Chapitre 2
Elsa faisait un merveilleux rêve lorsqu'elle se réveilla en sursaut. Quelque chose d'incroyablement froid venait d'être mit contre son cou. Elle se redressa d'un bon pour trouver Anna qui se roulait par terre tellement elle riait, une boule de neige à moitié fondue dans la main.
-Toi…, grogna l'ainé menaçante. Vengeance !
La brune s'approcha de sa sœur et l'attrapa dans ses bras. La rousse poussa un petit cri de surprise puis un véritable hurlement lorsque la boule de neige qu'elle tenait auparavant dans la main se retrouva sous sa chemise. Elle se tortilla pour essayer de l'enlever mais pour son plus grand bonheur, Elsa n'avait pas lâché l'arme de torture. Ce fut donc la brune qui la retira des vêtements de sa sœur, cinq secondes après qu'elle l'eut mise.
Anna planta ses yeux bleus dans ceux d'Elsa.
-On peut aller jouer ? Dis oui ! Dis oui !supplia la petite.
-Désolé, pas ce matin, j'ai du travail. On jouera cet après-midi ne t'inquiète pas.
-Mais je vais m'ennuyer…
-Tu n'auras qu'à aller chez Jack.
-Mais il travaille aujourd'hui…
-Tu pourras aider sa mère et jouer avec sa sœur.
-Plus ...
-Anna, c'est comme ça, j'ai du travail, coupa Elsa.
-D'accord…
Elle sortit de la chambre de l'ainé en trainant des pieds.
Elsa soupira puis se leva. La brune s'habilla rapidement et se rendit à la cuisine où elle entreprit de préparer le petit déjeuner. Anna arriva alors qu'il était presque prêt. La rousse s'assis à table et attendit patiemment qu'Elsa dépose devant elle une assiette bien garnie. La petite fille attaqua avec appétit son repas tandis qu'Elsa mangeait le sien. La brune fixa sa sœur un moment avant de se lever sous le regard interrogateur d'Anna. L'ainé ouvrit un tiroir et en sortit une plaquette de chocolat qu'elle posa à côté de la rousse avec un sourire en coin. Les yeux d'Anna s'illuminèrent lorsqu'elle vit la nourriture. Elle abandonna son assiette pour croquer à pleine dents dans le chocolat.
-Attention, tu vas finir par t'étouffer, avertit Elsa. Et tu devrais en garder un peu pour plus tard.
La rousse s'arrêta de mâcher et sembla réfléchir un instant. Puis elle reposa la plaquette de chocolat dans son emballage et la recouvrit habillement.
-Je vais la garder pour plus tard, déclara Anna.
Elsa s'esclaffa.
Il faisait encore nuit lorsque les deux sœurs sortirent de leur petite maison main dans la main, se dirigeant vers celle des Overland.
Anna s'arrêta tout à coup, obligeant Elsa à en faire de même.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda l'ainé.
-Elsa…euh…
La brune fronça les sourcils et s'agenouilla à côté de la rousse.
-Ça ne va pas ?
Anna se tourna vers elle.
-Est-ce qu'on sera toujours ensemble ?
La question surpris Elsa qui chercha un instant ses mots.
-Bien sûr Anna, je serais toujours là pour toi.
L'ainé déposa un baiser sur le front de la rousse et la serra dans ses bras. Anna rendit l'étreinte avec force.
-Pourquoi cette question ? demanda Elsa en s'écartant.
-Tu as vingt et un ans et tu n'es pas marié…, je pense que c'est ma faute d'ailleurs, mais tu vas bientôt te marier, je ne sais pas avec qui, et si tu te mari qu'est-ce que je vais faire moi ? Je ne veux pas être toute seule, mais ce sera un peu obligé si tu te mari. Moi je ne veux pas que tu te mari, enfin si, ou non, je ne sais pas…
La rousse stoppa son monologue lorsqu'elle entendit sa sœur rire de bon cœur.
-Quoi ?
-Comme tu l'as dit si je me mari. Je n'en ai aucune envie pour le moment, et il faudrait déjà que je tombe amoureuse. Donc ne t'inquiète pas, même si ça arrive je te laisserais jamais.
