Note de l'auteure 1 : Je rappelle que, contrairement au premier chapitre, le narrateur dans celui-ci est Aqua. De même, cette fic se passe après la bataille contre Xehanort, donc après KHIII qui n'est pas encore dans nos mains. La bataille décrite et ses séquelles ne sont que des inventions de ma part.
Note de l'auteur 2 : Quelques petits rappels (spoiler de la fin de Birth by sleep) :
* Pour ceux qui auraient vu la fin secrète de Birth by sleep, à sa mort, le coeur d'Eraqus se réfugie dans celui de Terra
* Aqua rencontre pour la première fois Kairi au Jardin Radieux, quand elle était enfant
* Le Manoir Oblivion était à la base la Contrée de départ. C'est Aqua qui verrouille la serrure de la Contrée de départ et seule elle a le pouvoir de la déverrouiller, toute autre personne sera plongée dans l'oubli.
* Dans ce chapitre, je parle très brièvement d'une double Keyblade. Ce n'est nullement la X-blade, je pense plus à la keyblade que l'on peut voir dans l'altération du réel d'Illusiopolis, dans le jeu sur la 3DS.
* Les âges que je mets en avant dans ce chapitre sont des suppositions de ma part puisque nous ne connaissons pas les âges du trio de BBS.
Note de l'auteure 3 : Encore une fois, les pensées des personnages et les noms des mondes sont en italiques
La chanson qui accompagne ce deuxième chapitre est Tu n'es plus là de Amel Bent
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Chapitre 2 : Tu n'es plus là
Comme tous les matins, les rayons du soleil de la Contrée de Départ pénètrent ma chambre pour m'agresser la vue. Instinctivement, je remonte le drap au dessus de ma tête bleue pour me protéger de cette lumière trop aveuglante, bien décidée à ne pas la laisser me prendre ma dernière heure de sommeil.
Ma tête s'alourdit. Alors que je m'enfonce à nouveau lentement vers le monde de Morphée, je sens une grande main chaude se poser sur ma hanche puis dévaler jusque sur ma cuisse dénudée. Je frémis à cette caresse, poussant un long soupir de bien-être qui s'exacerbe lorsque deux lèvres viennent se poser délicatement dans ma nuque :
« Terra… »
Je me retourne pour t'enlacer et me serrer contre ton corps musclé et viril dont j'ai été privée durant des années lorsque j'étais enfermée dans le domaine des ténèbres. J'aime sentir ta chaleur, tes bras rassurants autour de ma taille, et poser ma tête sur ta poitrine pour y entendre les mélodieux battements de ton cœur, preuve que tu es de nouveau là, près de moi… Mais ce n'est que le vide que mes bras rencontrent. Un creux dans les draps, dans mon cœur, et le froid laissé par ton absence.
Où est l'épaule sur laquelle j'me reposais ?
La présence chaude que mon corps aimait serrer
Où est passée la voix qui répondait à mes questions ?
L'autre moitié de moi, sans qui j'perdais la raison
Je me relève sur un coude et mets plusieurs minutes à m'adapter à la clarté. Je te cherche à tâtons, mais force est de constater que tu n'es pas là. Tu t'es levé ? Tu prends ta douche ? Tu t'échauffes déjà ? A moins que tu ne prépares le petit-déjeuner… Non, ce n'est pas ça, rien de tout cela…
Tu n'es plus là
Comme tous les matins, je me suis laissée bercer par des illusions issues de mes souvenirs. Je revois les derniers moments que nous avons passés ensemble. Je rêve que tu es là, que tu me parles, me promets de ne plus sombrer et de rester auprès de moi pour toujours. Tu dis que tu m'aimes, que je suis ta lumière, celle qui t'a permis de lutter. Tu t'excuses aussi de m'avoir laissée errer dans les ténèbres pendant des années, et moi je coupe ton long monologue en posant mon index sur sa bouche avant de le remplacer par mes lèvres. Chaque baiser est pour toi une preuve que je ne t'en veux pas, et c'est le cas. Je t'aime trop pour cela et je ne veux pas passer ma vie à regretter. Je souhaite maintenant ranger ce sombre passé dans un tiroir de nos souvenirs, et me tourner vers un avenir où nous vivrons tous les trois, toi, Ven et moi, en prenant compte que nos erreurs passées et en rattrapant toutes ces années où nous avons été séparés… Mais cette existence-là n'a pas sa place dans le quotidien actuel, car la réalité est telle quelle est, aussi atroce soit-elle...
