Chers lecteurs et lectrices,

Cela fait presqu'un an que je suis censée vous donner la satisfaction de lire la suite d'Amour vache... Eh bien le miracle s'est produit : je vous sers mon deuxième chapitre ! Bon je me dois de réfréner vos ardeurs tout de suite car, bien que ce chapitre a une longueur identique au précédent, j'en suis déçue et quand l'auteur est déçu il y a de fortes chances pour que les lecteurs le soient aussi.

Je vous explique rapidement : je me suis vraiment remise dans cette fic il y a une semaine à peu près, voire deux grands maximum. Vous comprenez donc que le fil s'était perdu déjà mais surtout la plume avec laquelle j'ai écrit le premier chapitre. Du coup, j'ai essayé tant bien que mal de la retrouver mais ce n'est pas ce que je trouve d'optimum même si ça revient.

Du coup, peu d'avancée véritable dans ce chapitre puisque je me focalise sur la rentrée de Norma. Je fais entrer en scène de nouveaux personnages, tandis que d'autres n'apparaissent pas. Peu d'Albus Potter dans ce chapitre, un peu plus de Léna -enfin de psychologie de Léna-, un peu de Scorpius mais je dois avouer que je mets peu en avant les Serpentards : ça viendra ne vous inquiétez pas !

Enfin j'arrête là ma graaande mise en garde, et je tenais à remercier Zoops qui m'a relancée dans cette fiction avec sa petite review -faites en autant surtout si vous mettez cette fic en alert ou en favorite !

Bonne lecture à tous,

Pansy


Chapitre 2

Les cheveux à peine secs, mon sac pendant à mon épaule et enveloppée dans mon gros pull de laine de dragon norvégien, je montais vers la Grande Salle. L'hiver semblait déjà pointer son nez pour ce premier jour de cours avec son vent mordant et sa pluie battante. Il n'était pas difficile d'imaginer sous quel plafond nous allions prendre notre petit-déjeuner : de gros nuages noirs roulant les uns contre les autres, déversant de façon factice leurs torrents.

Vu l'heure matinale, je ne m'étonnai pas de ne trouver que quelques élèves dans la Grande Salle, et très peu à notre table. Une œillade dédaigneuse aux premières années de Serpentard un peu trop curieux suffit à les faire replonger dans leur assiette de bacon et leur verre de jus de citrouille. J'avisai le bout de table déserté des Serpentard et y prenait mes aises. De là je pouvais surveiller, observer, épier. Il était traditionnel que ce coin de table nous soit réservé, à nous les 7ème année, et il eut fallu être fou pour penser qu'une autre personne se l'approprie.

Penchée au-dessus de mon livre consacré à la civilisation grecque, j'entendais la Grande Salle se remplirent peu à peu de son flot d'élèves. Ma première heure en civilisations antiques m'éviterait la compagnie de Scorpius que je n'avais pas pardonné. Depuis quelques années déjà, l'enseignement sorcier avait subi des transformations. Suite aux traumatismes engendrés par la guerre, l'étude des moldus était commise d'office à partir de la sixième année et ils avaient même poussé jusqu'à nous proposer différentes options sur les civilisations moldues. J'étais la seule chez les serpents à avoir choisi d'étudier une de ces peuplades, les autres préférant se cloisonner le plus possible « à leur sang de sorcier ». Il y en avait pourtant plus d'un qui n'avait pas le sang aussi pur qu'il voulait bien le dire.

Eléna enjambait lestement le banc quand je relevai la tête et refermai mon bouquin. Aujourd'hui, elle avait cette candeur des lendemains de débauche : petite jupe plissée, gros pull de laine, maquillage naturel et cheveux tirés en queue de cheval. Je n'avais jamais compris pourquoi elle tentait ce camouflage qui était loin d'effacer ses galipettes de la veille.

- Déjà prête Léna ? Ironisai-je

- Tu doutes de mes capacités de ponctualité ?

