Ça avait été horrible.
Pippin s'était senti déchiré en deux sans pitié, autant le corps que le coeur.
Il ne pouvait même plus empêcher ses larmes de couler tant le chagrin lui tordait le ventre.
Il n'avait que trente et un ans -un adolescent pour les Hobbits- et aurait attendu encore trois ans pour offrir ce précieux cadeau a Merry.
Et voilà que ce... Cette horreur lui servant de maitre lui avait arrachée!
Il l'avait saccagé avant de le laisser, écroulé sur le carrelage de sa salle à manger, pour retourner à ses activités royales.
Pippin avait toujours imaginé sa première fois dans un Smial qui leur appartiendrait, à Merry et lui, dans un lit douillet, tout en tendresse et en douceur.
Merry lui aurait murmuré des mots réconfortants quand la douleur se serait faite sentir, l'aurait comblé d'amour et de caresses.
Mais non.
Il avait été pris violemment contre une table par un homme qui le répugnait au plus haut point puis laissé là, comme un jouet devenu inutile.
Et maintenant il était réfugié dans sa chambre, le coeur en miettes, les fesses douloureuses et l'honneur blessé.
Ça n'aurait tenu qu'à lui, il se serait jeté de son balcon.
Mais il devait absolument revoir Merry, qui, il espérait, arriverait rapidement.
S'il restait seul plus longtemps, il deviendrait fou, c'était certain.
Et il ferait en sorte de ne pas y passer tout seul.
Les Hobbits sont pacifiques mais sa limite de gentillesse avait été piétinée depuis bien longtemps et Pippin n'éprouvait même plus de plaisir a sourire.
Faramir, qui avait bien vu la détresse de son ami Hobbit, essaya nuit et jour de lui parler, sans succès.
Peregrin Touque était devenu glacial avec lui du jour au lendemain, les seuls maigres sourires qu'il parvenait encore à lui arracher se fanaient aussitôt et les larmes lui montaient aux yeux l'instant d'après.
Et il ne pouvait alors que le serrer contre lui en attendant que ça passe.
Qu'aurait-il pu faire d'autre si le plus jeune refusait de lui parler de ses soucis?
Bien qu'il ne doutât pas un seul instant que son père fut la cause de tour cela.
Pippin était un petit être exotique et plein de fraîcheur et Faramir n'avait jamais ignoré le goût de son père pour les choses nouvelles.
Résultat, il commençait à avoir de plus en plus peur de connaître la vérité.
Si Denethor avait fait le moindre mal au jeune Touque, qui sait ce que serait capable de faire le prince de l'Ithilien.
Denethor avait beau être son père et son supérieur hiérarchique, cela ne lui donnait aucun droit sur cette adorable créature qu'était Pippin.
Enfin, pour le moment Faramir devait deja apporter son repas au Hobbit et il savait qu'il devrait faire face à une nouvelle crise de larmes de la part du plus petit.
Il toqua trois fois à la porte et attendit d'entendre un petit "entrez" étouffé avant d'entrer.
Il trouva Pippin allongé sur le ventre entre les coussins de son lit, les yeux dans le vague, serrant compulsivement sa main contre son coeur.
-Comment allez vous aujourd'hui? demanda Faramir, plus par habitude que par politesse.
Il savait déjà que Pippin allait répondre "mieux qu'hier" puis se rouler en boule et fondre en larmes.
Comme toutes les autres fois.
Sauf que ce n'était pas comme les autres fois, et ça Faramir s'en rendit compte lorsque seul le silence lui répondit.
-Peregrin? osa-t-il prudemment en fixant le Hobbit avant de blêmir. Vous êtes blessé?! D'où vient tout ce sang?! paniqua le jeune prince en apercevant la tâche d'un rouge carmin qui salissait la chemise blanche du semi homme. -Ce n'est rien, chuchota Pippin sans même lui accorder un regard.
Et alors Faramir comprit.
Le sang venait du poignet du garçon.
Il s'était profondément scarifié la peau et le sang ne semblait plus vouloir s'arrêter.
