fauteuil inconfortable que l'on trouvait dans tous les quartiers. Cheyenne l'avait exilé dans un coin de la pièce face à la porte de la salle de bain. Son lit métallique standard était repoussé contre le mur laissant un grand espace vide au milieu de la pièce, sûrement s'entraînait-elle dans cet espace réduit lorsqu'elle n'arrivait pas à dormir. Ses yeux tombèrent sur le lit du major, fait au carré réglementaire et il s'aperçut que, sur le lit, se trouvait l'uniforme froissé du major laissé à l'abandon, qui contrastait avec les serviettes de bain nettement pliées, qui elles, se trouvaient au pied du lit. Il réalisa, alors, elle allait sortir nue de la salle de bain. Il voulu se lever se rendant compte de l'indécence de la situation. Mais ses mains restèrent crispées sur les accoudoirs du fauteuil et il resta immobile le regard fixé sur la porte de la salle de bain. Après quelque minutes la portes s'ouvrit lentement, un nuage de vapeur sortant de la petite pièce, mais cela ne fit que très peu pour cacher les formes du major, nue, l'eau glissant lentement sur son corps, ses longs cheveux mouillé formant un rideaux autour de son visage. Le colonel déglutit. Elle ne l'avait pas encore remarqué. Elle saisit une serviette et commença à s'essuyer énergiquement les cheveux, lançant sa tête en arrière. John détourna ses yeux du corps nu de sa partenaire avec grande difficulté, il fixa son regard vers la porte combattant fermement son envie de retourner à l'observation du corps de sa subordonnée. Il toussota dans un espoir de faire réagir la jeune femme qui sursauta, surprise.
"Colonel ? Vous pourriez frapper avant d'entrer !"
John la regarda alors, cherchant les mots pour se justifier, mais n'en trouva aucun et resta silencieux. Cheyenne, quant à elle, resta un moment immobile, avant de se rappeler qu'elle était complètement nue devant son supérieur hiérarchique. Elle attrapa ses vêtements sur le lit, et se précipita dans la salle de bain.
Secouant la tête, John se souvint pourquoi il était venu et lança à Cheyenne à travers la porte close de la salle de bain :
"J'ai discuté avec Beckett. Il dit que les habitants de M4-221 sont morts d'une crise cardiaque due à un taux d'adrénaline anormalement élevé."
"Il sait ce qui cause ça ?" demanda Cheyenne de sa salle de bain.
"Apparemment, ce serait une plante qui pousse au bord de la rivière où on a rempli nos gourdes. La plante aurait contaminé l'eau..."
"Combien de temps ?"
"Une semaine ; ils ont tenu une semaine..." répondit le Colonel d'un air sombre. "Mais ils avaient ingéré plus d'eau que nous."
Cheyenne sortit de la salle de bain.
"Et moi, j'en ai bu plus que vous, dit-elle. (elle s'assit sur son lit) Je suppose que Weir va suspendre nos explorations interplanétaires…"
"Il y a des chances, oui. En tous cas, c'est ce que je ferai à sa place."
"Vous pensez qu'on va se retrouver confinés dans nos quartiers ?"
"Mais non, pourquoi on nous y obligerait ?"
"Rappelez-vous ce qui c'est passé quand vous avez été infecté par cette Wraith…"
"C'est différent. Je devenais dangereux pour toute personne se trouvant dans la cité, y compris moi."
"Qu'est-ce qui nous dit qu'on ne va pas devenir dangereux, nous aussi ?"
Ils se regardèrent un instant, conscients qu'ils allaient finir par perdre tout contrôle d'eux-mêmes. Ils n'étaient pas dupes : cette plante ne s'attaquait pas seulement aux substances que sécrétaient leurs glandes, mais aussi, et surtout, semblait détruire toutes les barrières morales et sociales qu'ils s'étaient construits depuis l'enfance. Cela s'avérait extrêmement gênant, et menaçait l'autorité que leurs grades exigeaient.
La voix du docteur Weir retentit dans la cité :
"Colonel Sheppard, major O'Bannon, veuillez vous rendre immédiatement dans mon bureau."
Cheyenne soupira, et dit :
"Je crois qu'on peut dire adieu à nos explorations et qu'on ferait mieux de s'habituer à ne voir que les murs de nos quartiers…"
John sourit, et se leva, suivant Cheyenne jusqu'à la porte. Elle se retourna brutalement, et, le saisissant par le col, elle l'embrassa. Puis, les yeux écarquillés de stupeur, elle s'écarta de lui, et dit, en ouvrant la porte :
J'espère que Beckett ne va pas être trop long à trouver un antidote, parce que ça risque de devenir vraiment gênant…
Pendant le trajet jusqu'au bureau de Weir, Cheyenne siffla plusieurs Marines, qu'ils croisèrent dans les couloirs. Se tournant vers Sheppard, elle lui dit :
"S'il vous plaît, colonel, la prochaine fois que je fais ça, n'hésitez pas, frappez-moi."
"C'est ça, je vous signale que je tiens à mes dents. Je sais très bien que vous me mettriez au tapis avant même que je pense à vous assommer."
Il entoura les épaules son major de son bras, et c'est ainsi qu'ils entrèrent dans le bureau de Weir. Leur supérieur haussa un sourcil en les voyant entrer, se tenant comme deux amants.
"Dois-je vous rappeler que vous êtes tous deux militaires ? Une telle tenue ne me semble guère appropriée alors que vous êtes toujours en service !" leur reprocha le docteur Weir.
Cheyenne et John se regardèrent, et se rendant subitement compte de la façon dont John tenait Cheyenne, ils se séparèrent précipitamment.
"Je vois maintenant ce que le docteur Beckett voulait dire quand il me parlait « d'un comportement étrange et déplacé », poursuivit Weir. Vous comprendrez que je suis dans l'obligation de vous interdire les missions intergalactiques. Vous êtes consignés…"
"Pitié…" gémit Cheyenne. "Pas dans nos quartiers…"
Weir la regarda sévèrement, et poursuivit :
"Vous êtes donc consignés dans la cité. Vous ne passerez la Porte des Etoiles sous aucun prétexte, et ne vous rendrez pas sur le continent. De plus, Carson veut vous faire subir des examens réguliers, pour suivre l'évolution de votre état, et trouver un antidote. Vous devrez donc vous rendre deux fois par jour à l'infirmerie. Signalez tout changement, aussi infime soit-il au docteur Beckett. Il est tard, allez vous reposer."
Cheyenne et John sortirent du bureau, mais Weir entendit distinctement Cheyenne proposer au colonel de terminer leur combat avorté à cause de la blessure de John. Weir fronça les sourcils et regarda sa montre. Il était près de minuit, et ils n'avaient même pas l'air fatigué. Elle ferma les yeux, ce n'était vraiment pas une bonne chose, elle risquait de perdre ses deux meilleurs éléments, mais surtout deux personnes qu'elle estimait énormément, au point qu'elle pouvait les considérer comme ses amis.
To be continued…
