Titre : le
parfum d'une amie
Auteur : ylg
Fandom : Yoko Tsuno,
L'Or du Rhin
Personnage/Couple : Yoko, Yoko/Olga
Rating
: PG / K-plus
Disclaimer : c'est Roger Leloup qui les a créées
et ramasse tout l'argent, lui et les éditions Dupuis. Moi,
je suis loin de pouvoir me payer du Cuir de
Russie et ça
vaut sans doute mieux, d'après mes renseignements, ce parfum
ne me plairait pas des masses.
Thèmes : "brutalité " et "parfum" pour 31 jours, « Comme un parfum de femme » pour Yuri à tout prix
oOo
Yoko
se le répète souvent : être électronicienne
et travailler pour la TV n'est pas une sinécure. Après
des journées à cent mille volts –métaphoriquement
bien sûr, mais parfois pas loin de l'être
littéralement- un peu de proverbiale douceur dans un monde de
brutes est plus que bienvenue. Déchargée de ses
obligations, Rosée s'occupant d'elle-même «
comme une grande », elle peut s'offrir quelques minutes de
détente, rien qu'à elle, s'évader de ce
monde.
Le parfum que Yoko utilise pour se créer une bulle
de tranquillité, n'a pourtant pas grand' chose de doux…
mais il fait merveilleusement office.
La Comtesse Olga a tenu
sa parole, et plus encore : quelques semaines après l'épopée
du Rheingold, dans un colis envoyé spécialement
de Russie, Yoko a trouvé non seulement le grand flacon de Cuir
de Russie promis, mais également une bouteille de vodka.
Elle a souri en la voyant et a rangé l'alcool dans un coin
de placard loin de sa vue –et de celle de Rosée- et l'y a
oublié. Le parfum en revanche, elle le garde
précieusement.
Régulièrement, quand elle a
besoin de réconfort, Yoko ouvre le flacon et laisse le parfum
de la Comtesse Olga l'envelopper. Pour quelques minutes, elle est
là à ses côtés.
C'est une
fragrance quelque peu violente. Elle lui trouve quelque chose de
presque masculin ; la note du cuir donnant son nom au parfum évoque
les cavaliers des steppes et la brutalité de leur première
rencontre. Elle lui rappelle le claquement sec des talons hauts sur
le quai de la gare, la sécheresse de sa voix quand elles
étaient forcée de s'adresser la parole. Un zeste
d'agrumes, piquant et frais à la fois, renforce encore cette
impression.
Derrière cela, une touche boisée,
quelque chose d'épicé, crée pour elle les
grandes plaines, l'immensité de la Nature sauvage qu'elle
imagine partie intégrante de l'héritage de la
Comtesse.
Enfin, un voile de douceur après toutes ces
senteurs capiteuses, nettement féminin, l'apaise. Elle n'est
plus troublée que par un fantôme d'encens qui lui
rappelle l'accusation portée par elle, sur l'agression de
Minako. Toute leur mésentente était venue de là,
à l'origine, de ce triste quiproquo. Et elles n'avaient pu
le dissiper, leur fort caractère à toutes deux
prolongeant et soutenant la discorde entre elles. Il leur était
impossible de reculer, de s'excuser, de perdre dans leur rapport de
force, se laisser dominer par l'autre. Il leur a fallu, après
trois jours de rivalité, devoir s'unir pour faire face à
un ennemi commun, sauver la vie l'une de l'autre, pour pouvoir,
enfin, s'accepter.
Quand la bouffée de parfum se
dissipe, il en reste quelque chose d'un peu suranné, dans
les notes de cuir et de bergamote. Comme un sac à main
classique, assorti à la coiffure élaborée –une
tresse de ce type, on en voit rarement dans l'Orient natal de Yoko
et jamais dans ce coin d'Occident- et les rangs de perles de la
Comtesse, l'image d'aristocrate et de femme de goût qu'elle
entretient.
Derrière cette apparence première, Olga
est également une femme d'action et une femme d'affaires,
affiliée au KGB, capable de frayer avec des individus peu
recommandables. Elle a eu le cran de s'associer avec le sosie de
Kazuki, de faire neutraliser l'élément gênant
que représentait Watanabe Minako à ses projets. Yoko
lui en veut toujours pour cela, mais quel droit a-t-elle de la juger
? Elle-même a déjà dû par le passé
tremper à son corps défendant dans de sombres affaires,
elle a dû commettre des actes qu'elle réprouvait
pourtant, a même été tentée de se
substituer à la Justice.
Enfin, ce qu'elles ont fait
l'une et l'autre ne compte plus aujourd'hui. L'important à
ses yeux est ce qu'elles sont. Des femmes au caractère bien
trempé… à la fois sœurs et rivales, trop semblables
dans leur entêtement pour pouvoir s'entendre tout à
fait, et trop différentes dans leur histoire personnelle
peut-être pour se comprendre entièrement ? Fille du Ciel
venue de son archipel d'Extrême-Orient, fille des steppes de
la Sainte Russie, elles ont chacune des vécus très
différents, qui leurs donnent des personnalités
affirmées étrangement similaires. Le Destin a parfois
des convergences que lui seul comprend.
La complexité de ce parfum, étroitement associé au souvenir d'Olga, illustre savamment leur relation. En cela, il lui est doublement précieux. Il évoque à la fois la simple présence de la Comtesse et fait écho à ce qu'elles ont vécu ensemble. Si brève que fut leur histoire, si brutaux qu'en furent les débuts, elle était riche en émotions et lui laisse un souvenir vivace, qu'elle ressuscite à loisir avec Cuir de Russie.
Le flacon rebouché,
Yoko se dit souvent qu'il n'y a pas que la Comtesse et elle-même
qui s'opposent ; sa propre personne est un concentré de
contradictions. Pas étonnant qu'au gré de ses
aventures, elle s'accroche à tout va avec quiconque sortant
un peu du moule.
En le rangeant, elle se dit que son appartement
est un curieux écrin pour abriter ces épisodes de
réminiscence. De type principalement européen, avec une
touche de Soleil Levant, dans son appareillage à la pointe de
la technologie et quelques détails traditionnels, ses services
à thé, l'autel des ancêtres… il somme sa
propre complexité. N'entrons pas dans la chambre de Rosée,
c'est encore quelque chose à part dans sa vie. Le parfum
d'Olga y est déplacé, mais qu'est-ce qui ne l'est
pas, dans sa vie ? Elle a voyagé au bout du temps et au-delà
des étoiles connues, ça n'est finalement pas se
transplanter pour quelques minutes d'un continent à l'autre,
qui la dérangera.
