Titre : Love on your side.
Genres : Vous voyez les genres de l'OS précédent ? C'est exactement le contraire ! *bam* Donc heu : romance (foireuse), humour (foiré), amitié, ...
Rating :
K+
Personnages : Kiyoshi/Hanamiya, Hara Kazuya, et dans une moindre mesure, Kagami/Kuroko et Akashi/Furihata, avec mention des membres de Seirin.
Disclaimer : Les personnages et leur univers appartiennent à Tadatoshi Fujimaki. Le titre vient d'une chanson de The Summer Set, Love On Our Side.

Résumé : Hanamiya Makoto détestait le début de l'hiver - cette année encore plus que toutes les autres.

Note de l'auteur : Hello ! Momo à l'appareil. Cet OS aurait dû être posté hier, normalement, mais FFnet ne voulait pas fonctionner... et encore cet après-midi j'ai bien galéré pour pouvoir accéder à mon espace perso, argh x_x J'espère quand même que je vais finir par y arriver ! xD
Sinon ! Comme vous l'aurez (peut-être) deviné, il s'agit d'une histoire écrite pour Noël. Je sais pas si tout le monde fête Noël ici, mais comme disait l'une de mes supers amies qui se reconnaîtra sans doute en lisant ça : on dit jamais non aux cadeaux ! *bam*

A la base, j'ai écrit cet OS pour Miss Mugiwara. Petite note pour elle si elle passe par là : y'a un petit moment déjà, tu m'avais dit que tu avais envie de KiyoHana... en veux-tu, en voilà ! xD Tu voulais aussi que j'écris quelque chose de joyeux (pour une fois), alors... c'est chose faite ! J'ai essayé d'écrire une histoire dans les genres que tu aimes, avec des persos et surtout des couples que tu aimes bien, et ça a donné ça. Je suis désolée que le résultat soit si mauvais xD J'essaierai de t'écrire un meilleur truc une prochaine fois T.T

Donc oui, ahem, pour les autres : attention, y'a de l'humour bien naze, du KiyoHana caricatural et donc OoC, un Hanamiya complètement OoC d'ailleurs, et un Kiyoshi que je sais pas utiliser au programme. Désolée. D:

(Si vous vous attendez à un truc aussi profond, réfléchi et travaillé que l'OS précédent, pitié, ne lisez pas, ou attendez-vous à être déçus... Je suis désolée. Vraiment. T.T)

Remerciements : A Edward Creed et à Plume Sombre pour leur aide et leur soutien moral. x3


Joyeux Noël !


Love on your side

Cette année comme toutes les autres, Hanamiya Makoto détestait le début de l'hiver – ou plutôt, l'hiver tout entier, au grand complet. Du 21 décembre au 20 mars de l'année suivante, puis de celle d'après ; parce qu'il faisait froid, d'une part, mais aussi parce qu'il neigeait et que toutes les filles, idiotes sous leurs manteaux roses, dans leurs jupes trop courtes qui laissaient voir leurs jambes même par zéro degré, piaillaient en classe et dans les couloirs que c'était super chou ou trop romantique ou il ne savait trop quoi (et il préférait ne pas savoir).
Et puis, c'était Noël, aussi.

C'était Noël et déjà maintenant, alors que l'on n'était qu'à la mi-décembre, les imbéciles ne faisaient qu'en parler tout le temps – les garçons s'y mettaient aussi. A l'intercours, mais parfois même alors que l'enseignant parlait, l'on prévoyait déjà de rester éveillé toute la nuit et de passer la soirée avec des potes et de mais qu'est-ce que tu vas offrir à ton chéri ? et autres c'est génial, j'ai vraiment hâte, je ferai des biscuits !
(Makoto, pour sa part, n'avait pas besoin d'une fête dénuée de sens pour ne s'endormir qu'en milieu de matinée, ne ressentait pas le moindre besoin de s'entourer d'éventuels amis pour s'amuser, mourrait plutôt que d'avoir un jour un(e) chéri(e) et, bien sûr, n'avait pas hâte – non, inutile de demander, cette année encore, il ne ferait pas de biscuits.)

« Hanamiya-kun ! Tu veux pas te joindre au club de cuisine après les cours ? On manque de mains pour faire des gâteaux pour tout le monde ! Allez, s'te plaît ! »

Assis à son bureau, les jambes croisées, il ne daigna même pas relever les yeux du passionnant livre qui l'occupait (et qui, il fallait le préciser, n'était ni un livre de pâtisserie, ni même un livre de douceurs quelconques – c'était la version originale du célèbre A Clockwork Orange et c'était juste... délicieusement odieux) et ne prit, du coup, pas la peine de répondre à la question qu'on lui avait posée.
On, en l'occurrence, était une demoiselle de sa classe, et depuis quelques minutes on faisait le tour des garçons du groupe pour essayer de les convaincre d'aider en cuisine ; mais on n'avait pas beaucoup de succès, Makoto l'avait bien entendu, même alors qu'il lisait, et on n'en aurait pas plus avec lui – c'était décidé.

« Hanamiya-kun ! Répéta-t-on alors, la voix plus aiguë et plus criarde encore qu'avant. Tu pourrais me répondre, quand je te parle ! Allez, accepte, s'il te plaît !
– Je m'occupe de l'entraînement de basketball, finit-il tout de même par répondre, un soupir dans la voix, mais le ton si doux qu'on ne réalisa pas qu'il la méprisait plus que jamais. Ce sera pour une autre fois. »

Intérieurement, il ne put s'empêcher de ricaner en la voyant s'éloigner, l'air déçu.
D'aucuns diraient qu'il était cruel de dire non et d'embêter et de décevoir les filles, mais Makoto était bien loin d'en avoir honte ; en vérité, il s'en fichait plutôt. Ce qui importait, pour l'instant, était qu'il mène à bien l'entraînement de ce soir, puis qu'il rentre chez lui, termine en quelques minutes ses devoirs, et consacre le reste de son temps à sa lecture.

Il en allait toujours ainsi et il en irait de même le jour de Noël, probablement.


Le 24 décembre venu, cependant, il en fut tout autrement.

C'était un jour de vacances et il n'y avait aucun cours à suivre, aucune jeune passionnée de pâtisserie à rembarrer, aucun entraînement à superviser.
Makoto s'était donc levé à presque midi (il n'avait jamais été capable de dormir au-delà de neuf heures du matin, mais il avait lu un peu, allongé dans son lit, avant de se résoudre à quitter ses draps chauds et à se rendre au salon), n'avait pu que constater l'absence de ses parents (ce qui, il l'avouait sans gêne, avait été son premier cadeau de la journée), s'était fait un chocolat chaud et maintenant, il ne demandait plus qu'à se blottir sur son canapé, emmitouflé dans la première couverture en cachemire qu'il trouverait.

Quelques instants plus tard, cela fut fait et, l'air satisfait, il appuya sur le bouton rouge de sa télécommande, allumant ainsi l'écran plat flambant neuf qui trônait dans le salon ; il porta son chocolat à ses lèvres, s'y brûla le bout de la langue, l'apprécia plus qu'il ne l'aurait dû, et à la télévision passait à présent l'un de ces films idiots que l'on diffusait tout le temps à Noël – ce genre de comédies romantiques sans queue ni tête qui faisaient rêver les petites filles, vomir les petits garçons et sourire les parents qui se disaient souvent 'tain, qu'est-ce que c'est con.

Oh, Brenda, si j'avais su plus tôt, j'aurais-
Dans la tête de Makoto résonnaient en boucle les accents métalliques de la chanson qui l'avait aidé à s'endormir la veille, et sous ses yeux, dans ce même livre qu'il avait déjà lu toute la matinée, défilaient les mots d'une langue qu'il comprenait à merveille, décrivant tant d'actes qui l'intéressaient plus que tout. De plus, il était blotti dans la tiédeur de son salon, sur son immense et confortable canapé hors de prix, sans aucun parent pour lui pourrir la vie ou simplement lui parler (ce qui était déjà considérablement détestable en soi), et la télévision et son feuilleton débile de Noël créaient un bruit de fond agréable.
Ah – Makoto n'aimait pas le début de l'hiver, notamment parce qu'il y avait Noël, mais force était de reconnaître qu'un Noël passé dans ces conditions, au moins, n'avait rien à envier aux autres jours de congé de l'année.

