Harry Potter - J.K. Rowling
La Liste - Rose
Je tiens à remercier les lecteurs qui m'ont laissé une review - en particulier les anonymes à qui je n'ai pas pu répondre personnellement. Merci également aux followers. Je vais être magnanime, merci également aux lecteurs fantômes.
Repeindre ma chambre en vert - POV Draco Malefoy, 19 août 2001
À treize heures tapantes, je jetais une poignée de poudre dans la cheminée du manoir et annonçait clairement ma destination : le Chaudron Baveur. L'odeur poussiéreuse, qui avait toujours caractérisé l'endroit, assaillit mes narines. Je grimaçais instinctivement et un léger rire moqueur m'accueillit.
_ Désolé Malefoy. Je crois que Tom a oublié de faire un peu de ménage avant ta venue dans son humble demeure.
_ Bonjour à toi aussi Potter. Quand tu auras fini de rire à mes dépens, on pourra peut-être se mettre en route. Il me semble qu'on a un travail à accomplir.
Ça le fit rire davantage, timidement et prudemment. Comme s'il s'attendait à tout instant à un revirement de situation. En toute honnêteté, je le guettais également. La semaine passée, notre étrange soirée s'était déroulée sans heurt mais rien ne promettait qu'il en soit de même aujourd'hui.
Côté moldu, Potter nous avait fait transplanner en banlieue londonienne, dans une petite ruelle sombre entre deux immeubles de briques rouges. Les bâtiments n'étaient pas larges et comptaient chacun quatre étages. Ils semblaient étrangement similaires, comme si l'un était le parfait reflet de l'autre.
Potter se dirigea vers celui le plus à droite, joua nerveusement avec un trousseau de clefs mais trouva avec facilité celle qui ouvrait la porte d'entrée. On longea un petit couloir mal éclairé, monta les quatre étages grâce à un petit escalier en colimaçon aux marches usées par des années de va-et-vient, pour arriver sur un palier qui ne desservait qu'une unique porte.
_ Bienvenue chez moi, marmonna Potter en ouvrant celle-ci.
L'appartement n'était visiblement pas de la première jeunesse, comme en témoignait le vieux parquet en bois mais la nouvelle couche de peinture blanche qui recouvrait les murs donnait un cachet certain à la pièce principale. Un petit bar - également fait de ces petites briques rouges - séparait la cuisine rudimentaire du reste la pièce principale. Une étroite porte s'ouvrait sur une salle de bain d'un autre âge, toute en faïence blanche et bleu aux motifs fleuris. Une seconde porte donnait quant à elle sur la chambre à coucher. Le même parquet sombre se trouvait au sol mais aucune peinture n'habillait les murs. L'ancien papier avait été arraché mais j'apercevais encore à quelques endroits d'étranges motifs asymétriques d'un orange criard.
Objectivement, l'appartement n'était pas si mal - si on excluait la salle de bain vieillotte bien sûr.
_ On s'y met ?, me demanda Potter après cette rapide visite, tout en me tendant un vieux tablier recouvert de petites tâches de peinture blanche.
J'attrapais le chiffon tout en observant Potter enfiler le sien et l'attacher autour de sa taille. Je restais interdit devant la conclusion qui s'imposa brusquement à moi.
_ Tu n'as pas l'intention d'utiliser la magie.
Ce n'était pas une question. Je revoyais les sceaux en plastique sur le palier, les rouleaux à peinture sur un échafaud dans la chambre, le plastique de protection sur le parquet, les ongles peinturlurés de Potter. C'était tellement évident que j'étais passé à côté.
Il me lâcha un sourire désolé en secouant négativement la tête.
_ Pourquoi n'utilises-tu pas la magie?, me retrouvais-je à demander. Mon ton sonnait un peu trop désespéré à mon gout.
_ Pour le sentiment du travail bien mené, Malefoy.
_ Maintenant, je sais pourquoi personne ne voulait t'aider Potter.
_ J'ai un pack de bières au frais. À la fin de la journée, tu comprendras de quoi je parle.
Et Potter disparut dans la salle de bain pour réapparaitre quelques secondes plus tard avec un pot de peinture étiqueté vert forêt. Ça me surprit car je m'attendais à ce qu'il est choisi du blanc comme pour la pièce principale ou, à défaut le rouge typique des Gryffondors.
