Le vieil homme marche aussi vite que Ryuzaki et de la même manière, sûrement est-il à l'origine de cela. On descend des escaliers et traverse un long couloir. Une porte blanche au fond d'un couloir près d'une salle d'ordinateur que personne n'utilise apparemment lui sert de chambre. Une petite pièce exigüe, avec un lit au milieu et des murs blancs, elle ressemble à toutes les autres chambres. L'homme se penche devant moi après avoir ouvert la porte.
« Je suis Monsieur Wammy, enchanté ! »
Il me tendit la main et j'en fis de même pour la lui serrer. Je rentre timidement dans la chambre et je vois un jeune homme occupé, la tête dans des papiers. Il est assis bizarrement et pieds nus, il a presque l'air d'un enfant égaré ou d'un animal blessé. Je souris au vieux en lui indiquant de fermer la porte. Je me laisse tomber dos à un mur mais il n'a pas l'air d'avoir remarqué ma présence.
« Je veux t'expliquer… »
Il continue de travailler avec un visage impassible.
« Ce n'était pas un homme gentil… »
Des feuilles volent dans la pièce et il marmonne :
« Peut-être faut-il envisager que Kira ai un Death Note… »
Il farfouille dans d'autres papiers.
« Il me battait moi et ma mère… Je voulais juste que ça cesse… »
Son regard se pose enfin sur moi.
« Je te crois… Mais la justice est la meilleure des solutions… »
Je baisse la tête et il replonge la sienne dans ses recherches. Je sens un nœud se former dans ma gorge plein de colère.
« Mais qu'est-ce que tu fais ?! »
Je me lève et le regarde travailler.
« Tu recherches Kira ? »
Il ne répond même pas.
« Tu sais, le jour où j'ai tué mon père a été le meilleur jour de ma vie. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il n'est plus là… Je finirais sûrement en enfer mais au moins je serais heureuse ! »
Pendant que je parle, je réfléchis aux raisons qui poussent Ryuzaki à rechercher l'ennemi public numéro1 du Japon. Sa famille est peut-être morte par sa faute ou alors il adore les énigmes. Il adore les énigmes ! Mes yeux s'écarquillent et j'ouvre la bouche avec difficulté. Il s'arrête de regarder ses papiers et me fixe.
« Je suis L »
Puis il recommence son minutieux travail. Cette nouvelle me fait l'effet d'une bombe, il est sérieux ? Je peine à y croire au début, je me laisse de nouveau couler contre un mur et je regarde devant moins dans le vide complètement dans le doute. Il me dit ça comme si toute cette histoire n'était rien, il a l'air de vraiment y croire… Putain, je ne sais plus quoi faire à ce moment. Mon cerveau se met en mode veille et ma bouche s'ouvre machinalement puis je m'entends lui parler.
« Tu viens d'apprendre que je possède un objet capable de tuer n'importe quelle personne sur cette terre si je connais son nom et tu prends ça à la légère puis tu m'annonces que tu es le détective le plus grand et admiré au monde celui qui recherche une personne qui a peut-être un Death Note et que nul n'arrive à choper. Mais tu n'as que 17 ans merde, c'est trop dangereux pour un mec de 17 ans putain ! »
Je relâche mon souffle et le regarde dans les yeux. Je viens réellement de lui dire tout ça, de lui avoir fait la leçon comme ça ? Son visage reste figée, mon cerveau se remet enfin de son moment d'absence et je réalise que c'est vrai.
« Oui »
Il regarde son tas bien rangé de feuilles de toutes les couleurs empilées sur son lit.
« Tu veux m'aider ? Tu as l'air digne de confiance et tu peux tuer nos ennemis mortels. »
J'ai envie de vomir et mon cerveau finit par lâcher. Je ferme les yeux et je m'enferme dans mon subconscient. J'entends la voix de mon hôte de très loin, il me dit que je peux me repentir du crime que j'ai commis en l'aidant, que je peux arrêter un homme qui n'a même pas de scrupules quand il tue ses ennemis même s'ils le méritaient. Soudain, je revois mon père allongé dans son atelier par terre et une adolescente dans le coin de la porte tout sourire, c'est moi. Suis-je vraiment ce monstre ? J'ai vraiment pris plaisir à tuer mon père, peut-être que je prendrai plaisir à tuer d'autres gens ? Comment fait Kira pour faire autant de victimes et ne pas s'en vouloir pour autant ? Je veux arrêter ce type, cet ordure et enfin oublier le meurtre de mon père. Vivre enfin heureuse avec ma mère. Des larmes mouillent mes joues depuis un petit moment quand je rouvre mes yeux, j'ai besoin d'un câlin, là maintenant. Je mets mes bras autour du cou de mon nouveau partenaire et le serre aussi fort que je peux.
« Oui… Oui… »
Je le relâche avant qu'il ne s'étouffe avec ma poitrine, comme mes amies en France. J'essuie mes larmes du revers de la main et je lui souris, il me le rend. Je me relève et lui lance :
« Je vais à l'Université, tu sais où me trouver si tu as besoin de moi ! »
Je lui souris de toutes mes dents, penche la tête à droite et plisse les yeux. Je le trouve vraiment craquant, surtout maintenant que je sais qu'il est la personne que j'admire le plus dans ce monde –après Synyster Gates, Jared Leto et Luke Hemmings bien entendu. J'attrape mon sac par terre et le pose sur mon épaule et je m'en vais le laissant encore mettre son nez dans ses papiers bizarres. Je comprends maintenant ses yeux noirs aux contours cernés.