Tu n'es plus là
Je m'assieds sur le lit, replis mes jambes et pose ma tête sur mes genoux. J'ai besoin de déprimer en pensant à toi, un rituel quotidien, obligatoire comme pour laisser aller mes émotions avant de les enfermer jusqu'au soir. Je suis maître de la Keyblade, je suis celle qui veille sur le bon équilibre de la Contrée de départ, j'ai deux apprentis à charge. Je ne dois pas me laisser aller devant eux car je suis censée incarner la maîtrise parfaite de mon cœur. Mais c'est si dur des fois de ne pas sombrer dans le désespoir, encore moins quand votre subconscient vous rappelle sans cesse l'énorme perte laissée par la grande bataille, et qui vous a mutilé aussi bien votre cœur que votre esprit dans une plaie béante qui a bien du mal à cicatriser.
Pendant mes années d'errance dans les ténèbres et durant la bataille finale, à aucun moment je n'ai flanché. J'avais l'espoir d'un lendemain lumineux, sans doute est-ce ça qui m'a permis de tenir face aux rudes épreuves qui se sont mises sur ma route. J'ai combattu avec hargne, mais pour obtenir quoi ? Un lendemain sans toi.
J'ai bien sûr d'autres raisons de vivre, notamment une mission. Mais pour exister, j'ai besoin de penser à toi qui a disparu. Je me terre dans un passé plus que sombre au lieu d'avancer vers la lumière où se trouvent actuellement les autres, mes amis, mes frères d'armes. Mais quel intérêt de vivre en pleine lumière si tu n'es pas avec moi pour en savourer la douce chaleur ?
Je tends ma main vers le chevet à proximité et y attrape un vieux bijou jaune en forme d'étoile. Ton éclaireuse, celle que j'avais fabriquée pour qu'elle te porte bonheur. Son effet fut complètement l'inverse, mais je la garde car elle est mon dernier souvenir de toi. Chaque jour, elle trône dans ma chambre aux côtés de ma propre éclaireuse. L'une sur l'autre comme si elles cherchaient à s'étreindre et fusionner, comme nous le faisions autrefois. Maintenant c'est impossible. Ton corps n'est plu, tout comme ton cœur. Il ne reste de toi que ce porte-bonheur maudit et des souvenirs qui me torturent mais dont je ne pourrais me priver.
Quand le jour me réveille
Et qu'il m'offre encore ses plus beaux éclats
Le vide est le même, tu n'es plus là
Dans le monde de mes sommeils
Je respire mais je sais que je n'vis pas
Plus rien n'est pareil
Quand tu n'es plus là
Comment en sommes-nous arrivés là ? Tu es mort certes, mais avec les honneurs, la reconnaissance de notre maître que tu espérais tant. Ven, lui, n'a pas pleuré, car il était si content pour toi. Tu avais réalisé ton rêve, tu étais enfin passé maître, tu avais prouvé ta valeur. Moi aussi, j'étais si fière de toi. La volonté dont tu as fait preuve pendant la bataille finale fut la preuve irrévocable que ton cœur était fort. Et pourtant, aujourd'hui on parle toujours de Sora et Riku comme étant les vrais héros de cette longue bataille.
Il est vrai que c'est eux qui ont anéanti la plupart des réceptacles de Xehanort, en plus d'affaiblir celui-ci lors du combat final, mais beaucoup ont déjà oublié que notre ennemi a définitivement disparu grâce à ton sacrifice.
Les treize chercheurs des ténèbres, les réceptacles du cœur de Xehanort, tu en faisais parti. Ou du moins ton corps, celui que j'ai combattu puis sauvé auparavant, celui qui est devenu un simili avant de reprendre forme humaine à la mort de Xemnas et Ansem, et lors de la libération du Kingdom Hearts de l'Organisation XIII. Xehanort avait tord de croire que ton cœur avait été détruit par ses ténèbres. En toi résidait également notre maître Eraqus qui t'a protégé durant des années de l'influence néfaste de ce corps étranger. Tu as su te réveiller au moment opportun et reprendre ta place dans ce corps alors que nous te combattions, Ven et moi. Malgré la persistance de cette chevelure blanche et de ces yeux jaunes, tu étais bien le Terra que j'avais connu et aimé.
