Chapitre 2: Renaissance
Alors que les secondes défilaient comme des heures, Hermione avait toujours la main figée devant le visage cireux de son ancien professeur.
Puis sans signe avant coureur, son cerveau se mis en ébullition, les pensées tournant à toute vitesse jusqu'à lui en donner le vertige.
Ce n'était pas possible, elle avait dû rêver, comment cela pouvait être possible ? Impossible...
Elle le regarda à nouveau, plus attentivement, non elle ne rêvait pas, la poitrine de Severus Rogue se soulevait faiblement, comme s'il était sur le point de rendre son dernier souffle.
Hermione plongea son regard noisette dans celui ébène de cet homme.
-Pro-professeur R ogue ?
Sa voix était rauque.
-Professeur, vous m'entendez ?
Elle attendit mais n'eut pas de réponse, elle fixait toujours ces yeux noirs qui ne pouvaient la voir.
Elle prit alors son poignet dans sa main, elle s'attendait à un contact glacé et fut surprise de le trouver étonnamment tiède. Hermione pouvait sentir la très faible pulsation de son pouls.
Elle lui glissa doucement à l'oreille :
-Ne vous inquiétez pas, je suis là, ça va aller, Monsieur.
Des mots qui se voulaient rassurant pour lui, même s'il y avait très peu de chance qu'il l'entende.
Hermione enfin sortie de son état de torpeur, commençant à paniquer, que faire ?
-Garde la tête froide, pense logiquement, je dois agir par étape. Pensa-t-elle.
Le temps de faire apparaître une civière et de l'amener à Poudlard, comme un jour il l'avait fait pour elle, Rogue serait probablement mort.
Sa première conclusion fut que vu son état, elle ne pouvait le déplacer pour le moment car il ne survivrait probablement pas au transport.
Envoyer un patronus à Madame Pomfresh était risible, elle ne savait pas la vérité à son sujet alors le temps qu'elle arrive jusqu'ici plus celui de lui expliquer que Rogue n'est plus un mangemort, cela pourrait tout aussi bien donner le même résultat.
Non Hermione était seule, complètement seule. Elle devrait le soigner elle-même.
Dans une tentative désespérée, elle pointa sa baguette sur le corps inanimé :
-Revigor
Aucun résultat, ce sortilège n'était pas efficace contre la magie noire.
Elle ne pouvait se résoudre à le laisser mourir. Elle remarqua que quelques plaies saignaient encore un peu.
Hermione sortit en hâte de sa chaussette un petit sac en perle, l'ouvrit et prononça :
-Accio essence de dictame !
Le petit flacon sauta alors hors du sac directement dans sa main.
Hermione fit sauter le bouchon et en toute hâte mais avec d'infimes précautions commença à verser quelques gouttes sur chacune des blessures de Rogue, en prenant soin de verser une plus grande quantité sur celle de son cou où l'on pouvait apercevoir deux grands trous béants.
Elle retint son souffle...
Le résultat fut immédiat ! Les plaies se refermèrent à vue d'œil.
Elle poussa un soupir de soulagement.
Mais soudain, les plaies se rouvrirent en projetant sur le visage d'Hermione le peu de sang qui restait à son professeur.
Prise de panique, elle plaquât ses deux mains sur la blessure pour empêcher le flot de sang de couler. Hermione ne comprenait pas pourquoi la potion n'avait eu aucun effet. Pourtant elle avait bien fonctionné sur Ron lors de son désartibulement.
La réponse lui vient immédiatement à l'esprit quand elle pensa à Ron, son père Monsieur Weasley, un homme grand et mince, aux cheveux roux et le crâne dégarni avait lui aussi été attaqué par ce serpent.
Nagini était venimeux, les guérisseurs de l'hôpital St Mangouste avaient eu un mal fou à trouver un remède contre la réouverture des plaies de Monsieur Weasley.
Mais Hermione, avait déjà anticipé ce genre de situation, elle fit à nouveau usage du sortilège d'attraction en direction de son sac de perle, puis elle attrapa au vol une minuscule fiole, pas plus grande qu'un pouce.
Elle bascula alors la tête de Rogue sur ses genoux, plaça une main à l'arrière de son crâne, puis ouvrit la petite bouteille de l'autre et lui versa le contenu plutôt épais d'une couleur gris perle dans la bouche et attendit.
L'été dernier, elle s'était rendue sur le chemin de traverse, dans l'Allée des Embrumes plus exactement. Elle s'était procurée cette potion qui lui avait pratiquement coûté tout son coffre-fort de Gringotts, en espérant ne jamais s'en servir car c'était l'un des seul remède capable de guérir contre une attaque de Nagini.