- Surtout les lendemains de soirée.

Elle m'accorda une grimace avant de s'attaquer aux tranches de bacon. Je contemplais le mouvement de balancier du bout de viande enroulé autour de la fourchette, allant de l'assiette jusqu'à l'antre noire dévoilée par les lèvres ourlées de Léna…

- Tu peux parler toi : ça avait l'air de plutôt bien tourner avec Scorpius hier soir !

Mes yeux plongèrent immédiatement dans ceux azurs de Léna. Mi-moqueurs, mi-interrogateurs, ils semblaient me dire « Alors ? Ca recommence n'est-ce pas ? ».

- Surtout que vous avez subitement disparus … tous les deux !

- Ca suffit avec ça Léna.

Le ton était dur dans son chuchotement. Elle haussa les épaules, roula des yeux et continua son activité. Léna avait cette faculté de s'immiscer dans les relations des autres et semblait préférer ma vie sociale à toutes les autres. Elle se plaisait à imaginer des histoires rocambolesques sur telle ou telle aventure. Je soupçonnai là-dessous un certain ennuie qui commençait à s'introduire dans sa vie … relationnelle. Ou bien était-elle vraiment cette petite fille que j'avais trouvée si extravagante, si étrange, tellement différente, de notre première année que je l'avais détestée. J'avais détesté sa naïveté, sa manie de voir en tout être quelqu'un de bon, sa bienveillance à l'égard de tout un chacun, sa façon de déblatérer de manière si crédule et d'aimer des sujets aussi futiles que l'était pour moi la mode. Mais cet aspect de petite fille candide avait laissé rapidement la place à la jeune fille aux joutes verbales piquantes, aux intonations suaves qui charmeraient le plus dur de tous les rocs, à la jovialité contenue sous un masque d'indifférence.

Eléna se fit rêveuse et commença à mordiller sa lèvre inférieure. Plongée dans mon bol de chocolat, j'aperçus Scorpius mais bientôt mon champ de vision fut obstrué par le doux visage de mon amie. Elle s'était brusquement penchée au-dessus de la table et me confessa :

- En tout cas, Osborn est un sacré coup.

- Léna ! S'offusqua Aricie en enjambant le banc à sa droite.

- Désolée de choquer ta vertu Cissy, se moqua la brunette un sourire gourmand sur les lèvres.

- Tu ferais mieux de commencer à te soucier de la tienne.

Je souriais devant leur querelle habituelle.

- Je pense qu'elle s'est lancée le défi de s'envoyer en l'air avec tout Poudlard avant la fin de l'année, glissai-je à la prude au carré blond.

- J'avais espéré qu'elle se rangerait pour sa dernière année, soupira t-elle, une moue de fausse consternation sur le visage.

Le rire de Léna, semblable aux carillons, retentit clairement. Mon regard considéra une nouvelle fois Scorpius arrêté aux portes de la Grande Salle par Jay Zabini. J'en profitai pour saisir mon sac de cours et me dirigeai d'un pas assuré vers la sortie sans prendre le temps de répondre aux interrogations de mes amies.

X

Essoufflée par toutes les marches que j'avais gravies et encore plus par celles qui me restaient, je me demandai quel était celui –ou celle !- qui avait pu imaginer d'élever une école aussi grande et avec autant d'escaliers. Après 3 étages d'escalade, je reprenais mon souffle quelques instants au milieu du couloir qui menait à ma salle de classe… C'était sans compter l'abruti qui me percuta de plein fouet, projetant au sol ma sacoche d'où s'échappèrent livres, cours, plumes, le tout dans une belle flaque d'encre.

- Bordel ! Tu pouvais pas faire gaffe ? Rageai-je en me penchant déjà pour ramasser mes biens.

- La belle idée de se mettre juste à l'angle d'un couloir ! Contra le fautif.

