There No Happy End In this World
Chapter One
OC-Bookman
Général
Tout Public
Chapter One
Sa tête tournait, mais elle allait mieux. Oui, mieux.
Elle entrouvrit les paupières avant de les refermer brusquement, agressée par la violente lumière.
"Oh ! Maître ! Elle s'est réveillée !"
L'envie d'étriper celui qui était à l'origine de ces hurlements lui vint à l'esprit, s'ensuivant d'une cinématique violente où elle le faisait exploser, comme le monstre de la veille ...
Les souvenirs affluèrent, violents. Elle émit un râle de douleur, alors qu'un mal de tête lui vrillait le crâne.
"T'inquiètes pas, ça va passer, ça fait toujours ça la première fois qu'on utilise trop l'Innocence."
Mais qu'il se taise !
La petite fille savait confusément que s'il continuait à parler, elle aurait encore plus mal à la tête, et mourrait d'envie de l'étrangler. Puis elle se ravisa lorsque le visage de mère s'imposa à son esprit. Un visage convulsé, sûrement à cause des mains de son père qui avait enserré son cou jusqu'à lui faire expirer son dernier souffle.
Elle trouva le courage de lever une nouvelle fois les paupières, dévoilant des iris d'un bleu quasi gris perle.
Fronçant les sourcils, elle parvint à appercevoir une forme, au dessus de son visage. Non, pas au dessus: penchée sur son visage.
Deux yeux plongèrent dans les siens. Ah non. Pas deux, un seul. L'autre était un abîme sans fond. Non plus. C'était un cache noir.
"Tiens, tes yeux ont changés de couleur, remarqua l'inconnu qui l'énervait si profondément."
Elle pinça les lèvres avant de tenter de le fusiller du regard du mieux qu'elle put.
"Laisse-là tranquille, Will."
Il ricana avant de reculer. Elle put enfin commencer à se redresser, péniblement.
"Ne bouge pas trop."
Docile, elle fit un dernier mouvement pour s'adosser à l'oreiller puis s'immobilisa.
Le silence qui s'installa alourdit sensiblement l'atmosphère.
"Rooooo, pourquoi c'est toujours à moi de tout expliquer Panda ?"
L'insolent eut pour tout réponse un coup à l'arrière du crâne.
"Ce n'est pas le cas. Tu parles trop. Tais-toi. Le Bookman c'est moi. Si je me tais, tu te tais."
A la mention de ce nom, le roux se renfrogna et son visage s'assombrit.
Saisissant l'importance du terme, la petite le répéta faiblement. Le vieux la fixa sévèrement avant de réprimander le garçon. La fillette n'était pas très forte pour deviner les âges, mais elle compris qu'il n'était pas beaucoup plus grand qu'elle. Peut-être dix ans, comme son grand frère.
"Pfff, pas drôle, grand père."
La remarque lui valut un autre coup, mais la petite émit un petit rire.
Le vieil homme la fixa. Grave.
"Petite, sais-tu ce qu'est l'Innocence ?"
Elle secoua la tête.
"Bien, laisse-moi te résumer ça. L'Innocence est une sorte de d'objet qui permet toute sorte de choses. Elle influe ... tu comprends ce mot ?"
La fillette opina du chef.
"Elle influe sur l'environnement mais il arrive qu'une personne soit compatible avec une Innocence. Pas forcément toutes, tu vois, mais avec certaines. Et si cette personne est compatible, alors elle peut utiliser cette Innocence pour combattre les Akumas qui sont les armes du comte Millénaire qui veut détruire le monde."
Loin de la réaction escomptée par le Bookman, la petite fille ferma les yeux avant d'entrouvrir les lèvres.
Puis elle le dévisagea en refermant la bouche.
"Alors moi ... je suis ... com ... pa ... tible avec l'Innocence ?"
Le Bookman acquiesça.
"Ça veut dire quoi ... compatible ?
- Que tu peux l'utiliser, qu'elle est à toi, intervint le garçon."
La petite hocha la tête avant que ses cils ne papillonnent.
"Viens, elle est fatiguée, ordonna le Bookman."
Le vieux passa la porte, mais le garçon se retourna.
"Au fait, tu peux m'appeler Will ... même si c'est "Junior" occasionnellement ..."