Tu étais l'un des derniers chercheurs des ténèbres, passé provisoirement du côté de la lumière. Tu nous as étreints, Ven et moi. J'ai immédiatement reconnu ta chaleur. Nous avions confiance en toi, mais toi tu restais distant, affirmant que le moindre contact avec les ténèbres pourrait permettre à Xehanort de reprendre le dessus. Par conséquent, tu préférais te tenir éloigné de nous.
Si Ven, bien que déçu, a respecté ton choix, moi je n'étais pas d'accord. Alors comme autrefois, je t'ai suivi et surveillé, mais cette fois tu t'en ais bien vite rendu compte. Au lieu de te mettre en colère, tu m'as gentiment taquinée en me disant que je n'avais pas changé, que j'étais toujours aussi attentionnée et inquiète envers mes proches. J'ai profité de cet instant pour te déclarer mon amour que je gardais pour moi depuis des années :
« Que veux-tu ? L'homme que j'aime réapparaît subitement, et tu crois que je vais le laisser repartir sans dire ? »
Tu n'as rien répondu mais tu as souri puis tu m'as embrassé le plus naturellement du monde, comme si tu le savais déjà. Des sans-cœur s'approchaient de nous, mais nous ne descellions pas nos lèvres pour autant. Ils avançaient, avançaient… avant de disparaître. Etait-ce le brasier qui menaçait de consumer mon corps qui les avait faits s'annihiler, ou bien la lumière de nos deux cœurs réunis. Qu'importe, je ne voulais plus me séparer de toi, rompre ce baiser que j'attendais depuis si longtemps. Plus je l'intensifiais, plus je te sentais te tendre, tant et si bien que c'est toi qui rompit le contact de nos lèvres, quelque peu gêné. J'ai ri bien maladroitement en devinant ton trouble, même si c'était fâcheux pour toi. Je n'arrivais plus à m'arrêter, à croire que je me libérais d'un poids contenu depuis des années. Au lieu de te vexer, tu m'as plaqué au sol avant de me chuchoter avec un ton malicieux :
« Je vais te donner une bonne raison de rire »
Sans retenu, tu me chatouillas les côtes, et je redoublais mon fou rire avant de retourner la situation pour t'attaquer à mon tour. Nous roulions sur le sol sur plusieurs mètres en riant comme au bon vieux temps puis, à bout de souffle, je me suis allongée sur toi et j'ai posé ma tête sur ton buste. Les tambourinements irréguliers laissaient fort à penser qu'il n'y avait pas qu'un seul cœur dans ta poitrine. Tandis que j'enfonçais encore plus mon oreille, tu as posé ta main dans ma chevelure avant de me dire :
« On n'est pas seuls, tu sais, dis-tu pour m'expliquer ce drôle de phénomène.
- Ce n'est pas Xehanort, c'est trop lumineux. Serait-ce le Maître ?
- Oui, le corps de maître Eraqus est mort, mais il a réussi à sauver son cœur qui s'est réfugié dans le mien. Il veille sur nous, il me parle des fois, comme maintenant.
- Et que dit-il ?
- Terra, un peu d'action, t'as des spectateurs !
- Tu déconnes ? avais-je demandé, imaginant peu notre sage maître émaner ce genre de propos.
- Si tu savais Aqua ! Notre maître n'a pas toujours été un bon vieux sage. Là, il est en train de protester parce que je le traite de vieux. »
J'ai ri une nouvelle fois avant de me redresser. Assise à califourchon sur tes hanches, j'ai enlevé mon haut, me montrant à moitié nue devant toi qui te cachas les yeux pour retenir ton trouble. Gloussant encore, j'ai pris tes mains dans les miennes avant de poser à nouveau mes lèvres sur les tiennes et de te dire, mes yeux braqués sur les tiens :
« Offrons au maître un sulfureux ballet.
- Ah non, pas question qu'il regarde ! »
Au final, tu as eu vite fait d'oublier notre maître pour t'unir avec moi dans notre seule et magique étreinte. Après l'acte, tu m'as caressée les cheveux avant de me dire :
« Quand toute cette histoire sera terminée, je t'épouserai. »
J'en ai encore ri, ne te prenant pas au sérieux, mais te croyant quand même. Après tout, nous avions l'avions l'âge. Bien que nous ayons gardé nos apparences d'il y a dix ans, nous avions respectivement vingt-sept et vingt-huit ans.