C'était de ma faute maintenant alors que c'était cet ingrat d'Ackerley qui avait déboulé comme un troll.

- Je te conseille de t'ôter de mon chemin, stupide Serdaigle !

Je levai des yeux menaçants. En moi montait cette irréversible envie de lui montrer à qui il avait à faire, lui faire tâter de ma baguette et le renvoyer pleurer chez ses petits camarades soit disant intelligents. Il s'en amusa et, à l'encontre de toute galanterie –bien que je n'aurais accepté aucune aide de sa part !-, appuya son épaule contre le mur d'une façon indolente, les bras croisés sur la poitrine et un sourire narquois sur les lèvres. A l'intérieur de ma robe de sorcier je sentais ma baguette s'échauffer.

- Je trouve que faire la souillon te va parfaitement, Bucky !

- Bucky ?

L'insulte brûla mes lèvres dans un souffle de colère. Il osait ? Il osait m'humilier, me rabaisser, m'insulter et dénigrer mon nom, ma famille ? Quel petit insolent ! Il allait payer.

- J'ai tiré sur une corde sensible chérie ? Minauda t-il l'air faussement penaud.

Debout sur mes deux jambes, le sort était parti dans un magnifique éclat azur.

- Tu as déjà oublié que j'avais aussi obtenu un Optimal en sortilège ?

L'impertinent avait paré mon splendide expulso. Il avait toujours ce ton de fausse contrariété sous lequel perçait la jubilation de m'avoir provoquée aussi facilement. Face à face, baguettes pointées l'un sur l'autre, nous occupions le couloir. Le voile opaque de la colère obstruait tout autre sentiment et faisait sombrait mon cerveau dans une démence féroce.

Plusieurs éclairs jaillirent encore en rafales mais aucun ne parvenait à sa cible. Contre toutes ses attentes, je déviai ma baguette de sa poitrine et prononçait, avec un brin de sadisme, un grandiose :

- Incendio !

Son regard se perdit dans la contemplation des flammes léchant son sac de cours qu'il avait abandonné au beau milieu du couloir.

- Je me demande bien ce que tu fais à Serdaigle, doté d'une stupidité aussi remarquable.

Déjà je me détournai du spectacle affligeant que Donovan Ackerley m'offrait pour entrer dans ma salle de classe, mes propres affaires lévitant derrière moi.

X

- Vous commencez l'année d'une manière fracassante Miss Buckingham, commença monsieur Hérasklion de sa voix chevrotante.

La malchance avait voulu que notre professeur de grec trouve opportun d'arriver un quart d'heure en avance à son cours, au moment précis où le sac du pauvre petit Ackerley était réduit en cendres.

Je foudroyai le brun du regard qui, à mon grand étonnement, faisait preuve d'une retenue outrageante.

- Vous comprendrez que je ne peux tolérer ce genre de comportement irresponsable …

Affichant une mine faussement penaude, je lâchai prise du discours moralisateur de l'antiquité qui nous servait de professeur.

- … Par conséquent, je retire 15 points à Serpentard et vous viendrez en retenue lundi prochain.

Sans répondre, je m'installai au fond de la salle de classe avec l'intime conviction que ma maison me reprocherait mon caractère entier pour la perte des précieux points.

X

Je n'eus aucun mal à retrouver Aricie : la bibliothèque semblait être devenue sa seconde maison depuis sa cinquième année. Occupée à gratter un parchemin de sa longue plume, elle rédigeait déjà son devoir d'arithmancie. Je m'approchai de sa table pour y déposer mes affaires avant de repartir me perdre dans les rayons de la bibliothèque. Aricie n'avait pas levé la tête quand elle me lança mi-acide, mi-amusée :

- Bien joué ce matin.

- C'est ce stupide Ackerley ! Me braquai je immédiatement.

- Je m'en serais doutée. Tu fais déjà jaser tes pauvres camarades Norma, continua t'elle sur un ton simple, daignant lever son regard gris vers moi.