-Jamais, jamais ?
-Je serais toujours avec toi, murmura gentiment la brune.
Anna sourit de toutes ses dents et Elsa se releva. Elles repartirent toutes les deux de bonne humeur.
Devant la très petite maison des Overland, Elsa toqua à la porte. Pas de réponse.
-Ils ne sont pas chez aux, déclara quelqu'un dans leur dos.
Les deux sœurs se retournèrent simultanément. Un petit garçon blond accompagné d'un renne les fixait.
-Tu sais où ils sont ? demanda Elsa.
-Non, mais la petite fille avait l'air malade. Ils sont peut-être chez le médecin, répondit-il avec un haussement d'épaules.
-Merci.
-De rien. Au revoir.
-Bonne journée.
Anna se tourna vers la brune.
-Qu'est-ce qu'on fait puisqu'ils ne sont pas là ?
-Nous n'avons plus qu'à espérer que mon patron voudra bien que tu restes dans la taverne…
La rousse poussa un cri de joie et sauta partout tandis qu'Elsa s'éloignait lentement vers son lieu de travail, Anna sur ses talons.
-Hey ma jolie ! Trois bières brunes en plus !
-Toute suite monsieur !
-Serveuse ! Un ragoût de bœuf !
-Très bien !
Elsa courrait d'un bout à l'autre de la taverne, les bras chargés des différentes commandes des nombreux clients, la tête remplie par une liste de leurs autres exigences. Elle pénétra dans la partie de la taverne réservée au personnel et avertit le cuisinier des commandes. Puis elle alla vers un tonneau remplie de bière et en préleva trois grands verres qu'elle posa sur un plateau. Elle s'essuya les mains dans le tablier qui lui enserrait la taille et inspira un grand coup. A peine trois heures s'étaient écoulées depuis qu'elle avait enfilé le tablier mais elle se sentait déjà épuisée. Elle jeta un coup d'œil à la pendule. Dix heures. « La moitié du chemin fait » se dit-elle pour s'encourager.
Elsa redressa les épaules, colla un sourire factice sur son visage, prit le plateau et repartit dans l'enfer de la salle où les clients attendaient.
Trois heures plus tard.
-Enfin ! Lâcha Elsa en retirant le tablier maculé de tâches ayant différentes provenances, parfois inconnues et sortit par la porte de derrière.
Une tête rousse s'élança immédiatement vers elle et lui sauta dans les bras en poussa un cri de joie. Elsa sourit, soudain revigorée, comme si l'énergie d'Anna était contagieuse.
-On va jouer ! cria la rousse.
Ce n'était pas une question, mais pas un ordre non plus, c'était juste une constatation.
-Oui flocon de neige, répondit la brune en souriant.
Elle prit la main de sa sœur, une idée venait de germer dans son esprit, et l'entraina dans la rue enneigée pour finalement s'arrêter devant leur maison.
-Pourquoi on est revenus à la maison ? demanda Anna les sourcils froncés.
Elsa rentra puis ressortit pas même une minute plus tard, deux pairs de patins à glace dans les mains. Les yeux de la rousse s'illuminèrent de compréhension et de joie.
Elles traversèrent une partie du village pour pénétrer dans la forêt, marchèrent quelques minutes pour finalement tomber en arrêt devant un lac gelé.
Il faisait beau. Très beau. Pas un nuage ne venait obstruer le ciel. Le soleil brillait là-haut en déversant ses rayons lumineux sur la surface dure du lac, faisant briller d'un éclat brillant les flocons de neiges qui s'étaient délicatement posés sur le sol durant le règne de la lune. Le temps n'était pas la seule chose qui se sentir ce moment irréel. Les arbres qui s'élevaient autour du lac l'encadraient de leurs branches protectrices, leurs troncs couverts d'une fine pellicule de givre datant de la rosée du matin. L'air frai qui circulait en ce lieu revigorait poumons et esprits. Tout était parfait. Si parfait que cela en devenait troublant. Mais les deux sœurs ne s'attardèrent pas très longtemps sur la beauté du paysage.