Enfin ; ce Noël n'aurait rien eu à envier aux autres jours de congé de l'année si et seulement si tout s'était passé comme la matinée l'avait laissé présager.
Malheureusement pour lui, après la matinée vint l'après-midi.

Et avec l'avancée des heures arriva la faim, aussi ; parce qu'il avait à peine déjeuné – il n'était pas du genre à beaucoup manger le matin –, et parce que l'heure du repas était passée depuis quelques dizaines de minutes déjà. Mû par la force de son estomac, donc, Makoto consentit à poser son cher roman (qui, depuis, n'était plus A Clockwork Orange mais la dernière œuvre de Stephen King, en anglais également) sur la table basse devant lui, puis se leva et se dirigea vers la cuisine.

C'était une grande cuisine de style moderne, toute de bois écologique et respectueuse de l'environnement, comme l'expliquait sa mère à chaque fois qu'elle en parlait, avec une table si haute qu'elle ressemblait plus à un comptoir de bar qu'à autre chose. Sans même prêter attention aux quelques fruits qu'il restait sur la table, bien rangés dans un panier d'osier, Hanamiya chercha du regard le réfrigérateur... Et ne put qu'y trouver le post-it que, visiblement, ses parents y avaient collé.

Mon chéri,
Papa et moi n'avons pas eu le temps de faire les courses. Peux-tu t'en occuper ? Tu t'achèteras ce que tu veux pour midi ! Il y a 10'000 yens sur la table :)

Bisous,
Maman

A ces mots, Makoto sentit la rage monter en lui.
Il arracha brutalement le post-it et le broya au creux de sa main, puis le déchira et le jeta à la poubelle ; mais en ouvrant les placards, par la suite, il ne trouva pas le moindre sachet de pâtes, pas le moindre gâteau et à peine deux ou trois poireaux – en d'autres termes, il n'avait rien à bouffer la veille de Noël et ses parents lui faisaient plus chier que jamais.

« Eh merde... », jura-t-il à voix haute.

Quelques instants encore, et il trouva sur la table de la cuisine, planqué derrière la corbeille de fruits, l'argent dont sa génitrice (parce qu'elle n'était plus digne d'être sa mère, là) avait parlé dans sa note, et il comprit qu'il n'aurait pas le choix. S'il voulait manger et ne pas mourir de faim toute la journée, il n'avait pas choix.
Décidant d'avance qu'en faisant les courses, il n'achèterait que les plats les plus difficiles à préparer qu'il trouverait, ainsi que ceux auxquels ses parents étaient allergiques (et pour cela, il bénissait l'intolérance aux arachides de son père), il soupira et se résigna à sortir – à se rendre dehors. Dans le froid.


Dans le froid et la neige, en vérité.
Car il avait neigé, cette nuit-là, et Makoto s'en rendit compte sitôt qu'il eut quitté son immeuble, convenablement emballé dans le manteau presque neuf qu'il s'était récemment fait offrir ; à l'extérieur, par terre, dans le ciel, sur les immeubles et les voitures, tout était blanc.
Légèrement irrité par cette neige qui allait encore faire couiner les filles et dire des trucs comme oh, que c'est joli à n'importe qui, le jeune homme remonta son écharpe pour qu'elle recouvre son nez et s'élança dans la rue, son livre toujours fidèlement entre ses mains-

Enfin, il s'y serait élancé, si son téléphone ne s'était pas mis à sonner.

« Quoi ? Répondit-il, un peu agacé, lorsqu'il reconnut à l'écran le numéro de Hara Kazuya, l'un de ses coéquipiers.
– Yo, lança Kazuya avec nonchalance, à l'autre bout du fil. L'ermite que tu es va probablement dire non, mais-
– Non, en effet. »

Il n'avait pas la moindre idée de ce que Hara avait l'intention de lui demander, mais lorsqu'il commençait ses phrases ainsi, Makoto savait d'avance qu'il n'allait, décidément, pas dire oui ; aussi, il raccrocha sans même attendre la fin de la conversation, et soupira.
Bon.
Normalement, avec ça, son camarade ne rappellerait pas – et si par hasard il le faisait, Hanamiya avait décidé d'avance qu'il ne répondrait pas. Aussi, il rangea son portable dans la poche de son manteau, et s'en alla pour de bon, cette fois.


A l'occasion de Noël, les rues étaient tant illuminées, les magasins et les maisons tant décorés, et les gens paraissaient tellement heureux, les haut-parleurs publics diffusaient tellement de chansons niaises dans la rue que ça lui donnait envie de vomir.

S'il y avait bien un truc au monde qu'il détestait plus que tout, c'était cette ambiance d'amour et de bonheur qui voulait faire croire que tout le monde était aussi gentil et correct et poli et fair-play que les abrutis de Seirin, par exemple – de manière générale, Makoto détestait ce genre d'idioties, et dans ce cas, le fait que la bonté des gens ne soit qu'une façade prêtait encore plus à rire que la bonne volonté de ses ennemis. Il ne fallait pas se leurrer, après tout : à Noël, l'on s'offrait des cadeaux les uns aux autres, mais ce n'était, dans le fond, qu'un moyen de rembourser un cadeau qu'on nous avait offert l'année précédente, ou de rembourser une dette contractée des mois plus tôt ; ou alors, l'on s'invitait parmi, mais là aussi, il n'était question que de conserver une image sociale convenable, et de toute manière on jetait souvent la moitié des présent que l'on recevait-

Lui, du moins, il le faisait.
Peu de gens lui offraient des cadeaux et c'était tant mieux, d'un côté. En dehors de ses parents qui, ayant compris que lui acheter une console de jeu ou nouveau vélo chaque année ne faisait que l'agacer, lui offraient toujours de l'argent et de sa grand-tante un peu tarée qui s'amusait à lui tricoter d'horribles pullovers, personne ne se souciait de lui, et c'était tant mieux.
C'étaient tous ces hypothétiques présents qu'il n'avait pas à jeter et comme dirait sa mère, c'était respectueux de l'environnement.

Considérablement calmé, Makoto se hâta d'entrer dans un café qu'il aimait bien, le genre de coin tranquille, pas bien loin de chez lui (quelques arrêts de bus seulement) et suffisamment cher pour que les plats soient bons, et il s'offrit d'y manger le plat du jour ; une demi-heure à une heure plus tard, il ressortit, un chocolat chaud à emporter entre les mains.
C'était du chocolat bien noir et bien amer, comme il l'aimait, et force était d'avouer que grâce à ça, sa colère s'en allait peu à peu. Certes, il faisait froid, mais ce n'était pas si insupportable que ça ; la seule chose vraiment détestable restait l'ambiance de Noël, en fait.

Les couples qui marchaient dans la neige et se lançaient des regards langoureux ou se tenaient par la main ou les deux, les mères qui aidaient leurs mômes à construire un bonhomme de neige, les jeunes amoureux qui ne savaient pas quoi offrir à leur petite copine, les vieux qui allaient de magasin de jouets en magasin de jouets à la recherche d'un cadeau pour leurs petits-enfants – tout ça.