- Qu'est ce que tu veux que ça me fasse ? Je suis capable de me défendre.

- Tu es cinglée. Tu devrais essayer de canaliser tes pulsions un peu parce qu'un jour ça va déraper, déclara t-elle simplement.

Son visage de porcelaine s'était de nouveau détourné de moi, m'indiquant clairement que la conversation était finie. Je sentais mon cœur s'accélérait, mes poumons suffoquaient. Il fallait que je sorte. Comment pouvait-elle me dire ça ? L'incompréhension s'emparait de mon cerveau avec une douceur vipérine. Mon sac retrouva sa place sur mon épaule et, furieuse, je sortais précipitamment de la bibliothèque. Il fallait que je passe mes nerfs, que je me calme.

Je marchais rapidement vers… Je ne savais même pas où est ce que je comptais me rendre. Je marchais à travers ce dédale de pierres. Je tournai à tel ou tel angle, empruntai cet escalier puis celui en sens inverse, sans aucun ordre raisonné. Je marchais. Il y avait bien une chose qui me traversa l'esprit mais je balayai l'idée vivement. Je marchais encore. Mon cerveau avait arrêté de fonctionner, je ne pensais plus.

Je me retrouvai dans le hall, face aux grandes portes de bois massif. Il n'était pas rare que, pour calmer mes colères et mes rages impulsives, j'aille faire un tour au bord du lac, mais aujourd'hui le temps m'en empêchait et je restai plantée devant ces portes comme une enfant devant des sucreries interdites posées bien en haut d'un meuble. Dépitée, je retournai vers ma salle commune.

- Buckingham, me salua soudain Rose Weasley.

- Weasley.

Je lui accordai un signe de tête dédaigneux pour la saluer. Rose Weasley avait tout d'une petite peste intello avec ses livres calés contre sa poitrine, sa robe de sorcière parfaitement repassée, ses cheveux roux domptés dans un chignon serré. Insupportable petite Miss-je-sais-tout elle avait hérité son caractère de sa mère et son physique de son père. Je me demandai jusqu'à quel point la génétique pouvait trancher aussi clairement et distinctement l'esprit du corps.

- Aurais-tu vu Albus ? Demanda t-elle les lèvres pincées.

- Non.

- Tu seras aimable de lui signifier que je le cherche.

J'écrasai mon envie de lui rire au nez en me contentant d'un sourire figé avant de continuer mon chemin. J'entendis la lionne marmonner dans sa moustache quelque chose qui ressemblait à « vieillecroutedescrout » : un sourire de satisfaction se plaqua sur mon visage.

X

Notre repère se trouvait désormais à l'opposé du lac. Les dommages qu'avaient subi les parties souterraines du château au moment de la bataille finale étaient trop importants pour envisager une réinstallation des serpents sous leur antique lac. En effet, un sort perdu avait littéralement fait exploser le plafond de notre salle commune permettant au lac de répandre son eau dans les appartements verts et argent laissés sous l'eau encore aujourd'hui. Ainsi la partie nord des cachots, celle donnant sur le ravin, nous était réservée.

La salle commune rappelait les salons à l'anglaise pleine de ses gros rocking-chairs disposés autour de la belle cheminée de marbre. Des étagères, sur lesquelles trônaient les trophées remportés par les serpents au fil des siècles, tapissaient les murs de pierre. Peu d'élèves se trouvaient dans le repaire : à peine une petite dizaine ! J'avisai une table à l'écart et y prenait mes aises pour rédiger ma première dissertation de l'année.

- Entourée de feuilles froissées, de livres, de plumes et les mains pleines d'encre : élève studieuse qui noie ses soucis dans le travail ?

Albus se tenait droit devant moi, les mains dans les poches. Il avait ce regard qui lui était si particulier, celui des mauvais jours, celui que je connaissais beaucoup trop.