Anna fut la première à enfiler ses patins puis à sautés sur la glace alors qu'Elsa n'avait toujours pas changée de chaussures. La brune rit à l'enthousiasme de sa sœur et s'assit dans la neige pour mettre ses propres patins.
Un craquement suivit d'un petit cri lui fit relever la tête. Anna se tenait debout au milieu du lac, les bras tendu sur les côtés dans la recherche d'équilibre, la glace continuant à se fissurer sous ses pieds au moindre de ses mouvements. Elsa réagit immédiatement. Abandonnant ses patins dans la neige, elle s'élança sur la glace en titubant légèrement pour ne pas tomber. Arrivée à deux ou trois mètres d'Anna, un autre craquement se fit entendre, obligeant la brune à s'arrêter.
Anna ne pouvait détacher ses yeux de la glace.
-Anna, appela Elsa en essayant de prendre une voix rassurante. Anna, regarde-moi.
La rousse leva des yeux terrifiés vers sa sœur. La brune sentit son cœur se serrer. Elle détestait voir ce regard dans les yeux de sa sœur.
-Elsa, j'ai peur…
-Je sais, mais ne t'inquiète pas, tout va bien se passer, d'accord ?
Anna baissa les yeux vers la glace.
-Non, Anna. Regarde-moi, ne détache pas tes yeux de moi, d'accord ?
Anna hocha faiblement la tête, la peur lui ayant coupé la parole.
-C'est bien. Maintenant, il faut que tu essais d'avancer vers moi, lentement.
La rousse secoua la tête de façon négative.
-Si tu peux le faire. Euh…ah ! Voilà, imagine que je suis un fondant au chocolat d'accord ? Avec mes cheveux, ça devrait aller !
L'ombre d'un sourire passa sur les lèvres d'Anna et elle fit un pas hésitant. Léger craquement qui la fit s'arrêter dans son mouvement.
-Non ne t'arrête pas, continu. Voilà, lentement…
La brune fit elle aussi un pas en avant puis un autre en essayant de ses coordonner avec sa sœur de manière à ce que quand la rousse avait le pied levé, elle posait le sien et inversement.
-Ne marche pas, glisse plutôt, conseilla Elsa.
La glace se fissura un peu plus, cette fois sous le pied de la brune mais elle ne détachait pas ses yeux de ceux d'Anna. Elle tendit la main, désormais à un mètre de la petite fille, et l'attrapa par le bras.
Elsa tira brusquement sa sœur vers elle, la mettant en sécurité sur une partie solide du lac. Mais dans la manœuvre, elles avaient échangées de place sans le faire exprès.
Anna, qui avait glissée sur les fesses, se releva et adressa un sourire éclatant à Elsa qui fit de même.
Tout se passa très vite.
La glace ne supporta pas la différence de poids entre Anna et Elsa. Elle céda brusquement sous les pieds de la brune qui tomba dans les eaux glaciales, le cri de sa sœur résonna dans sa tête.
Tout était parfait. Trop parfait.
Tous vêtus de noir, les habitants du village se tenaient debout, la tête baissée et les yeux parfois fermés. Rendant un dernier hommage aux trois personnes décédées cette semaine. Au premier rang, sous une fine pluie de flocons de neige qui paraissaient aussi pleurer leurs morts, se tenaient Jack et Anna. Le jeune garçon avait le visage figé dans une expression de profonde douleur et ses yeux d'habitude si joyeux étaient vides. Anna avaient les épaules secouées par des sanglots incontrôlables, les larmes ruisselaient sur ses joues tremblotantes, les mains serrées en boule sur sa poitrine. Derrière eux, les habitants du village ne pouvaient comprendre leur douleur mais compatissaient quand même.
Devant tout ce monde trônaient trois pierres tombales.
Aux pieds de chacune d'elles se trouvaient des objets symboliques. Une paire de patins à glaces devant la tombe d'Elsa. Un vieil ours en peluche devant celle d'Emma. Et un petit collier de cuir pendait sur la tombe de la mère de Jack.
Le prêtre termina la prière puis la foule se dispersa, laissant les deux enfants seuls.