Enfin, heureusement, Makoto allait bientôt pouvoir rentrer chez lui et oublier pour de bon toute cette niaiserie. D'ici peu, il serait de retour dans le quartier qu'il habitait, et il pourrait rapidement entrer dans le premier supermarché qu'il trouverait ouvert ou n'importe quel combini du coin, où il ferait les courses sans rien acheter qui n'arrange ses parents, comme il l'avait décidé ; puis, il reprendrait la direction de son immeuble, se glisserait dans l'ascenseur et se ferait un plaisir de laisser la porte de l'appareil s'ouvrir sur celle de son appartement moderne, confortable, agréable-
Mais pour l'instant, il attendait un bus à l'arrêt le plus proche du petit café. Il aurait pu choisir de rentrer à pied, bien sûr, puisqu'il avait cessé de neiger, mais il faisait toujours froid, la route aurait été plus longue et surtout, il ne pouvait pas lire en marchant ; tandis que là, sous l'abribus, il pouvait continuer son roman, et d'ici quelques minutes son échappatoire viendrait directement à lui-

« Oh, Hanamiya ! »

D'ici quelques minutes.
Instantanément, Makoto reconnut la voix de l'être qu'il haïssait sans doute le plus au monde, et ne daigna même pas lever les yeux de sa lecture pour le saluer ou même, ne serait-ce que tenir compte de Kiyoshi Teppei.
C'était long, quelques minutes.

« Quelle surprise de te voir ! Je pensais pas que t'étais du genre à sortir la veille de Noël, ahah ! »

Son rire lui donnait envie de l'écorcher. Vraiment.
Un bus s'arrêta à leur hauteur mais Hanamiya ne put que constater, non sans une once de désespoir, que ce n'était pas celui qu'il devait prendre ; et oh, malheur encore pire, lorsque des gens commencèrent à en descendre, l'imbécile de Seirin se rapprocha de lui.

« Tu fais quoi ? Demanda Kiyoshi, avec un grand sourire. Tu vas faire tes cadeaux de Noël ? T'as un rendez-vous ? »

Oh, si seulement il pouvait juste se taire, et fermer sa grande gueule de merde, juste une fois, rien qu'une fois – s'il pouvait juste se barrer, là, et lui foutre la paix, franchement, il faciliterait la vie de Makoto plus que jamais.
Agacé, donc, le capitaine de Kirisaki Daiichi finit par quitter son livre du regard, et au moment même où il tourna la tête, il réalisa que ça avait été sa pire erreur de la journée.

En effet, nombre de gens – d'insupportables abrutis – quittaient le véhicule encore à l'arrêt, et cet idiot de Kiyoshi se tenait au niveau d'une porte, juste à côté de lui ; alors, il empêchait la foule de passer, bien sûr, et ce qui devait arriver arriva : il fut poussé, il poussa, sans le faire exprès, et-
A l'instant même où Makoto sentit son pire ennemi le bousculer, sentit ses mains tressaillir et la belle couverture de son roman glisser contre ses doigts nus, engourdis par le froid, il comprit que tout était fini.

Un instant plus tard, le dernier ouvrage de Stephen King (en anglais, évidemment) gisait lamentablement par terre, entre le bus et le trottoir, baignant dans la neige fondue et polluée, grisâtre ou brune, qui avait été entassée là.
Une seconde encore et le bus, à l'arrêt jusqu'alors, redémarrait d'un seul coup ; et ses grosses roues noires, sales, couvertes de neige et d'eau et de boue, arrachaient à Makoto le dernier espoir de récupérer son précieux roman qu'il aurait encore pu avoir.

Dix pages.
Hanamiya avait commencé ce livre la veille, ne l'avait plus lâché de toute la matinée et il lui restait dix putains de pages à lire.


« Kiyoshi Teppei. »

Il avait bien dû falloir une bonne minute à Hanamiya pour parvenir à prononcer ces quelques mots, mais lorsqu'il y arriva enfin, la colère et la rage dans sa voix étaient si violentes que même ce sombre imbécile de Kiyoshi comprit qu'il valait mieux, dans l'immédiat, se taire et se faire vraiment tout, tout petit.
Le chocolat chaud à emporter et la conclusion du roman qui approchait avaient su rendre un certain calme à Makoto, mais toute cette sérénité venait de s'envoler aussi vite que le bus s'en était allé, que ses roues avaient détruit le livre et que les pages déchirées s'imprégnaient maintenant de neige sale, et le capitaine de Kirisaki Daiichi était entré dans la colère la plus noire. Si son pire ennemi et lui s'étaient trouvés seuls, dans la pénombre d'une salle de sport inoccupée ou même au bout d'une ruelle en cul-de-sac, alors sans doute l'aurait-il frappé, et de toutes ses forces ; mais malheureusement, ils étaient en pleine rue, la veille de Noël, et d'abominables couples avec d'abominables mômes les regardaient et-

Hanamiya prit une profonde inspiration et tâcha de retenir ses poings serrés qui le démangeaient plus à chaque instant qui s'écoulait.

« Va-t'en, finit-il par ordonner, très distinctement. Disparais. Hors de ma vue. »

Dans l'immédiat, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.
Il fallait que Kiyoshi s'en aille, s'évapore comme la buée que ses mots créaient dans l'air et surtout, surtout, ne lui parle plus, n'essaie même pas de prononcer un mot supplémentaire ; il fallait qu'il s'en aille, oui, et qu'il ne vienne plus l'emmerder, que Makoto ne puisse plus le voir avant une bonne dizaine de jours – il fallait qu'il s'en aille et qu'il lui foute la paix, une bonne fois pour toutes.
Mais quiconque connaît un minimum Kiyoshi Teppei sait qu'il met toujours un point d'honneur à assumer ses erreurs ; inutile de préciser que, par conséquent, il ne s'en alla pas, ne disparut pas, mais resta et osa encore ouvrir sa grande gueule d'imbécile heureux.

« Oh, Hanamiya, je suis désolé ! Lança-t-il, le ton peiné, l'air vraiment désolé – espèce de crétin trop gentil et trop sincère. Qu'est-ce que je peux faire pour me rattraper ? »

Espèce de crétin trop gentil et trop sincère et trop collant et trop plein de bonne volonté et trop honnête et trop fair-play qui lui donnait encore plus envie de vomir que les chansons des haut-parleurs publics et les films niais qui passaient toujours à la télévision, la veille de Noël.

« Rien, répondit prestement Makoto, comme il sentait le dégoût s'insinuer en lui et serrer bizarrement son cœur, ses poumons et tout son torse jusqu'à sa gorge. Casse-toi ! »

Il avait craché ces mots comme un serpent crache son venin mais il n'eut pas le temps de terminer que déjà, un autre bus s'approchait de l'arrêt et freinait à leur hauteur ; instinctivement, Hanamiya tourna la tête, et put lire au-dessus de la porte qu'il s'agit bel et bien du sien – de celui qu'il devait prendre, et de celui qu'il avait attendu jusque là.
Enfin, les quelques minutes s'étaient écoulées – enfin, ce foutu échappatoire s'était décidé à arriver.
Sans un mot de plus, donc, le jeune homme fit un pas en direction du véhicule et s'apprêta à y grimper, sans un dernier mot pour Kiyoshi bien sûr ; malheureusement pour lui, l'autre abruti ne l'entendait pas de la même oreille.

Lorsque la large paume du joueur de Seirin attrapa son avant-bras, Makoto manqua de tomber et fut obligé de se retourner.
Aussitôt, il fusilla Kiyoshi du regard, mais l'autre n'y prêta pas attention le moins du monde – évidemment. Au lieu de cela, il se sentit obligé (allez savoir pourquoi) de s'emparer des deux mains de Hanamiya, et de les serrer fort entre ses gros doigts de peau rêche, et de les porter à hauteur de son cœur et de dire comme une promesse, comme un serment ou pire, comme une putain de déclaration-

« Je vais te le racheter ! Crois-moi, Hanamiya. Je vais te racheter ton livre ! »

La moitié d'une minute s'écoula sans un mot, sur fond des chansons de Noël qui résonnaient dans la rue.
Puis, seulement, Makoto reprit ses esprits, et tout en même temps il dégagea ses mains de celles de Kiyoshi, le bus démarra et s'en alla, le capitaine de Kirisaki Daiichi réfléchit et réalisa que décidément, rien n'allait comme il voulait, aujourd'hui. Il faudrait demander au ciel, un jour, pourquoi Diable cette journée qui avait si bien commencé et que la matinée laissait présager parfaite devait, finalement, se changer en cette espèce d'enchaînement de malheurs et d'emmerdes qui était en train de lui arriver.
Certains invoqueraient le retour de karma mais Hanamiya n'était pas sûr de bien vouloir croire à cette explication-là.