_ Du vert, Potter ? Rassure-moi, tu n'as pas oublié que c'est la couleur des méchants Serpentards !
_ C'est la couleur de l'espoir pour les moldus, Malefoy.
_ C'est évident qu'ils n'ont jamais rencontré de Serpentards. Ils auraient alors compris leur erreur, ajoutais-je dubitatif.
Il se stoppa et m'accorda un regard scrutateur, comme pour me jauger. Il m'avait déjà jeté ce genre de regard à Poudlard. J'avais alors l'impression de passer un examen dont je ne comprenais pas la teneur. J'avais toujours échoué car une volée d'insultes concluait généralement l'exercice. Pas cette fois cependant.
_ Ou peut-être qu'ils ont tout compris, au contraire.
Sa phrase était nébuleuse à souhait et aurait pu être celle du vieil homme excentrique qu'avait été Albus Dumbledore. Pourtant il me sembla en comprendre le sens et mon coeur s'emballa. C'était stupide étant donné que je n'avais jamais cherché l'approbation de Potter.
Je me détournais et attrapais un rouleau à peinture. Son regard était toujours fixé sur ma personne, l'évaluation dont j'étais l'objet n'était apparemment pas terminée, mais je n'avais aucune envie de jouer à un jeu dont je ne comprenais pas les règles.
_ On commence où ?, demandais-je.
Potter soupira et secoua la tête. Aucune insulte ne franchit ses lèvres, j'étais pourtant certain d'avoir à nouveau échoué à son stupide examen.
Nous avions commencé à travailler dans un silence tendu, mais l'ampleur de la tâche m'occupa suffisamment pour en faire fi. Je faisais mon possible pour ignorer Potter mais ses soupirs agacés - et agaçants - ne m'aidaient pas particulièrement. Comme ci cela n'était pas suffisant, il avait commencé à peindre le même mur que moi, en débutant par l'autre extrémité. J'imagine qu'il aurait pu en choisir un autre mais s'était senti obligé de m'aider - saleté d'esprit tordu de gryffondor.
Tant et si bien que nous nous trouvions désormais tous deux au centre du dit-mur - difficile d'ignorer le Sauveur dans ces conditions.
_ Arrête de froncer les sourcils Malefoy. Tu vas chopper des rides.
_ Mêles-toi de tes hippogriffes Potter, assenais-je froidement.
Il n'eut pas la réaction escomptée. Le Potter que je connaissais aurait répliqué véhément, m'aurait hurlé ses quatre vérités puis m'aurait pointé sa baguette sous le nez. Le Potter en face de moi eut un étrange sourire qui me laissa bouche-bée. Cependant la surprise ne m'empêcha pas de réagir vivement lorsque le bras de l'ancien gryffondor se leva vers moi. Je dégainais ma baguette magique mais Potter fut plus rapide et … le rouleau de peinture atteignit ma joue gauche. J'étais cependant en position, la baguette pointée sur le torse de mon hôte, l'expelliarmus quittant mes lèvres. Le rouleau de peinture tomba au sol dans un bruit mat. Potter recula et dégaina sa propre baguette à une vitesse impressionnante tout en bloquant mon sortilège de désarmement.
_ À quoi tu joues bordel ! C'est de la peinture Malefoy, pas un Impardonnable !, s'exclama-t-il avec force.
Je restais interdit. Ma baguette n'était pas stable mais j'étais incapable de stopper les tremblements de ma main. J'avais cru que Potter m'attaquait. Pire, j'avais été certain que Potter m'attaquait.
_ Tu as cru que je t'attaquais ?!, demanda-t-il incrédule, faisant écho à mes pensées.
Sauf que j'étais incapable de lui répondre, ou même de baisser ma baguette. Potter avait toujours la sienne pointée sur moi et il faut dire qu'il aurait fait un piètre auror dans le cas contraire. On ne baisse pas sa baguette quand on est menacé par celle d'un autre sorcier.
Je menaçais Potter. Le mot me frappa avec violence. Non, je ne voulais pas être une menace. Ma baguette alla rejoindre le rouleau au sol et Potter baissa immédiatement la sienne.
_ Je pense qu'on mérite bien une pause, m'annonça-t-il soudainement en se massant la nuque.