Je serrais mes bras autour de ton cou en signe de consentement. C'était comme une promesse d'avenir, comme si tu avais dit « Nous nous aimerons encore ». Entre nous, il y avait peu de mots et encore moins de « Je t'aime ». Un seul regard suffisait pour nous communiquer nos sentiments.
Après cela, tu as accepté de revenir passer un peu de temps avec Ven, surmontant tes craintes de sombrer. J'avais foi en toi, tu avais prouvé la force de ton cœur. C'est toi-même qui as combattu Braig qui ne cessait de nous narguer et nous rappeler ton côté naïf et trop influençable, sans oublier toutes ces années de souffrances par ta faute. Mais je m'en moquais, car au fond je sais que tu ne nous voulais pas de mal, que tu ne faisais que chercher une force suffisante pour tous nous protéger.
Malheureusement, lorsque nous avons fait face à Xehanort tel que nous le connaissions, il émanait de lui une puissance encore plus terrible qu'autrefois. La défaite de ses réceptacles avait fait rappeler à lui chaque partie de son cœur sectionné, ajoutée aux énergies négatives de chacun de ses élus. Il ne lui restait plus que Terra pour devenir complet et invincible, un être de ténèbres pures qui attaquerait les sept protecteurs de la lumière, en espérant que leur collision forge la X-blade. Il voulait faire revenir Kingdom Hearts et engendrer une nouvelle guerre des keyblade. Définitivement, cet homme était fou.
A cause de son influence, tu as perdu le contrôle, laissant de nouveau place à ce fragment de cœur ténébreux qui noircissait ton esprit tel un parasite. Bien que cela m'en coûtait, je t'ai combattu une nouvelle fois. J'étais dans une impasse. Si je te tuais, non seulement tu disparaîtrais mais en plus Xehanort récupérerait la partie manquante de son cœur. Mais si je te laissais en vie, c'est toi qui nous tuerais tous un à un. De plus, le pouvoir de notre ennemi en toi te permettrait d'ouvrir ton cœur pour rendre son fragment à son propriétaire. Que faire, n'était-il pas possible de te débarrasser de ce parasite sans te faire disparaître ?
Notre combat s'éternisait. Quelque chose clochait, tu me paraissais trop faible. Non, en réalité, tu retenais tes coups comme si tu luttais contre l'influence de ce cœur néfaste.
Alors que nos deux keyblade s'entrechoquaient et se défiaient, je t'entendis me parler directement dans ma tête :
« Aqua, il y a peut-être une solution. Continue de me combattre, il faut gagner du temps »
Mais du temps pour quoi ? Tôt ou tard, toi et moi finirons par nous épuiser. J'ai compris où tu voulais en venir lorsque j'ai vu Sora et Riku combattre ensemble notre ennemi. La force fusionnée de leur cœur forgea une sorte de double keyblade qu'ils maniaient à deux et qui affaiblit considérablement le corps de Xehanort. Le vieil homme semblait vaincu mais ne le serait pas complètement tant que résiderait en toi un fragment de son cœur. Pour être sûr qu'il ne revienne jamais, il le fallait détruire jusqu'au dernier morceau.
Sans crier gare, tu as subitement abandonné notre combat pour te diriger vers les héros et le vieil homme affaibli :
« Riku, Sora »
Riku semblait déterminé, Sora affecté. Qu'aviez-vous en tête ? Les deux jeunes garçons nommés maîtres plantèrent simultanément leur keyblade redevenue simple dans ta poitrine et dans celle de Xehanort. Quatre cœurs se sont envolés, deux de lumière, deux de ténèbres, puis fusionnèrent avant de revenir dans ta poitrine, le corps du vieil homme disparaissant dans une fumée noire. Je comprenais à présent. Tu voulais annihiler Xehanort de l'intérieur, détruire ton corps et vos cœurs en même temps.
Tu voulais te sacrifier
Je me souviens que tu avais fait une promesse autrefois, lorsque Xehanort avait pris possession de ton corps la première fois. Ton esprit enfermé dans ton armure, piégé à la Nécropole des keyblade, tu répétais sans cesse « Aqua, Ven, un jour j'arrangerai tout ». Tu respectais cette promesse, mais pas celle de m'épouser. Pourquoi m'avais-tu dit cela alors ? Pourquoi ne pas m'avoir parlée de ce plan dont semblaient être informés Sora et Riku ? Probablement parce qu'à cet instant, vous ne l'aviez pas encore échafaudé. Et puis, tu savais que m'en parler m'aurait influencée sur la bataille finale.