Il avait dit non, pourtant.
Lorsque Kiyoshi lui avait proposé de lui offrir le roman qu'il avait, de sa maladresse, saccagé, réduit à néant, Hanamiya avait clairement répondu non – et pourtant...

« Bonjour ! Je cherche un livre de, heu... »

Et pourtant, c'était sur les pas de Teppei qu'il venait d'entrer dans la première librairie encore ouverte qu'ils avaient trouvée, et c'était juste dans le dos de Teppei qu'il venait de l'entendre lancer ces quelques mots à la vendeuse, et c'était sans aucun doute à cause de Teppei qu'il en était réduit à se demander pourquoi il fallait toujours que des choses horribles arrivent aux gens bien.
(Il se considérait, en effet, comme une bonne personne, et il estimait que tout ce qu'il avait pu faire un jour ne valait pas la torture que le ciel lui infligeait là.)

« Hanamiya ? C'est quel livre, déjà ? »

Le jeune homme dut retenir à la fois un long soupir et son poing qui menaçait de s'enfoncer brutalement dans les côtes de Kiyoshi.
Avec une exaspération qu'il s'appliqua bien à rendre plus qu'évidente, il énonça le titre et l'auteur de son roman, en précisant qu'il le voulait en anglais ; et aussitôt la vendeuse prit l'air désolé, s'inclina devant lui, le pria de l'excuser, et lui expliqua que sa boutique ne proposait que des livres en japonais, et pas de littérature étrangère, qui plus est.

A ces mots, Hanamiya n'attendit pas un instant de plus : il ne remercia pas l'employée de la librairie, ne la salua même pas, mais tourna les talons et quitta le magasin pendant que Kiyoshi, cet abruti, se chargeait à sa place de ces formalités insensées. Ainsi, il se retrouva vite dehors, à nouveau, et il put remarqua que la neige avait recommencé à tomber – ah, c'était bien sa veine. Voilà donc la situation dans laquelle il était, maintenant : la veille de Noël, alors que l'après-midi avançait à grands pas, minute après minute puis heure après heure, il se tenait devant une librairie qui ne vendait pas le dernier roman de Stephen King en anglais, le détestable Kiyoshi le rejoindrait bientôt et en plus de tout ça, il neigeait.
Il neigeait ; cela voulait dire que le ciel était blanc, que mille flocons gelés plongeaient à chaque instant dans ses cheveux noirs et sur son nez, que la température avait sans doute encore baissé et que ses doigts étaient plus glacés que jamais. Et dire qu'il n'avait pas pris de gants parce qu'ils l'auraient empêché de tourner les pages de son livre – c'était raté.

Cette journée, non, cette veille de Noël, voire ce Noël tout entier était raté et, décidément, Hanamiya Makoto détestait le début de l'hiver.

A côté de lui, un haut-parleur crachait l'instrumental d'un Jingle Bells des plus classiques, des plus agaçants aussi, et le jeune homme ne put s'empêcher de soupirer. L'espace d'un instant, il fit l'erreur de fermer les yeux, et il sentit en même temps un flocon glacé se poser au bout de son nez et une main puissante s'écraser au coin de son épaule.
Surpris, il sursauta, et s'énerva sitôt qu'il se rendit compte que Kiyoshi venait non seulement de sortir de la boutique, et donc de s'approcher de lui, mais aussi de balancer allègrement son bras dans son dos et de plaquer sa main contre son épaule.

Instinctivement, Makoto tourna la tête, et fut obligé de lever les yeux pour que ses pupilles rencontrent celles de son ennemi juré ; parce qu'il était plus grand que lui, cet enfoiré, et ce simple fait faisait regretter à Hanamiya de ne pas avoir un ciseau ou une scie sous la main – ah, comme il aurait aimé pouvoir raccourcir un peu ces longues jambes, et carrément couper ces larges mains...
En fait, il aurait dû briser les deux genoux de Kiyoshi Teppei lorsqu'il en avait eu l'occasion – parce qu'il s'en voulait vraiment de ne pas l'avoir fait, maintenant.

« Désolé, Hanamiya, lança soudain Kiyoshi, l'air grave. Je connais une autre librairie un peu plus loin. Peut-être qu'ils l'auront là-bas ? »

Le jeune coach de Kirisaki Daiichi faillit soupirer, mais préféra fermer les yeux et secouer doucement la tête. Il avait dû atteindre ce stade de la colère où le sentiment se fatigue et cesse de tirailler les nerfs, parce qu'il se savait agacé mais n'en ressentait plus du tout les effets – à la place, il avait simplement envie de soupirer, oui, et de rendre au centuple à Kiyoshi tout ce qu'il lui infligeait.
Évidemment, cet imbécile de Seirin s'était mis en tête de lui racheter son livre et pour rien au monde il ne laisserait tomber cette idée stupide ; il avait, d'avance, décidé de l'entraîner dans toutes les librairies qu'ils trouveraient, jusqu'à ce que l'une d'elle vende le dernier roman de Stephen King en anglais, et pour éviter d'exploser, Makoto choisit de prendre son mal en patience.

Un instant encore et dans sa tête commençaient à germer divers plans, diverses idées aussi alléchantes les unes que les autres.

« Bien, allons-y, conclut-il donc simplement, et il rouvrit les yeux. Je te suis. Dépêche-toi. »

Si Kiyoshi fut surpris du changement d'attitude de son camarade, il ne le montra pas le moins du monde.
Ainsi, les deux garçons reprirent la route, comme deux amis qu'ils n'étaient pas et qu'ils ne seraient sans doute jamais. Teppei menait la marche, un air heureux sur le visage, et Makoto se disait que cette expression idiote lui allait bien ; c'était tout à fait son genre d'aimer Noël, après tout. Pas besoin de réfléchir pour s'en rendre compte : Kiyoshi collait tout à fait à cette image du gentil garçon qui, aux alentours du 25 décembre, se fait plus gentil encore que le reste de l'année et s'appliquer à aider le plus de gens possible, à offrir le plus de cadeaux possible, à pardonner le plus d'erreurs possible – et c'était sans doute en vertu de ce principe qu'il avait décidé d'accompagner Hanamiya, d'ailleurs.
Il avait dû se dire que la fin d'année était une période où il fallait faire de ses vieux ennemis de nouveaux amis et il avait, par conséquence, décidé de racheter le livre de Makoto. Ce dernier aurait sans doute apprécié cette faveur s'il avait été quelqu'un d'autre, mais en l'occurrence, cette idée lui donnait plus envie de gerber que d'autre chose.

Ainsi, quelques instants plus tard, Kiyoshi tomba et tous les passants de la rue crurent, naïvement, qu'il avait glissé tout seul.
(Et si Teppei se doutait peut-être de la vérité, il se releva, s'excusa et continua d'avancer comme si de rien n'était.)


La deuxième librairie dans laquelle Hanamiya et Kiyoshi entrèrent était, de prime abord, en tout point semblable à la première.

Il suffit de quelques instants supplémentaires à Makoto pour se rendre compte que sa première impression était la bonne, comme bien souvent ; en effet, la boutique ne proposait que des ouvrages en japonais, et Teppei lui en apporta très vite la confirmation, lorsqu'il posa la question au vendeur, tranquillement assis derrière son comptoir.