- Je ne t'ai pas entendu arriver, déclarai-je simplement en me replongeant sur mon parchemin.

- Scorpius t'a cherchée toute la matinée, et ce midi … Quand tu n'es pas venue manger.

Je sentais dans cette constatation poindre une certaine accusation. Tout Albus Potter qu'il était, je ne me sentais pas d'humeur à le laisser me faire la morale sur mes actes et le choix de ceux-ci. Mes lèvres crispées en un nombril mal placé et les muscles de mes joues contractés dans un semblant de sourire, je jetai un regard noir au brun accoudé à ma table. Albus comprit rapidement, se redressa sur ses pieds et dans un dernier sourire me chuchota intimement :

- Tu sais où me trouver au besoin…

Ma mâchoire manqua de se décrocher et mes yeux se perdirent vaguement dans le dos gracile de l'attrapeur des Serpentards. Jetant une œillade au groupe de troisième année, je m'assurai que cette petite entrevue leur avait échappé et me replongeai pour de bon dans mes notes.

X

Je regroupai plumes, parchemins et encriers en un amas ressemblant à un tas de détritus que j'enfournai avec des gestes rapides et désordonnés dans mon sac. Je n'avais pas vu l'heure passée et j'étais déjà en retard pour mon dernier cours de la journée, celui de botanique. Quelques élèves du cours de potion de Scorpius commençaient déjà à revenir dans leurs quartiers, quand moi je passai en trombe devant eux, projetant même un élève contre le mur en passant la porte. Plusieurs protestations outrées s'élevaient déjà mais elles se perdirent derrière moi au rythme des volées de marches que j'avalai. Scorpius tenta de m'arrêter dans le hall mais je passai le seuil des lourdes portes de bois et dévalai le terrain jusqu'aux serres. Plus que quelques mètres et je n'aurai que dix minutes de retard. C'est trop tard que j'aperçus Ackerley me coupait la route à l'entrée du royaume du professeur Londubat : j'exécutai un tacle somptueux dans une glissade boueuse, tentative désespérée d'arrêter ma course folle à temps – c'était sans compter les trombes d'eau qui s'étaient déversées sur Poudlard !

- Non mais dis moi que je rêve Ackerley ? Rageai je en tentant de me sortir de l'enchevêtrement de tissu et de boue qu'il formait au-dessus de moi.

- C'est pas de ma faute si tu as déboulé comme une dingue, espèce de folle furieuse !

Hors de moi littéralement, en incapacité de me servir de ma baguette, je lui assenai des coups de poing sur toutes les parties atteignables de sa morphologie. Je l'inondais au passage d'un torrent d'insultes digne des chutes du Niagara. Ackerley se remit sur pieds tant bien que mal la tête recroquevillée derrière son coude pour échapper à mes poings furieux. Je ne sus s'il fallait que je me réjouisse de le voir couvert d'une traînée de boue ou bien s'il eut fallut que je pleure de me savoir dans un état pire encore. Je bondis sur mes pieds et ressentis avec horreur la moiteur de mes vêtements dans mon dos ainsi que la lourdeur soudaine de mes cheveux. Je passai une main dans la masse dégoulinante de boue pendue à mon cuir chevelu avec l'air probable d'une gamine de dix ans ne comprenant pas sa punition.

Ackerley m'adressa un regard plein de condescendance d'où suintait une certaine jubilation. Il s'engouffra dans l'espace vert de la serre. Je ramassai mon sac hargneusement et entrai à mon tour en cours.

X

Après avoir reçu une remarque acerbe de mon professeur sur ma tenue « inadéquate pour un suivre un cours » -le professeur Londubat était connu pour être une pâle copie du professeur Rogue, version gryffondor-, j'étais priée de faire équipe avec Monsieur Ackerley pour réaliser les travaux pratiques de cette session. Cette fois ma journée était bel et bien pourrie, voire archipourrie !