Et tu avais raison
Mes sentiments ont parlé tout seul lorsque je t'ai vu porter à tes lèvres cette fiole contenant un poison mortel :
« Terra, non, ne nous abandonne pas encore »
Cette simple phrase faillit causer notre défaite. Tu as hésité, Xehanort profita de cette faiblesse passagère pour reprendre le dessus sur ton corps. Immédiatement, il jeta à terre le récipient qui aurait dû être l'outil de ta rédemption. Son rire sarcastique résonnait, et moi je réalisais qu'à cause de mon affect, mon amour trop grand pour toi, j'ai failli mener le monde à sa perte.
Déjà bien épuisés par leur précédent affrontement, Sora et Riku, ainsi que Ventus, combattirent cette nouvelle menace avec hargne. Moi, je suis restée en retrait, culpabilisant, persuadée que tu étais en train de me maudire. Au final, mes trois jeunes amis s'écroulèrent, complètement épuisés, tandis que notre ennemi jubilait et levait sa keyblade pour les achever. J'avais fait une erreur, il était de mon devoir de la réparer. Sans réfléchir, j'ai subitement bondi sur ton dos, m'accrochant à toi par ton cou, te serrant à t'en étouffer. Toi, ou plutôt Xehanort, se débattit pour me faire tomber, mais pas question de te lâcher :
« Combats-le, Terra » te suppliais-je à l'oreille.
Au final, il réussit quand même à me mettre au sol. Tes yeux, ou plutôt ses yeux jaunes et effrayants, m'ont regardée avec haine. Un regard qui me donna presque froid dans le dos :
« Tu seras la première à mourir »
Je serrais ma keyblade dans ma main, prête à parer ton attaque, même si ma fatigue et nos différences de force physique laissaient présager ma défaite. Mais ton corps s'est soudainement arrêté. Ta keyblade brandit au dessus de ta tête, tu ne l'abaissais pourtant pas sur moi. Le visage crispé, tu semblais en proie à un conflit intérieur :
« Tu ne la toucheras pas »
Cette fois, c'était ta voix. Tu reculais pour m'éloigner du danger, puis tu t'agenouillas, la tête entre les mains, comme pris d'une terrible migraine :
« Aqua, achève-moi »
C'était la seconde fois que tu me demandais cela. Toi qui connais mes sentiments, tu me parais absolument ignoble, mais je sais que chez toi prime ton désir de vaincre. Ce côté justicier, c'est ça que j'aime chez toi. Et comme j'avais déjà commis l'erreur de tous nous perdre, je me suis relevée et j'ai brandi bien malgré moi ma keyblade sur toi avant de penser que tout ce qu'elle fera, c'est t'ôter le cœur avec celui de Xehanort. Cette vermine serait encore capable de se trouver un nouvel hôte. Pour le faire disparaître, je devais anéantir sa prison. Je devais tuer ton corps, et tout ce qu'il possédait.
La fiole de poison ayant été cassée, je décidais d'utiliser un sort d'arsenic. Le poison te tuait à petit feu, et tu souffrais, même si tu faisais tout pour ne rien laisser paraître. Je pensais également t'administrer un sort de Morphée, mais tu m'arrêtas. J'ai cru un moment que notre ennemi avait profité de ta souffrance pour reprendre possession de ton corps, mais non. C'était bien toi, ton regard bienveillant et ton sourire malgré la douleur :
« N'en fais rien Aqua, je veux vivre ce moment avec vous tous. »
En titubant, tu as marché vers Sora et Riku avec lesquels tu as échangé accolade et clin d'oeil, puis tu as ébouriffé la tête de Ven comme autrefois. Notre petit frère souriait, apparemment très fier de toi. Il était probablement triste lui aussi mais n'en montrait rien. Au final, je fus la seule qui succomba à mes émotions. Je me jetais dans tes bras, te répétais que je t'aimais et que je ne t'oublierai pas :
« Tu es digne du statut de maître de la keyblade.