Il se tut, s'apprêta à franchir le pas de la porte, puis se ravisa.
"Et toi ?
- Jeena.
- Joli nom ..."
Il lui sourit malicieusement puis tourna la poignée.
Repoussant les couvertures, elle posa un pied à terre. Elle se sentait parfaitement opérationnelle, prête à courir et danser, chanter et rire, comme c'était son habitude lorsqu'elle avait cinq ans. Mais la vie lui avait montré que l'on ne vit pas heureux pour toujours, comme dans les contes de fées, et la désillusion avait été difficile à digérer.
Cela faisait un an qu'elle vivait comme une sorte d'ermite, de nomade, mais son intelligence rare lui avait permis de se débrouiller. Surtout sa mémoire extraordinaire qui lui avait été à de nombreuses reprises bien utile. Elle retenait tout, partout. Image, mots, sons, rêves. Tout. Elle n'oubliait rien. Ou presque rien. Elle aurait parfois préféré oublier.
Néanmoins, cela l'avait sauvée puisqu'en se faisant passer pour légèrement plus âgée elle avait réussi à obtenir du travail dans une mine, un petit temps avant qu'elle n'abandonne, puis dans un petit magasin où elle devait actionner la sonnette dès que quelqu'un passait le pas de la porte. Elle avait soupçonné le gentil marchand d'avoir crée cet emploi juste pour elle, mais elle lui en était reconnaissante.
La fièvre avait emporté son bienfaiteur, et elle s'était retrouvée sans le sou pour l'hiver. Le sou.
"Le sou", une expression que son alcoolique de père avait gravée au fer dans son esprit enfantin. Pour elle l'argent était souffrance. Par association d'idée, ce genre de raisonnement que l'on peut avoir lorsque l'on a huit ans, elle en avait déduit que, puisqu'il fallait de l'argent pour vivre, il fallait souffrir pour survivre.
Malheureusement, il s'était avéré que pour cette fois, elle avait raison. Et l'avenir tendrait à le lui démontrer.
La porte s'ouvrit et elle se retrouva pointée du doigt par le garçon, qui arborait une mine horrifiée.
"Hey ! Le Maître t'as dit de ne pas bouger !
- Je veux sortir. J'en ai marre d'être enfermée, répondit-elle d'un ton qui ne souffrait aucune réplique."
Will la jaugea et se mordit la lèvre.
"Bon, d'accord. Viens avec moi alors, le Maître s'est absenté pour le moment ..."
Il la prit par la main et l'entraîna à sa suite. Les deux enfants sortirent de l'hôpital en ignorant les cris d'une infirmière et en riant, comme seuls deux enfant savent le faire, puis déboulèrent sur la place enneigée.
Quelques passant s'écartèrent, quelques femmes les observèrent, attendries, mais pour eux, le monde avait disparu. Will goûtait un instant d'innocence, chose qu'il lui semblait avoir oubliée et qu'il retrouvait avec délices; Jeena retrouvait sa simplicité et son statut de petite fille normale.
Ils commencèrent rapidement une bataille de boule de neige, compressant les flocons en boules gelées avant de se les envoyer et d'éclater une nouvelle fois de rire. Frigorifiés, mais profondément heureux, ils firent demi-tour et revinrent à l'hôpital, se rassurant mutuellement et tentant de se convaincre que le Maître ne leur en voudrait pas.
Qui les aurait vu de loin n'aurait rien deviné de leur statut et du poid qui allait bientôt peser sur leurs épaules. Qui les aurait vu aurait vu un couple d'enfants -amis ou amoureux- rentrer au bercail, après un après-midi comme les autres. Qui les aurait vu aurait cru qu'ils avaient douze ans, et non pas les huit et neuf qu'ils avaient réellement. Qui les aurait vu, n'aurait vu que deux enfants jouant dans la neige, heureux et naïfs.
Qui les aurait vus aurait eu raison.
A cet instant, il n'était plus les exorcistes qu'ils étaient condamnés à devenir. Juste deux humains, jeunes, croquant la vie à pleine dents.
Comme une pomme bien mûre.
Pomme qui sous peu commencerait à pourrir, rongée par un ver.
Un ver coriace.
Qui s'appelait le comte Millénaire.
N'hésitez pas à appuyer sur le bouton veeeeert ^^