« C'est quoi comme livre, au fait ? Demanda innocemment Kiyoshi, sitôt qu'ils eurent quitté la petite échoppe. Le nom de l'auteur me dit vaguement quelque chose... »

Il fit mine de réfléchir et il eut l'air si ridicule que Hanamiya ne put résister à l'envie de se moquer de lui.

« Réfléchis deux secondes, idiot, lança-t-il alors, d'un ton mesquin à souhait.
– Non, vraiment, je ne sais pas... Ah ! »

L'autre avait eu une illumination, visiblement, et les lèvres de Makoto se courbèrent en un sourire mauvais.

« C'est le genre d'histoires qui me donnent beaucoup d'idées, expliqua-t-il sans plus attendre, comme si c'était la chose la plus normale du monde. D'ailleurs, je me ferai un plaisir de tester tout ça sur ton équipe de-
– C'est l'auteur d'Alice au Pays des Merveilles, non ? »

Interloqué, Hanamiya tourna la tête vers celui qui l'accompagnait, et le simple fait de voir son sourire – grand, immense, sincère, rieur, idiot, détestable – lui donna envie de lui arracher la bouche et de sceller ensemble ses deux lèvres à jamais.
Cependant, ils marchaient en pleine rue, entourés de bien des gens, et s'en sortir sans être vu relevait de l'impossible (pour le moment du moins) ; aussi Makoto attendit-il que son ennemi et lui entrent dans une ruelle plus en retrait pour s'approcher de Teppei et, d'un geste précis, sortir son poing fermé de sa poche, avant de l'enfoncer dans les côtes de son camarade. Un peu surpris, le joueur de Seirin ne sembla toutefois pas souffrir beaucoup, puisqu'il se reprit bien vite et attrapa gentiment la main de l'autre garçon-

Hanamiya s'attendait à ce que cet abruti rie ou fasse un commentaire complètement déplacé, complètement trop gentil, mais à la place de cela il ne fit qu'ouvrir de grands yeux étonnés.

« Mais, Hanamiya ! S'exclama-t-il alors, et l'ombre d'une inquiétude passa sur son visage. T'as les doigts gelés ! »

A ces mots, Makoto resta sans voix, obligé pour la millième fois de se demander si Kiyoshi était naturellement stupide où s'il le faisait exprès.
Franchement : c'était le début de l'hiver, la température plafonnait juste en-dessous de zéro degré, il avait neigé presque toute la journée et le capitaine de Kirisaki Daiichi avait préféré ne pas prendre de gants pour pouvoir continuer à lire le livre que l'autre crétin avait fait tomber ; évidemment qu'il avait les doigts gelés !

Mais il n'eut pas le temps de protester ni même de se moquer de Teppei ou de le réprimander ; l'instant d'après, en effet, il apprenait que si Kiyoshi était profondément nul et inutile dans la tâche de trouver une librairie, dans Tokyo, qui vende des livres en anglais, il possédait néanmoins le don de localiser les vendeurs de crêpes du quartier en une seconde à peine. D'un seul coup d'œil, donc, il repéra un vendeur ambulant, à l'abri dans sa camionnette ouverte sur la rue, et peu après il fourrait une friandise bien chaude entre les mains de celui qui l'accompagnait.

« Tiens, ça te réchauffera », dit-il alors, le ton amical.

Hanamiya faillit lui lancer la crêpe (au chocolat) à la figure.

« Quoi ? T'aurais préféré au sucre ? »

Réflexion faite : Hanamiya faillit lui lancer la crêpe à la figure et le poing dans les côtes.
Il aurait été idiot, cependant, de gaspiller une crêpe au chocolat (Makoto ne le préciserait jamais, mais c'était de loin son parfum préféré, d'autant plus que le chocolat de celle-ci semblait bien amer et- bref) à une cause aussi stupide que quelque-chose-en-rapport-avec-Kiyoshi, aussi il laissa tomber et se contenta de mordre dans la friandise. Comme prévu, elle avait un goût exquis, et parvint presque à lui faire oublier la stupidité de celui qui l'accompagnait ; à la place, elle lui rappela le chocolat chaud qu'il avait dégusté en fin de matinée, alors qu'il se trouvait encore chez lui, bien à l'abri de la neige, du froid et des tous les abrutis qui peuplaient Tokyo la veille de Noël, et... Ah. Mais qu'est-ce qu'il foutait là, déjà ? Il avait envie de rentrer...
Cela dut se voir dans ses yeux, car Teppei l'abruti posa une main sur son crâne et reçut un coup de poing dans le ventre.

« Allez, Miya, désespère pas ! On va le trouver, ton livre ! »

- qu'il dit, ce con, avec un immense sourire, et Makoto eut tellement envie de l'atomiser, sur le coup, qu'il ne prit même pas le temps de relever l'affreux sobriquet que le pire de ses ennemis venait de lui... infliger.

« Je n'ai pas besoin de ton aide, Kiyoshi Teppei, siffla-t-il alors, entre ses dents, le ton plus meurtrier que jamais. Disparais !
– J'y tiens ! N'en démordit cependant pas l'autre crétin. C'est de ma faute si tu n'as pas pu finir ton roman, et j'assume mon erreur ! »

Malheureusement pour Hanamiya, Kiyoshi était l'un des hommes les plus bornés que la Terre n'ait jamais portés. Le capitaine de Kirisaki Daiichi en avait bien conscience – il l'avait vu, ce cœur d'acier, se démener et s'obstiner à protéger tous ses camarades en risquant son propre corps et sa propre capacité à jouer encore –, mais il avait cru un instant qu'en le menaçant suffisamment il saurait, lui, Hanamiya Makoto, le décourager ; ça avait été une erreur et, décidément, le jeune homme ne savait plus comment gérer ce type.
Enfin, il n'avait jamais su et ne saurait sans doute jamais.

« Bon, finit-il par trancher, visiblement agacé. Je t'autorise à m'accompagner, mais dorénavant, et puisque tu n'as aucune connaissance des librairies du quartier, je choisis où on va. »

L'immense sourire qu'afficha aussitôt Kiyoshi le rendit malade à l'instant même où les foutus haut-parleurs des rues environnantes se mettaient à cracher le célèbre All I Want For Christmas Is You de Mariah Carey, et Makoto crut bien qu'il allait se mettre à vomir-
Fort heureusement pour lui, sa crêpe au chocolat amer le sauva et il mordit dedans avant de reprendre la route, plus décidé encore qu'auparavant.


Ainsi, la troisième librairie dans laquelle entrèrent Hanamiya et Kiyoshi s'avéra être la bonne – puisqu'après tout, Makoto connaissait plutôt bien les librairies de Tokyo et, surtout, savait, contrairement à d'autres, chercher et trouver la mention English Bookstore sur la devanture des boutiques.

« D'ailleurs, je trouve qu'ils sont vraiment adorables, ahah ! »

Malheureusement, la route entre le stand de crêpes et la troisième librairie avait été relativement longue (tellement longue que Makoto n'avait plus l'agréable goût du chocolat dans la bouche) et Kiyoshi, fidèle à lui-même, en avait profité pour se mettre à parler. Cela faisait donc une bonne dizaine de minutes qu'il s'était lancé sur le sujet de son équipe de basketball – le fait que Seirin et Kirisaki Daiichi soient rivales ne semblait pas l'inquiéter beaucoup, mais peut-être n'avait-il simplement pas fait le lien entre son camarade et ses ennemis –, tant et si bien qu'en ce court laps de temps Hanamiya avait appris une tonne d'informations plus qu'inutiles sur ses adversaires.

Il savait maintenant, par exemple, que leur capitaine collectionnait des figurines de guerriers bizarres, que leur coach et ce type pourraient former un « couple très mignon » s'ils se décidaient à penser à autre chose qu'à l'équipe, que l'un des premières années (Furihata) avait réussi à se viander en rangeant les ballons, et maintenant, que Kagami se tapait Kuroko et vice-versa, et ainsi de suite...
Bon, évidemment, Teppei ne l'avait pas exprimé de cette manière (il avait parlé d'amour et de couple et de relation timide ou de ce genre de conneries), mais Hanamiya savait très bien ce que cela voulait dire et, de toute manière, il n'en avait absolument rien à faire.