« Viens chez moi demain, je t'expliquerai en détails le fonctionnement du Death Note. »
Je griffonne quelques mots sur une feuille et lui donne avec timidité. Il la prend et acquiesce.
Après une longue journée de cours, je rentre enfin chez moi et je m'empresse de dire à ma mère qu'un ami va passer demain. Elle rigole et me dit que j'ai enfin réussi à me faire des amis. On passe le reste de la soirée à se chatouiller et à regarder des films romantiques à l'eau de rose avec du pop corn maison puis on s'endort sur le canapé devant « Titanic », Rose et Jack attendront demain pour faire des choses pas nettes dans une voiture.
Mes yeux s'ouvrent avec plaisir vers 6h30 et mes pieds touchent avec délice le sol froid du salon. Je prépare le petit déjeuner de ma mère et ses vêtements pour aller bosser puis je m'attelle à faire la cuisine. Je lance à fond dans notre petit appartement, « Uptown Funk » de Bruno Mars qui réveille ma mère et me fait chanter comme une dinde. Maman m'embrasse sur la joue avant de passer le seuil de la porte, je finis le glaçage de mes cupcakes goût Nutella et chocolat blanc. Je descends à l'épicerie acheter quelques bonbons et chocolats que je dispose avec négligence sur la table puis je vais me laver. Pile au moment où je nettoie mes longs cheveux quelqu'un sonne à la porte.
« Merde » peste-je
Deuxième sonnerie puis j'entends qu'on titille la poignet de la porte, je me rince vite fait avant de voir Ryuzaki –enfin L- debout dans mon salon qui regarde dans ma direction. J'attrape une serviette et me cache à la va-vite puis je cours dans ma chambre. Je mets mon tee-shirt noir et jaune de Nirvana puis un simple jean et mes irremplaçables Doc Martens noires. Je me jette sur mon intrus lui hurlant dessus :
« NON MAIS CA VA PAS DE RENTRER CHEZ LES GENS COMME CA !
- C'était ouvert et je savais que tu étais là, si tu veux savoir je n'ai rien vu. »
Ma colère redescend pour laisser place à la honte. Je dois sûrement être rouge à l'heure qu'il est. Je reporte mon attention sur la table d'où s'échappe une délicieuse odeur de sucre et où s'étalent pâtisseries, chocolats et autres bonbons. Une théière aux motifs japonais traditionnels accompagnée de ses deux bols se perdent au milieu de cet amoncèlement de nourriture. Des bouts des doigts, il touche plusieurs gâteaux avant d'en prendre un au chocolat noir, fraise et chantilly.
« Je les ai tous fait moi-même et ici-même »
Je souris, penche la tête à droite et plisse les yeux, je haie cette habitude. Son doigt se pose au coin de sa lèvre inférieur et il écarquille les yeux comme si je l'impressionnais.
« Tu fais des pâtisseries ?
- Je cuisine tout court ! »
Je lui fais un clin d'œil. Ses yeux noirs s'ouvrent plus puis ils se reposent sur ses doigts qui dégoulinent de chocolat. Il avale le gâteau en trois bouchées maximum. Ses paupières se referment un instant comme pour mieux apprécier le goût. Je lui fais mon plus beau sourire quand il en prend un autre sur la table. Mes joues me brûlent un peu, je rougis encore. Je m'attelle ensuite à servir le thé mais mes gestes très délicat me fais manquer les bols, il manque toucher mes magnifiques chaussures. Je tends à mon invité l'une des tasses remplis de liquide chaud aux vapeurs parfumées à la pêche. Je jette une poignée de sucre dans la mienne et lui deux. Après avoir englouti une quantité exorbitante de sucre qui donnerai mal à la tête à un nutritionniste, L me reparle enfin.
« Ton père est mort comment ? »
Je manque m'étrangler.
« Tu l'as regardé souffrir et mourir ? »
Aucun tact.
« Va… Va te faire voir ! »
J'aurai dû le mettre dehors, je pars me réfugier dans ma chambre. Il me rejoint et s'assoit sur mon lit. J'ai presque envie de l'engueuler. Je vais m'asseoir à côté de lui et je le pousse négligemment de l'épaule tandis qu'il me jette un regard de désapprobation . Puis je me positionne face à lui espérant le chasser mais je ne veux surtout pas m'abaisser à lui parler. Comme je m'en doute, rien ne change même au bot de quinze minutes. Par pure provocation, je me rapproche doucement de lui. Il se raidit mais manifestement il ne bouge pas. Puis on commence un petit concours stupide visant à pousser l'autre dans ses retranchements. Je le pousse plus fort, nos jambes se touchent à peine, les minutes s'écoulent vite sans qu'aucuns de nous deux ne bouge. Un puissant frisson me parcourt, ma main glisse accidentellement du côté droit de sa hanche et mes lèvres effleurent les siennes. Ma mère entre dans la chambre à ce moment et je me sépare rapidement de lui en tentant de cacher le malaise. Je rougis à nouveau. Il se lève et je remarque qu'il est pieds nus, ma mère le salue et il s'en va péniblement. Elle me sourit.
« Je vous ai dérangé ?
- Non… Non du tout ! »
Elle rit cherchant manifestement ma complicité.
« C'est ton chéri ?
- Mamaaaaaaaaaaaaaaan ! »
Je la pousse hors de ma chambre et je ferme la porte.