- Je sais, le maître vient aussi de me le dire, mais l'entendre d'un autre maître me touche vraiment. C'est grâce à toi. Sans ton appel, je ne serai peut-être pas revenu. Tu m'as aidé à réaliser mon rêve Aqua, merci »
Tu m'embrassas avant de tomber genoux à terre, m'entraînant avec toi. Tu as décidé de mourir dans mes bras. Tu m'aimais toi aussi, je t'ai entendu le chuchoter dans ton dernier souffle. J'en oubliais toutes tes fautes passées, et il ne resta que mes erreurs…
C'est moi qui t'aie tué
Que tu es cruel, tu m'as laissée seule et remplie de remords.
Je n'suis plus sur de ce qui nous est arrivé
J'y pense tous les jours, j'ai même peur d'accepter
J'ai gardé le meilleur et enterré le reste
Effacé tes erreurs, oublié tes promesses
Repenser à ça me coupe l'appétit, et comme chaque matin je me contente d'avaler mon thé. Je lave ma tasse et me dirige vers le hall où je crois entendre le bruit de keyblade qui s'entrechoquent. Probablement mes deux élèves qui s'entraînent dès le matin à la fraîche, déterminés à passer maître dès que possible. Après tout, même si les mondes sont en paix, on n'est jamais à l'abri d'une nouvelle menace. Et aussi parce que c'est resté le rêve de Ventus, notre très cher ami et petit frère de cœur, toujours aussi dynamique et rapide dans ses attaques. Huit mois depuis son réveil, et j'ai l'impression qu'il a pris en taille, en muscle et en maturité. A croire qu'il rattrape ses dix années de sommeil d'un seul coup. Après tout, il est censé avoir vingt-quatre ans. Bientôt il me dépassera, ça risque de me faire un choc. Il rêve de te ressembler, même si à mon avis il n'a pas le physique pour atteindre ta carrure. N'empêche qu'il est devenu très fort. Au moins autant voire plus que moi en combat, mais en magie je reste la meilleure. Que veux-tu, c'est ma spécialité, et c'est ce que j'apprends aussi à ma nouvelle élève qui se débat comme une acharnée mais qui ne peut rien face aux attaques rapides de Ventus. Elle est vaillante mais encore trop inexpérimentée :
« Tu abandonnes déjà, Kairi ? » la défia Ven avant d'esquiver un sort de glace.
Je souris. Les voir me rappelle le temps où c'est toi qui te chargeait de la formation de Ven. Rien n'a vraiment changé ici. Notre monde s'est automatiquement reconstruit lorsque j'ai déverrouillé la serrure du manoir Oblivion. Dommage que le maître et toi ne soyez plus là pour le voir.
Je reporte mon attention sur mes élèves. La jeune princesse de cœur semble à bout de forces. Essoufflée, les mains sur ses genoux, je lui lance alors pour l'encourager :
« Kairi, tu y étais presque. La prochaine fois, tu l'auras »
Oui, rien n'a vraiment changé ici. Ton départ fut comblé par l'arrivée de cette jeune fille plus robuste qu'elle n'en donne l'air. Quelle surprise lorsque je l'ai vue débarquer à la Contrée de Départ deux mois auparavant, amenée par le Roi Mickey à qui elle avait érigé une lettre pour qui l'y emmène. Elle disait qu'elle voulait se perfectionner dans le maniement de la keyblade et passer Maître un jour.
Je t'avoue que je suis d'abord restée sur ma défensive. J'ai eu du mal à la croire, pensant à un caprice d'adolescente. Elle n'avait aucune raison de se trouver ici. N'avait-elle pas une famille sur son île ? Des amis et activités propres à toutes jeune fille normale ? Et puis, n'était-elle pas amoureuse de Sora ? Pourquoi s'éloigner du garçon qu'elle aime, elle qui a la chance de pouvoir vivre à ses côtés ?
Je l'ai jugée trop vite, je le reconnais. J'étais sans doute encore trop profondément affectée par ta disparition. Aussi, je n'ai pas hésité à lui poser la question, non sans y ajouter un ton de reproche :
« Pourquoi cette envie soudaine ? N'as-tu pas d'autres intérêts ? La voie que choisissent les porteurs de keyblade n'est pas toujours rose.
- Je le sais, j'en suis consciente, avait-elle répliqué sans vaciller. Mais donne-moi ma chance, je te promets de m'entraîner et progresser rapidement afin de ne pas être un poids. Si une nouvelle menace éclate, bien que je souhaite que non, je ne veux plus rester en arrière. Je veux aider et combattre.