C'est donc en n'écoutant son camarade que d'une oreille que Hanamiya commença à parcourir du regard les rayons de la librairie. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver l'œuvre qu'il recherchait, et heureusement, parce que Teppei commençait à sérieusement lui taper sur les nerfs (encore plus qu'avant, avec son histoire de Kagami et Kuroko qui avaient un rendez-vous... quand ça, déjà ? C'était le genre de dates que Makoto aurait grand plaisir à noter au rouge sur son calendrier lorsqu'il rentrerait, afin de pouvoir, le jour J, retrouver les tourtereaux et leur pourrir leur journée).
Bref – le dernier ouvrage de Stephen King, en anglais, trônait sur un présentoir intitulé Nouveautés, et sitôt qu'il le vit, le capitaine de Kirisaki Daiichi s'en empara comme s'il s'agissait d'un lingot d'or.

Puis, il se tourna vers Kiyoshi et le lui fourra dans les mains.

« Voilà, déclara-t-il aussitôt, coupant court à l'histoire de Kagami et Kuroko il-savait-pas-trop-quoi. Tu vois, c'était pas si difficile à trouver. »

Visiblement, Teppei ne saisit pas (ou ne voulut pas saisir) le sarcasme dans sa voix, car il prit gentiment le livre et lui offrit le plus grand des sourires.

« C'est génial, Miya ! S'exclama-t-il. Comme prévu, je te l'offre ! »

Quelle bonne nouvelle, songea Hanamiya, ironique. Enfin, au moins, cet idiot de Seirin tenait ses promesses... et au moins, une fois qu'il aurait payé ce bouquin, il serait content, et il pourrait s'en aller – il s'en irait, oui, rejoindre son équipe d'abrutis et les petits couples qui s'y formaient où les trucs du genre, et Makoto pourrait s'installer dans le premier bus qui passerait pour, enfin, lire les dix putains de dernières pages de son roman.

Tandis que Kiyoshi s'approchait de la vendeuse et entamait avec elle une discussion dont il n'avait absolument pas envie d'entendre ne serait-ce qu'une bribe, Hanamiya se glissa entre les rayons de la boutique et se prit à s'intéresser à quelques livres encore.
En temps normal, il lisait tout type de livres : des romans, certes, mais aussi des nouvelles, de tout genre, sauf peut-être des contes de fées (quoique certains contes de fées, cruels par nature, lui plaisaient plutôt), puis des documentaires, imagés ou non, sur les armes ou les méthodes de torture ou les différents poisons, sans oublier les livres d'anatomie qui répertoriaient les points faibles du corps humain...
Mais lorsqu'il était en vacances, il avait tendance à préférer les romans. Des romans d'horreur, si possible, mais aussi des policiers, des romans noirs, des thrillers comme on disait, des histoires peuplées de meurtres et de souffrances en tout genre, et récemment il s'intéressait aussi à la torture psychologique. Aussi, en l'espace de quelques minutes, il avait trouvé dans la petite échoppe plusieurs livres qui lui semblaient tous aussi intéressants les uns que les autres.

Il empila donc les romans entre ses mains – finalement, il en garda deux et reposa le troisième – puis, en tendant l'oreille, il réalisa que Kiyoshi et l'employée étaient toujours plongés dans leur conversation et se demanda enfin pourquoi ce foutu dernier ouvrage de Stephen King, en anglais évidemment, n'était toujours pas payé et emballé.
Avec un soupir, il regarda une dernière fois les deux nouveaux livres qu'il avait choisis, puis il retourna dans l'entrée de la boutique, où se trouvait la caisse.

La vendeuse avait tout d'une étudiante que le manque de moyens avait obligée à travailler jusqu'à la veille de Noël ; elle semblait jeune, pas très à l'aise dans son uniforme neuf, et elle parlait à Kiyoshi sur un ton qui agaçait Makoto autant que les gâteaux du club de cuisine. De manière générale, un Hanamiya n'avait pas de problèmes financiers et n'avait donc jamais besoin de travailler durant sa scolarité, encore moins un jour de fête comme celui-ci – aussi le garçon avait-il un peu de peine à comprendre pourquoi son ennemi semblait tant compatir au sort de cette jeune fille...
Enfin, c'était pas ses affaires, non plus, et comme c'étaient juste les conneries de Kiyoshi, il décida qu'il valait mieux s'en foutre.

« C'est bon, c'est fait ? Lança-t-il alors à l'attention de Teppei, le ton neutre et en posant sur le comptoir ses deux nouveaux romans. Je vais encore prendre ceux-ci, et- »

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase – tout à coup, les échanges de Kiyoshi et de la jeune employée s'était arrêtés et le joueur de Seirin tournait vers son camarade un regard légèrement ennuyé.

Et c'est lorsque Kiyoshi lui annonça qu'il n'avait plus assez d'argent pour lui racheter le dernier ouvrage de Stephen King (en anglais, évidemment) que Makoto réalisa que cet abruti n'avait dû naître que dans le but de lui pourrir la vie, décidément.


« Miya ! Attends ! »

Hanamiya n'attendit pas.
A dire vrai, il était hors de lui, en conséquence de quoi Kiyoshi venait de miraculeusement s'étaler de tout son long trois fois de suite, mais cet idiot s'entêtait à vouloir le suivre en s'excusant et s'il continuait, Makoto n'allait plus pouvoir se retenir et finirait, forcément, par lui arracher la tête.
Inutile de préciser que la célèbre chanson de Mariah Carey, que les commerçants du quartier avaient dû élire comme hymne de la journée (parce que franchement, c'était pas possible qu'un même morceau tourne à ce point en boucle dans les haut-parleurs !) n'arrangeait ni la colère, ni l'exaspération du capitaine de Kirisaki Daiichi.

« Attends ! Répéta Kiyoshi, et soudain il attrapa son bras et Makoto, qui ne s'y attendait pas, faillit trébucher. Je suis désolé, Miya ! Si j'avais su, je...
– Casse-toi, lui cracha aussitôt Hanamiya, en se dégageant de son emprise. T'en as assez fait comme ça, je crois ! »

En fin de compte, le jeune homme avait dû payer seul ses trois livres, et il se bénissait intérieurement d'avoir pensé à garder sa carte bancaire sur lui en quittant l'appartement, en début d'après-midi.

« J'ai une dette envers toi, s'obstina Kiyoshi, plus sérieux que jamais. Nous sommes peut-être rivaux, mais j'honore toujours mes dettes. »

Hanamiya grimaça. Tant d'honnêteté lui donnait envie de gerber, sérieux.

« Eh bien tu sais quoi ? Nargua-t-il alors, comme sa langue, moqueuse, s'immisçait entre ses lèvres roses. Je m'en bats, de ton honneur ! »

En cet instant précis, il crevait d'envie de faire souffrir Kiyoshi Teppei, et la meilleure chose à faire pour atteindre son objectif lui semblait être de ne jamais laisser ce grand imbécile rembourser cette dette qu'il s'imaginait avoir contractée envers lui.
Oui, plus Makoto y réfléchissait et plus cette idée lui semblait parfaite : Kiyoshi avait de l'honneur, disait-il, et tenait à rembourser ses dettes, alors il ne le laisserait jamais le faire et cette seule dette entacherait à jamais son image de lui-même et son précieux honneur et son estime et il était si droit et juste qu'il en souffrirait sans doute des années durant et-

« Makoto ? »

Une voix interrompit la dispute (si tant est qu'on pouvait l'appeler ainsi) de Hanamiya et de Kiyoshi ; le joueur de Seirin fut un peu surpris et tourna la tête, mais ne songea pas à lâcher l'épaule qu'il avait attrapée, ni même à s'éloigner de son ennemi, et Makoto crut qu'il allait soit tuer tout le monde, soit mourir sur le coup.
A moins de quinze mètres d'eux se tenait Hara Kazuya et le pire, dans l'histoire, ce n'était pas qu'il se rapprochait, non – c'était qu'il les avait vus, et que même derrière la bulle de chewing-gum rose qui dissimulait la moitié de son visage, le capitaine de Kirisaki Daiichi pouvait deviner qu'il souriait.