Sans attendre davantage, Faramir bondit dans la salle de bain -après avoir posé le plateau bien sûr- et revint avec le nécessaire pour stopper momentanément l'hémorragie.
Ce qu'il se dépêcha de faire avant de charger le Hobbit dans ses bras et se précipiter à l'infirmerie du palais.
Le plaie fut soignée en quelques instants et Pippin, pâle comme la mort, refusa de lâcher son sauveur.
Il était épuisé, mentalement et physiquement et il avait grand besoin de quelqu'un à qui se confier.
Alors il raconta. Tout. Dans les moindres détails.
Et plus il avançait dans son récit, plus Faramir se crispait et son regard se durcissait.
Quand enfin Pippin eut finit de vider son sac, de nouveau en larmes, il n'osa plus relever le museau vers l'humain à qui il devait tant.
Il devait le dégoûter à s'être laissé souiller de la sorte.
Après ça Faramir ne voudra sûrement plus le revoir, encore moins entendre parler de lui.
Mais l'étreinte dans laquelle il était plongé ne fit que se resserrer sur son petit corps. -L'ordure... grinca Faramir avant de fixer Pippin. Je ne le laisserai plus approcher de toi. Je ne le laisserai plus s'approche de personne.
Peregrin frémit.
Ce regard... Celui d'un homme à qui on avait volé quelque chose.
-Mais.. Vous ne me trouvez pas dégoûtant..? demanda timidement le Hobbit, qui baissa aussitôt les yeux en voyant l'air étonné du prince.
-Dégoûtant? Peregrin tu es la plus belle créature de ce palais... Autant au sens physique que morale... Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi doux et dynamique à la fois que toi! Alors jamais je ne te trouverai dégoûtant, bien au contraire.
Et voilà que les larmes repartaient de plus belle.
-Je voulais... Que ce soit Merry le premier... hoqueta le petit Hobbit. Il va me détester!
-S'il te déteste pour quelque chose que tu n'as pas choisi c'est qu'il ne te mérite pas Pippin...
Ce dernier ne répondit rien, plongé dans la contemplation de son poignet bandé.
Faramir soupira une énième fois et se releva, sans pour autant le lâcher.
-Je te ramène dans ta chambre, tu te reposes et tu ne sors que s'il y a une urgence compris?
-D'accord... chuchota Pippin, si bas que Faramir doutât de l'avoir entendu.
Il ramena donc le plus jeune dans ses appartements et le reposa sur son lit après avoir vérifié une dernière fois que son sang avait cessé de couler.
Une fois rassuré sur l'état de son ami, il ressortit pour le laisser en paix.
Et encore une fois Peregrin éclata en sanglots qu'il étouffa tant bien que mal contre son oreiller.
Il fixa ses bandages un moment avant de se rallonger en séchant ses larmes.
Il était en train de devenir fou.
À la base, il avait pris ce couteau pour graver son nom sur son épée, et, voyant que ça ne marchait pas vraiment, il avait essayé de trouver un autre objet sur lequel écrire, n'importe quoi tant que ça pouvait lui il avait essayé de trouver un autre objet sur lequel écrire, n'importe quoi tant que ça pouvait lui vider l'esprit.
Et son regard s'était tourné sur son bras.
Sa peau tendre, sans imperfections, qu'il savait pourtant cruellement marquée par le passage de Denethor.
Et il ne supportait pas de vivre en sachant cela. Alors il avait agi, sans réfléchir, encore une fois.
Il était totalement déshydraté sinon il aurait encore craqué.
Autre chose qui le rendait dingue; il passait son temps à pleurer sans pouvoir s'arrêter et il n'en pouvait plus.
Il savait qu'il devait partir.
Mais où et comment?
Edoras était déjà loin à cheval alors à pieds de Hobbit, aussi grand fussent-ils, il n'arriverait jamais avant de se faire prendre par l'armée de Saruman.
Mais s'il ne quittait pas Minas Tirith dans les plus brefs délais, il savait aussi qu'il ne tiendrait pas le coup.
S'il avait su, à ce moment là, que Merry se préparait lui même à le rejoindre, il aurait peut être revu son jugement.