Si ce dernier pouvait sauver l'homme se tenant devant elle, Hermione ne regretterait pas son achat.
Soudain Rogue émit un râle d'outre-tombe et Hermione retint un cri de frayeur, mais une lueur apparut alors derrière ses prunelles, comme si son âme se manifestait à nouveau dans son corps.
Ses paupières battirent rapidement puis se refermèrent, sa respiration devint plus régulière et plus profonde.
Mais Hermione le savait, Rogue n'était pas encore tirer d'affaire, seul le poison avait été neutralisé mais ses plaies étaient toujours ouvertes et il avait perdu beaucoup de sang.
Elle renouvela le processus de l'essence de Dictame et ses blessures purent enfin se refermer efficacement.
Mais pour la perte de sang ? Hermione pensa au sortilège de transfert sanguin, un sort qui comme dans le monde des Moldus permet de réapprovisionner le corps d'un malade, à la seule différence que cela ne nécessite pas de matériel et dont l'effet est immédiat.
Oh bien sûr, elle connaissait la théorie qu'elle avait un jour lue dans le « Manuel avancé de la médecine magique à l'usage des sorciers », mais elle ne l'avait encore jamais mis en pratique.
Ce n'était pas le moment de douter de ses capacités, après tout la plupart du temps elle réussissait à la perfection ses sortilèges.
Hermione déposa délicatement sur le plancher la tête de Rogue encore sur ses genoux, puis, se leva au-dessus de lui et pris une grande inspiration en priant intérieurement, et décrivit un large mouvement complexe de sa baguette.
-Compleo cruor oris !
Elle baissa les yeux et tout en retenant son souffle, elle s'abaissa pour lui prendre à nouveau le pouls, après plusieurs longues secondes d'attente tandis que son cœur battait frénétiquement dans sa poitrine, elle pu à nouveau respirer profondément. Entre ses doigts, elle sentait la vie de Severus Rogue revenir à lui, elle avait réussi !
Hermione prononça la formule Tergeo ce qui fit disparaître complètement, le sang et la saleté du corps de son professeur.
Rogue avait déjà repris un peu de couleur, mais Hermione ne préféra pas l'amener au château.
Face aux familles ayant perdu un proche, emmener vers eux un homme considéré par ses pairs comme un Mangemort était de la folie, un accident serait vite arrivé surtout que Rogue n'était pas apte à se défendre car il était toujours inconscient.
C'est pourquoi, pour sa sécurité elle le fit léviter jusqu'au premier étage où elle savait que se trouvait l'ancienne chambre de Lupin. Son cœur se serra à la pensée de son défunt ami.
Arrivé en haut des marches, elle poussa la porte et vit un lit poussiéreux qui ferait très bien l'affaire.
Hermione déposa doucement et avec précaution son professeur à l'aide de sa baguette sur le matelas, et alors qu'elle était en train de le recouvrir avec une vieille couverture en patchwork mangé aux mites, elle interrompit son geste.
Elle fixait avec une curiosité non dissimulé le bras gauche de l'ancien Mangemort et une exclamation de surprise sortit soudain de sa bouche, elle n'y était plus, la Marque des Ténèbres avait disparue...
Pourquoi ?
Un signe de magie noir de ce niveau ne peut s'effacer ainsi.
Hermione savait que si une personne venait à mourir, ses sortilèges disparaissaient avec elle. Comme Harry libéré du maléfice du saucisson lancé par Dumbledore au moment de sa mort.
Après la première guerre, les individus soumis à l'Impérium de Voldemort avaient eux aussi été libérés, mais la marque avait toujours été présente, alors pourquoi n'existait –elle plus ?
Hermione comprit : les Horcruxes !
Mais oui, le Mage Noir avait été maintenu en vie grâce à ces immondes objets. Maintenant qu'il était mort pour de bon toutes traces de ses abominables méfaits avaient disparu avec lui.
Cela allait rendre plus difficile la traque des derniers Mangemort s par les Aurors.
Hermione jeta enfin la couverture mangée aux mites sur Rogue puis vint s'asseoir à l'opposé du lit, les bras autour des jambes, sa tête reposant sur ses genoux, elle fixait la poussière qui tournoyait dans un faible halo de lumière en attendant qu'il reprenne connaissance.
La faible rayonnement qui traversait les fenêtres obstruées de planches de la Cabane Hurlante avaient depuis bien longtemps disparut. Dehors, il faisait nuit, tout était calme.
C'est alors que Severus Rogue ouvrit les yeux.