« Quoi ? Demanda Hanamiya, le ton agacé, et avant même que son coéquipier n'ait eu le temps de lui adresser la parole – parce qu'il ne manquait plus que lui, franchement.
– Ah, nan, rien ! Répondit l'autre du tac-au-tac, et il sortit les mains de ses poches pour les lever en signe d'innocence. J'passais dans le coin, c'est tout... mais je dérange, visiblement ? »

Son ton était moqueur et Makoto ne put empêcher ses poings de se serrer.
Kiyoshi, de son côté, en rajouta une couche (à croire qu'il ne savait rien faire d'autre qu'empirer les choses déjà chiantes à la base) et sourit au joueur de Kirisaki Daiichi, et ce, bien sûr, sans lâcher l'épaule du capitaine de l'équipe. A ce stade-là, Hanamiya n'avait même plus besoin de réfléchir ou d'essayer de décoder le visage de Hara pour deviner ce qu'il pensait – c'était juste évident, et le fait qu'il chasse la main de Kiyoshi juste après n'y changerait rien, ne pourrait jamais rien y changer.

« Non, tenta-t-il quand même, tu déranges personne. Ce type allait partir, de toute façon.
– Mais non, Miya ! S'indigna aussitôt le type en question. J'allais te proposer de venir avec moi à la petite fête du réveillon de mon équipe, pour compenser... »

Au même moment, Makoto entendit Kiyoshi ruiner (une fois de plus) tous ses efforts, vit Kazuya pouffer de rire au ridicule surnom de « Miya », et se demanda une énième fois pourquoi, pourquoi il fallait tant que les choses les plus insupportables arrivent aux chics types dans son genre.
Il n'est pas inutile de rappeler ici que le concept du retour de karma n'avait jamais su le convaincre, de toute manière.

« Oh, comme c'est gentil..., mentit alors le jeune homme, avant de sourire à Kiyoshi, d'un sourire plus que mauvais. Ferme ta gueule, abruti. Moi, j'irais faire la fête au milieu des niais de Seirin ? Plutôt crever !
– Te retiens pas pour nous, Makoto, intervint soudain Hara. J'voulais te dire ce matin, on passe le réveillon ensemble, avec les gars du club... mais si tu préfères le passer avec ton chéri, te retiens pas ! »

Quoi ?
Hanamiya cligna des yeux – il n'était pas sûr d'avoir bien entendu, là. Plusieurs informations assaillaient son esprit toutes en même temps et force était d'avouer que même son intelligence supérieure avait un peu de peine à tout assimiler ; d'une part, il y avait ce foutu Kiyoshi qui n'en démordait pas de l'inviter à Seirin, chez ses pires ennemis donc, et d'une autre, cet imbécile de Kazuya qui lui apprenait que toute l'équipe de basketball de Kirisaki Daiichi fêterait Noël ensemble, éventuellement sans lui, et... quoi ?
Il avait appelé Kiyoshi son chéri et rien que pour ça, Makoto se promit de doubler la difficulté de ses entraînements à partir du moment où ceux-ci reprendraient.

« Mon... chéri, répéta-t-il alors, lentement, en baissant un peu la tête, de sorte que ses mèches les plus longues recouvrirent bientôt son front et ses yeux. Je... C'est vrai, je n'osais pas vous l'avouer, mais je... »

Kiyoshi tourna un regard surpris vers son camarade, tandis que Kazuya glissait ses mains dans ses poches et se mettait à fredonner le grand hit de Mariah Carey.

« Je déteste cet abruti plus que tout au monde, lâcha finalement Hanamiya, avant de redresser la tête, d'un seul coup. Franchement, tu croyais quand même pas que j'allais être d'accord avec des conneries pareilles ? Tu me déçois, Kazuya.
– En même temps, répondit l'intéressé, c'est avec son amoureuse qu'on passe le réveillon, normalement... Ou son amoureux, ça dépend des gens. »

Et cet enfoiré de Hara qui s'appliquait à se moquer de lui, de son imperceptible sourire, bien caché derrière la nouvelle bulle de chewing-gum qu'il était en train de former...
Hanamiya voulut lui répondre, ou lui faire avaler de force sa bulle, il ne savait pas vraiment, et il ne le saurait jamais, puisque la main de Kiyoshi, en se posant à nouveau sur son épaule (bordel), l'arrêta dans son élan.

« Qu'est-c'tu veux, toi ?! S'énerva le jeune homme, en se tournant aussitôt vers celui qui lui avait collé aux basques tout l'après-midi durant – il le trouva sérieux, l'air concentré, et presque inquiet.
– Hanamiya, commença-t-il d'un ton grave, alors comme ça... tu veux sortir avec moi ? »

Et le pire, dans l'histoire, c'était qu'il était sérieux en disant ça.
Makoto inspira un grand coup.

« La simple idée de me tenir à côté de toi me dégoûte, abruti. »

Hara se mit à chantonner le mot tsundere et Hanamiya le fusilla du regard.

« Hanamiya..., reprit alors cet imbécile de Kiyoshi, l'air peiné. Moi, je t'aime bien, pourtant, tu sais. Tu es un très bon joueur ! Et je pense que tout le monde a droit à une seconde chance ! Alors, si-
– Tu sais où tu peux te la mettre, ta seconde chance ?
– Tsundere~ ... »

Plus les deux idiots s'y mettaient, et plus ils insistaient, plus Makoto sentait que ses nerfs étaient à deux doigts de lâcher et de le laisser crever sur place, ici, la veille de Noël, dans la rue et sous la neige qui n'avait toujours pas cessé de tomber.

« Allez, Hanamiya ! Poursuivit le grand abruti, un radieux sourire étalé sur tout le visage. Si tu as quelque chose à me dire ou à me demander, n'hésite pas. C'est Noël ! C'est l'occasion rêvée pour faire de ses vieux ennemis de nouveaux amis, et si ça se trouve, nous deux, ça pourrait même marcher...
– Mais ouais, vas-y, Makoto ! Le soutint aussitôt Hara, avec une once de moquerie et de rire dans la voix.
– Allez, sois pas timide ! »

Il fallait que ça s'arrête – maintenant.
Il fallait leur montrer que non, non et re-non, Hanamiya Makoto et Kiyoshi Teppei n'étaient pas faits l'un pour l'autre, surtout pas, et qu'un couple formé d'eux deux n'avait aucune chance de subsister plus d'une minute, plus d'une demi-seconde en fait – et il fallait le faire maintenant.

Plus que jamais conscient de la gravité de la situation, le capitaine de Kirisaki Daiichi s'accorda un instant de réflexion et, comme toujours, cela suffit. Un instant, un seul petit instant, et puis... Il sourit.

Son plan était parfait, vraiment.
Il le savait, après tout : Kiyoshi Teppei, de même que Seirin au grand complet, le détestait depuis qu'il avait ruiné son genou et, par extension, une bonne partie de sa carrière sportive. C'était logique. C'était normal. C'était sensé. C'était... juste obligé.
Cet abruti avait beau tenir de grands discours sur la magie de Noël et la façon dont il faisait faire de ses vieux ennemis de nouveaux amis, Hanamiya était absolument certain, non, Hanamiya savait que dans le fond, Kiyoshi n'y croyait pas complètement. C'était impossible, après tout : même lui, il ne pouvait pas décider, en une seule journée, de pardonner toutes ses « erreurs » à son ennemi juré et encore moins de, tout à coup, comme ça, se mettre à l'aimer.

