Chapitre 2 : A la rencontre du destin.

Bien que très longue, la file avançait assez rapidement. C'était un drôle de spectacle : un kilomètre de jeunes filles masquées et habillées de façon simple, extravagante ou totalement choquante. La plupart des filles, ne tenaient pas en place. Néanmoins, si on regardait bien, on pouvait distinguer quelques filles qui avaient l'air d'en avoir marre, qui soupiraient, sous le coup de la fatigue, de l'énervement ou de la colère, mais ne semblaient pas décidées à laisser leur place malgré tout. Bizarrement, les filles du début de la file semblaient les plus troublées. C'était donc par contraste que l'on ne pouvait s'empêcher de remarquer une jeune fille particulièrement moins surexcitée que ses condisciples. Elle portait un masque tout simple, qui semblait noir au premier abord mais qui se révélait être vert sombre. Quand à ses vêtements, tout aussi simples, pour ne pas dire classiques, étaient élimés aux articulations et ne semblaient pas de prime jeunesse. La jeune fille était mince, pour ne pas dire maigre, ses cheveux châtains étaient mi-longs, un peu ternes et elle semblait ne pas avoir été chez le coiffeur depuis bien longtemps. Mais on ne pouvait pas s'empêcher d'être attiré par ses yeux immenses. D'un banal marron, ils semblaient néanmoins resplendirent dans son visage. Et malgré son jeune âge apparent, ses yeux reflétaient une certaine sagesse qui traduisait une vie qui n'avait pas dû être facile.

La jeune fille en question se demandait comment elle avait bien pu se fourrer dans une telle situation. Elle se retrouvait dans une file d'attente qui n'en finissait pas et elle ne savait même pas pourquoi ou plutôt, pour qui. Alors qu'elle jetait un coup d'œil aux offres d'emploi d'un journal, ses yeux avaient été stoppés par la somme qui s'affichait en bas d'une annonce. Elle avait jeté un rapide coup d'œil et avait découvert qu'un peintre cherchait un modèle pour son futur tableau. Elle avait d'abord soupçonné quelque chose de louche aux vues de la somme et du fait que le peintre voulait un modèle masquée, mais s'était ensuite repris en se disant que ce n'était qu'un casting et que, si c'était vraiment quelque chose de louche, elle pourrait toujours dire non. Suffisait de ne rien signer ou de bien le lire avant. N'y connaissant rien au monde de l'art, elle n'avait pas jugé bon de regarder le nom dudit peintre. Grossière erreur. Elle aurait pu au moins se renseigner, histoire de savoir où elle mettait les pieds. Mais c'était trop tard. Et elle avait trop besoin de cet argent pour rebrousser chemin à présent.

Quand elle avait vu la file, déjà immense quand elle était arrivée et qui ne finissait pas de grossir, elle n'avait pu s'empêcher de se dire que la somme avait attiré beaucoup de jeune personne. Mais quand elle avait vu les masques de certaines des candidates, fait de diamants et autres pierres précieuses, elle avait bien été obligée de constater que ce n'était pas l'argent la principale motivation. A son grand dam, elle devait admettre qu'elle avait eut un peu honte de son masque fait dans une ancienne robe de collège, qui n'était même pas la sienne. Mais maintenant qu'elle était là, et qu'elle voyait les petites pimbêches surexcitées qui étaient venues, son côté combatif s'était réveillé.

Elle avait toujours détesté de ne pas être la première, cela concernait les études auparavant puis s'était étendu à beaucoup plus de chose. Puis tout s'était écroulé ce fatidique jour de printemps, son côté fonceuse et sa vie en général. Depuis ce jour là, tout avait été différent et elle ne voulait surtout pas se souvenir. De plus, elle n'en avait pas le temps : pendant qu'elle était plongée dans ses pensées, la file avait considérablement avancé et dans quelques minutes, se serrait son tour. Elle pouvait à présent entendre les commentaires des jeunes filles qui rebroussaient chemin.
"- Il est aussi beau qu'on le dit même s'il paraît froid.
- C'est justement ce côté mystérieux qui le rend si sexy, répliqua sa compagne.
- Pas même un regard. Il m'a renvoyée comme ça, dit une jeune fille, imitant le geste que faisaient les personnes aisées pour renvoyer les serviteurs. »
Bizarrement, la jeune fille ne pu s'empêcher de penser à un ancien élève de son collège, on aurait dit qu'elle le décrivait parfaitement. Même ce côté sexy qu'il avait acquis aux alentours de ses dix-sept ans. Néanmoins elle aurait préféré embrasser un scrout à pétard plutôt que de l'avouer à l'époque, et même maintenant.

Ça y était, elle était la prochaine. Elle commençait sérieusement à avoir le trac. Qui pouvait bien être cet homme qui faisait pleurer des filles et presque s'évanouir de plaisir d'autres ? Malheureusement, ou heureusement, elle n'eut pas le temps de se questionner plus longtemps. Après avoir vu une jeune fille sortir en courant et en pleurant (elle ne devait pas avoir plus de quatorze ans) elle entendit la voix horripilante de ce qui semblait être la secrétaire du peintre crier : « Suivante ! »
Elle pénétra dans la pièce quasiment vide qui avait été à l'évidence louée pour ce casting. Seul un fauteuil trônait au beau milieu de la pièce, ledit peintre en question assit dedans tel un roi qui jugeait ses sujet et qui pouvait les condamner à la mort d'un seul geste. La comparaison l'amusa car il devait sûrement se prendre pour un roi qui avait le droit de vie ou de mort. Le fauteuil était placé de telle façon que la lumière qui rentrait éblouissait les participantes qui regardaient vers ce dernier. La jeune fille mit donc du temps à s'habituer à la lumière mais quand ce fut fait, elle aurait préféré que ça ne le fusse pas. Les descriptions lui avaient paru décrire si bien son ancien camarade de collège car c'était bien lui.