- Et Sora dans tout ça ? »
A peine ai-je évoqué le nom du jeune garçon aux épis que son visage s'est assombri. Je connaissais cette expression peinée et je regrettais immédiatement ma question :
« Il n'a pas de besoin de moi, puisqu'il a Riku. »
Il est vrai que les deux garçons semblaient très proches. Ca allait donc au-delà de l'amitié :
« S'il avait suffit que je l'aime, je n'en serais pas là. »
Elle me conta ces six derniers mois depuis la fin de la bataille. Son récit me toucha, le trouvant plus tragique que le mien, ou plutôt le nôtre. Moi, j'ai eu la chance d'être aimée, même si c'était bref. Kairi, elle, se traîne un amour non partagé. Avec tendresse, je lui ai caressée ses cheveux, doux comme la soie. Un geste qui me manquait puisque Ven ne me laisse plus le faire, jugeant qu'il n'est plus un enfant.
Je regrettais de porter des mitaines, car je n'avais jamais senti une telle finesse. J'avais l'impression que c'est moi qu'on câlinait avec une plume. C'était une simple caresse, mais elle éveilla en moi des sensations que je n'avais plus connues depuis ta disparition. Et lorsqu'elle leva les yeux vers moi, je fis presque un mouvement de recul. Ses iris bleus, plus foncés que les tiens, semblèrent me lancer une décharge qui m'électrisa le corps entier. Je comprenais la signification de ces réactions, mais je me suis empressée de les rejeter avant qu'elles ne prennent trop d'emprise. C'est toi que j'aime, Terra. Te sentirais-tu trahi si je cédais à cette pulsion, ou bien serais-tu rassuré de voir que je me reconstruis ?
J'ai juré de toujours t'aimer et d'honorer ta mémoire. Je me cache derrière cette excuse et bien d'autres, comme par exemple le fait que Kairi soit une fille tout comme moi. Non pas que l'idée me dérange, mais elle ? L'homosexualité de Sora et Riku la gène, et elle est attirée par les garçons puisqu'elle aime Sora… Oui mais moi aussi je t'aime Terra, et pourtant…
Non, ce n'est pas ça. Je me donne mille excuses pour ne pas succomber, mais je connais les vrais raisons qui me poussent à résister à ce phénomène chaque fois que je la vois, toujours plus belle et femme chaque jour.
J'ai peur. Non pas qu'elle me rejette, mais j'ai peur de trop m'attacher à elle et la perdre comme je t'ai perdu. Si encore elle n'avait pas été une élue, mais deux keyblade sont de trop dans une relation. Je l'ai appris à mes dépends. A cause de cette arme sacrée, toi et moi avons été si longtemps séparés avant de nous aimer, puis de nous quitter trop tôt. C'est à cause de ce pouvoir que tu n'es plus là aujourd'hui, Terra.
Quand le jour me réveille
Et qu'il m'offre encore ses plus beaux éclats
Le vide est le même, tu n'es plus là
Dans le monde de mes sommeils
Je respire mais je sais que je n'vis pas
Plus rien n'est pareil
Quand tu n'es plus là
Kairi est une fille si dynamique, pétillante, rafraîchissante. Je pensais l'éviter mais elle venait toujours vers moi, et je n'ai jamais eu le cœur à la repousser. Elle semble se plaire ici. Elle a décoré sa chambre avec goût, parle beaucoup de tout et rien, pose de nombreuses question sur la keyblade, sur ses pouvoirs et son histoire. Sa bonne humeur est contagieuse, sa lumière pure réchauffe mon cœur brisé. Peut-être est-là sa manière de surmonter son propre chagrin. Elle n'a plus rien à voir avec la fillette chétive que j'ai sauvée autrefois au Jardin radieux. Elle est jeune, mais elle est bien plus forte que moi, et je ne l'en admire que d'avantage. Malgré mes réticences et mon accueil peu aimable, elle et moi sommes devenues rapidement proches. Petit à petit, mon attirance évidente pour elle surpasse le stade du physique.