Frigorifiée, irritée, rageuse et pleine de rancœur, je rejoignis penaude le serdaigle qui m'attendait, un sourire victorieux sur les lèvres. Je remarquai alors avec amertume qu'il était parvenu à faire disparaître la merveilleuse trainée de boue qui ornait tout son côté gauche.

- Apparemment je ne suis pas si stupide que ça, Bucky ! Me chuchota t-il dans un souffle suave, les yeux pleins d'une ardeur triomphante.

Je regrettai soudainement de ne pas avoir consacré plus d'intérêt au rayon « Sortilèges ménagers et quotidiens » de la bibliothèque et je m'efforçai de ne pas ravaler ma fierté pour le supplier de me souffler le sort qu'il avait utilisé afin d'être sec et propre comme un sou neuf !

X

- Est ce que c'est de la … boue ? Demanda Léna alors que je pénétrai dans la salle commune rapidement.

Si j'avais espéré la traverser sans que l'on me remarque, c'était sans compter Eléna qui, plantée devant moi, m'observait comme on observe une bête de foire. La tigresse aux airs de petite fille candide penchait la tête sur le côté dans une posture curieuse qui me fit craindre le pire quant à mon apparence.

- Léna, dégage ! Maugréai-je.

Je repoussai l'obstacle d'un revers de main. La tête enfoncée dans les épaules à la manière d'un croque-mort caricaturé, j'engloutis en quelques enjambées la distance qui me séparait du dortoir des filles. Je rabattis le loquet de la salle de bain brutalement et je me retrouvai face à mon reflet. Mon reflet qui me reflétait avec d'immondes traces de boues séchées sur les joues, avec mes magnifiques cheveux blonds souillés d'une croûte de terre et ma robe de sorcière maculée de trainées crasseuses. Une moue de dégoût se dessina sur mes traits : je ressemblai plus à un elfe de maison qu'à moi-même ! Je m'empressai de me jeter sous la douche.

Dans mon pull de laine et mon pantalon délicieusement secs, je profitai un instant de ce petit confort quotidien dont on ne se rendait plus compte. Un brin de sentimentalisme dût envahir un moment mes traits, pendant lequel je songeai aux pauvres SDF parisiens et au plaisir que devait leur procurer une simple douche chaude, car Léna me pinça le bras comme pour me sortir d'un rêve.

- Arrête de rêver : tu me fais peur avec ta tête de Candy au pays des bisounours !

Je ne pris pas la peine de protester : le sentimentalisme ce n'était assurément pas pour moi ! La grande salle résonnait des conversations des élèves. Je détestai ce bruit bourdonnant que je ne pouvais pourtant guère éviter –sauf quand je décidai de ne pas perdre mon temps et que mes pieds me conduisaient vers les cuisines directement ! De toute façon j'attendais avec impatience le jour de demain qui ne serait sans aucun doute meilleur que celui de ma rentrée. Je poussai un soupir sur le seuil et entamai un pas vers ma table.

Scorpius était déjà là. Assis en face de moi, à mon grand dam, il ne cessait de me jeter des coups d'œil furtifs pendant que je m'appliquai à manger sans broncher. D'autant plus qu'Aricie était assise à ses côtés, un livre étendu sous ses yeux sans même daigner m'adresser un regard ou un mot. Elle avait ce profil royal et l'élégance qui allait avec, renforcés par la courbure orgueilleuse de ses sourcils et son petit nez droit. Si je ne la connaissais pas, je la confondrais sans mal aucun avec une de ces princesses de sang que je croisai régulièrement aux réceptions de la cour européenne. Mais bien qu'Eléna entretenait une conversation enjouée avec Jay Zabini, le repas me sembla glacialement tendu. Il trouva une note d'espoir quand Albus me rejoignit mais il lui suffit de me chuchoter tendrement « Tu m'as manqué toute à l'heure, je t'attendais… » pour que je me terre définitivement dans mon silence butté.