Hara et Kiyoshi pouvaient bien plaisanter en racontant que le capitaine de Kirisaki Daiichi et son opposé naturel formeraient le plus adorable des petits couples de Noël, il suffisait maintenant que Hanamiya mette son idée à exécution et, instantanément, ils seraient tous les deux dégoûtés à en vomir – forcément.
Le jeune homme sentit un sourire mauvais naître à son visage. Il avait hâte de voir ça ; en fait, il avait tellement hâte d'assister à ce spectacle sans précédent que l'excitation montait en lui à une vitesse folle, faisant battre vite son cœur et frissonner sa peau – ah, il n'en pouvait plus d'attendre-
Aussi, il n'attendit pas.

Il profita d'un instant de silence pour souffler à Teppei quelques mots dans le genre de plutôt crever et de sors avec moi, t'y survivras pas, puis l'attrapa par le col de son manteau d'hiver et l'attira violemment jusqu'à lui, non sans oublier de faire un doigt d'honneur à Kazuya au passage ; puis, il ferma les yeux et plaqua ses lèvres contre celles de son ennemi juré. Il s'imagina son horreur et sa souffrance pour oublier son propre dégoût, et il profita de l'étonnement de Kiyoshi pour incliner un peu sa tête, envahir sa bouche et approfondir le baiser – de sa langue, il affronta celle de l'autre abruti, tâcha d'atteindre chaque endroit de lui, s'efforça d'imprégner son goût et celui du sang contre son palais-
Et tout alla bien jusqu'à ce qu'il sente deux bras s'enrouler autour de ses épaules et que Kiyoshi, déjà remis de sa surprise, choisisse de répondre à son baiser.

A partir de là, plus rien ne se déroula comme Makoto l'avait prévu – mais c'était Kiyoshi, et bordel, il aurait dû s'en douter.
Kiyoshi l'enlaça, donc, le serra contre lui, avec cette force et cette tendresse qui lui étaient si propres tout à la fois, et il l'embrassa doucement, lentement, presque avec affection, là où Hanamiya avait voulu ce baiser rapide, douloureux et aussi dégoûtant que possible. Il l'embrassa passionnément, aussi, s'appliqua à la tâche comme si l'homme entre ses bras était sa petite amie ou une connerie du style, et il caressa ses lèvres du bout des siennes, soupira tout contre lui, passa la main dans ses cheveux – lui arracha un gémissement de plaisir ou deux.
Et si Makoto avait senti ses yeux s'écarquiller au début, bientôt il ne fut plus capable que de les refermer et d'apprécier l'échange, sans même réaliser qu'il l'appréciait mille fois plus qu'il ne l'aurait dû.

Il s'en rendit compte après coup.
Lorsque l'air vint à manquer, lorsque le géant de Seirin s'éloigna de lui et le regarda droit dans les yeux, un grand sourire sur son visage d'abruti trop heureux (surtout pour un gars qui venait d'embrasser son pire ennemi, merde !) ; lorsqu'il se retrouva à bout de souffle, aussi, haletant, lorsque l'air qu'il exhalait vite ne cessa plus de créer de la buée entre eux deux, et lorsqu'il sentit que son visage était brûlant.

« T-Tu vois, réussit-il quand même à bredouiller, sitôt qu'il eut repris ses esprits et essuyé sa bouche d'une manche de son manteau, c'est dégueulasse ! Alors maintenant, casse-toi et-
– Tu trouves vraiment, Hanamiya ? Je dois dire que j'ai plutôt bien aimé, ahah ! »

Kiyoshi Teppei rit de bon cœur, de bonheur peut-être, et Hanamiya Makoto n'hésita pas un instant à lui enfoncer son poing entre les côtes, de toutes ses forces – ou du moins, à ce qu'il croyait...
A côté d'eux, Hara Kazuya riait si fort qu'il en avala son chewing-gum.


Cette année encore avait lieu la traditionnelle petite fête du réveillon du club de basketball du lycée Seirin.
Cette année, toutefois, on avait profité du fait que l'un des membres (Kagami, pour ne pas le citer) possède un grand appartement où il vivait seul pour lui imposer d'accueillir tous ses coéquipiers chez lui le 24 décembre au soir, et c'est ainsi qu'à dix-neuf heures, le grand rouquin de l'équipe se glissa dans la cuisine, laissant au salon ceux de ses camarades qui étaient présents.

« Je reviens, lança-t-il avec indifférence, je vais faire à bouffer. »

Un dernier regard pour ses camarades lui apprit que la grande majorité d'entre eux n'avaient même pas prêté attention à ce qu'il venait de dire : en effet, la terrifiante coach de l'équipe tournait le dos à la cuisine (ce qui, en soi, était une très bonne chose), plongée dans une discussion avec leur non moins terrifiant capitaine à tous, et tandis que Mitobe, Koganei et Izuki occupaient le canapé, Tsuchida les observait d'un regard paisible, et Fukuda et Kawahara s'extasiaient devant l'immense collection de magazines sportifs du propriétaire des lieux.

Kagami soupira et tendit la main pour attraper une casserole... pour ne rencontrer qu'une touffe de cheveux bleu clair, apparue juste devant lui comme par la plus étonnante des magies.
Surpris, il sursauta, mais un instant après – le temps que l'information atteigne son cerveau –, il se calma.

« Ugh, Kuroko..., ne put-il s'empêcher de lâcher. Qu'est-ce que tu fous là ? »

Son coéquipier (et petit ami, aussi, mais coéquipier avant tout... il supposait) le regarda comme s'il était le dernier des idiots, ce qui suffit à l'agacer un peu, puis leva la main, brandissant une spatule en bois.

« Je viens t'aider, Kagami-kun. »

L'intention était louable, et Kagami ne put s'empêcher de soupirer, un peu touché. Avec précaution, il passa les bras autour du garçon en face de lui et l'attira vers son torse, sans trop le serrer toutefois.

« Merci, dit-il, l'air un peu embarrassé, mais... 'fin, t'as pas besoin. J'ai dit que je m'en occupais, et- »

Sans prévenir, Tetsuya le coupa d'un chaste baiser, d'une tendre pression sur ses lèvres un peu gercées par le froid dehors, et leur moment entre amoureux fut coupé par la voix de Riko, en directe provenance du salon.

« Est-ce que l'un de vous connaît une Miya ? »

Quelques instants plus tard, tous les membres du club de basket de Seirin se rendaient compte qu'ils avaient reçu un SMS de Kiyoshi et, en apprenant que leur idiot de sempai favori ne les rejoindrait pas parce qu'il passerait la soirée avec une certaine (pensèrent-ils) Miya, se posèrent cette même question.


« Il semble que Kiyoshi Teppei se soit mis à fréquenter Hanamiya Makoto. Intéressant. »

Akashi avait prononcé ces quelques mots d'un ton neutre et distant, comme une sentence cruelle mais irrévocable.
Face à lui, bien assis dans l'une des chaises confortables de ce restaurant hors de prix, l'une de ses mains sur la table, blottie au creux de celle de l'empereur, Furihata ne sut s'il devait s'étonner de la nouvelle ou du fait que son petit ami se permette de consulter ses messages à sa place.


PASTAPERPASTAPERPASTAPER

Ok je sais c'est nul mais pitié me tapez pas j'ai rien fait je- *bam* Ahem. Je suis ouverte à toute critique tant qu'elle est constructive, et je vous en voudrai pas si vous n'avez pas aimé. XD

Voili voilou, donc, pour mes fics des fêtes de fin d'année : j'ai posté un AkaFuri tout fluffy dans mon recueil d'OS, et maintenant ce KiyoHana pseudo-humoristique... En d'autres termes, il ne manque qu'un genre que j'adore pour compléter tout ça :D *bam*

Merci de votre lecture et à la prochaine ! :)