Elle affirme que je suis son modèle, qu'elle veut adopter un style de combat comme le mien. Elle s'entraîne avec notre jeune ami pour améliorer son endurance et sa rapidité, mais son principal atout au combat réside dans les sorts magiques dont je suis l'enseignante. C'est un vrai plaisir. Kairi est une élève consciencieuse et douée. Ven n'ayant plus spécialement besoin de moi dans sa formation, je me concentre exclusivement sur elle. Chaque jour, elle m'aide à me reconstruire, elle me donne un nouveau but, elle comble le vide dans ma vie que tu as laissé, bien qu'il me rattrape le soir lorsque je me couche.
Quand le jour me réveille
Et qu'il m'offre encore ses plus beaux éclats
Le vide est le même, tu n'es plus la
Dans le monde de mes sommeils
Je respire mais je sais que je n'vis pas
Plus rien n'est pareil
Quand tu n'es plus là
Chaque jour, notre entraînement consiste en un combat où la magie doit primer à l'instar de quelques coups de keyblade. Un moment précieux pour moi. Kairi qui combat me semble encore plus belle. Mais aux premiers signes de fatigue, je n'hésite à interrompe notre séance :
« Faisons une pause Kairi, lui ordonnais-je en faisant disparaître ma keyblade.
- Non, je peux encore, insista-t-elle pourtant à bout de souffle, n'ayant même plus assez d'énergie pour réaliser le moindre sort.
- Ne force donc pas tant, nous ne sommes pas en guerre. Tu peux prendre ton temps pour apprendre…
- Non, coupa-t-elle… Je ne suis pas encore digne…
- Est-ce les honneurs que tu cherches ? Si tu suis cette voie, tu n'arriveras à rien. Nous les élus de la keyblade, nous devons protéger la lumière. Pense à ton prochain, ne pense à ton propre intérêt.
- Je sais tout ça. Aqua, je veux atteindre ton niveau et devenir un maître de la keyblade de ton envergure.
- Et que feras-tu à ce moment-là ?
- Premièrement, je volerai ton cœur »
Je reste sans voix. Ca ne ressemble pas à Kairi de faire de sombres projets comme celui d'arracher le cœur d'une personne. Dans son cas, cela sonne plus comme une déclaration :
« Et pourquoi ? demandai-je encore.
- Quand j'étais enfant et que tu m'as sauvée, j'ai pensé à cette époque "un jour, je serai comme elle". Je suis venue ici parce que j'avais besoin d'un nouveau but dans la vie, et j'ai immédiatement pensé à toi. Tu m'as accueillie, tu me donnes de ton temps et de tes connaissances.
- C'est le devoir d'un maître…
- Mais plus que ça, tu me rends heureuse. Oh, Ven aussi bien sûr, et j'étais aussi heureuse sur mon île, chez mes parents ou avec mes amis. Mais avec toi c'est différent. Tu es belle, tu es forte tout en étant douce et attentionnée. Tu as fait preuve d'un immense courage pour sauver l'univers. Moi-même, je ne sais pas si j'aurais été capable de le faire. Tu es tout ce à quoi je rêve de ressembler, tu es mon idéal. Je t'adore vraiment. Je veux briller à tes yeux, je veux que tu me regardes. Je veux devenir une femme digne de me tenir éternellement à tes côtés pour protéger la lumière.»
Là c'est sûr, elle me fait une déclaration. Vraiment, je n'aurais pas cru que ce soit elle qui me fasse vaciller. Je tente de contrôler l'émotion qui me submerge avant de lui tourner le dos et lui dire :
« L'entraînement est finie pour aujourd'hui, tu as trop dépensé d'énergie. »
Devant son air désabusé, j'ajoute en souriant :
« Si nous allions nous restaurer devant un goûter »
Son sourire aussi radieux que son monde d'origine finit de m'enchanter définitivement. Je le lui rends sa risette, pensant intérieurement que grâce à elle, je réussirai à faire ton deuil. Tu m'as aimée et rendue heureuse, Terra. Tu resteras toujours mon premier amour, une personne très importante pour moi. Mais la vie continue et la lumière m'attend. Oui, c'est elle m'a appelée et guidée. Et alors que nous marchons côte à côté, je pense intérieurement :
« Tu as déjà volé mon cœur »
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Note de l'auteure : Merci d'avoir lu
J'avais pensé encore faire un troisième chapitre pour mieux développer la relation Aqua/Kairi ensuite, mais pour le moment je manque d'inspiration, je n'ai que des petites idées. Peut-être en ferais-je une autre fic à part une de ces jours, si le cœur m'en dit.