Ma sortie prématurée fut soigneusement accompagnée par les rires tonitruants d'un groupe de Serdaigles, et je n'eus aucun mal à distinguer Donovan Ackerley réaliser une médiocre imitation de ma personne grelottante. Instinctivement je redressai toute ma petite taille, le menton relevé dignement et sur mon visage prenait place cette expression qui m'était si caractéristique : l'arc sourcilier relevé orgueilleusement, les lèvres pincées et un regard froid et dédaigneux. Le petit insolent allait payer son affront, peu importe jusqu'où je devrais m'impliquer.

X

Une main froide retint mes petits doigts boudinés.

- Norma, attends ! M'interpella Scorpius.

- Par pitié Scorpius, je suis fatiguée.

D'un geste sec, ma main retrouvait sa place en bout de la ligne ballante que formait mon bras. Sans même prendre la peine de m'arrêter ne serait-ce qu'une demi-seconde, je continuai mon chemin vers mon dortoir. Cependant une tornade blonde me barra la route m'obligeant à lever les yeux pour lire sur ses traits. Aucune personne banale ne pouvait déchiffrer la moindre expression d'un Malfoy : ils étaient génétiquement programmés pour posséder cet impénétrable visage, figé dans une expression presque immuable. J'avais depuis longtemps trouvé le point faible de Scorpius : ses yeux changeaient de couleur selon ses humeurs. Un calme gris perle se transformait en un océan déchaîné pour se muer en un acier pluvieux et angoissant.

Dans son regard d'un gris sombre, je discernai son angoisse.

- Norma, ne m'en veut pas pour hier soir. Ce n'est pas ce que tu penses, c'est juste ce rat puant de Higgs qui m'a fait sortir de mes gonds.

- Scorpius, ce n'est vraiment pas la journée. Je me fous de Higgs ou de qui que ce soit qui puisse te faire sortir de tes gonds, tu es allé trop loin.

Une étrange bille –plutôt une boule de billard même- semblait soudainement s'être mise à tanguer dans mon estomac comme soumise à la force d'un roulement de flots. Je m'obstinai à l'oublier et soutenus un regard dur et froid à Malfoy junior.

- Oh arrête un peu : personne n'y a prêté attention ! Rétorqua t-il.

- Ah oui ? C'est marrant qu'Eléna m'en ait justement parlé ce matin, elle est surement devin, ironisai-je.

- C'est Léna, qu'est ce que tu veux qu'elle aille dire et surtout à qui ? Tu sais aussi bien que moi que le moindre remous qu'il y a dans ta vie, elle le sait !

- Ce n'est même pas ça Scorpius…

Conclus-je en le détournant. Sa poigne ferme me plaqua contre le mur presque avec violence. Il se pencha vers moi et je compris que l'angoisse de m'avoir froissée avait fait place à l'agacement.

- Alors, qu'est ce que c'est Norma ? Prononça t-il en hachant chaque syllabe.

J'avais appris depuis longtemps que la patience des Malfoy était de courte durée et plus encore celle de Scorpius quand il s'agissait de moi. Je lâchai brutalement :

- Je ne t'appartiens pas plus que j'appartiens à Higgs.

Il déglutit, se redressa et satisfaite de sa réaction, je considérai notre entrevue terminée et l'histoire close.

- A demain Scorp, lâchai-je pour le lui signifier.

Jamais une Buckingham ne sera la propriété de qui que ce soit !

XXX


L'heure du vérité à sonner : je suis prête à subir vos foudres et vos critiques ... Mais je veux bien aussi connaître vos hypothèses sur ce que cache l'attitude d'Albus ou la suite de la relation Norma-Scorpius.

En tout cas, désolé encore surtout vu la médiocrité du chapitre que je vous sers là. Bref j'ose espérer quand même vos encouragements et je vous assure que le prochain chapitre ne sera pas aussi loin à venir !

Des bisous et une bonne année 2013 à vous tous !