Il disparut dans la pièce adjacente et le tintement de bouteilles en verre me parvint presque aussitôt. Je me dépêchais de ramasser ma baguette magique et la rangeais prestement dans la poche intérieure de mon veston puis m'évertuais à faire cesser les tremblements qui secouaient mes mains.
Quand Potter fut de retour, il jeta un coup d'oeil par terre mais n'ajouta rien. Il me tendit une petite bouteille verte que j'attrapais. Sans prendre le temps d'examiner la mixture - et priant pour que ce fut de l'alcool, j'en avalais une longue gorgée. C'était pétillant, sucré et avait un petit quelque chose de la Bière-au-beurre.
_ Pourquoi as-tu été si prompt à croire que je t'attaquais ?, m'interrogea-t-il après avoir pris une petite lampée de sa propre boisson.
_ C'est ce que tu aurais fait … avant, ajoutais-je sous son regard inquisiteur.
_ Avant quoi ?
_ Ne joue pas les idiots Potter.
_ Qu'est ce qui t'as poussé à croire que je t'attaquais maintenant ?, reformula-t-il.
_ Je n'en sais rien Potter, l'instinct peut-être.
_ T'as un instinct de merde Malefoy.
_ De toute évidence.
Ma réponse le fit pouffer de rire. Ça m'agaça car je ne comprenais pas d'où venait cette soudaine hilarité, mais aussi parce qu'il semblait étrangement décontracté alors qu'un drame avait failli se jouer quelques minutes auparavant.
_ Quoi ?, aboyais-je sans pouvoir m'en empêcher. Potter avait toujours eu le don de me faire réagir pour un rien - alors que j'étais à même de supporter les idioties exaspérantes de Blaise.
Il se contenta d'hausser les épaules et prit un air faussement affligé. Potter n'avait jamais été doué pour les mensonges, il était évident qu'il allait m'en sortir un.
_ Tu as de la peinture sur toute la joue. Navré Malefoy.
_ Tu n'arriveras à me faire croire que tu es navré Potter.
Je tâtais ma joue du bout des doigts puis les portais devant mes yeux. Effectivement, ils étaient du même vert qui recouvrait deux des quatre murs que nous avions peint. Je soupirais de dépit et me baissais pour ramasser le rouleau à peinture que Potter avait lâché un peu plus tôt. Tout comme pour ma joue, la peinture n'était pas encore sèche.
Soudainement inspiré, je fixais mon regard au sol et patientais silencieusement. Et comme je l'avais imaginé Potter s'approcha de moi, conciliant.
_ Ça ne te ressemble pas de déprimer parce que tu m'as lancé un sortilège Malefoy. Fut un temps où cela aurait même égayer ta journée.
Il n'était qu'à deux pas de ma personne, mais Potter avait d'excellents réflexes.
_ Je ne déprime pas mais merci de t'en inquiéter.
_ Alors quoi ?, demanda-t-il. J'apercevais le bout de ses baskets, signe qu'il s'était suffisamment rapproché.
Je levais la tête et le bras d'un même mouvement. S'en prendre la peine de réfléchir à quelle partie viser, je balançais le rouleau dans sa direction. Pour sa défense - et comme je l'avais prévu - il eut l'excellent réflexe de se reculer et de lever le bras pour se protéger. Mais j'avais l'avantage de la surprise et de sa proximité. Le rouleau s'écrasa d'abord sur le devant de son visage puis sur son bras et tomba de nouveau au sol.
Fier de moi, j'observais mon oeuvre alors qu'il me fixait totalement abasourdi. Son nez et une bonne partie de sa joue étaient désormais peinturlurés, tout comme son avant-bras. Ses affreuses lunettes rondes n'étaient plus vraiment à leur place et glissaient dangereusement vers la droite. Je lui tournais brusquement le dos. Si j'observais une seconde de plus son regard estomaqué, j'étais certain de partir dans un fou rire qui n'aurait rien eu de digne.
_ Malefoy ?, m'appela-t-il d'un ton qui me promettait mille souffrances.
Je me retournais vers lui en essayant - vainement - de reprendre mon sérieux. C'est à ce moment précis que je compris mon erreur. J'avais eu raison de penser que Potter n'hésiterait pas à m'attaquer. Seulement cette fois il était trop tard pour dégainer ma baguette magique. La sienne était pointée vers moi, j'avalais difficilement ma salive.
