Lors du dîner, Miss Bingley annonça à ses charmants hôtes qu'elle les quitterait le lendemain matin pour rejoindre sa sœur préférée (qui se trouvait par la même occasion être la seule, ce qui évite les jalousies) à Bath. Si la jeune femme avait été moins concentrée sur elle-même, elle aurait sans aucun doute remarqué le soulagement que provoquait cette annonce au couple Bingley ! Ces derniers pourraient enfin profiter de leur demeure comme bon leur semblent, sans avoir à supporter la harpie qui faisait, malheureusement partie de leur famille. D'autant plus que leur gentillesse et générosité, bien qu'énormes, commençaient à entrevoir leurs limites, limites qui avaient fait surface pour la dernière fois à Netherfield, avant leur déménagement. Et dont la cause n'était que la seule et unique Mrs Bennet, femme qui devient de plus en plus agréable, plus la distance qui nous sépare d'elle augmente.
Au même moment, à Pemberley, Mr et Mrs Darcy allèrent se coucher, exténués. En effet Fitzwilliam et Elizabeth Darcy avaient dû supporter Jane Bingley, que son mari, dans son infini sagesse, envoyait à son meilleur ami, et à sa belle-sœur. Pourtant, il était de notoriété publique que Mrs Bingley avait le caractère le plus docile de toute l'Angleterre. Cependant, Mrs Jane Bingley, anciennement Miss Bennet, était enceinte ! Ses hormones lui jouaient donc des tours, et son magnifique caractère, se transformait en réplique de celui de sa mère : in-vi-va-ble ! Malheureusement elle n'en était qu'à son sixième mois de grossesse, et son médecin n'avait en aucun cas conseillé l'alitement. Il faut dire qu'il avait subi la colère froide de Mrs Bennet bis quand il avait osé évoquer cette possibilité. Ce pauvre docteur n'étant ni masochiste ni suicidaire se rétracta aussitôt…
Pour en revenir à notre couple, leur nuit ne fut pas aussi tranquille qu'ils l'avaient espérée, et méritée ! En effet, alors que la lune était à son apogée dans le ciel, Mr Darcy se mit à hurler des mots incompréhensibles, puis se réveilla en sursaut. Sa chère et tendre, inquiétée par son imitation des hurlements de Mrs Bingley – et il faut l'avouer, curieuse- lui demanda :
« William, que se passe-t-il ? Dois-je appeler le docteur ?
-Non, la rassura son époux, ce n'était que le pire cauchemar de toute ma vie !
-Fitzwilliam Darcy, le réprimanda sa femme en souriant, tu m'as dit exactement la même phrase, il y a deux semaine lorsque tu as rêvé du mariage de Georgiana ! »
L'imposant Mr Darcy partit instantanément dans un éclat de rire tonitruant. En effet, sa jeune sœur fut introduite dans la société cet hiver-ci, lors du bal des débutantes. Georgiana Darcy étant tout ce qu'une jeune femme se doit d'être : jolie, gentille, polie, et parfaitement accomplie (selon la définition Darcy bien évidemment), beaucoup d'hommes lui portèrent leur attention. Ce qui déplut fortement à Mr Darcy, assurant parfaitement son rôle de grand frère inquisiteur. D'un autre côté, cela amusa sa femme, qui se délectait de voir son mari si inquiet, si protecteur d'une sœur qui allait avoir 17 ans. Pour en revenir à cette nuit-là, le gentleman préféra rire de cette possibilité que d'en pleurer, puisque finalement son déroulement était quasi inéluctable. Quand il se fut calmé il rétorqua alors :
« J'ai peut-être exagéré cette nuit-là, mais c'est MA petite sœur !
-Elle grandit, et devient une très belle jeune femme, son mariage est imminent, déclara sagement Lizzie.
-J'en conviens. Mais, veux-tu savoir la cause de ce réveil plutôt brutal ?
-J'aimerais beaucoup en effet savoir pourquoi je ne dors plus paisiblement installé contre toi ô grand et chaud Mr Darcy.
-Je viens de rêver, déclara ce dernier sans relever la touche d'humour de sa femme, ou plutôt de cauchemarder devrais-je dire, de la venue de Mrs Bennet, accompagnée de Mrs Wickham, cette dernière se plaignant de l'absence de son mari parti se battre en Amérique.
-Ma mère ! Avec Lydia ! s'exclama la jeune femme horrifié, Oh enfer, que tu sembles si doux comparé à cette paire. »
Un long silence s'installa dans la spacieuse chambre du couple. Les deux jeunes amoureux réfléchissaient au meilleur moyen d'éviter qu'un tel événement, si dramatique et tragique, ne se produise sous peu. La venue de Kitty ou Mary ne leur aurait en aucun cas posait problème, puisqu'elles venaient leur rendre visite dès qu'elles le pouvaient. L'arrivée imprévue de Mr Bennet ou des Gardiner les aurait réjouie au plus haut point. Mais ne serait-ce que d'imaginer devoir subir Lydia et Mrs Bennet pendant dix minutes leur donner des envies des plus sinistres…
« J'ai trouvé ! lança le gentleman. Mon cousin, le colonel Fitzwilliam, m'a parlé de l'Amiral Croft et du capitaine Wentworth, dans sa dernière lettre, il y a de cela deux semaines. C'est deux héros de guerre se trouvent en ce moment même à Bath. Ne serait-ce pas une bonne idée d'avancer notre départ pour cette ville et d'en profiter pour faire leur connaissance, et celle de leur entourage ?
-Partir bientôt à Bath ? J'adorerai. Quelle merveilleuse idée viens-tu d'avoir !
-Voilà notre problème réglé. Nous partirons demain en fin de matinée. »
Le jeune couple commença alors une activité sportive nocturne dont s'échappa de nombreux cris résonnant dans l'immensément grande demeure vide de toute personne, et surtout de Georgiana. Activité que quelques siècles plus tard, certains appelleront « danser le mambo à l'horizontale », ou encore « jouer aux scrabbles » et divers autres variantes. Si cette activité vous reste encore obscure, demandez à quelqu'un de vous faire un dessin.
Le lendemain, vers 10 heures, quiconque se baladant aux alentours de Pemberley, aurait pu apercevoir une voiture portant les armoiries Darcy quitter le Derbyshire, et suivi une demi-heure plus tard d'une chaise poste transportant une Miss Bingley et son ego.
Vers 16 heures, les Darcy arrivèrent, après un voyage sans encombre, à Camden Place, où ils logeaient dans l'une des plus somptueuses résidences. Leur arrivée n'étant pas programmée ils eurent la chance d'échapper aux habituelles visites des voisins, déposant leurs cartes, faisant quelques sourires hypocrites, prononçant d'aimables paroles, et cela pendant toute une journée, voire plus. Un autre cauchemar de Mr Darcy.
Si Fitzwilliam et Elizabeth firent un voyage tranquille, ce ne fut pas le cas de Miss Bingley. En effet, à peine deux heures après son départ, elle et sa vanité durent se serrer pour faire place à un couple de personnes âgées venant d'un milieu modeste, ce qui répugnait Caroline. Après ces 6 heures d'horreur, elle arriva enfin à Bath, accueillit par sa sœur, excitée, et son beau-frère, saoul et ronflant, comme à son habitude. Mrs Hurst avait réussi à avoir des places pour une soirée, à laquelle elle savait de source sûre que le capitaine Wentworth serait présent.