_ Allons Potter. Ce n'est que de la peinture non ?, tentais-je de l'adoucir en levant mes deux mains - signe universel de reddition. Ça ne me sauva pas et d'un mouvement de poignet, il scella mon sort. J'eus à peine le temps de fermer les yeux, le pot de peinture qui lévitait juste au dessus de ma tête se retourna soudainement.
Inutile de dire qu'il s'en était suivi une bataille acharnée où tous les coups furent permis. Il fut cependant impossible de désigner un vainqueur. Nous étions tous deux couverts de peinture verte.
Affalés sur la protection en plastique qui recouvrait le sol, nous tentions de reprendre notre souffle.
_ Il n'y a que toi pour me faire faire de pareilles choses Potter.
_ Quoi ? Te faire perdre tes belles manies d'aristocrate coincé ?
_ Cela même Potter, affirmais-je en lui donnant un coup de poing amical dans l'épaule.
_ J'aime bien. Quand tu perds tes manies snobinardes.
Je grognais - ce qui n'avait rien de noble mais étant donné que j'étais affalé à même le sol et recouvert de peinture de la tête au pied, j'estimais que ça n'avait plus grande importance.
_ Par contre, je crois que je te préfère en blond Malefoy.
Je passais une main dans mes cheveux. Ils n'étaient pas bien longs mais mes doigts restèrent coincés dès les premiers centimètres.
_ Ça va être une horreur à laver.
_ Imagine les miens, déclara Potter en essayant également de passer ses doigts dans sa tignasse autrefois noire.
_ Non merci.
_ Ne sois pas jaloux Malefoy.
Je levais les yeux au ciel. Une chose que je ne me serais pas permis de faire au manoir - j'entendais d'ici mon père me rabattre les oreilles avec ses règles de bienséance. Potter me faisait perdre mes bonnes manières.
_ Tu as une mauvaise influence sur moi.
_ Tu m'en vois ravi. Cependant, j'estime que tu manques de pratique.
_ Je n'ai pas l'intention de me transformer en gryffondor Potter.
_ Encore heureux ! Que deviendrait le monde sans Draco Malefoy, prince des Serpentards ?
_ Ravi de voir que tu reconnais enfin ma supériorité. Maintenant tu sais quelle est ta place.
C'était étrange de s'envoyer des piques au visage sans que ça ne se transforme en bain de sang. Étrange mais pas désagréable. Et mille fois plus reposant. J'inspirai doucement et l'odeur âcre de la peinture me monta au nez.
_ Je vais devoir te laisser Potter. J'ai définitivement besoin d'une bonne douche, déclarais-je tout en me relevant.
À mi-parcours, Potter agrippa mon poignet. J'étais courbé en deux - pas la position la plus agréable qui soit, et pourtant tous mes muscles se figèrent. Il me lâcha mais je ne bougeais pas d'un pouce.
_ Tu repasseras me voir Malefoy ? Maintenant que tu connais l'emplacement, tu devrais pouvoir transplanner directement sur le palier extérieur. Je pense finir de m'installer d'ici une petite semaine.
Je finissais enfin de me redresser - et j'étais presque sûr d'avoir entendu ma nuque craquée.
_ Comme tu me l'as si bien fait remarquer Potter, je manque de pratique. Il me faudrait donc quelques leçons de vie supplémentaires - leurs versions gryffondor bien sûr, et de mon côté j'essayerai de t'inculquer un peu de savoir-vivre.
En cette fin d'après-midi d'août - alors que je rentrais au manoir, quelle ne fût pas la surprise de ma mère de découvrir son fils unique recouvert de peinture verte, un sourire difficilement dissimulé derrière un masque d'impassibilité.
_ Mais … qu'est-ce qui t'es arrivé Draco ? Tu es dans un état épouvantable ! Est-ce que c'est … de la peinture ?, me demanda-t-elle ébahie.
Je me contentais de lever les yeux au ciel - encore.
_ Draco !, s'exclama-t-elle réprobatrice.
Je disparaissais rapidement dans les escaliers menant à ma chambre sans pouvoir m'empêcher de rire à sa mine consternée.
Potter était arrivé. C'était aussi simple que cela.
